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Société

Windows ne tient plus la chandelle

 
Le pitch
C’est un fait, aujourd’hui les smartphones sont préférés aux appareils photos lors des gros événements. Microsoft et les agences Crispin Porter et Bogusky Boulder jouent sur cette affirmation dans le dernier spot télévisé pour Windows Phone, « Don’t Fight ».
Lors d’un mariage, tous les invités sortent leur téléphone pour immortaliser le moment. De chaque côté de l’allée, tous lèvent les bras, mobile en main, jusqu’à ce qu’un membre de l’assistance (allée de droite) ose se lever pour un meilleur angle de vue. Une première remarque (allée de gauche) fuse, sur la taille démesurée du Smartphone de l’autre : « Excusez-moi, pouvez-vous bouger votre énorme téléphone ». Ni une ni deux, l’allée de droite se défend « vous voulez dire l’énormément génial Galaxy ? ». Et le mariage vire alors à une bataille acharnée entre détenteurs d’Iphone versus détenteurs de Galaxy. Aucun Windows Phone à l’horizon. Remarques acerbes et ironie agressive sont mises à l’honneur, reprenant les immuables répliques que l’on entend souvent, quand deux personnes vantent les mérites de leur mobile et déprécient celui d’en face.

La bonne vieille tactique de l’humour
Microsoft se sert des deux clans assis et affirmés qui se sont formés parmi les consommateurs du marché Smartphone pour mettre en valeur son nouveau produit, Le Nokia Lumia 920. Plus que cela, la marque ridiculise ses deux concurrents, Apple et Samsung, en pointant du doigt les défauts de leur produit dans des mises en scène minutieuses. Car la réussite de ce spot réside aussi dans la subtilité des dénonciations. L’humour permet d’amoindrir l’attaque de la marque. Ainsi peut-elle se défendre de chercher à faire rire plus qu’à critiquer. Les défauts ne sont pas seulement affichés tels quels, mais aussi cachés dans des scénettes cocasses noyées d’humour. Remarquez : lorsqu’un invité donne un petit coup sur son ennemi, ce dernier parcourt la moitié de la salle de réception dans un vol plané faramineux… il avait en effet une arme de qualité dans la main, l’ « énorme » Galaxy, que l’on entraperçoit seulement.
Rien de tel que des petits clins d’œil aux partisans de chaque clan pour mettre tout le monde dans son panier. Entre « Isheep » ( Imouton) et « Copymachine » (photocopieuse) chacun s’y reconnaît (en termes d’insultes), et c’est Windows Phone le gagnant. La signature de ce spot reste très simple : « Ne vous battez pas. Changez de téléphone. » Telle la Suisse proposant une alternative à ces disputes sempiternelles et lassantes.
Un petit peu d’air frais dans les publicités de Smartphones
Stratégiquement, Microsoft a très bien joué. Car comment attirer l’attention sur ce podium où l’on ne remarque que l’or et l’argent ? l’Iphone et le Samsung Galaxy S3 sont les deux smartphones les plus vendus au monde, et leur rivalité fait souvent le buzz (cf l’article de Pauline Legrand) Et bien, se servir de la notoriété de ces deux marques est une technique payante. Dans un combat qui ne se joue qu’à deux depuis de nombreuses années, Microsoft réussit une percée remarquable. Le challenge reste osé car sur une minute de spot, 45 secondes sont réservées aux produits des concurrents… Mais les spectateurs ont bien compris l’enjeu de cette publicité et sa créativité puisque, depuis sa publication sur Youtube le 29 avril dernier, la vidéo montre un nombre de vues et commentaires très satisfaisant. Et cette note humoristique détone dans les publicités de smartphones souvent très minimales et portées sur la modernité technologique. Ici le 
Nokia Lumia 920 est jaune ou rouge, et la vidéo mise sur l’action et l’énergie. Chez Windows, on ne se prend pas au sérieux, et ça fait plutôt du bien.
 
Marie-Hortense Vincent
 
Sources :
La réclame.fr

Société

Pour TF1, c’est Naoëlle avant l’heure

 
La recette de Top Chef 2013: Des plats gourmands, des spoilers piquants pour une finale au goût amer
Si la dernière saison de Top Chef se composait de candidats moins charismatiques que Norbert Tarayre ou Jean Imbert, elle avait tout de même commencé sur des chapeaux de roues en surprenant son public chaque semaine avec des épreuves toujours plus inattendues. Mais malgré un sponsoring de marques telles que Paul ou Auchan qui avait du rendre jaloux TF1 et son programme Masterchef, et des audiences plus que satisfaisantes, la fin de saison a laissé un goût amer dans la bouche de plus d’un spectateur, un comble pour une émission culinaire qui se décrit comme « gourmande » par « ses chefs ». Le programme a été victime de plusieurs ratés : en premier lieu, la fuite du nom du vainqueur sur Twitter une semaine avant la finale qui a « spoilé » beaucoup de fidèles sans le vouloir, mais ensuite l’annonce en direct du vrai vainqueur de Top Chef, Naoëlle d’Hainaut, qui en a refroidit plus d’un.
C’est même la première fois que la victoire d’un candidat a été aussi contestée puisqu’une page Facebook a même été créée pour que les téléspectateurs puissent exprimer leur mécontentement et y déverser leur haine. Un mouvement sur les réseaux sociaux qui n’est pas passé inaperçu puisque la page a récolté en moins d’une semaine plus de 77 000 likes, pas étonnant puisque déjà, le soir de la finale, les tweets et commentaires fustigeant Naoëlle défilaient sur chacune de nos timeline. Ainsi, cette communauté anti-Naoëlle continue d’augmenter et ne compte pas s’arrêter là puisqu’elle appelle tous ses membres à boycotter le duel entre Jean, le vainqueur de Top Chef 2012, et Naoëlle, diffusé lundi sur la chaîne M6 qui pour le moment n’a fait aucune déclaration.
La haine du public envers Naoëlle d’Haignaut dépasse sa personne pour atteindre la chaine de télévision M6. Il ne s’agit plus d’un règlement de compte entre le grand public et un candidat mais d’une cabale contre la production: “SVP, ne regardez pas le duel entre Jean et Naoëlle lundi, c’est notre SEUL ET UNIQUE moyen de toucher la production et de faire passer notre message.” Ce qui est reproché à M6? Se faire de l’argent sur le dos des spectateurs, ne pas prendre en compte l’avis des téléspectateurs pour les délibérations et être manipulé par un complot entre chefs étoilés et la production.
Redéfinir les programmes culinaires, un défi qui ne concerne cette fois pas Jean et Norbert
Ce que cela veut aussi dire c’est que le type d’émissions qui confère au public une position passive ne correspond plus aux attentes des téléspectateurs. Fini le temps où l’on regardait des concours de beauté ou des matchs de foot sans intervenir dans les délibérations. Les armes du téléspectateurs sont désormais nombreuses: télécommande, smartphone, tablette, ordinateur, téléviseur connecté. Plus question de rester devant son poste sans rien dire !
Sans en un faire tout un plat, il s’agirait de savoir si cette polémique annonce la fin d’un certain modèle d’émission culinaire. Depuis quelques années, le public a eu le temps de se construire un savoir relatif autour de la cuisine et son milieu. Pendant des années, le téléspectateur a accepté de recevoir les conseils des chefs, les idées recettes… Il y avait les chefs étoilés puis le jury puis les candidats puis nous. Cette position passive touche peut-être à sa fin.
Le public ne goûte pas les plats mais il connaît par cœur ce que la télévision lui donne à connaître: le jargon de la cuisine, le florilège d’adjectifs qui rend un plat « gourmand », « croquant » ou « intelligent ». Avec cinq émissions quotidiennes par semaine (Un Dîner presque parfait), deux émissions culinaires annuelles (Top Chef et Master Chef), le public s’est doté d’une culture culinaire télévisuelle et non d’une culture culinaire : qui saurait nous répéter le nom des 56 variétés de tomates qui ont dérouté les candidats l’an dernier ? Qu’en est-il des fromages et des desserts ?
Le cas Naoëlle n’est peut-être qu’un prétexte pour se rebeller contre la production. N’oublions pas que le même pays s’amuse à envoyer des tomates à Naoëlle et porter Nabilla en triomphe pour ses nombreux talents. Le téléspectateur pensait connaître les valeurs et les qualités à avoir pour remporter le concours de Top Chef jusqu’à la victoire de Naoëlle où il s’est trouvé à la fois trompé et vexé. Il a appris que le gagnant de Top Chef peut être un robot antipathique qui découpe ses gousses d’ails avec l’agilité d’une gazelle et le coup de patte d’un guépard. Le public n’est pas content et le fait savoir. La télévision d’aujourd’hui n’est décidemment plus horizontale, il faut de l’interaction, du combat. Le public crie pour exister, pour que ses choix ne soient pas oubliés. L’année prochaine à la même heure, nous mettons notre main à couper que ce public pourra voter à propos de plats dont la saveur leur restera à jamais mystérieuse. D’ailleurs bien que la chaîne ne se soit toujours pas prononcée sur cette page Facebook anti-Naoëlle, elle a tout de même pris la décision que le duel qui ferait s’affronter Naoëlle et Jean ferait participer le public qui pourra voter pour le candidat de son choix sur la base du visuel de ses plats. Est-ce une remise en cause totale de ce genre de programmes culinaires ou seulement un moyen pour la chaîne de noyer le poisson et faire en sorte que Naoëlle ne gagne pas de nouveau si le public la déteste? Le temps seul nous le dira avec les prochaines saisons de Top Chef ou Masterchef.
 
Steven Clerima & Sabrina Azouz

Politique

Jacques a dit : Morale pour tout le monde !

 
Le 24 avril, François Hollande a présenté son projet de loi sur la moralisation de la vie publique. Au programme : transparence, contrôle du patrimoine des élus et lutte contre la fraude fiscale. Quelques semaines auparavant, c’était Vincent Peillon qui agitait la sphère médiatico-politique avec sa morale laïque. A l’heure où les scandales s’enchainent, cette notion semble être sur toutes les lèvres et employée à toutes les sauces. Mais pourquoi utiliser ce terme plutôt qu’un autre ? Pourquoi parler de morale plutôt que de déontologie ou d’éthique par exemple ? Une communication efficace passant avant tout par le poids des mots, on comprendra que celui-ci n’est certainement pas anodin.
Un choix de vocabulaire plus symptomatique qu’anecdotique
Il semblerait que le gouvernement ait ici choisi délibérément un mot à forte portée symbolique, chargé d’un impact émotionnel important. Le Petit Robert définit la morale comme la science du bien et du mal. On comprend dès lors l’importance du terme pour un président en mal d’autorité face à un électorat qui réclame des sanctions exemplaires à l’égard du pouvoir corrompu. Réaffirmer une morale, c’est implicitement reconnaître qu’il existe des valeurs fondamentalement positives, auxquelles s’opposent des actions négatives. On balaye ainsi toute ambiguïté : en politique comme ailleurs, il existe de « Bons » comportements et de « Mauvais » comportements, et ces derniers doivent être punis. Et c’est justement cet aspect catégorique qui divise : on applaudit l’initiative ou on dénonce une régression simpliste (certains vont jusqu’à déplorer des relents pétainistes). Cependant, dans l’ensemble, l’initiative reste très majoritairement approuvée (un sondage IFOP pour Dimanche Ouest-France révélait la semaine suivante que 91 % des Français étaient favorables à l’initiative, dont 48 % « très favorables »). Etonnant, pour un peuple si prompt à monter au créneau à chaque nouvelle proposition gouvernementale ? Pas tant que ça.
Retour aux sources ?
Pour l’intellectuelle Julia Kristeva[1], la civilisation européenne est la seule qui a rompu avec la tradition religieuse, et qui a, dans le même temps, négligé le besoin de croire. En somme, la laïcisation des sociétés a laissé un vide difficile à combler. L’idéalisme n’étant plus encadré par des valeurs religieuses, il serait devenu nihilisme, d’où un climat de désillusions et de pessimisme quasi-permanent, exacerbé ces dernières années par la crise. En ce sens, l’approbation générale de ce retour à une nouvelle morale n’est pas étonnant. Au-delà d’un simple ras-le-bol face aux excès de quelques hommes de pouvoir, cet engouement exprime peut-être dans une certaine mesure une forme de soulagement face à ce retour aux certitudes. Ce qui profite bien entendu au gouvernement qui peut se draper d’une autorité nouvelle et noble, qui se veut au service non seulement d’un bien commun (orienté vers une classe dirigeante idéale du fait de la moralisation de la vie politique) mais également de chaque individu (via une incitation à devenir meilleur grâce à la morale laïque).
Moralité : entre coup de com’ et véritable changement, la frontière est parfois plus mince qu’on ne le croit.
 
Marine Siguier
[1] Conférence «Europe ou chaos » du 28/01/13

Société

Et si Yahoo! avait racheté Dailymotion…

 

Aujourd’hui, le 6 mai 2013, la France est en deuil. Un an jour pour jour après l’élection de François Hollande, la page Wikipédia de Dailymotion a disparu. Et lui avec.
L’aigle, ou plutôt la Pygargue à tête blanche, a dévoré le coq gaulois. Voilà que la charmante petite église d’un village français que représentait (presque) le logo de Dailymotion se transforme, bien malgré nous, en gratte-ciel de Wall Street ! Le rachat de Dailymotion par Yahoo! signe la fin de la culture française chuchote-t-on.
Adieu les Matinales de RTL rediffusées avec la tendre voix de Stephane Bern , notre monarque radiophonique préféré ?
Adieu les interventions d’Alain Duhamel dans sa rubrique « Fait Politique » ?
Adieu l’humour français « démocratisé » dans les retransmissions des sketches de nos meilleurs (ou pas) humoristes ?
Adieu les témoignages pertinents de jeunes adolescents (ou pas) à propos de leur libido, comme dans cette vidéo publiée cette semaine « C’est marrant la vie presque puceau » ?

Mais heureusement, nous ne sommes plus « la risée mondiale de l’Internet », comme avait pu le déclarer Pierre Kosciusko-Morizet, le frère de Nathalie et le cofondateur de Price Minister, au moment où les négociations entre le gouvernement et Yahoo se révélaient un peu tendues. Grâce au rachat par le géant américain de la plateforme française de vidéos en ligne, il est désormais possible d’envisager la « croissance mondiale » de la start-up française (enfin, nord-américaine, ce qui pour beaucoup semble être la même chose). « La notion de “France” n’est plus économiquement pertinente. Les capitaux sont mondiaux aujourd’hui », revendiquait l’auto-entrepreneur avec un optimisme patriotique incroyable. Mais n’ayez crainte, Pierre Kosciusko-Morizet sera bientôt le prochain ministre du redressement productif, et remplacera Monsieur Montebourg, idéaliste socio-démocrate qui a foi en un dynamisme économique national anachronique.
A Bercy, comme dans la Rue de Vallois, on ne parle plus de « défense de l’exception culturelle ». La rhétorique de la croissance a fini par triompher. Désormais, Deezer reste le seul site tricolore qui s’est fait une place en dehors du web hexagonal. Arnaud Montebourg, après avoir figuré en première de couverture du Parisien pour défendre le « Made in France », ne pouvait que s’opposer au rachat de Dailymotion, vecteur majeur de l’influence culturelle et numérique française dans le monde. Mais il n’a visiblement pas été insensible à l’ambition de la charmante patronne américaine de Yahoo! Marissa Mayer qu’il a préférée à la préservation de « l’intérêt de la France ». Le rachat de Dailymotion par Yahoo! signe la défaite du « Made in France », avant qu’il n’ait pu atteindre sa maturité.
Yahoo! a rapidement changé le nom de l’entreprise française pour « Mouvement Quotidien », traduction littérale de Dailymotion pour séduire un public étranger sensible aux sonorités francophones. Chacun saura apprécier la portée humoristique de ce choix.
Rien de mieux pour illustrer ce rapport de force « politico-économico-numérique » que les fables du conteur français Jean de la Fontaine. Dans Le Renard et la Chèvre, le lecteur assiste à la défaite de cette dernière face à l’espièglerie du renard, qui répond à la chèvre bien embêtée :
« Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts :
Car pour moi, j’ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d’arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin. »
 
Margaux le Joubioux
Sources :
-France Culture : Dailymotion devrait rester Français…. Pour le moment
-Rue 89 : Pierre Kosciusko- Morizet : « Dailymotion va mourir »
-Le Figaro : Yahoo! repart à l’offensive et lorgne Dailymotion
-Les Fables Jean de La Fontaine

Société

TF1 fait du n’importe quoi

 
L’anecdote n’aura échappé à personne, c’est même passé dans Le Petit Journal. Le 16 avril, l’émission Confessions Intimes de TF1 était la victime d’un trucage fomenté par le célèbre Rémi « N’importe Qui » Gaillard, et un couple d’amis. Lui s’est fait passer pour un fanatique – oui, autant ne pas abréger le mot pour le coup – de la star du Web. Elle a occupé 48 heures de tournage à l’ensevelir sous les reproches devant les caméras, dévastée qu’elle était par les ravages que la passion de son petit ami causait dans leur couple.
On peut comprendre que la première chaîne soit tombée dans le panneau avec tant d’éclat, puisque ce genre de tableau est exactement ce qui fait le fond de Confessions Intimes. Et il est tout aussi compréhensible qu’elle ait réagi en se drapant dans une dignité bafouée, lorsque les piégeurs ont révélé la supercherie.
Mais le public trouve nettement moins d’excuses à TF1 lorsque l’on en vient aux révélations faites par N’importe Qui et ses amis. Car – grands dieux – ils ont offert aux Français la vérité crue : les reportages de Confessions Intimes sont scénarisés !
Pas de quoi faire une attaque, évidemment. Depuis son lancement en 2001, l’émission manie trop de scènes pathétiques pour que tout puisse être vrai et le public n’a pas attendu d’entendre parler de Scripted Reality pour s’en douter. Mais c’est ce qui fait le succès de ce genre d’émission, un contrat somme toute classique avec le téléspectateur, qui doute et discute de ses doutes sur la véracité de ce qu’il voit, pour finalement être au rendez-vous la semaine suivante. Le mensonge peut être aussi énorme que possible tant que l’on a la courtoisie de n’en laisser aucune preuve solide. Les diverses interventions de Rémi Gaillard depuis le canular et notamment le making-of qu’il a diffusé, ont réduit ce dernier point à néant.
Sale époque
Or, la chaîne n’en est pas au premier ternissement de sa réputation cette année. La mort accidentelle de Gérald Babin, candidat à Koh Lanta, puis le suicide du médecin qui l’avait jugé valide, occupaient déjà l’actualité du Web depuis la fin du mois de Mars, comme nous l’avons développé ici. Quel rapport entre ces deux cas me direz-vous ? La dignité du diffuseur, bien sûr.
Les révélations de la famille de Mr Babin, exposant l’attitude pour le moins basse des représentants de la chaîne à son égard, ont fait momentanément redescendre la réputation de TF1 à un niveau qui rappelle ses débuts dans la téléréalité – l’ennui, c’est que cette fois-ci, il n’y a pas de gigantesque succès commercial à la clé. Rien de dramatique pour autant : début avril, la communication de crise de la chaîne était suffisamment succincte et cohérente, jouant sans surprise sur l’abattement de ses cadres devant le mal qu’ils avaient involontairement causé, pour la dédouaner à terme. Denis Brogniart y laissait quelques plumes, mais l’honneur était sauf.
Mais voilà qu’en sus d’un parfum de cupidité dangereuse, la chaîne apparaît coup sur coup comme amatrice dans ses prises de décision et malhonnête dans sa production de contenu ! Dès lors, l’argumentaire des belles valeurs blessées marche nettement moins bien que deux semaines auparavant : le communiqué de TF1 a beau reconnaître honorablement son erreur, s’offusquer, rejeter la faute du mensonge sur Rémi Gaillard, il est bien difficile de passer pour l’innocente victime d’un seul homme lorsque l’on pèse plus d’un milliard et demi d’euros. Et c’est sans parler de la chasse, prévisible mais peu glorieuse, qui a été donnée aux uploads du reportage du 16 Avril : Youtube, et même maintenant Rutube pour ne citer qu’elles, ont été priées de retirer tout leur contenu fâcheux.
Y’a plus de valeurs, ma bonne dame
Il en faut cependant bien plus pour abattre un tel colosse. Malheureusement, le « bien plus » se rapproche progressivement depuis quelques années : M6 continue l’assaut sur les publics de sa première rivale et gagne petit à petit une aura qui n’a plus grand-chose à voir avec la Trilogie du Samedi et son public exclusivement jeune. Désavantagée en termes de dynamisme et de réactivité, la meneuse a toujours pu se reposer sur un ancrage historique et moral, qui n’a que peu à envier à celui du service public, pour lui assurer des parts d’audience relativement constantes, même récemment. Mais même un tel atout ne protège pas indéfiniment contre la lassitude du spectateur, lorsque deux émissions phares sont menacées de mort presque simultanément.
Google arrive, M6 persiste. Le colosse pourrait-il voir ses pieds se muer en argile ?
 
Léo Fauvel
Sources :
Le Plus du Nouvel Obs
PcInpact
The Huffington Post
Le Gorafi

Société

Com' pour tous, tous pour un

 

C’est le sujet qui fait le quotidien des Français depuis quelques mois : l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, dont le texte a été voté à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Les pro et les anti (sous les appellations très similaires de « Mariage pour tous » et « Manif pour tous », au point que parfois, on pourrait les confondre) sont plus que jamais mobilisés pour défendre leurs positions. Dimanche 21 avril encore, les manifestants opposés au projet de loi étaient entre 45 000 (selon les estimations des autorités) et 270 000 (d’après les manifestants) à battre le pavé dans les rues de la capitale. D’autres mobilisations sont prévues, notamment le 5 mai.
C’est néanmoins avec beaucoup d’étonnement qu’on a pu voir une France en colère, venue en famille, défiler dans la rue contre le projet du gouvernement, criant « Hollande, démission !» allant même jusqu’à forcer les grilles de l’Assemblée Nationale. Le mouvement, dont la communication est infiniment bien rodée et qui bénéficie de l’image et de la médiagénie de Frigide Barjot, personnage devenu emblématique, a cependant dépassé le simple cadre de contestation du projet de loi : récupération politique, débordements, escarmouches à l’Assemblée Nationale, radicalisation…Chacun reprend le mouvement pour son compte et mitonne sa propre recette communicationnelle, au risque donc de brouiller les pistes et d’alimenter un sujet qui passionne le pays, mais qui divise les Français. En effet, ceux-ci sont d’autant plus sensibles à la réponse apportée aux problèmes économiques et sociaux latents que c’est en partie la conséquence de ce raz-de-bol généralisé qui a hissé la gauche au pouvoir. Retour sur quatre actes de cette tragédie 2.0.
1ère épisode : Frigide Bardot, trublion engagé ou redoutable communicante ?
 Dans un très bon article du Plus du Nouvel Observateur, Philippe Moreau Chevrolet décrit Frigide Barjot avant tout comme « une amuseuse publique qui cultive son réseau ». Mais elle est aussi une communicante politique aguerrie, militante du RPR déjà engagée à l’époque où elle chantait dans le groupe humoristique « Jalons », avec son compagnon Basile de Koch, frère de Karl Zéro. Philippe Moreau Chevrolet souligne d’ailleurs qu’elle a gagné la bataille médiatique là où de nombreux conservateurs de droite ont fini au rang de personnages ringards et décrépis : « Frigide Barjot a mieux compris que Christine Boutin, Philippe De Villiers ou autres figures ringardisées de la politique française, comment fonctionnait le système médiatique. Elle se rapproche davantage, par sa gouaille et sa capacité à se forger un personnage, de figures comme Nadine Morano ou Marine Le Pen. » L’auteur souligne en ce sens la propension de Frigide Barjot à avoir recours à ce qu’on appelle l’infotainment, en mâtinant ses saillies politiques d’humour, à l’image de ce fameux slogan de la Manif’ Pour Tous : « Y’a pas d’ovules dans les testicules ».
2ème épisode : Le Printemps Français, entre mobilisation et radicalisation
Après les nombreux rassemblements qui ont eu lieu depuis le 17 novembre, des scissions ont pu apparaître dans le rang des opposants, et ceci s’est très bien vu le 24 mars. En effet, un groupe de manifestants a décidé de passer au-delà des consignes préfectorales en voulant investir les Champs Elysées. En marge des militants trop « bisounours » derrière Frigide Barjot, ceux que l’on considère comme une agrégation de mouvements disparates sous le label « Printemps Français » se sont lassés des simples marches officielles et ont cherché à multiplier les opérations de type « happening », plus marquantes, mais aussi plus violentes. Élus socialistes chahutés, local d’association LGBT vandalisé, activisme forcené sur les réseaux sociaux : ce sont eux. C’est bien parce que leur matraquage communicationnel est efficace que le mouvement a pris autant d’ampleur : en reprenant des codes soixante-huitards (une initiative déjà repérée dans les campagnes d’affichesde la Manif Pour Tous) voire même de gauche (le poing levé et le slogan « on ne lâche rien », à un mot près celui utilisé par le Front de Gauche). Selon Jean-Yves Camus, politologue, la récupération des symboles de la gauche s’inscrit pleinement dans une stratégie communicationnelle :
« Le mouvement tente de dépasser le clivage droite/gauche pour éviter de se restreindre au peuple de droite. Il utilise donc des symboles audibles, réutilisables, pour faire de son combat une question de société et positiver le mouvement en faisant appel aux valeurs humanistes. (…) En France, quand on veut gagner un capital de sympathie auprès du public, on utilise des symboles de gauche. (…) Le Printemps français veut acquérir une image de modération et de non-conformisme, et le premier code de la gauche, c’est la manifestation.  »
Ce que confirme Thomas Guénolé, politologue lui aussi et maître de conférences à Sciences Po : « Ce qu’il y a de bizarre avec ce mouvement, c’est qu’il y a une vraie démarche de communication visuelle qui ne se soucie pas de la cohérence. On est dans l’émotionnel. Le message en lui-même n’est pas rationnel, mais la cohérence émotionnelle est là. »
En recyclant de tels codes ancrés dans l’imaginaire français comme celui de la contestation (légitime), le Printemps Français cherche donc à éviter la stigmatisation. Petit bémol : les composantes, disparates comme nous l’avons dit précédemment, de ce mouvement ne sont pas aussi modérées que le laisse entendre Béatrice Bourges, l’égérie du mouvement. Parmi elles, on retrouve des associations catholiques extrêmes, comme le Renouveau Français ou Civitas, mais aussi des groupuscules d’extrême-droite à l’instar du GUD, des Jeunesses Nationalistes ou du Bloc Identitaire qui donnent donc du fil à retordre aux dirigeants du mouvement en terme d’image auprès de l’opinion publique.
3ème épisode : « Ils ont gazé nos enfants » ou le bienfait des chaînes d’info en continu
Le 24 mars, les manifestants contre le mariage gay n’ont pas le droit de pénétrer sur l’avenue des Champs-Elysées mais ces images, mises en ligne sur Internet, montrent de manière accablante le comportement provocateur, agressif voire irresponsable – je pense au monsieur qui, prenant son enfant sur ses épaules, hurle « On va mettre les enfants devant ! » – de certains individus énervés.

Bruno Roger-Petit souligne dans son article le fossé qui existe entre la réalité des images et des comportements, et le discours que les organisateurs, les manifestants et les politiques de droite ont tenu contre l’État et le gouvernement par la suite. En regardant la vidéo, on s’aperçoit très bien que les manifestants sont en situation de provocation délibérée des forces de police, se rendant dans des zones qui leur sont interdites ; la police réagit certes, mais en ciblant les individus excités et en les gazant à l’aérosol. Les chaînes d’info en continu, répétant inlassablement les mêmes images d’un manifestant excédé hurlant « Mais pourquoi vous nous gazez ? », ont ainsi fait la lie de la récupération politique. Dans cette bataille du 24 mars, c’est évidemment Frigide Barjot et ses acolytes qui gagnent sur le terrain de la communication, car en adoptant une position froide et technique, le gouvernement a parfaitement alimenté le discours du mouvement, qui joue sur l’émotion. Cela laissait donc un boulevard si ce n’est une autoroute aux personnalités de l’UMP, qui n’ont évidemment pas raté le coche, de Jean-François Copé, en passant par Laurent Wauquiez, aux députés Philippe Meunier et Philippe Cochet :

4ème épisode : Cendrillon a perdu sa ballerine
La nuit du 18 au 19 mars 2013 restera certainement dans les mémoires : cette nuit d’échauffourées à l’Assemblée (où une malheureuse huissière a fini par écoper d’un malencontreux coup), où des députés épuisés et survoltés s’écharpaient une dernière fois sur le texte ouvrant le mariage aux couples de même sexe est aussi la nuit où la politique communicationnelle (par opposition à la politique politicienne) s’est dévoilée sans ambages. On connaissait le flacon d’anthrax de Colin Powell brandi à l’époque en pleine séance de l’ONU, ou de la bible de Christine Boutin pendant le PACS. La ballerine (qui appartenait en fait à une jeune militante de l’UDI), brandie comme un trophée de guerre, est pour Philippe Meunier (qui semble découvrir que les CRS sont en fait garants de l’ordre public et peuvent, éventuellement, ne pas être très gentils avec les manifestants) le symbole d’un État qui lance des CRS casqués sur des jeunes filles pacifiques et sans défense.

La ballerine qui a mis le feu à l’Assemblée… par lemondefr
On peut donc se demander quel sera l’avenir de ce mouvement, alors qu’aujourd’hui la loi a bel et bien été votée. Frigide Barjot annonçait déjà il y a quelques jours qu’elle comptait maintenir une dynamique jusqu’aux municipales (dans plus d’un an tout de même) et faire ainsi de son mouvement un phénomène politique à part entière. Une petite épine dans le pied de la droite française, qui au FN comme à l’UMP, ont tant bien que mal essayé de se positionner et de surfer sur la vague communicationnelle de toute cette affaire. Le sujet du mariage pour tous a en effet ouvert une brèche dans la société française, qui l’a rendue beaucoup plus perméable au discours politique. C’est au détriment cependant d’autres préoccupations de l’opinion publique, qui se cristallisent aujourd’hui en dangereuses frustrations.
Laura Garnier
Sources :
La manif pour tous, une opération de com réussie
http://babelon.babel31.com/la-manif-pour-tous-une-operation-de-communication-reussie/
Manif pour tous : gaz lacrymo, images choc et une victoire pour Frigide Barjot sur Le Plus du Nouvel Observateur
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/805559-manif-pour-tous-gaz-lacrymo-images-choc-et-une-victoire-pour-frigide-barjot.html
Violence à la manif pour tous : des réactions démesurées à l’UMP, la preuve en image sur Le Plus du Nouvel Observateur
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/805336-violence-a-la-manif-pour-tous-des-reactions-demesurees-a-l-ump-la-preuve-en-images.html
Frigide Barjot à l’Elysée : une redoutable femme politique à la com’ bien huilée sur Le Plus du Nouvel Observateur
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/768440-frigide-barjot-a-l-elysee-une-redoutable-femme-politique-a-la-com-bien-huilee.html
Qui se cache derrière le printemps français ? Sur Libération
http://www.liberation.fr/societe/2013/04/13/qui-se-cache-derriere-le-label-printemps-francais_895764
Le printemps français et le symbolisme de gauche sur Slate
http://www.slate.fr/story/71511/printemps-francais-symbole
Mariage pour tous : une ballerine met le feu à l’Assemblée sur Le Monde
http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/19/nouvelle-manifestation-anti-mariage-pour-tous_3162599_3224.html

Politique

Entre échanges cordiaux et dure réalité…

 
Même à l’autre bout du monde, une souffrance reste une souffrance… Et au-delà des cultures, les êtres humains semblent pouvoir la comprendre. La mondialisation aurait-elle du bon finalement ?
Car les informations circulent, et circulent vite. C’est pourquoi, au lendemain de l’attentat du Marathon de Boston du 15 avril 2013, nous pouvions trouver sur la toile une photographie aussi frappante que polémique.
Sincères condoléances…
En effet, à l’heure des réseaux sociaux et du « village global » de MacLuhan, une information n’a jamais eu le pouvoir d’être aussi puissante à deux endroits complètement différents. C’est donc sur Twitter que les révolutionnaires syriens ont envoyé un message d’une efficacité redoutable aux Américains, encore sous le choc des bombes de Boston. Cette photo incarne dès lors cette suprématie d’Internet dans l’immédiateté de la communication.
Vendredi 19 avril, les habitants de Kafr Nabl, une ville située au nord-ouest de la Syrie à environ trois cents kilomètres au nord de Damas, ont profité des manifestations hebdomadaires pour présenter leurs condoléances aux États-Unis. La photo est prise devant des ruines, et la banderole tenue par ces Syriens parle d’elle-même :
« Les bombes de Boston représentent une triste illustration de ce qui se passe quotidiennement en Syrie. Acceptez nos condoléances.
La révolution syrienne KNRC Kafr Nabl, 19.4.13. »

Repéré par le journaliste américain de « Foreign Policy », David Kenner, qui l’a relayé sur son blog, ce tweet s’est ensuite abondamment dispersé sur le réseau social, notamment par les comptes d’opposants au régime de Bachar al-Assad.
Les habitants de Boston ont alors, dès le lendemain, décidé de répondre par la même méthode. La photo fut aussi postée sur Twitter : une vingtaine de personnes posent autour d’un message écrit en arabe et en anglais qui peut se traduire par :
« Amis en Syrie, nous souhaitons également la sécurité pour vos familles et espérons la paix. Avec amour, Boston, 20.4.13 »
Pas si sincères que ça…
Cependant, au-delà de l’échange cordial entre les deux peuples, qui est tout à fait louable, les mots sont là, puissants et pleins de sens, mais surtout remplis de vérité. La pensée des Syriens résonne, traverse l’écran de l’ordinateur pour venir titiller nos petites vies tranquilles. Sans minimiser d’aucune façon la gravité de l’attentat de Boston, il faut tout de même souligner la réelle ambiguïté du message. À moins que ce dernier ne soit justement double, et assumé comme tel. Car oui, entre peuples endeuillés, on se soutient, mais pas trop.
Il ne faut effectivement pas oublier que des tragédies telles que celle de Boston sont devenues le triste quotidien des Syriens, et de bien d’autres peuples. L’électrochoc est donc efficace : lorsque l’on regarde la communication massive et l’omniprésence des images sur les bombes du Marathon face à la souffrance des Syriens qui continue d’être ignorée, il semble bien que cette image prend une dimension extrêmement symbolique.
Mais les habitants de Kafr Nabl n’en sont pas à leur premier message, et c’est sur un ton humoristique, voire cynique, que ces Syriens s’adressent à nous par des banderoles riches de sens. De « The Godfather, Le Parrain » avec Bachar el-Assad en passant par l’analogie des relations entre les États-Unis et la Syrie avec le Petit Chaperon Rouge et le Grand Méchant Loup, ces images ne manquent pas d’originalité pour décrire une situation dramatique et des enjeux cruciaux. C’est sur le site Occupied Kafranbel que l’on peut découvrir ces chefs-d’œuvre communicationnels qui font sérieusement réfléchir… Ils font appel à nos imaginaires collectifs, à nos mèmes, à nos cultures : ce sont Hulk, Oncle Sam, Popeye, Gollum, Titanic ou encore le jeu Angry Birds (ici, « Angry Syrians » !) qui revêtent des rôles d’émetteurs redoutables.

Ainsi, au-delà du débat de la véracité des informations où de la simplification (ou non) des relations internationales, il s’agit ici de tirer sa révérence devant un impact et une efficacité communicationnels en temps de guerre. Les messages circulent, et circulent vite : il faut ici faire fonctionner la mondialisation et tenter d’accorder aux Syriens de Kafr Nabl le droit d’expression qu’ils revendiquent à travers la mise en ligne de ces photographies.
Le message se dessine alors comme une interpellation de la communauté internationale afin d’éveiller les consciences. S’agit-il de rappeler au monde des priorités de plus en plus ignorées, voire oubliées ?
 
Laura Lalvée
Sources :
Rue 89
Bag news
Le Monde (blog)

Publicité et marketing

Il faut que je t’avoue quelque chose…

 
La carte de l’humour
« Comment ça tu as revu ton ex ? »

Sentiment de culpabilité, accélération du pouls, mains moites : en réaction à certaines phrases ou situations stressantes, le mécanisme de transpiration s’enclenche, facteur d’odeurs corporelles indésirables.
Pour le lancement de sa nouvelle gamme de déodorants « Stress protect », Nivea joue la carte de l’humour. La marque a fait appel aux services de l’agence DRAFTFCB pour sa campagne publicitaire, dont les affiches sont actuellement visibles dans le métro parisien. S’appuyant sur les petites phrases du quotidien qui sont facteur d’anxiété, Nivea met en scène les moments stressants et banals de la journée.
Sur les réseaux sociaux, la stratégie semble payante puisque les visuels trouvent grâce aux yeux des internautes, avec des commentaires du type « Bien joué, ça sent le vécu » ou « Oui on le sent bien » (Facebook).
D’autre part, Nivea avait créé le buzz avec son opération de caméra cachée « Stress test » à Mexico et dans l’aéroport de Hambourg. La vidéo de l’opération, diffusée le 12 février sur You Tube, a été visionnée plus de 5 millions de fois en deux semaines, avec près de 15000 impressions et plus de 1700 commentaires.
Comme quoi, l’humour paie (cf l’article de Marie-Hortense Vincent à ce sujet).
Un discours scientifique
Davantage que le simple humour, Nivea souligne discrètement sa vocation scientifique à travers cette nouvelle campagne. Rappelons que « L’Observatoire Nivea », constitué d’un comité scientifique, a été créé en 2006 dans le but de diffuser la recherche sur le corps.
En effet, sur son site (ici), Nivea explique de manière détaillée le processus de la transpiration, avec des explications de type scientifique : « On peut distinguer 2 formes majeures de transpiration : La première, la plus connue, est la transpiration thermique. Sa fonction principale est de réduire la température corporelle (…), elle vient des glandes sudoripares dites exocrines. La seconde est la transpiration due au stress ou transpiration émotionnelle. »
Et de conclure, sans surprise: « Il est prouvé que NIVEA STRESS PROTECT offre une protection efficace contre la transpiration due au stress. »
Dans les visuels, la connotation « médicale » est soulignée par les courbes graphiques du battement cardiaque, dont le rythme s’accélère en raison du stress.
Image et identité : de la tendresse au stress
Avec cette campagne d’affichage, Nivea rompt avec son image traditionnelle. En effet, la marque communique habituellement sur l’archétype maternel ou paternel, à coups de touchantes scènes de tendresse entre une mère et son nouveau-né à la peau douce. Un univers familial et rassurant, dominé par l’image maternelle et la symbolique de la caresse.

Ici, on passe à un tout autre style. Le monde de protection et de bien-être laisse place au stress et à l’anxiété. La marque rompt avec son identité visuelle, traditionnellement bleue et blanche, abandonnant ses belles photographies pastelles au profit de simples phrases de couleur blanche écrites sur fond violet.

Comment ne pas évoquer la stratégie de certaines campagnes pour rencontres extra-conjugales, et notamment celle de Gleeden ? Les allusions à l’infidélité ne manquent pas – soulignons que dans la symbolique occidentale, le violet est associé à la jalousie – et les sentences en forme de maximes (« Je dois t’avouer quelque chose », « Comment ça tu as revu ton ex ? », « Il faut qu’on parle ») ne sont pas sans évoquer les aphorismes de Gleeden.
De la tendresse à l’anxiété, de la famille à l’infidélité, du bleu rassurant au violet tourmenté. Avec cette campagne, l’identité visuelle de Nivea change du tout au tout. Reste à savoir si les consommateurs apprécieront.
Alors, flop ou stratégie gagnante ?
 
Clara de Sorbay
Sources :
La fiche du produit
L’Observatoire Nivea
Meltybuzz
Vanksen.fr