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Société

Un passé qui ne passe pas

Le Frankfurter Allegemeine Zeitung a lâché une véritable bombe le 26 avril dernier: Horst Tappert (1923-2008), l’homme qui a incarné pendant un quart de siècle (1974-1998) et 281 épisodes le célèbre inspecteur allemand Derrick, aurait été, en 1943, engagé dans les Waffen-SS.
Quand la banalité du mal se cache derrière celle du bien
Le coup est d’autant plus rude que la série est chargée en symboles. Diffusée dès le début des années 70, elle a contribué à améliorer l’image du pays, marqué par la « banalité du mal », notamment à travers les valeurs incarnées par son personnage clé : un peu terne, conservateur mais honnête et travailleur. Diffusée dans 102 pays, la série illustrait le succès du “made in Germany”.
A l’annonce de la nouvelle, la consternation est grande, particulièrement en Allemagne, où Horst Tappert est une icône télévisuelle. En Bavière, on envisage de lui retirer le titre de « commissaire honoraire de la police bavaroise » qui lui avait été décerné en 1980. Les différentes chaînes de télévision déprogramment les épisodes qu’elles devaient diffuser. “Nous ne voulons pas honorer un acteur qui a menti de cette façon sur son passé”, explique le producteur de la chaîne norvégienne Max. Ces décisions suscitent nombre de polémiques.
Entre éthique et politiquement correct
Il ne faut bien sûr pas omettre le devoir de mémoire. Un tel passé ne peut être mis sous silence, et à coup sûr, les habitués de la série auraient désormais porté un autre regard sur leur inspecteur préféré. L’affaire pose en effet un problème d’éthique : peut-on continuer à accepter sur nos écrans un ancien nazi ? D’autant que la série fait face à un paradoxe assez gênant, puisque Derrick se caractérisait par son pacifisme, sa volonté d’éviter l’usage des armes, et sa lutte quotidienne pour la justice. Clin d’œil sadique du nazi, ou marque d’un caractère pacifiste en rédemption ? La réponse est peut-être effrayante… ou non. C’est bien ce qui dérange : on n’en sait rien.
C’est pourquoi les médias et les politiques sont accusés de ne réagir que conformément à la « bien pensance », en tenant le même discours diabolisateur. Le politiquement correct prend (encore) le pas sur l’analyse et la réflexion. Or on est à même de se demander si le passé certes trouble, mais non complètement élucidé, de Horst Tappert justifie cette diabolisation. « Les documents dont nous disposons pour le moment ne permettent pas de comprendre les circonstances de son engagement, ni s’il a été soumis à des pressions au moment de s’engager », explique au Spiegel l’historien Jan Erik Schulte. De fait, la réponse n’est pas simple.
Une polémique née de faits encore flous
Historien spécialiste du nazisme, Guido Knopp estime qu’«on ne doit pas se précipiter pour le clouer au pilori», en rappelant que la Waffen SS était une «troupe criminelle» mais que tous ses soldats n’étaient pas forcément coupables d’exactions. En effet, de grandes zones d’ombre demeurent ; Tappert a-t-il intégré cette division par conviction ou par pressions ? En effet, si jusqu’en 1940, la Waffen-SS est exclusivement constituée de volontaires devant prouver leur filiation aryenne, ce n’est plus aussi vrai trois ans plus tard. Face au manque de troupes, elle renonce à l’engagement volontaire et élargit le recrutement.« La pression pour devenir Waffen-SS était très forte en 1943, surtout sur les jeunes hommes », souligne l’historien allemand.
Pourtant, cette complexité de l’affaire ne transparaît pas dans les médias, au vu des titres de presse de ces derniers jours. La communication est claire : le sujet est tabou. 70 ans après, il effraie toujours, ce qui explique l’ampleur des réactions ; Tappert est un nazi, on l’enterre et on n’en parle plus. La honte d’avoir encensé un nazi pendant des années, de n’avoir rien vu, la peur de ces souvenirs qui hantent encore notre inconscient collectif,… beaucoup de choses expliquent la construction de ce tabou. La prégnance dans les esprits européens d’un passé qui ne passe pas est encore bien visible.
D’ailleurs, cette posture pseudo-éthique oublie non seulement que l’on ne connaît pas toute l’histoire, mais oublie plus largement l’Histoire elle-même en alimentant le portrait manichéen de cette Allemagne du début du siècle : les soldats allemands semblent avoir, aux yeux des journalistes européens, acquis le monopole international de l’horreur. Or il est peut-être dangereux de réduire la barbarie humaine au nazisme.
D’où les interrogations qui entourent l’arrêt des diffusions de Derrick : peut-on aller jusqu’à bannir complètement un acteur et sa série ? Peut-on s’asseoir sur la série, instrument de la réhabilitation d’une Allemagne salie par les crimes du nazisme ? Nier complètement cette deuxième existence de Tappert, celle que l’on connaît le mieux, ne pourra pas, à priori, nous apporter la « rassurance » dont on a encore besoin.
 
Bénédicte Mano

Société

L'affaire Virgin

 
Les faits
La catastrophe avait pourtant été annoncée. Le 7 janvier 2012, la direction de Virgin réunit un comité exceptionnel d’entreprise. Ca y est, l’entreprise est en cessation de payement. Et les choses ont continué. Personne ne semblait remarquer l’absence de ces vitrines, au Louvre ou sur les Champs. Une grève des employés avait bien eu lieu, dès décembre, suite à la résiliation du bail du magasin phare de l’enseigne sur la grande avenue parisienne, mais en vain. Virgin devrait subir la valse des repreneurs et propositions, comme une entreprise traditionnelle. Pourtant, l’entreprise a bien connu son heure de gloire, même si les profits n’étaient plus au rendez vous (“plus que” 286 millions d’euros en 2011). Lors de son ouverture il y a quinze ans sur les Champs Elysées, Virgin était déjà décrit comme “le plus grand magasin de musique du monde”. Mais on en aurait presque oublié ce paradis tombé en ruine… Jusqu’à cette semaine, qui signèrent les derniers soubresauts d’une lente agonie.
Le 13 mai à minuit, l’enseigne qui cherche à rentabiliser le peu de temps qui lui reste à vivre, et pensant attirer par cette opération d’avantage de repreneurs décide d’organiser une grande braderie. Jusqu’à -50% sur tout le magasin, et -20% supplémentaire pour les détenteurs de sa carte de fidélité. La suite se passe de commentaires :
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Virgin, cadavre exhalant, est maintenant surmédiatisé. L’article de Rue89 met en lumière les nombreuses violences de cette journée de folie : magasin pillé, modèles d’exposition arrachés, vitrines détruites… Mais surtout, l’effet sur les salariés, traités comme de vulgaires coursiers. L’enseigne a du fermer ses portes a 19h pour filtrer l’intégralité des clients restant, et les employés n’ont vraiment terminé leur journée qu’à 22h.

Le bilan ? Une offre vite retirée, et une agonie qui n’en finit plus. En effet, le lendemain de la vente, le potentiel principal repreneur de la marque, Rougier et Plé, a retiré son offre. Cette dernière concernait notamment la survie du principal magasin parisien. Et aucun autre repreneur ne s’est fait connaître à ce jour.
A qui profite le crime ?
Il est relativement simple d’expliquer cette descente aux enfers de Virgin. “Le plus grand magasin de musique du monde” existe toujours, mais dans nos ordinateurs. L’iTunes Store a explosé, là où la marque écarlate a peiné à prendre le virage, préférant se spécialiser, sur la téléphonie mobile par exemple.
Mais bien plus que le simple prix des loyers de ses magasins pointé du doigt par la direction, il y a un grand coupable. Son nom est sur toutes les lèvres : Amazon. En effet le géant américain propose des prix défiant toute concurrence, et pour cause : grâce à de l’optimisation fiscale et diverses astuces, le groupe ne paye que de modiques sommes d’impôts à des pays où il emploie pourtant des centaines de personne et possède plusieurs grosses infrastructures. Et cela commence à irriter. En Angleterre, la marque au sourire a décidé de rendre publique son imposition. Et celle-ci fait réagir : Amazon a payé 2,4 millions de livres (2,8 millions d’euros) d’impôt sur les sociétés l’an dernier alors que le chiffre d’affaires de sa filiale britannique s’est élevé à 320 millions de livres. Il semble alors impossible pour des groupes comme Virgin de rester compétitif en face de telles marques, omniprésentes en ligne.
Qui est le suivant ?
Virgin n’est pas seul. Une autre enseigne vacille et pourrait bien connaître le même sort. La FNAC est elle aussi en danger. Depuis 2007, le groupe multiplie les plans sociaux, et ses bénéfices continuent à chuter. Au total, plus de 1500 salariés ont déjà été reclassés ou licenciés. Depuis 2009 une épée de Damoclès plane sur le groupe. Son propriétaire, François-Henri Pinault a annoncé son intention de vendre le groupe au Wall Street Journal. Malgré de nombreuses offres et une présence importante en ligne, la FNAC n’arrive pas à endiguer la saignée de ses clients vers l’eldorado Amazon. La bataille pour la survie des enseignes de distribution culturelle n’est donc pas finie. Elle ne fait que commencer.
 
Clément Francfort

Publicité et marketing

Abercrombie : bad buzz ou technique de com’ ?

 
En excluant certaines catégories de personnes on reconnaît à d’autres catégories la chance, et la légitimité d’entrer dans la caste des « beaux », d’appartenir à la secte des mensurations Abercrombistement parfaites. Le CEO aux idéaux physiques tordus, Mike Jeffries, descendant direct de Biff Tannen (Retour vers le Futur), nous fait avaler de force sa conception de la beauté. Il revendique ses idées et les clame de bon cœur, sans gêne aucune. Avec une bonne dose de fierté et un soupçon d’arrogance, il se permet d’exclure de ses magasins et de ses T-shirts toutes les grosses du monde. Qu’à cela ne tienne, Greg Karber à choisit de lui répondre d’une manière hautement symbolique. Non pas en l’insultant ou en le fustigeant, la lapidation de critiques ne feraient qu’alimenter la croissante notoriété de la marque en formant un nuage de bruit autour du bad buzz. Alors il a choisi de s’attaquer directement à l’image d’A&F. Une image contestable et contestée, il a donc choisi de renverser la tendance.
Le but est de mettre à mal l’image d’une marque destinée aux beaux, riches et populaires en distribuant des vêtements d’A&F aux sans-abris. Ainsi ils deviennent gratuitement les ambassadeurs indésirables de la marque. Voir la vidéo ci-dessous.
#FitchTheHomeless

Si la réponse à la polémique est aussi cinglante c’est aussi parce que la mode est rarement irréprochable en matière d’éthique et de considération morale. La marque Abercrombie avait déjà fait preuve de pratiques sociales douteuses en 2011 et 2010 en détruisant directement les produits retournés par les clients, en dépit des demandes des associations pour les récupérer. La marque ne conçoit pas que ses vêtements soient accessibles aux plus démunis, les pauvres seraient donc trop moches… Mais le groupe du petit fils du vieux Biff avait également défrayé la chronique en Avril dernier avec sa marque Hollister et de sombres, mais non moins classiques, histoires de discrimination. Les « beaux gosses » paradent à moitié nus dans le magasin pour attirer les jeunes donzelles fraiches et pimpantes, pendant que les gros et moches sont relégués à l’arrière-boutique pour « gérer le stock » (comprenez plier les Tshirts).
Alors oui il s’agit d’un positionnement marketing et de stratégie de communication. Mais depuis quand une stratégie de communication peut se faire excluante et exclusive ? Peut-on vraiment choisir de sélectionner des cibles en intégrant dans cette sélection l’exclusion de tous les autres consommateurs ?
Stratégie à part entière, bien que le personnage de Mike Jeffries semble complètement naturel, ce choix d’exclusion des personnes « imparfaites » ne dessert pourtant pas directement la marque. En réalité on pourrait comparer cette stratégie avec celle mise en place par le site de rencontre Attractive World. Sur les sites de rencontres en ligne comme dans la vraie vie non virtuelle, il existe des exclus : les gros, les moches, les analphabètes etc. Ceux qu’on ne veut pas forcément voir dans sa boutique. Alors on instaure des filtres pour ne garder que les « célibataires exigeants ». Attractive World exclut donc les moches pour contenter sa cible haut de gamme. Si vous cherchez du prêt à porter et de la rencontre en ligne passez votre chemin, ici on parle haute couture. Exclure pour mieux cibler. Revendiquer pour mieux être contesté. Et en même temps c’est en se positionnant comme une marque sélective, réservée à une sorte d’élite de la beauté que l’on suscite l’envie d’appartenir à cette élite chez le consommateur. Les personnes correspondant aux mensurations de A&F se sentiraient donc comme faisant partie d’une classe supérieure, plus belle, plus musclée. Et tant pis pour les autres.
 « Dans chaque école, il y a les enfants cools et populaires et il y a les autres. Nous, on va chercher les enfants cools. Seules certaines catégories de personnes peuvent acheter et porter nos vêtements. Excluons-nous des gens ? Absolument »
La position de Mike Jeffries est entièrement décomplexée. Et si en tant que stratégie marketing elle peut fonctionner un certain temps, le bad buzz fini par nuire à la marque. L’initiative de Greg Karber en est la preuve, et si le mouvement continue à grossir via les réseaux sociaux (déjà 5 500 000 vue sur Youtube en 5 jours), le préjudice causé ne sera pas que symbolique. #FitchTheHomeless
 
Margot Franquet
Sources :
Le Vif
Le Point
Business Insider
La Voix du Nord
Le Nouvel Obs
Le Plus – Nouvel obs
Rue89
Métro

Publicité et marketing

Gleeden : femme infidèle, femme fantasme ?

 
Vous pouvez voir en ce moment, à quelques stations de métro, une nouvelle affiche pour Gleeden, ce fameux site de rencontres extra-conjugales « pensé par les femmes », dont FastnCurious vous parlait déjà l’an dernier. Non pas que j’aime particulièrement remâcher des sujets déjà traités, ou que je fasse une fixation sur l’image de la femme dans les procédés de communication, mais il me parait intéressant de parler de cette affiche, assez révélatrice d’une société qui se ment.
Parlons visuel : une jeune femme en robe de mariée, absolument charmante et mutine, nous tourne le dos pour nous montrer les doigts croisés de sa main droite. L’imaginaire du spectateur est aussitôt convoqué ; sa main gauche posée sur l’épaule, montrant que le mariage est probablement terminé et que l’échange des alliances est déjà fait, tandis que de sa main droite, elle dément tous les serments qu’elle a fait durant la cérémonie. Pensons par exemple au Truman Show et au moment où Jim Carrey, alias Truman, découvre sur une photo de mariage que celle qu’il pensait être sa femme, également en robe de mariée, croise les doigts.
Comme à son habitude, Gleeden frappe fort en montrant que la femme infidèle a prévu de l’être dès son mariage. Alors, ses raisons pour se marier quand elle songe déjà à rompre ses engagements paraissent quelque peu étranges ; ce doit sans doute être une femme vénale, pour rester dans les clichés. Mais fermons cette parenthèse empreinte de moralité désuète. Gleeden garde donc pour figure féminine Eve, la femme pècheresse, comme le prouve leur logo en forme de pomme croquée et leur nom même. Les gérantes du site auraient-elles oubliés qu’Eve a pêché par avidité de connaissances et non par luxure ? Que nenni, à en entendre les témoignages, c’est la connaissance des plaisirs sexuels qui poussent des femmes blasées par leur vie en couple à s’inscrire sur le site. C’est aussi l’absence d’hypocrisie qui séduit les adhérents du site : quand on s’inscrit, on sait ce qu’on va faire. Et puis, franchement, qui a dit que tromper sa femme ou son mari était un problème ? Pourquoi la jeune femme de l’affiche ne croise-t-elle pas les doigts sous le nez de son mari ?
Oui, mais :
Parlons peu, parlons bien. Pas d’hypocrisie, pas de gêne, mais tout de même une grande promesse de discrétion absolue. Comment ça ? On aurait honte d’avouer à son conjoint qu’on va voir ailleurs parce qu’il ou elle ne nous satisfait pas ? Après tout si Françoise Hardy et Jacques Dutronc le font, c’est qu’ils doivent avoir raison. En revanche, si les deux partis du couple marital sont d’accord, on ne peut pas y voir réellement d’inconvénients. Mais dans un contexte de discrétion absolue, le sont-ils vraiment ?
C’est autre chose, dans cette campagne, qui m’a autrement plus gênée que des problèmes moraux qui ne concernent finalement que le million d’infidèles inscrits sur le site. Non, ce qui me gêne, c’est ce slogan, brandi comme une figure de proue : « Le 1er site de rencontres extraconjugales pensé par des femmes ». Quand on le lit comme ça, on a la vague impression que de fait, il est conçu pour les femmes, dans le respect le plus total de leur intégrité : une phrase presque féministe finalement, pour un site désinhibé. Certes. Au regard de leur nouvelle affiche, je ne peux m’empêcher d’avoir un léger doute sur la femme libre de contraintes. Car la contrainte, outre celle d’être unie à un mari qu’elle veut tromper, reste le regard de l’homme. Comment, me diriez-vous, pourrait-on arriver à cette conclusion ? Facile, regardez attentivement l’affiche. Regardez le bras de la jeune mariée. Entièrement photoshopé. Pour une femme qui assume son infidélité, ne pas assumer son bras est assez étrange. Ce léger détail entraîne une prise de conscience. Quelle naïveté de croire qu’on cherchait à attirer les femmes !
Non, non, mesdames, vous n’êtes pas la cible de ces femmes qui ont pensé le site et qui vous parlent en bonnes copines complices. Non, vous, vous n’êtes qu’un fantasme pour ces hommes qui rêvent de vous sortir de votre insatisfaction sexuelle. Oui, vous serez des reines sur le site, car vous êtes minoritaires face à une marée d’hommes cherchant à flatter leur ego et à soigner leurs complexes en battant votre mari. Triste constat que de voir les femmes se faire objets de fantasmes en se voilant plus ou moins la face. La jeune femme de l’affiche n’est que la personnification d’un fantasme, brandi devant les hommes comme un saucisson pendu dans une boucherie qui vous attendait déjà lorsqu’il était encore sur le cochon. A peine mariées, des femmes attendent déjà le secours de chevaliers blancs de la sexualité. Ce que nous dit l’affiche est encore pire : puisque la femme songe déjà à être infidèle avant même d’être mariée, c’est que cela est dans sa nature. Ah bon ? Trouvez-moi de mauvaise foi, je ne fais qu’imiter celle de Gleeden.
L’infidélité est un thème décidément prisé de nos jours, alors qu’il est de plus en plus simple de divorcer, ce qui nous montre bien qu’il s’agit d’un fantasme pour les hommes comme pour les femmes, pensez à l’affiche de « The Great Gatsby » qui n’est pas si différente de la nouvelle campagne de Gleeden.
 
Noémie Sanquer
Sources

http://www.gleeden.com/news/elle-fr_878.html
https://fastncurious.fr/guestncurious/gleeden-ou-laffichage-de-la-rhetorique-trompeuse-2.html
http://www.gleeden.com/

Société

L’émission qui va vous faire aimer la télé-réalité

 
A un mois du lancement de la septième saison de Secret Story, FastNCurious s’intéresse à une émission qui pourrait bien vous faire changer votre regard sur ce genre tant décrié qu’est la télé-réalité.
Et si on parlait social business ?
En matière de télé-réalité, on pensait avoir tout vu. Si, en France, les émissions de télé-réalité sont généralement tout public, d’autres pays n’hésitent pas à utiliser des moyens plus contestables : de la prostitution au cannibalisme en passant par la zoophilie, tout est bon pour faire monter la courbe d’audience[1]. Et les chaînes auraient tort de se priver puisque les spectateurs sont au rendez-vous. L’ambivalence autour de ce genre télévisuel peut se résumer en une phrase : la majorité de la population s’accorde à critiquer la tv réalité et pourtant tout le monde la regarde.
Plutôt que de lutter contre le système, une femme, Anna Eliott a eu l’idée de l’utiliser à des fins plus louables. En 2009, cette jeune américaine crée Bamyan Media. Nouvelle venue dans le milieu de la télé-réalité, Bamyan Media propose une idée simple afin de se différencier de la concurrence : puisque la télé-réalité nous a habitués au pire, pourquoi ne pas s’en servir aujourd’hui pour révéler le meilleur ?
Elle développe ainsi un concept d’émission qui vise à mettre en compétition les entrepreneurs sociaux d’une même nation.
El Mashrou3 : ils n’ont pas d’argent mais ils ont des idées
Ainsi, avant la fin de l’année, l’Egypte connaitra sa première émission de télé-réalité mettant en compétition de jeunes entrepreneurs sociaux et intitulée « El Mashrou3 – The Project ».
Si sur le fond, le concept est innovant, sur la forme, rien ne change. Les recettes qui font le succès d’audience de la télé-réalité sont appliquées à l’identique. Après avoir reçu plus de 900 candidatures, El Mashrou3 présente les initiatives de 14 participants âgés entre 18 et 35 ans. A travers des mises en situation concrètes, ils doivent démonter leur capacité à être de bons entrepreneurs. Chaque semaine, ils devront faire face à un jury qui éliminera l’un d’entre eux. Le gagnant remporte la somme d’argent lui permettant de réaliser son projet. Mais les perdants ne sont pas oubliés. En plus de la formidable couverture médiatique que représente l’émission, chacun d’entre eux repart avec un service l’aidant à mener à bien son entreprise.
Ce type d’émission peut-il marcher ? De toute évidence, la réponse est oui, puisque Bamyan Media n’en est pas à son premier coup médiatique. En 2009, la boîte de productions lance en Afghanistan un projet identique. Résultat : succès inattendu de la saison, l’émission a réussi à rassembler jusqu’à 7 millions de téléspectateurs pour un pays comptant seulement 30 millions d’habitants.
A quand un projet similaire en France ?
 
Angélina Pineau
Sources :
Site de El Mashrou3/The Project
Le trailer de l’émission
Très joli site de la boîte de productions « Bamyan Media »
Article sur El Mashrou3
 

 

[1] A ce sujet, très bon article de Neon Mag « Quand la télé-réalité tombe dans le trash »

Société

Jacques a dit : ouvrons les champs des possibles !

 
Quand la publicité devient imagination poétique
« Nourrir nos rêves », « nourrir nos aventures » et « nourrir notre joie de vivre » sont des slogans qui rythment la campagne publicitaire de Lu. Les campagnes qui mettent en scène de jeunes personnages qui vivent grâce à des biscuits détournés de leurs buts premiers : la Paille d’Or devient balançoire et le Véritable Petit Lu devient des ailes.
Légereté et imagination
Ces grand panneaux où le blanc domine sonnent comme des promesses de rêves enfantins. Cette couleur lumineuse est une invitation à avoir des pensées légères. Paradoxalement, parce que loin des tons agressifs des autres publicités qui cherchent à tout prix à attirer le regard, Lu a réussi avec sa nouvelle campagne publicitaire aux blancs reflets, à capturer les yeux des passants. Nuages, pureté, enfance, beauté… Le blanc est accompagné de tout un imaginaire merveilleux qui nous entraîne dans un tourbillon de rêveries.
Ce tourbillon s’intensifie avec les visions mirifiques d’une balançoire-paille-d’or et des ailes-petit-lu qui nous plongent dans un univers digne de Charlie la Chocolaterie ou dans celui plus effrayant d’Hansel et Gretel. Loin des photos provocantes et suggestives des autres campagnes publicitaires, Lu joue sur notre imagination : la marque ne nous impose rien et ce faisant entraîne une explosion plus intense dans notre imaginaire. Lu ne joue pas sur le produit mais sur l’image de sa marque. Le rêve remplace la consommation… sans toutefois desservir le produit !
En effet, tout cet imaginaire de légèreté décomplexe aussi dans un certain sens le consommateur. Un gâteau qui fait voler ne peut alourdir. Un biscuit qui donne des ailes ne peut faire grossir. Manger une paille d’or c’est comme faire de la balançoire et sortir en plein air. Ainsi, le message transmis serait : manger sucré, c’est bon pour la santé !
L’enfance
Un petit homme qui étend ses bras pour prendre son envol… Scène connue et vécue de tous. En effet, voler est le rêve que nous avons tous eu étant jeune. Montrer cette photo c’est reprendre un rêve commun aux filles comme aux garçons. Un rêve encore vivant chez les plus jeunes, enfoui chez les plus âgés mais toujours présent. Le thème évoqué s’adresse donc à chacun : qui de nous ne se sent pas nostalgique en contemplant ce petit homme qui s’imagine aviateur, explorateur, conquérant ?
Manger de Véritables Petit Beurre, c’est retrouver l’innocence des jours plus anciens pour les adultes et c’est un moyen de réaliser ses rêves pour les plus jeunes d’entre nous.
La cohérence d’énonciation
L’ambiance créée se retrouve sur le site. La graphisme est simple et coloré mais encore une fois, le blanc (et tout ce qu’il implique) domine. Dans le fond d’écran, les biscuits semblent voler en toute légereté. Des défis et le verbe à l’infinitif sont des adresses personnelles au visiteur. Le site invite ainsi à défier le quotidien et à sortir de notre routine. Le consommateur n’est pas celui qui subit les pubs mais bien celui qui est acteur de sa vie.
Vous l’aurez compris, ces publicités m’ont séduites. Faire rêver pour pousser à consommer… Voilà un programme réussi.
 
Clothilde Varenne
Source : http://www.lulechampdespossibles.fr/

Société

L'Opinion : on change tout et on recommence

 
En 1996, le Monde Diplomatique lançait son site Internet, où l’on retrouvait, avec une esthétique très épurée, le contenu de ses articles papier. Depuis, toute la presse a épousé cette stratégie. Émotion, émulation, excitation d’un nouveau canal chargé d’un imaginaire fort en utopies : les années 2000 furent marquées par une fantastique idée du tout gratuit et du libre accès aux connaissances. Hélas, ce modèle, comme on le sait, s’est avéré peu rentable, a nui aux journalistes comme au journalisme tout court ; l’impératif du clic engendrant une course au « buzz » et au contenu vain et vaguement amusant, le LOL. Face à cette double crise dont on nous a déjà bien trop parlé, quelles alternatives ?
Certains décidèrent d’adapter le journalisme à cette nouvelle matière qu’est Internet, plutôt que d’opérer un simple transfert. Ils se saisirent des possibilités qu’il offrait : interactivité, objets dynamiques… C’est l’histoire de cette curieuse soucoupe que fut OWNI, un « pure player » (un média n’existant que sur Internet), avec un aspect graphique, fortement artistique et qui a été repris même dans les journaux papiers désormais. Un média qui prétendait à une information différente, en exploitant le mythe des données, supposées neutres et révélatrices de vérités. Le contenu n’en était pas moins intéressant, et l’on doit à cette initiative beaucoup d’innovations et une nouvelle conception de ce que peut être l’information à l’ère du Web. Seulement, OWNI a fermé cette année.
Quant aux autres grands titres, des déboires de Libération aux difficultés du Monde, en passant, si l’on fait un petit détour à l’international, par la fermeture de Newsweek, le modèle qui saurait concilier écrit et écran semble encore bien flou. Il y a bien le New York Times qui a adopté un “paywall”, un mur payant où l’on peut ne peut lire que le début des articles gratuitement – la page d’accueil se présentant comme une sorte de Une cliquable, assez surprenante. Mais n’importe qui n’est pas le New York Times, et il est peu probable que cette solution soit applicable à tous les médias.
Pourquoi ces échecs ?
Eh bien peut-être parce que les médias traditionnels ne se sont toujours pas saisis d’Internet. Ils l’interprètent encore comme un faible écho aux productions écrites. Certains prennent tout de même acte du fait que leurs lecteurs ont changé d’usage. Le Monde a récemment refondu sa page d’accueil, plus dynamique et mouvante, plus adaptée à la rapidité d’Internet tout en proposant en parallèle un temps propre à la réflexion avec des articles qui se rallongent dans son journal. On peut y trouver une carte qui permet de visualiser ce qui se passe dans le monde, ce qui serait impossible à réaliser sur papier.
L’Opinion tente d’aller encore plus loin. A l’heure où cet article est écrit (13 mai), on peut lire sur la page de présentation de ce tout nouveau journal : « ce média sera à la fois un site Internet, une application pour mobiles et tablettes, une chaîne vidéo et un journal papier. » Les sites d’information ont forgé un nouveau terme pour en parler : c’est un « média web-papier ».
Pour la première fois, les deux supports sont mis sur un pied d’égalité. Même, selon France Culture, c’est Internet qui prend le dessus : « son modèle économique est inédit, puisque pour la première fois, le papier n’est que l’extension d’un support web majoritairement payant. » Nicolas Beytout, créateur de ce nouvel ovni, souligne son caractère radicalement nouveau. L’Opinion sera présenté sous forme d’une grille radio : on donnera des rendez-vous à heures fixes aux lecteurs (une méthode qu’applique déjà le Huffington Post avec le 13h de Guy Birenbaum par exemple). On y trouvera des mini JT vidéo, où les journalistes se filmeront, et le journal à 22h pour les abonnés. Quant à la ligne éditoriale : « libérale, pro-business et pro-européenne », pour se démarquer.
Coup de com’ ou nouveau modèle économique viable ? Le magazine sortira en kiosque demain, distribué gratuitement. Ensuite, affaire à suivre…
 
Virginie Béjot
Sources :
Le Nouvel Economiste : L’aventure de l’Opinion, le nouveau journal de Nicolas Beytout
BFM TV : l’Opinion, nouveau site d’info pensé comme une grille de radio
France Culture : l’Opinion, nouveau modèle économique de la presse en ligne ?

Société

Leak me

 
En dépit d’une législation controversée mise en place en France, on impute toujours la chute record des ventes physiques de disques au téléchargement illégal. Intéressons-nous à un pan de ce dernier, le leak. Le mot, « fuite » en français, désigne le fait qu’un album en entier est mis en ligne illégalement avant sa sortie officielle.
Le leak pose problème : il rompt complètement la chronologie de la sortie d’un album. Alors que jusqu’ici l’avis des critiques jouait beaucoup dans la décision d’achat, les utilisateurs peuvent se fonder sur leur propre avis, en amont de la sortie du disque. Lorsque le leak est très prématuré, l’utilisateur achètera-t-il quand même l’album s’il s’en est déjà lassé ? En outre, la qualité de cette édition est parfois hasardeuse. Alors qu’un fichier mp3 de qualité est encodé sur 360 kbits, le leak atteint rarement plus de 128 kbits. Sans parler de la mise en ligne de chansons non mastérisées, comme ce fut le cas pour Veckatimest de Grizzly Bear.
Ces nouveaux enjeux pénalisent indéniablement les artistes, d’autant plus qu’ils mettent à mal leur stratégie de communication. Qu’un artiste la planifie ou non, il y a toujours une montée de buzz en amont de la sortie d’un album. Les informations sont lâchées au compte goûte : longueur de l’album, nom des pistes, premier single, premier clip, premiers interviews, annonce d’une tournée… Les fans commentent, font monter le buzz, jusqu’au jour de sortie. Le leak vient perturber ce rythme. Pire, il rend superflue la stratégie visant, en premier lieu, à créer une forte attente auprès de la communauté musicale, symbole d’achat le jour de la sortie.
Le concept de jour de sortie change complètement de sens, d’autant plus que bon nombres d’artistes mettent l’album en streaming légal dès la sortie du leak pour offrir aux utilisateurs une expérience d’écoute en bonne qualité. Le jour si longtemps attendu ne devient plus que le jour où l’édition physique est disponible. Or, les artistes, longtemps pénalisés par le leak comprennent de plus en plus l’enjeu de cette nouvelle définition.
Si les vinyles sont de plus en plus populaires, c’est bien grâce à une demande croissante face à l’objet physique du disque. La pochette se fait œuvre d’art, d’où l’intérêt pour certains de la posséder en 12″, format rendant le plus justice à l’artwork.  Les artistes, poussés par le leak misent donc de plus en plus sur des formats vinyles. Cantonnés durant les années 90 et le début des années 2000 à la communauté alternative et indépendante, les vinyles sont désormais utilisés par des artistes davantage mainstream comme les Rolling Stones, Muse – qui sort aussi des clés USB – ou Lady Gaga, qui profitent de l’objet pour sortir des éditions ultra-collectors. On compte aussi de nombreuses rééditions de classiques en vinyles colorés, comme les Olivia Tremor Control proposant leur deux albums en vinyle orange  et violets, assortis de coupons de téléchargement proposant plus de trois heures de bonus par album.
En plus d’un regain d’intérêt pour le format physique, on distingue un travail de plus en plus approfondi sur les bonus offerts aux utilisateurs. L’album très attendu de Phoenix, Bankrupt ! a leaké le 26 Février, presque deux mois avant la sortie officielle. C’est sans doute pour répondre à ce leak prématuré que le groupe a annoncé une édition deluxe comportant 71 chansons de démo et de sketchs. De même, le groupe Deerhunter, suite au leak de leur album Microcastle est retourné au studio enregistrer dans le secret un nouvel album, Weird Era Cont. [1]. L’intérêt de ces versions deluxes et autres bonus est que ces versions n’ont pas à être envoyées à la presse, réduisant ainsi considérablement le risque d’un leak. La stratégie de communication peut alors faire son grand retour autour de ces éditions limitées voire surprises, créant une nouvelle émulation autour de la date de sortie.
Cependant, il faut se demander si le leak n’est pas cantonné à un certain public de niche : seulement les fans vont écumer les sites de téléchargement illégal pour récupérer en avant-première l’album de leur groupe fétiche. Dans cette optique, c’est bel et bien à eux que les artistes répondent en sortant des éditions collectors, plus onéreuses mais offrant plus de contenu : c’est une réponse de niche à un problème de niche.
 
Arthur Guillôme
[1] Lequel album fut mis en ligne accidentellement par le chanteur Bradford Cox.

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The Great Gatsby at Tiffany’s

 
Deux mythes qui se rencontrent pour célébrer « le chic et le swing » avec la récente adaptation du roman de Fitzgerald au cinéma pour laquelle le célèbre joaillier Tiffany a créé une collection inédite de bijoux.
Catherine Martin, la styliste du film explique que la production a établi ce partenariat car Fitzgerald était un de leur client et que Louis Comfort Tiffany avait, comme Gatsby, fréquenté les cercles de Long Island. Ses créations se rapprochent donc du style du film. Certains bijoux ayant été repris de très anciennes collections et d’autres ayant été créés spécialement pour l’occasion. L’actrice principale, Carey Mulligan, évoque également l’influence de ces bijoux si délicats sur son allure et son jeu d’actrice.
Le film est une fabuleuse vitrine pour Tiffany qui est présenté comme le parfait joaillier pour cette mission. Grâce à la couverture médiatique qui touche la sortie du film, Tiffany fait un retour aux années 20, raconte à nouveau son histoire et revient sur le devant de la scène, s’affirmant comme le joaillier éternel qui sait façonner les bijoux à la perfection.
Depuis 1837, Tiffany, joaillier d’avant-garde
Charles Lewis Tiffany ouvre sa boutique d’objets de fantaisie à New York en 1837. C’est depuis la découverte d’un diamant jaune et après que la marque lui ait donné son nom que Tiffany est assimilé à l’empire du diamant. Louis Comfort Tiffany, son fils, un designer visionnaire et romantique rêvant à la « perfection of spectacular beauty », hisse la marque au sommet et l’impose comme une figure de proue de l’Art Nouveau.
Tout un mythe réside dans ces bijoux : celui de susciter en nous la vision de bijoux à la fois exceptionnels et issus d’une tradition, d’un passé américain.
Un joaillier en perte de vitesse ?
En mars 2013, Le Monde, assez critique à son sujet, titre un de ses articles « Tiffany profite peu de l’engouement mondial pour le luxe ». Le jugement tombe : « trop classique, trop américain, le joaillier a vu son bénéfice chuter de 5% en 2012 ».
En effet après des résultats décevants en 2012, la marque a accumulé cinq profits warning (avertissements destinés aux investisseurs informant que les résultats seront moins bons que prévu). Avec une hausse du prix de l’argent dans la joaillerie, qui représente un quart des ventes du Tiffany, la marque ne peut augmenter indéfiniment ses prix sous peine de perdre une grande part de sa clientèle, qui a l’habitude d’acheter des bijoux pour moins de 500$.
L’imaginaire créé par Tiffany
Malgré des problèmes financiers, Tiffany communique et pour ce faire, joue toujours avec sa couleur phare : le bleu Tiffany ou PMS 1837 est devenu son code privilégié d’expression. Il peut quelque fois s’agir uniquement d’une page bleue avec un message du type « something perfect wrapped in blue » laissant la curiosité du consommateur en suspens.
Ces publicités jouent sur l’image de la tradition Tiffany et celles qui paraissent souvent avant Noël ou la Saint Valentin se fondent sur le même modèle : une photo assez sombre d’un couple chic, glamour, sous la neige, au bord de l’eau ; une mère et son enfant ; une petite fille. Aucun texte, rien, ou juste la Blue Box cachée dans un coin. Tout est dit. Sans dévoiler le produit, Tiffany laisse le choix au consommateur de ce que la Blue Box pourrait contenir.
Deuxième image et plus importante encore, 1961, Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s devant la vitrine de la boutique sur la 5e Avenue. « Nothing very bad could happen to you there. If I could find a real-life place that’d make me feel like Tiffany’s, then – then I’d buy some furniture and give the cat a name! *»
Le succès était tellement prévisible qu’Audrey Hepburn portait déjà le diamant jaune, monté sur collier et découvert par Charles Lewis Tiffany sur les photos publicitaires prises pour la sortie du film. Ce film a donné toute son aura à la marque et fait encore d’elle un lieu mythique à New York.
La sortie de The Great Gatsby ajoute un élément de plus à l’imaginaire des clients, suscite de nouvelles envies : les fans du film seront fans des bijoux. L’impact joué par le cinéma est très fort et permet à une marque de créer le buzz. Espérons que le film continue de transmettre de manière plus ou moins explicite le mythe du joaillier américain et qu’il ne finisse pas comme l’avait écrit Fitzgerald : « so we beat on, boasts against the current, borne back ceaselessly into the past ** ».
Félicia de Petiville
* Si tranquille, si majestueux que l’on sent que rien de grave ne peut vous arriver dans un tel endroit. Moi si un beau jour je trouvais un appartement qui me fasse le même effet que Tiffany, eh je le prendrais, je le meublerais et je donnerais un nom au chat instantanément.
**   Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé.
 
Sources :
Financial Review
Tiffany & Co official website
Vidéo Youtube: The Tiffany Jewels of the Great Gatsby

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Desigual, original vous dites ?

 

En matière de publicité, le sous-entendu est roi. C’est ce que nous prouve la dernière campagne publicitaire Desigual, qui met en scène, dans de courts spots télévisuels, quatre femmes dans leur routine matinale. Censuré par l’ARPP pour son contenu jugé « inapproprié », la version diffusée sur M6 et TF1 se passe de scènes trop explicites, la vue d’un sein, et floute celle d’un sextoy. Décision marginale dans le paysage télévisuel européen qui ne voit rien à redire dans le comportement des représentantes de la marque (Espagne, Allemagne, Italie diffusent le spot dans son intégralité). Le hashtag de la campagne, #faislelematin, lui non plus ne cache pas sa connotation sexuelle. A vrai dire, il ne comporte pas réellement d’autre sens que celui-ci.

Qui est Desigual ? Adepte du street-marketing, la marque est connue en Espagne, et depuis peu en France, pour son goût du buzz. Sa communication se veut profitable et à bas prix, ainsi son ancien PDG, Manel Adell, se targue de n’allouer que 4% de son budget global à la publicité, un record pour une marque qui explose depuis quelques années. Son succès peut en partie s’expliquer par une identité forte : la marque se veut légère, originale et affirmée, selon le principe du « simplifying luxury » (ressemblance avec des grands créateurs).
Un discours parfait pour incarner cette femme moderne ; un savant mélange d’héroïne de sitcom et de bienséance consumériste qui envahit les écrans. La précédente campagne, #jaiunplan, nous faisait déjà partager l’intimité de trois femmes, une homosexuelle prête à se déclarer, une working girl qui veut séduire son boss et une autre qui lâche tout pour partir « vivre en liberté comme les sauvages » en Thaïlande. Le message est clair, la femme Desigual est libérée, indépendante et prête à tout.
Pour #faislelematin, le message reste le même, mais sans le texte. Pas de narration, mais toujours cette même femme, calibrée. Elle est jeune, mince, blanche et hétérosexuelle. La condition de modernité de cette image passe alors exclusivement par une sexualisation poussive, symbole d’une indépendance à la frontière de la pudeur. La vida es chula (« la vie est chouette »), c’est avant tout un « je fais ce que je veux ». Car la femme Desigual n’a pas de contraintes, elle envoie tout en l’air, les tabous comme les billets de banque. Le message d’origine est positif, mais son traitement laisse sceptique. Après tout, la femme Desigual existe-t-elle ? Probablement pas, d’autant que la communication tente de recentrer la marque sur son cœur de cible, les 25-35ans, tout en constatant que les ventes concernent plus largement les 15-55ans.
#faislelematin provoque une douce polémique sur ce qu’il convient de montrer au grand public, mais aussi finalement sur l’image de la femme qui est véhiculée dans ce spot.
Est-il possible de construire une représentation moderne de la femme qui n’en appelle pas au sexe et à l’affirmation autocentrée ? Plus seulement mère ou épouse, la femme de publicité devient alors un corps libéré et hyper-sexualisé, au nom de l’indépendance et de l’affirmation de soi. En cela, la campagne « desigual » n’a malheureusement rien de « différent ».
 
Clémentine Malgras
Le site de la marque :
Un article décodage : http://www.womenology.fr/fr/reflexions/desigual-la-feminite-exuberante/
Une interview du PDG (en anglais) : http://www.fashionfromspain.com/icex/cda/controller/pageGen/0,3346,1549487_5857812_5857549_443078_1,00.html