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Hamon, la stratégie du papillon

« S’il vaut mieux être aimé que craint, ou être craint qu’aimé ? On peut répondre que le meilleur serait d’être l’un et l’autre. Mais, comme il est très difficile que les deux choses existent ensemble, je dis que, si l’une doit manquer, il est plus sûr d’être craint que d’être aimé. »
– Machiavel, Le Prince, Chapitre XVII

Cette équation semble se vérifier encore de nos jours au fil des élections. Un exemple : en Novembre 2016, un sondage IFOP pour Psychologies Magazine donnait Alain Juppé comme la personnalité politique « la plus gentille » parmi les candidats alors déclarés à la présidentielle. Le 14 Décembre, il était largement battu lors des primaires LR par le représentant de la droite sans compromis, François Fillon. La gentillesse serait-elle condamnée à être vue comme faiblesse dans l’imaginaire politique ?



Le Gentil Hamon


Manuel Valls lors de l’entre-deux tour des primaires de la Gauche décrivait son adversaire Benoit Hamon comme un candidat « laxiste », « candidat de l’insécurité » vivant « dans le monde des bisounours ». Pour autant, cette mise en garde d’un ancien premier ministre se revendiquant comme figure de l’intransigeance n’a pas découragé les électeurs de gauche qui ont décidé de miser sur le gentil Benoit Hamon et non sur l’austère Manuel Valls.

Car Benoit Hamon est le candidat de la gentillesse : il est gentil avec les pauvres, à qui il propose le revenu universel, gentil avec la planète, au point que le député écologiste Noël Mamère lui ait apporté son soutien, quant à ses tweets, ils sont l’exacte antithèse de ceux du grand méchant Trump, pleins de cet humour bon enfant qui le ferait passer pour le héros du Truman Show.

De fait, une certaine volonté d’éviter de monter le ton a marqué le second tour des primaires du PS et ses alliés côté Benoit Hamon. Confrontés aux vertes critiques de Manuel Valls, le clan Hamon répondait par la voix de Mathieu Hanotin, son directeur de campagne « tout ce qui est excessif devient vite insignifiant. Je pense qu’on est là très loin au-delà de l’excessif, donc on doit être aussi très loin au-delà de l’insignifiant ». La bave du crapaud n’atteint pas le papillon, au risque d’enfermer le nouveau leader du PS dans la catégorie du type gentil, qui refuse le combat politique.

Mais cette gentillesse, il va de soi qu’elle prend part au dispositif de communication de Benoît Hamon. Elle était d’ailleurs revendiquée par le candidat durant les primaires, discrètement, dans son QG du onzième étage de la tour Montparnasse. Derrière lui, une photographie de Mohammed Ali et son célèbre float like a butterfly, sting like a bee (« vole comme un papillon, pique comme une abeille ») qui laisse à penser que cette gentillesse n’est pas conçue sur le mode de la faiblesse. Car Mohammed Ali est le prince que Machiavel n’avait osé imaginer : l’alliage de la légèreté et de la grâce à la détermination et à la férocité.



Float like a butterfly, sting like a bee


Alors Hamon, Mohammed Ali de la politique ? Derrière ce modèle, une stratégie de communication qui va à rebours de la tendance générale. « Faire battre le cœur de la France » – le slogan de Benoit Hamon, c’est mettre en avant le thème de l’harmonie, de la tolérance, de l’humanité. « Nous sommes soixante-six millions de cœurs qui battent, ensemble faisons battre le cœur de la France » a conclu le candidat PS aux présidentielles, le soir de sa victoire aux primaires. Cette communication positive s’oppose à une communication basée sur le catastrophisme, qu’on retrouve chez les autres candidats déclarés aux présidentielles. En jeu aussi, la stature du chef de l’Etat. Hamon ne veut pas, par exemple, « casser la vaisselle » comme le revendique Jean-Luc Mélenchon. Le Prince de Machiavel devait inspirer la crainte pour couper court à toute remise en cause de son autorité. Hamon, lui, est plus modeste sur la fonction de chef de l’Etat. Sa gentillesse encourage à l’échange avec lui, dans une période où les idées de démocratie participative refleurissent.

Pour rassembler le PS, Hamon papillonne toujours. Frondeur convaincu, il déclare pourtant à France 2, au lendemain de sa victoire à la primaire que le bilan du quinquennat n’est pas « indéfendable », soulignant « des éléments évidemment positifs ». « Je n’ai jamais considéré qu’il était indéfendable », explique-t-il, en citant plusieurs « bons combats » ces dernières années : l’opposition face au TAFTA, le compte pénibilité, la création de postes dans l’Éducation nationale… On peut y voir la volonté de tendre la main à l’aile droite du PS, à cette gauche de gouvernement qui pourrait être tentée de rejoindre Emmanuel Macron. Mais à l’heure ou seulement 4% des Français se disent satisfaits de l’action de François Hollande (Sondage Cevipof sur 17 000 personnes ) on peut se demander si cette stratégie du rassemblement ne va pas lui être dommageable.

Alors jusqu’où le papillon va-t-il pouvoir voler avant de devoir se muer en l’abeille féroce ? Car il faudra bien marquer un visage plus dur pour paraître présidentiable. « Challenge accepté » semble dire aux journalistes, aux lecteurs, aux membres de son équipe de campagne, l’affiche du bureau tour Montparnasse. Dans le coin droit, les gants n’attendent plus qu’à être décrochés.

Gaël Flaugère

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Sources :
LCI, Journée de la gentillesse : Nicolas Sarkozy (encore) moins sympa que Marine Le Pen selon un sondage, 2 Novembre 2016 http://www.lci.fr/elections/journee-de-la-gentillesse-nicolas-sarkozy-encore-moins-sympa-que-marine-le-penselon-un-sondage-2010687.html
Le Parisien, Hamon « là pour en découdre », 11 Janvier 2017 http://www.leparisien.fr/politique/hamon-la-pour-endecoudre-11-01-2017-6551352.php
ComPol, Hamon, Valls, Montebourg… : leur communication sur le bilan présidentiel, Stanislas noyer, 30 Janvier 2017 http://www.compol.media/hamon-valls-montebourg-communication-bilan-presidentiel
RTL, Primaire de la gauche : pourquoi Valls attaque Hamon sur l’islamisme et l’insécurité, Vincent Derosier, 25 Janvier 2017 http://www.rtl.fr/actu/politique/primaire-de-la-gauche-pourquoi-valls-attaque-hamon-sur-l-islamisme-et-linsecurite-7786915775
20minutes, Primaire à gauche: Noël Mamère apporte son soutien à Benoît Hamon, 27 Janvier 2017 http://www.20minutes.fr/politique/2004307-20170127-primaire-gauche-noel-mamere-apporte-soutien-benoit-hamon
Crédits photo :
Haikudeck.com https://www.haikudeck.com/float-like-a-butterfly-sting-like-a-bee-uncategorized-presentationygxI4AVnZg
Bertrand Langlois, Afp, Photomontage
Philippe Lavigne / Le Parisienhttp://www.leparisien.fr/politique/hamon-la-pour-en-decoudre-11-01-2017-6551352.php

Syria Charity: une stratégie de communication de choc pour sortir l'horreur de l'ombre

Les discours sur les vices et les vertus des outils de communication numériques occupent une place importante dans les discussions de la société. Aussi, il est compliqué de souligner les manifestations de leur pouvoir sans risquer de tenir des propos déjà désuets. Cependant, leur influence considérable sur notre rapport au monde nous pousse quotidiennement à en interroger notre utilisation ordinaire, pour tenter de saisir les nouveaux enjeux qu’ils esquissent (avec leurs promesses et leurs limites).
En ce sens, la couverture des évènements actuels à Alep en Syrie par les médias traditionnels et les réseaux sociaux démontre un nouveau rapport de force dans l’accès de l’information à l’espace public.
L’adage selon lequel la vérité serait la première victime de la guerre est elle toujours pertinente à l’aune de la société 2.0 ?

Alep : le silence des médias français.

Depuis plus de cinq ans, Alep est au centre d’un conflit qui a fait au moins 300.000 morts et engendré la pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale.
 Ces dernières semaines, de nombreux bombardements menés par l’armée du président syrien Bachar al Assad se sont multipliés à Alep, tuant quotidiennement des dizaines de civils ( sans compter les nombreux blessés qui ne disposent plus d’hôpitaux pour se faire soigner). Assiégée, la population ne peut s’échapper ni recevoir de l’aide. Ceci, dans le silence le plus total des médias français, focalisés sur Daesh et la lutte anti-terroriste.
« Les morts syriens ne sont qu’un chiffre, il n’auront jamais de visage ni de nom dans nos médias », regrette Ammar Abd Rabbo, journaliste indépendant d’origine syrienne et photographe reconnu.
Comment expliquer une telle omission ? Faut-il tout rejeter sur la fameuse « loi-du-mort- kilomètre » selon laquelle plus il y a de distance, plus notre indifférence face à un drame s’accroit? Dans le cas présent, ce serait oublier les barrières auxquelles se heurte le journaliste en temps de guerre. En effet, il est quasiment impossible de franchir la frontière syrienne, et seules quelques personnes ou marchandises arrivent à réaliser le trajet par des routes illégales et dangereuses.
De plus, les rédactions n’envoient plus de journalistes sur place depuis 2013, à cause du haut taux d’enlèvement ainsi que du danger de mort. Cette année, six journalistes ont été tués en Syrie et neuf sont emprisonnés, selon le recensement de l’organisation Reporters sans frontières.
Ces contraintes compliquent la couverture journalistique des dégâts sur la population civile, et posent les limites des médias dans leur rôle que résume Daniel Bougnoux par cette formule : être une « fenêtre ouverte sur le monde ».
Dès lors, qu’advient il des réalités qui peinent à sortir de l’ombre ? Parviennent elles jamais à atteindre la place publique et par extension, les consciences ?

« Partager pour dénoncer »

C’est la phrase qui accompagne chaque post Facebook de Syria Charity, une ONG d’aide humanitaire et médicale en Syrie dans les zones sinistrées. Sa particularité est d’avoir réussi, à travers les réseaux sociaux, à imposer au monde le quotidien d’Alep jusque là exclu de l’espace public. Longtemps restée confidentielle, sa page Facebook qui compte près de 735 000 abonnés est son principal outil de communication.
Pour créer du retentissement, Syria Charity mise sur une communication de choc. Chaque jour, les membres postent des vidéos insoutenables des bombardements et de leurs victimes, filmés pour la plupart via des Go-Pro fixées sur les casques des ambulanciers.
 Ces vidéos rencontrent un franc succès chez les internautes. La vidéo la plus célèbre datant de Juillet 2016, « plonger trois minutes au cœur de l’urgence et des bombardements à Alep » a été regardée 4.500.000 fois et partagée par plus de 73.000 personnes. À titre de comparaison, l’article du Monde consacré au même sujet a été partagé 29.000 fois dans le même laps de temps.
Cet engouement de la part des internautes a permis à Syria Charity de faire pression sur les médias traditionnels. Mis K-O sur le ring de l’espace public, ils ont commencé à couvrir l’évènement depuis un peu plus d’un mois, comme le rappelle la page Facebook de Syria Charity qui salue chacune de ces initiatives.

Ainsi, ce conflit qui n’avait aucune répercussion médiatique dans les journaux traditionnels a trouvé un espace de compensation sur les réseaux sociaux. Et ce, jusqu’à devenir le conflit le plus documenté de l’Histoire, du moins en terme d’images et de vidéos.
« Je pense que les réseaux sociaux sont là pour compenser, voire corriger un traitement médiatique dans lequel on ne voit pas assez la réalité du terrain. », a dit Mohammad Alolaiwy, président de Syria Charity.
Décidément, les réseaux sociaux ont encore un bel avenir devant eux, bien que leur impact soit à relativiser. Outre les nombreux dons qu’a reçu Syria Charity pour aider la population d’Alep, la sur- visibilité de ce massacre n’a entrainé aucune action concrète de la part de la communauté internationale pour faire cesser les bombardements.
Nous adressons donc une profonde pensée pour toutes ces victimes, prématurément arrachées à la vie par la cruauté de ce monde.

Liana Babluani

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Sources :
• France Culture , « Alep , trop d’empathie tue l’action ? » ( 30.11.2016)
• Regards, « Comment remettre la Syrie sous nos yeux » , ( 28 . 07. 2016 )
• Le Figaro , « Alep Est : la situation dégénère alors que plus aucun hôpital ne fonctionne » (21.11.2016)
Crédits :
• Photo 1 – Capture d’écran de la page Facebook Syria Charity ( 18 Juillet 2016)
• Photo 2 : Capture d’écran du site internet d’Arrêt sur Image ( 20.07.2016)
• Photo 3 : Capture d’écran de la page facebook de Syria Charity ( 2 Décembre 2016 )
• Vidéo 1 : Page Facebook Syria Charity (02.12.2016)
• Vidéo 2 :    Page Facebook AJ+ ( 13.12.2016 )

A l’attag des affiches !

Il n’est plus rare désormais de voir des affiches publicitaires taguées. Tantôt une bulle exprime les pensées du mannequin représenté, tantôt un message sarcastique dénonce les clichés du message. Parfois les affiches sont purement et simplement recouvertes.
Chronique d’un ras le bol qui s’attaque à la racine du problème.

Danger PUBlic

Je n’ai sûrement pas besoin de vous le faire remarquer : la publicité est présente partout. Dans la rue, dans le métro, sur Internet… Elle a sournoisement envahi nos ordinateurs et nos smartphones, s’imposant désormais à chaque instant, colonisant notre attention. Cette surexposition agace, submerge même. Elle est néanmoins très dure à évaluer, les études proposant des chiffres allant de 350 à 5000 messages publicitaires reçus par jour et par personne.
Outre son omniprésence, on peut remettre en cause sa qualité, par son manque d’originalité et ses messages stéréotypés. Certains considèrent que les valeurs proposées dans ces publicités n’évoluent pas au même rythme que la société ou, du moins, ne participent pas suffisamment à l’évolution des normes et des mentalités. Une partie de celles-ci continue de véhiculer des clichés, se serve des corps comme des objets, présente des messages choquants ou peu pertinents sur des sujets aussi variés que les animaux ou la sexualité. Ces « normes » publicitaires de plus en plus décriées provoquent régulièrement de vives réactions d’indignation.

Un petit tag, pas des petits thugs

Des mécontents tentent de réécrire ces affiches, de contester les images que l’on désire nous imposer. Ces actions dénoncent les messages publicitaires en les détournant directement sur leur support, permettant leur visibilité et accentuant une prise de conscience collective rapide. Et finalement, ils permettent de définir des limites, de dire que cette fois-ci c’est trop, et de l’exprimer clairement dans une société où il est si difficile d’obtenir des recours contre la publicité.

Le cas Lait de Brebis et publicités sexistes

Désormais, même les brebis ont droit à Photoshop et forcément cela énerve les défenseurs de la cause animale et des opposants à la déformation publicitaire. Une campagne de Le Petit Basque pour des yaourts au lait de brebis se retrouve ainsi taguée, accusée de montrer les animaux comme des objets de luxe. Une brebis apparait ainsi immaculée, plus blanche que blanche et qualifiée de « tendance ». Beaucoup s’insurgent et crient au scandale face à cette assimilation de l’animal au produit.

Dans le métro parisien. Photo Pierre Carrey

Dans le métro parisien. Photo Pierre Carrey


Quelques stations plus loin, ce sont les affiches publicitaires d’enseignes de prêt à porter ou de cosmétiques qui sont dégradées, décriées pour toujours proposer des mannequins photoshoppés, canons de beauté inaccessibles. À d’autres publicités, on reproche des messages sexistes et misogynes, l’hyper sexualisation des corps ou le fait qu’ils soient exposés comme de simples objets.
Prêtes à penser, ces publicités ne sont pas prêtes de panser les plaies profondes qu’ouvrent ces insupportables clichés.
Publicité naf naf taguée - DR

Publicité naf naf taguée – DR

Réécrire ces affiches pour réécrire le monde

Ces dénonciations ne sont pas que l’œuvre de personnes isolées et excédées. Il existe également des collectifs, tel que Casseur de pub, qui luttent contre la sur-exposition à la publicité et les clichés que celle-ci véhicule. D’autres encore, comme Les Reposeurs, recouvrent les affiches dans le but d’offrir à chacun un peu de répit.
Face à cette volonté de changement, certaines marques essayent de prendre le contre-pied de ces stéréotypes en les dénonçant dans leur publicité, à l’instar d’Eram dans sa campagne en 2010. Pur opportunisme ou réelle intention de faire évoluer les codes ? En s’attachant à déconstruire les clichés elles tournent en dérision le milieu dans lequel elles évoluent. Ça fait rire, ça peut – et ça doit surtout faire réagir.

Et puis ? L’effort est louable, mais certains ne sont pas dupes et ressortent leur feutre noir pour déconstruire ces affiches au moindre faux pas.

Alexane David

 
Sources :

 
Crédits photo :

  • Pierre Carey – Rue 89 l’Obs DR
  • Eram – Rue 89 l’Obs DR

L’onde de choc

Au lendemain des attaques perpétrées contre Charlie Hebdo, journal hebdomadaire satirique, la France est en état de choc. « Le 11 septembre français » titre Le Monde, ou encore « La liberté assassinée » pour Le Figaro.  « Horreur », « carnage », « boucherie » reviennent constamment dans la presse. Mais si la France est la première touchée par cet attentat, c’est un hommage unanime que les rédactions du monde entier ont tenu à rendre aux victimes de l’attentat et à la liberté d’expression.

New yorker je suis charlieC’est ainsi que douze journaux Québécois ont publié en Une la caricature de Mahomet de Cabu, publiée pour la première fois le 8 février 2006. Nombreux sont les journaux qui firent le choix de publier plusieurs des caricatures ayant créé la polémique, rendant ainsi hommage à leurs auteurs. Le New Yorker rend pour sa part un hommage symbolique à Charlie en publiant sa Une sous forme de dessin, mettant en scène une Tour Eiffel flottant dans un nuage rouge de sang et dont le sommet se transforme en crayon. Une belle façon de laisser entendre que le crayon qui se dresse ici fièrement vers le ciel triomphera toujours sur la barbarie.

Le crayon, outil de travail du dessinateur de presse, apparaît d’ailleurs dans de nombreuses Unes telles que celles du journal norvégien Bergens Tidende ou du journal belge DeMorgen. Souvent présenté comme l’unique arme du dessinateur, le crayon devient un véritable symbole de dénonciation du rapport de force inégal qui s’est instauré ce jour là entre journalistes et terroristes.


Bon nombre de quotidiens ont également réagi en titrant leurs Unes en français. C’est notamment le cas du journal danois Information qui titre sa Une « Nous sommes tous Charlie Hebdo », du Berliner Morgenpost allemand qui titre un sobre mais parlant « Je suis Charlie » ou encore The Sun qui titre un puissant « Je suis 4 million ».
Au total, ce sont plus de 70 Unes de presse mondiales qui seront publiées à la suite de ces attaques.
je suis charlie FNC unes

Le soutien face à l’horreur

Nombreux sont également les journaux qui, au-delà de leurs Unes, ont tenu à apporter leur soutien dans leurs pages. Le site Algérie Focus exprime ainsi sa consternation et sa solidarité envers Charb, Cabu, Tignous ou encore Wolinski et souligne qu’ils sont « morts de rire », avant de rappeler que les journalistes de Charlie Hebdo n’ont jamais hésité à heurter ou à fâcher pour s’exprimer librement.  Le quotidien algérien El Watan invite lui à ne pas céder à l’amalgame et à la stigmatisation des communautés musulmanes. Le magazine marocain Tel Quel publie quant à lui l’interview réalisée en 2012 avec Charb dans lequel le caricaturiste affirmait préférer « mourir debout que de vivre à genoux ». Du côté de l’Asie, un chroniqueur du South China Morning Post affirme que les discours racistes ou incitant à la haine doivent être condamnés.

Suite aux tragiques événements, une marche républicaine est organisée le dimanche suivant les attentats. Elle devient la manifestation la plus importante depuis la libération de la capitale à la fin de l’occupation nazie, et le quotidien russe Moskovski Komsomolets rappelle que c’est seulement la deuxième fois dans l’histoire de la France moderne qu’un président de la République participe à une manifestation. De son côté, l’Allemagne indique dans son quotidien économique Handelsblatt qu’en manifestant par millions, les Français « ont écrit l’Histoire ». On retiendra également cette image très forte d’Angela Merkel, les yeux fermés et penchée sur l’épaule de François Hollande dans un instant de compassion profonde « qui montre ce que l’Allemagne ressent quand la France pleure ».angela Merkel & F Hollande FNC Je suis charlie

Au-delà des réactions de la presse, le soutien envers la France s’est également manifesté au travers des nombreux rassemblements qui se sont déroulés à travers le monde, accompagnés parfois du chant de la Marseillaise à San Francisco et Madrid notamment.

La plume plus forte que l’arme

Au-delà du soutien manifeste des populations du monde, c’est toute la profession des dessinateurs de presse qui est en deuil. Parce que ces hommages se passent de mots, nous vous laissons observer vous-même l’étendue du soutien des dessinateurs du monde :

La censure face à la peur ?

A la suite des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, le journaliste Simon Jenkins écrit dans The Guardian « C’est le moment pour que les éditeurs et rédacteurs en chef de publications grand public à travers le monde honorent les journalistes assassinés de Charlie Hebdo en refusant de s’autocensurer ». Cependant, force est de constater que plusieurs organes de presse anglo-saxons ont fait le choix de ne pas diffuser les caricatures de Mahomet.  Le Telegraph ainsi que le New York Daily News ont ainsi décidé de flouter le dessin. Ces décisions ont suscité de vives réactions chez les internautes qui décrivent comme « lâches » ces organes de presse. Le Telegraph et le New York Daily News ne sont pas des cas isolés, puisque même le New York Times et le Wall Street Journal se sont abstenus de publier les caricatures en préférant des images dénuées de toute référence religieuse. Du côté de la télévision, CNN ainsi que toutes les grandes chaînes américaines ont également refusé de diffuser les caricatures. Paradoxalement, certains de ces journaux anglo-saxons qui se refusaient à diffuser les caricatures jugées trop controversées ont opéré le choix éditorial de mettre en image l’acte terroriste en Une, tels que le Courier Mail, le Daily Telegraph ou encore le Herald Sun.

« Ils ont tiré, mais qui a armé les tireurs ? »

Si la majeure partie des journalistes apporte soutien et hommages à tous ceux touchés par ces attaques, la Russie s’est montrée quant à elle beaucoup plus critique à l’encontre de la France. Un parti pris adopté par le site d’actualités Vzgliad qui considère que la France fait preuve de laxisme, en précisant que les « français ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes ». Le rassemblement républicain du 11 janvier est également moqué, qualifié d’élan « naïf » et « pathétique ». Le journaliste Mikhaïl Boudaraguine précise que « le président français est coupable d’avoir donné naissance à l’Etat islamique et il en porte la responsabilité ». Un point de vue délicat à assumer en cette période de deuil et d’hommages.

L’assassinat des caricaturistes de Charlie Hebdo dans leurs locaux provoque ainsi une véritable onde de choc dans le monde entier. Entre indignation, hommages et tristesse, le monde est bouleversé et la presse ne manque pas de consacrer de nombreuses pages à ces événements tragiques à l’origine d’un véritable écho médiatique mondial.

Pauline Flamant

Sources :
Courrier International, n°1263 du 15 au 21 janvier 2015
Lefigaro.fr
Vanityfair.fr
Divertissonsnous.com
Lemonde.fr
tempsreel.nouvelobs.com
Courrierinternational.com
Crédits images :
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complot charlie hebdoUne petite histoire du conspirationnisme

C’est sans doute aussi dans la lignée de notre dossier sur les mythologies et les processus de héroïsation que s’inscrivent nos articles en lien avec la tragédie survenue ce mercredi 7 janvier 2015. Les antihéros subjectifs de Charlie Hebdo sont devenus des héros objectifs de notre société pourtant si peu apte à vraiment apprécier collectivement l’édification de véritables héros.

La défense des libertés d’expression et de presse, ainsi que l’indignation contre un terrorisme assassin d’innocents, auront rassemblé tout notre pays endeuillé, au travers des images de communion fraternelle et nationale des marches du dimanche 11 janvier dans toute la France. C’est une mythologie positive, celle du bien, de valeurs absolues et de notre situation française particulière, qui s’oppose à un mal irrationnel et destructeur. Quels que soient nos particularismes et nos aspirations divergentes, cette narration désormais historique s’incarne en chacun de nos esprits, non pareillement, mais avec une empathie et une indignation engagée et affirmée.

Seulement comme toute narration aussi brutale et aussi forte, relayée aux quatre coins du globe et vécue vivement et intimement par au moins plusieurs dizaines de millions de personnes, elle n’échappe pas aux déviances communicationnelles et culturelles que constitue l’édification de narrations conspirationnistes et de théories alternatives dites ‘du complot’.

Un phénomène éternel mais aujourd’hui exacerbé, le complot comme fatalité contemporaine

L’écrivain George Steiner comparait ce phénomène idéologique à une « théologie de substitution » installée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cependant, à travers l’histoire de nombreux événements historiques de portée mondiale servent de modèles à de potentielles réécritures, à ces glissements de narration alternative ; de la mort de Lady Di au 11 septembre en passant par l’atterrissage sur la Lune ou l’assassinat de John F. Kennedy.

Qu’est-ce qui peut bien constituer ce penchant pour le doute et l’incrédulité, pour la remise en question de faits et de raisonnements mis en avant par des gouvernements, des services policiers et judiciaires au travers des médias ? On le sent de plus en plus présent à mesure que les médias gagnent davantage en influence sur l’opinion et que les réseaux sociaux permettent une interaction et une visibilité permanente à des personnes aux idées déviantes sinon marginales.

Si le complot existe dans l’historiographie au moins depuis la Révolution Française -complot antichrétien et maçonnique hérité des Lumières, selon la première véritable théorie du complot publiée en 1798 par l’abbé Augustin Barruel-, l’actualité contemporaine telle qu’elle est écrite et analysée par les principaux médias est plus que jamais qualifiée de mythologie par les sphères conspirationnistes et dissidentes. Celles-ci ne se contentent pas de lire et d’écrire différemment les événements et les faits, elles font aussi preuve de cette réserve dubitative, voire soupçonneuse, envers toute narration qui proviendrait des médias, tout autant idéologisée que les gouvernements, les politiques et les groupes d’intérêts qui régiraient le monde.

Aussi, il existe deux approches distinctes mais communes au complotisme actuel. L’une réfute les faits et, à travers eux, les informations, ce qui revient à décrédibiliser toute la chaîne de transmission jusqu’au pouvoir agissant. L’autre s’en tient à l’idée fixe que la vérité ne nous est pas dite, que derrière, des situations profitent à des intérêts particuliers, par une manipulation préalable de l’information auprès des médias pour anesthésier les sens de l’opinion publique. L’une part des causes, l’autre est déjà dans la conséquence, elles se rejoignent et participent à un même  phénomène qui fut à l’œuvre pour Charlie Hebdo.

Comment et pourquoi instrumentaliser des faits pour comploter sur Charlie Hebdo

Tout commença par le professionnalisme ‘militaire’ des deux assassins, leur préparation et l’efficacité de leur opération, leur capacité à s’enfuir sans que les forces de l’ordre ne puissent mettre un terme à leur folle escapade meurtrière ; mais ils ont des difficultés pour trouver l’adresse exacte de Charlie Hebdo, se trompent de numéro, et les policiers ne sont pas encore là quand ils sortent de la rédaction l’arme à la main et fiers de leur crime. Surtout ils laissent leur papier d’identité dans la première Citroën abandonnée, pourquoi prendre ses papiers d’identités ? C’est vrai qu’on ne voit pas de sang sur ces images terribles du policier que la terreur achève sur ce trottoir parisien. Et les rétroviseurs, même gris teintés, semblent ne pas être les mêmes sur la Citroën au départ et à l’arrivée. Et ce commissaire de Limoges chargé de l’enquête qui se suicide en ces instants si fiévreux, et que dire de la non poursuite d’un des frères Kouachi en 2010 pour détention de matériel pédopornographique… Le doute s’accroche à tous les lambeaux d’évidence, mais le plus souvent s’effondre au contact du réel.

Alors que l’internaute se creuse le crâne, use de son imagination, cherche ailleurs ce qui ne contente pas son esprit transgressif, et s’arme ensuite de théories toutes faites, ceux qui ‘conspirent’ par idéologie, comme on l’écrit conventionnellement, qu’ils propagent ou s’ infusent des ces théories, eux portent un regard de dédain sur les faits, s’imaginant que se cachent derrière celles-ci des vérités secrètes et  inavouables.

C’est ainsi que Thierry Meyssan, devenu célèbre complotiste suite à la parution de son livre sur les attentats du 11 septembre, élabore dès le lendemain de la tragédie parisienne des hypothèses alternatives qui visent à rassasier l’incertitude, l’incrédulité ou l’insatisfaction de ses lecteurs face à la narration ‘officielle’. Paranoïa ou ignorance ; le fondement du complot est qu’il est occulte et menaçant.

Alors c’est la CIA ou le Mossad, ce sont des mercenaires privés, ce sont d’anciens agents de renseignements français, ou alors ‘on’  savait qu’ils allaient commettre l’attentat, qui est peut-être bien un de ces false flags qui ont créé conflits et boucs émissaires au fil de l’histoire moderne. C’est bien là un de nos véritables fantasmes contemporains que de ne pas vouloir croire. D’aimer la vérité au point de ne croire en rien sinon qu’on nous ment, et que la réalité est différente de celle qui habite nos esprits du fait des médias et des gouvernements, du fait de gens puissants qui tireraient les ficelles.

Le conspirationnisme, un enjeu communicationnel, notamment pour la jeunesse

Il faut croire que c’est aussi un dysfonctionnement communicationnel qui participe aux causes de l’émergence de croyances conspirationnistes généralisées, notamment chez la jeunesse. La baisse de confiance vis-à-vis des politiques et des médias explique cela pour beaucoup, ainsi que l’influence incroyable d’internet qui offre des schémas de pensée plus subversifs et transgressifs.

On en revient à nos nouveaux héros de Charlie, aux héros négatifs terroristes islamistes, et à ce que cela implique comme conséquences. D’abord ce conspirationnisme réhabilitera ou justifiera les héros négatifs, qui ne seraient que des instruments entre les mains de qataris, de saoudiens ou de services secrets occidentaux, tout en relativisant les héros positifs et les instants d’émotion nationale qui ne seraient plus alors que mises en scène.

Chacun ses conspirations, symptômes d’adhésions à une opinion, ou d’endoctrinements

Il faut comprendre que la tentation conspirationniste est aussi présente que le fait de croire que l’immigration est la cause de nos problèmes économiques par exemple, ou que le capitaine Dreyfus était véritablement l’espion caché qui révélait nos secrets militaire aux allemands. Elle n’a pas d’idéologie préétablie car elle ne vise qu’à remettre en question la vérité et le discours tel qu’il l’établie. Elle repose sur une conception historique relativiste où tout n’est qu’instrument servant des groupes exogènes pour réaliser de funestes desseins.

Aussi l’amalgame des frères Kouachi avec les musulmans français procède également d’une conspiration, qui se base sur le racisme en expliquant le terrorisme primairement par la religion ou l’origine ethnique, afin de stigmatiser nos compatriotes et d’inciter à la communautarisation. Elle se trouve relayée par de nombreux tweets mais aussi par des articles sur des sites de l’extrême droite identitaire, et jusqu’aux dires spontanés de nombreux français dans l’ignorance ou dans la peur.

C’est cette synthèse entre préjugés instinctifs et collectifs, et ce besoin de tisser une narration alternative et explicative souvent idéologique, qui construit nos conspirations suite à nos incertitudes et à nos méfiances. Cependant nous révélons par ces traits qui collent à la peau, non pas simplement une quête de rébellion ou de repères, mais parfois un intérêt pour des questions nationales ou globales, une curiosité insatiable et insatisfaite, voire une imagination foisonnante.

Risques annexes liés au complotisme, et réalité du besoin de protéger nos libertés

Le danger est néanmoins bien présent, surtout auprès de la jeunesse. Il faut que nos gouvernants retrouvent par l’action et les résultats, la confiance de la population. Que les gouvernements soient au plus près de la transparence et s’éloignent à jamais de la propagande. Il y a un enjeu éducationnel aussi. Si l’on œuvre pour que l’intolérance, le racisme et la haine ne soient plus si présents dans nos sociétés, le conspirationnisme deviendra plus inoffensif et ne sera plus alors détourné comme il peut l’être aujourd’hui par le mal peureux et ignorant.

Tandis que Marine Le Pen souhaite le retour de la peine de mort ou la fermeture de l’espace Schengen, d’autres politiques veulent des lois de sécurité comparables au Patriot Act, ou bien de nouvelles réglementations sur internet, tant de restrictions potentielles aux libertés individuelles dans leur ensemble. Et alors que des millions de français se rassemblaient dans la tristesse le recueillement et l’espoir, parmi des dirigeants du monde présents, certains ne respectaient pas même chez eux les dites libertés d’expression et de presse. Et le ‘convive’ Benyamin Netanyahu d’inviter les français de confession juive à émigrer en Israël, après avoir comparer l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo et celui de la prise d’otage de l’Hypercasher de Vincennes,  à la résistance palestinienne contre l’occupant au Proche-Orient. Ce à quoi son audience répondit par une belle Marseillaise, ne donnant pas foi à n’importe quelle narration, même si tout-cela est loin de s’apparenter au complot illuminati ou reptilien en la matière.

Apprendre et éduquer, contre la peur et l’ignorance, pour s’approcher d’une vérité plus exacte

Alors le conspirationnisme n’est certes ni une pédagogie ni une idéologie valable en soi. Et le combat contre la peur et contre l’ignorance doit être mené, car celles-ci peuvent donner lieu à des conflits haineux où l’individu comme la communauté peuvent être jetés en pâture aux moutons. Mais il ne faut pas que cela occulte les réelles instances à xtravers l’histoire où des hommes de pouvoir et des groupes de personnes malveillantes peuvent chercher à mystifier l’individu afin de satisfaire des intérêts personnels ou idéologiques, toujours apatrides aux valeurs nationales et républicaines, et toujours étrangers aux intérêts du peuple français souverain. Et nos meilleures armes en tant que société et en tant que citoyens sont alors l’apprentissage et l’éducation, dans la conservation de nos libertés et de notre esprit de fraternité et d’égalité, ainsi que de notre foi humaniste en la paix et en la justice.

 Etienne Raiga-Clemenceau
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canalblog.com

ratp comRATP : Entre com' et comédie !

 

Et si la RATP parvenait à faire cesser l’incivilité la plus courante sur ses lignes grâce à une communication pour laquelle elle n’aurait pas versé un sou ? Depuis plusieurs mois une troupe de comédiens indépendants a investi nos rames parisiennes pour faire leur promotion, et ce pour notre plus grand plaisir de spectateur passager.

Imaginez : deux hommes en costumes-cravates, sac de sport à la main et badge RATP au côté, entrent dans votre wagon et se présentent comme les agents d’un nouveau service mis en place par le groupe pour vous apprendre à valider votre ticket. Mais très vite leurs gesticulations dans tout le wagon vous font douter. Le fou rire commence à monter quand ces joyeux comiques dégrafent théâtralement leurs costumes pour amener le dénouement. Le dernier acte est alors libérateur d’un rire franc qui sort tout seul de votre gorge : les deux troubadours grimpent désormais aux barres parallèles et s’y trémoussent dans tous les sens, le tout sur un remix de « Je t’aime moi non plus » mettant sous les projecteurs l’orgasme de la validation du ticket. Evidemment, l’annonce finale de leur véritable identité n’est plus vraiment un coup de théâtre.

Un show des plus hots dont vous vous souviendrez, ce qui explique sans doute que le très sérieux groupe RATP, qui jusqu’ici a mis la culture à l’honneur à travers ses expositions sous-terraines ou ses campagnes de poèmes, n’a pas censuré un tel spectacle et a accepté qu’il se joue sur ses planches. En effet, si certains grimacent devant les caleçons aux motifs des plans du réseau et en font tout un drame, la plupart des passagers applaudissent à pleines mains devant la performance et ne sont pas près d’oublier comment valider leur ticket.

 
Inès Garmon
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