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Société

Arte : artifices ?

 
La chaîne franco-allemande Arte s’illustre en ce moment. D’abord, il y a quelques semaines en diffusant l’ambitieux documentaire  Une contre-histoire des Internets. Un objet qui allie le loufoque, respectueux de la déjantée culture web, et le très sérieux. Rarement avait on vu autant de grands hommes – et femmes -, pionniers et intellectuels des Internets, réunis en seulement 87 minutes. Réalisé par Jean Marc Manach et Julien Goetz, deux anciens d’OWNI, il a été plébiscité par l’ensemble des internautes et a évidemment figuré parmi les sujets les plus traités sur Twitter.
Mais qui dit documentaire sur Internet dit aussi… Internet. Arte ne s’est pas contentée de diffuser ce documentaire, à une heure précise, avec la traditionnelle idée d’un début et d’une fin précises. La temporalité des grilles télévisées n’est pas celle d’Internet. Il fallait les harmoniser, et plus encore, faire la jonction entre des publics et des usages très différents. Rappelons que si en 2007, 3 millions d’Américains n’avaient pas de télévision chez eux, ils sont aujourd’hui 5 millions. La moitié de ces individus a moins de 35 ans, or c’est la tranche d’âge la plus représentée sur Internet.

Arte a su faire preuve d’ingéniosité pour rassembler les publics et répondre aux diverses attentes, en déployant une stratégie de communication plus qu’attrayante. Elle a en effet exploité tous les fantasmes dont est chargé Internet : la participation, la transparence, l’immédiateté, etc. et a également fait un important travail de séduction en développant une interface impressionnante et fluide. Les internautes se voyaient par exemple proposés de partager leur « première fois sur le net ». Là encore, le vocabulaire, un peu provoquant, faisait un clin d’œil à la culture web, « libérée » des tabous, drôle et trash. A la manière du fameux phénomène de crowdfunding, où chacun peut donner un peu pour financer un projet, ils pouvaient « participer » à l’aventure en donnant de leur personne, ou bien, sur le modèle de Wikipédia, de leur savoir. Ici, Internet se présente comme une prolongation, une augmentation de la télévision : on y retrouve des contenus inédits qui n’ont pas été diffusés. Enfin, la chaîne a fait un geste notable : au lieu de ne proposer un revisionnage du documentaire limité à sept jours, elle a considérablement étendu cette durée : tout doit être accessible et libre sur Internet. Une belle communication donc, qui redore le blason d’une chaîne trop souvent considérée comme snob et inaccessible pour une grande frange de la population, notamment jeune.

L’expérience a été poussée encore plus loin pour le dernier grand projet d’Arte : Futur par Starck, qui avait pour simple ambition de « nous emmene[r] dans un voyage planétaire inédit à la rencontre des visionnaires qui imaginent le monde de demain. » Futuristique pour futuristique, autant adapter la forme au fond. Et à Arte de proposer un format de documentaire inédit. Le principe est simple. A l’heure où l’on ne parle que du potentiel du deuxième écran – cette tablette ou téléphone qui accompagne le téléspectateur un peu las d’être passif – Arte a décidé de faire plus que proposer un mot-dièse permettant de créer une « grande conversation » sur Twitter. Elle a repris le contrôle des écrans. A la télé, nous voyions le documentaire, avec des numéros en bas de l’écran rappelant les références pour les audioguides dans les musées. Sur notre ordinateur/tablette, nous disposions d’informations supplémentaires : qui est l’intervenant qui parle en ce moment, où le retrouver (site internet, compte twitter) et, coup de force de communication : des tweets tout-faits, citations choc de moins de 140 caractères que l’on n’avait même pas à recopier : un simple clic sur le bouton « tweeter » et nous en devenions auteurs.
Avenir de la télévision ou pas, complémentarité ou distraction, le débat fuse comme à son habitude. Quoiqu’il en soit, ces expériences étaient certes intéressantes, et on su séduire un public non télévisé. Entre des séries originales et des innovations de qualité, Arte change de visage. Reste à savoir s’il n’éloigne pas le public traditionnel.
Vous pouvez revoir les deux émissions sur les sites d’Arte qui leur sont consacrés :
http://lesinternets.arte.tv/
http://futur-par-starck.arte.tv/#home
 
Virginie Béjot

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citroen
Publicité et marketing

Citroën devient le vintage-killer que nous attendions tous

Avant tout, regardez cette vidéo :

Coup de poing dans le vintage et le rétro. Coup de poing dans le rétro de ces voitures des années 80. Oui, coup de poing sur cette vieille voiture qui a déjà 30 ans, sur votre vieille poubelle qui dort dans le garage. Citroën vous donne la marche à suivre.
Vous êtes dépassé, vous qui êtes encore dans les années 80, vous qui possédez encore une voiture aux couleurs criardes, vous qui possédez votre vieille charrue dans votre étable, vous qui ne vous préoccupez pas de quelques points de rouille, vous qui ne résistez pas devant les dernières toux d’un moteur qui a du mal à démarrer en hiver.
Vous êtes dépassé.
Citroën vous donne dans cette publicité l’envie de redevenir jeune. Vous offre le besoin de retrouver la passion d’une voiture neuve qui fera de vous quelqu’un qui a refusé la nostalgie, quelqu’un qui vit désormais dans le présent.
Vous êtes remorqué, par le neuf, par ce qui vous attend indubitablement. Par ce qui va vous rattraper. Gardez votre musique sur les oreilles et vos lunettes qui ressemblent beaucoup à celles de Duke dans Fear and Loathing in Las Vegas.
Vous êtes dépassé et déjà remorqué par la nouveauté, vous êtes déjà faible, aidé dans votre futur achat. Béquille insupportable que cette obsolescence contrôlée. Votre achat est déjà en prévision même si le mauvais temps n’est pas encore prévu, même si vous n’avez pas encore décidé de remonter la capote de votre MG B de 1964 pour protéger la fille à votre droite du crachin qui s’annonce…
Citroën s’est décidé à se tirer une balle dans le pied gauche tant que le droit n’est pas encore sur la pédale d’accélérateur de votre vieille guimbarde. Clopinant de gauche à droite, vous tomberez chez votre meilleur concessionnaire. Citroën sait vous donner cette envie acidulée de changer de monture. Qu’avez-vous attendu pendant si longtemps ? L’envie de peindre, l’envie de devenir cet artiste tourmenté à bord de votre poussette à moteur. Non, l’envie de devenir le Picasso de 2014. Citroën est là pour vous.
Vous n’êtes plus dépassé.
Vous avez acheté la nouvelle Citroën.
Vous n’êtes plus remorqué, vous êtes maître de votre futur.
Emmanuel de Watrigant

Publicité et marketing

Quand « pub » rime avec « plaisir » !

 
Guerlain, EDF et Evian sont les publicités ayant marqué les esprits des français selon le Palmarès Ipsos des publicités préférées des français en 2013. Entre rêve et réassurance, nous tentons de faire face à la crise en recherchant l’évasion, le réconfort mais aussi du plaisir à moindre coûts.
Le Palmarès est divisé en deux catégories de publicités : spots TV et affichage. Parmi ces deux classements se dessinent trois secteurs où les publicités nous font de l’effet : luxe / food / service.
Toujours plus de luxe !
Dans le secteur du « luxe », nous retrouvons Guerlain avec « la petite robe noire », Roche Bobois avec « l’art de vivre », Lancôme et son nouveau parfum « La vie est belle » ou encore Kenzo avec l’éternel « Flower by Kenzo ». Dans ces publicités – spots et affiches -, nous rencontrons un univers plutôt féminin, chic et moderne. Toutes ces marques et produits font appel à la consommation du quotidien par les parfums et l’ameublement, or ce sont des marques dites haut de gamme suscitant le désir, l’envie enfouie en nous tous d’avoir de belles choses. Par là se traduit toujours la nécessité du plaisir chez les français qu’ils transmettent par la publicité.
A côté de cela, les nouvelles technologies nous présentent des produits tout aussi luxueux. C’est le cas de Samsung avec la nouvelle caméra, et de Canal + & ses nouveaux programmes toujours plus fous. Cette fois encore, c’est aussi les valeurs de modernité et de plaisir qui nous sont proposées. L’idée de capturer nos souvenirs et de les partager sur les réseaux sociaux avec la caméra Samsung nous montre bien les tendances actuelles en phase avec la technologie.
Toujours plus de tendances, toujours plus de modernités, toujours plus de beauté, toujours plus de luxe, toujours plus de plaisir !
A partir de lundi je fais attention ! / Je me fais plaisir
Le plaisir de manger est connu de tous ! Une envie à moindres coûts et nous voilà satisfaits à passer un bon moment. Que ce soit pour les restaurants ou certains produits, les marques l’ont compris, la gastronomie est un pilier dans notre vie. Nous retrouvons donc en tête du palmarès des publicités préférées des français côté food : Mc Donalds, Elle & Vire, Contrex, Entremont, Picard, Gü et Ferrero.
Au milieu de ces marques, on remarque plusieurs valeurs importantes de la vie comme la santé, la qualité mais aussi les petits plaisirs. En effet dans chaque publicité est soit mise en avant soit rappelée la notion de santé qui est aujourd’hui essentielle. Par exemple, avec « Contrex », un ton humoristique est montré avec des femmes faisant du sport pour éteindre un feu emprisonnant de jolis corps masculins ou encore « Entremont » qui par des images enfantines introduisent des légumes dans leur spot pour inciter les enfants à en manger. Rien de plus plaisant qu’un bon Big Mac ou un bon dessert, un plaisir simple à moindres coûts qu’a su saisir le monde de la publicité et faire rêver nos français cette année.

Parce qu’on s’occupe de vous un peu plus chaque jour !
En plus de la notion de plaisir sous toutes ces formes, les individus ont besoin qu’on leur apporte quelques attentions. Nous avons besoin de pouvoir faire confiance à nos marques pour faire confiance aux autres. Nous retrouvons donc : EDF, Ibis, Leclerc et la SNCF.
Marques emblématiques, elles mettent en scène des moments du quotidiens généralement avec humour dans un objectif de familiarisation et de s’ancrer comme références. Nous le constatons notamment avec le spot EDF pour les JO mettant en scène deux personnages vêtus de bleu de travail et de casque de chantier EDF. Au début, nous nous trouvons dans un genre de soucoupe volante pour actionner les lumières du stade. On s’attend à entrer dans l’univers des athlètes mais nous sommes à la rencontre de nos ouvriers EDF face aux épreuves des JO. Un côté décalé, drôle mais en même temps qui positionne EDF comme référent en matière d’électricité.
En matière d’affichage, nous pouvons aussi le constater avec la SNCF. Jeu de mot, information et monopole « 300 destinations à partir de 15 euros ». La SNCF comme référence pour voyager pas cher.
2013 nous concocte donc une année publicitaire cherchant à rassurer nos français en leur proposant du rêve et de la modernité, mais aussi de la gastronomie et du service !
 
Marion Pereira

secret story
Société

Secret story is back !

 
Amateurs de culture télévisuelle, réjouissez-vous : l’émission qui rythme vos étés reprend vendredi. L’occasion de revenir sur la pierre angulaire de la télé réalité qu’est le fameux casting. Eternelle prise de tête des producteurs, c’est lui qui va faire du concept initial un succès fulgurant ou un flop retentissant (R.I.P « le Carré Viiip »). Des candidats pas assez charismatiques ou trop mous et c’est le drame : le téléspectateur vaque à des activités plus productives. Du coup, on cherche désespérément la recette miracle pour créer ce mélange optimal de « personnalités » qui donnera un coup de fouet aux audiences. Le problème, c’est qu’une fois le subtil dosage trouvé, il est usé jusqu’à la corde. Chaque année donc, on prend les mêmes et on recommence. En apparence un seul mot d’ordre : DI-VER-SI-TE des profils. En réalité, on a affaire à une sélection calibrée au millimètre pour toucher à la fois la ménagère, les jeunes, les vieux, la masse et les minorités (et on dit bien TOUTES les minorités : visibles ou non, ethniques ou religieuses, même les chauves ont eu leur candidat l’année dernière en la personne du charismatique Kevin). Vous pensez voir des candidats à l’écran ? Vous avez surtout affaire à des arguments massues, qui visent à prouver que non, la chaine n’est ni homophobe, ni raciste, ni âgiste, ni sexiste, ni même débile. Alors, quel grand cru nous réservent-ils cette année ?  Typologie d’une crétinerie annoncée :
-le vieux :

Il est là pour ratisser une audience un peu plus large. Non ce genre d’émission ne s’adresse pas exclusivement aux 13-17 ans, puisque de charmants trentenaires peuvent y participer !  C’est la touche de maturité censée crédibiliser le show et « vieillir » un peu son image. Le problème ? Le vieux aussi a cinq ans d’âge mental.
-l’hystérique :

Elle crie. Tout le temps, contre tout le monde, du matin au soir. Son rôle est provoquer un sentiment d’antipathie et de montrer en creux que si les autres participants ne sont pas très futés au moins eux sont paisibles. Le téléspectateur peut facilement l’identifier comme la méchante, et dans un huis clos où rien ne se passe, elle permet de relancer l’action au moindre signe de vaisselle mal faite ou de brosse à dent déplacée.
-la victime :

Peut-être l’archétype le plus pervers de ce genre d’émission. La victime, c’est celle que tout le monde déteste et qui a tout le temps les yeux rouges. Mais attention, le but n’est pas de susciter de la compassion : on s’aperçoit très vite qu’elle est encore plus détestée que l’hystérique, par les autres participants comme par le public. Chaque année on assiste donc au même lynchage programmé, notamment sur les réseaux sociaux. Bien pratique, car cette haine facilite la cohésion d’une communauté autour d’un rejet commun.
-le génie :

C’est la caution intello, pour parer aux reproches habituels sur la nature abrutissante du programme. « J’ai passé mon bac à 14 ans », « J’ai un QI d’Einstein », voilà pour la minute culture, et tant pis si au bout de deux semaines le génie en question se balade à poil avec son slip sur la tête.
-la bimbo :

 Elle est la valeur sure de la téléréalité, car elle provoque invariablement les mêmes réactions épidermiques : concupiscence, jalousie et mépris, un cocktail explosif qui fait à tous les coups grimper l’audimat.  C’est elle qui buzz le plus, il lui suffit pour cela d’allier syntaxe approximative et décolletés plongeants.
-le gay :

Là encore, le personnage est au-delà de la caricature. C’est la commère de la maison, il adore Madonna et les Uggs, aucun cliché n’est trop énorme. Paradoxalement son homosexualité n’est jamais évoquée directement de quelque manière que ce soit au cours de l’émission. Peut-être par peur de choquer un public plus « conventionnel » ? Dans tous les cas, ces contradictions révèlent un marketing de niche finalement pas très gay friendly.
Cette année encore on peut parier que les équipes de production reprendront dans les grandes lignes ce schéma de base qui a fait le succès de Secret Story. Il n’est cependant pas exclu que de nouvelles trouvailles soient au programme, histoire de renouveler un concept qui commence à s’essouffler. Les paris sont ouverts !
 
Marine Siguier

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mucem marseille
Culture

Inauguration du MuCEM : une communication en béton ?

Désormais, les voyageurs qui arrivent par les flots à Marseille ne seront plus emprunts de tristesse provoquée involontairement par le Fort Saint-Jean, dévasté il y a un demi-siècle par les bombardements. A tribord, ils peuvent admirer le Fort entièrement rénové, à côté duquel se dresse sur l’esplanade du J4 le Musée des Civilisations d’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), habillé d’une fine dentelle de béton. Ce cube minéral, admirable geste architectural de Rudy Riccioti, fait face à la mer ainsi qu’au mistral et côtoie le Vieux-Port qui ne perd pas de son charme face à la modernité apparente du MuCEM. Révélé à la presse mardi dernier avec comme invité d’honneur le président de la République, puis ouvert officiellement au public le vendredi, le MuCEM ouvre la seconde saison du programme des festivités proposées dans le cadre de Marseille-Provence 2013.
Quel rôle peut jouer l’inauguration très médiatisée du MuCEM dans la promotion des manifestations culturelles qu’accueille Marseille, Capitale Européenne de la Culture 2013 et sa région ? Comment ce nouvel espace culturel a-t-il été promu au sein du territoire régional et national ?
Le MuCEM en campagne
« Les Marseillais sont enchantés par ce lieu qui masque une sensibilité territoriale, (qui) exprime un autre horizon plus marin. C’est un lieu qui est poreux à l’imaginaire » déclare Rudy Riccioti à propos du MuCEM. Reste à savoir si les responsables chargés de la campagne de communication pour l’inauguration du MuCEM ont été aussi sensibles à cet imaginaire que ne le prédit l’architecte.
« Vous aussi, rejoignez la campagne du MuCEM ! »
Le MuCEM était entré en campagne dès Décembre 2012, sous l’égide de l’agence Dream On. A cette période, les Marseillais ont pu voir les rues de leur ville envahies par des affiches sur lesquelles figuraient des portraits de Marseillais accompagnés d’un slogan qui résumait ce que le MuCEM représente pour eux. Ainsi, Paul, photographe de La Plaine, déclarait « En Juin 2013, on arrête de mettre les grands musées à Paris » ou Fabrice, poissonnier-restaurateur, annonçait qu’« En juin 2013, la Méditerranée sera un vrai bouillon de culture ».

Dream on a souhaité impliquer les marseillais dans ce projet culturel en mettant en scène leur propre parole délivrée dans l’espace public. Cette campagne s’est faite à l’issu d’un concours qui proposait aux Marseillais de personnaliser leur photo au moyen d’une application Facebook dédiée, pour ensuite proposer un slogan individuel qui traduisait la façon dont ils percevaient le MuCEM. Les dix photos qui ont obtenues le plus de like sur le réseau social ont été sélectionnées pour participer à la campagne.
Ainsi, les Marseillais se sont fait les portes paroles de leur cité. Une parole souvent irrévérencieuse, humoristique et même polémique, avec un accent toujours marseillais. “Nous avons fait ce choix car nous souhaitons que les Marseillais s’approprient le MuCEM” explique Julie Basquin, responsable du département Communication et du Mécénat du musée.
En souhaitant privilégier le marketing participatif, cette campagne a au moins eu le mérite d’investir les habitants de Marseille et de la Provence dans ce chantier phare de MP 2013, duquel ils avaient pu se sentir exclus lors des débats concernant sa construction. On peut également parler de crowdsourcing, c’est-à-dire de la mobilisation d’un grand nombre de personnes pour favoriser une certaine forme de créativité dans l’argumentation publicitaire. L’intérêt de cette campagne est qu’elle ait stimulé une parole, consensuelle ou non, autour de ce lieu. Dans un premier temps, il était nécessaire que le MuCEM soit l’occasion de « faire parler » avant de « faire agir », d’autant plus que son inauguration en juin laissait le temps à cette campagne de pouvoir fonctionner. Bien évidemment, la campagne empreinte également quelques caractéristiques au story-telling, avec l’idée majeure que le MuCEM délivrerait un récit mythique, social, historique sur les civilisations européennes et méditerranéennes. Cette parole est toujours fortement encrée dans un cadre spatio-temporel, en étant sans cesse accompagnée du leitmotiv « en juin 2013 ».
« Toute la Méditerranée se raconte au MuCEM »

En ce moment même et depuis quelques semaines, une seconde vague d’affichage est destinée à exposer le positionnement de l’institution, en mettant en scène des figures qui incarnent les peuples du bassin méditerranéen. Etendue au territoire national, la campagne montre tantôt une femme d’un certain âge coiffée d’un hijab, tantôt un enfant habillé d’une tunique. En arrière plan se distingue des paysages méditerranéens, et les portraits sont accompagnés de slogans comme « Toute la Méditerranée s’émerveille au MuCEM », « Toute la Méditerranée se raconte au MuCEM », ou encore « Toute la Méditerranée s’expose au MuCEM ». L’usage de verbes pronominaux, qui permettent de faire des peuples méditerranéens les acteurs de ce musée avant l’institution elle-même, reste pertinent. En revanche, on ne peut qu’être déçu face à la pauvreté esthétique des visuels, qui reposent essentiellement sur un imaginaire populaire archétype et ne délivre rien du véritable « imaginaire » dont parlait Riccioti à propos du MuCEM.
On ne peut également que regretter le fait que la campagne ne réinvestisse pas l’incroyable effet visuel qu’offre l’architecture du MuCEM (et celle de ses collections), notamment la résille de béton aux formes sensuelles et poétiques. En France, il y a quelques jours encore, le MuCEM ne bénéficiait pas d’une grande visibilité. Cette campagne n’aura certainement pas encouragé la population ni à s’y intéresser ni à venir découvrir ce lieu si incroyable, cet événement à ce point majeur pour la ville de Marseille et MP 2013 qu’est l’inauguration de cet espace culturel.
Mais quoi qu’on puisse penser de la campagne, l’ouverture du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, fortement relayée dans les médias, aura réactualisé les manifestations de Marseille-Provence 2013, et constitue à elle seule un levier médiatique et communicationnel incroyable pour Marseille et la Provence, qui n’ont pas fini de nous faire rêver.
Sources :
Site officiel du MuCEM
Site de la campagne de communication du MuCEM 
Site de l’Agence Dream on
Article sur le Monde.fr
Margaux le Joubioux
Annexe :
 
Le MuCEM en quelques chiffes :
167 millions d’euros pour construire ce monstre architectural
44000 m2 pour partager la Méditerranée
250000 œuvres exposées
300000 curieux et passionnés attendus pour l’année 2013
12 ans de discussions, débats, polémiques pour arriver à l’ouverture de cette incroyable bâtisse.
4 années de construction, travaux, études de terrain pour parvenir à ce cube minéral.
3 sites : le Fort Saint-Jean rénové, le Centre de Conservation et de Ressources dans le quartier La Belle de Mai et l’espace construit sur le J4, dessiné par Rudy Riccioti
1 ville : la Cité Phocéenne pour accueillir ce fabuleux espace culturel

Société

CM is the new SAV

 
Avec le développement d’Internet et des réseaux sociaux, les marques ont investi dans le digital. De nouvelles stratégies de communication se sont développées, centrées sur l’interaction directe entre l’entreprise et l’utilisateur. Cette logique a vu apparaître un nouveau métier, entièrement dédié à la gestion des communautés : le community manager.
Si ce métier a pris une si grande importance, c’est qu’il est révélateur des caractéristiques du Web 2.0. L’essor des réseaux sociaux a permis aux entreprises d’entrer directement en contact avec l’utilisateur. Dans un monde où le contact ne se faisait que par le produit ou par la publicité et dans un sens unique, celui de la marque vers l’utilisateur, les réseaux ont façonné une nouvelle communication à deux sens, fondée sur l’interaction.
Or, cela change la chronologie publicitaire. Auparavant, les marques s’offraient de manière ponctuelle une campagne de communication, pour un lancement de produit, dans le cadre d’un repositionnement ou bien pour augmenter sa notoriété. Avec le Web 2.0, la marque doit être sans arrêts présente sur les réseaux. Elle doit sans cesse proposer des contenus puisque les réseaux s’inscrivent dans un processus de flux continus – ils sont sans cesse actualisés. La publicité devient permanente, d’où l’importance de ce nouveau métier. Le community manager (aussi appelé « social guru » ou « social media strategist ») est en charge de produire ce contenu continuel.
Il devient l’une des vitrines de la marque, en faisant office d’intermédiaire entre cette dernière et l’utilisateur. Il analyse la notoriété de l’entreprise, l’image qu’elle offre auprès de ses utilisateurs et prolonge celle-ci dans les contenus qu’il met en ligne.
 La proximité avec les utilisateurs augmente largement l’image de marque. Celle ci propose un contenu divertissant, bien éloigné de campagnes de publicités harassantes, matraquant les consommateurs. C’est par exemple le cas d’Oasis, cas d’école français en la matière, spécialisé dans les jeux de mots fruitiers. On passe d’une publicité imposée à un contenu récréatif, agréable et apprécié – ce qui augmente donc la notoriété de la marque. La preuve en est qu’Oasis propose maintenant des tee-shirts reprenant ses meilleurs jeux de mots. Si les marques s’orientent vers le divertissement, c’est pour mieux s’insérer dans les usages des réseaux : il est bien plus facile de partager une publication amusante sur Facebook qu’une publicité. Faire le buzz sur les réseaux sociaux c’est peut être cela, finalement : créer un contenu publicitaire qui ne dit pas son nom, dans une logique de dépublicitarisation [1], facile à partager.
Mais paradoxalement, cette proximité pose de gros problèmes aux marques. Maintenant que le community management est bien ancré dans les pratiques et usages, des phénomènes nouveaux apparaissent. Car l’interaction est à double sens. Se positionner sur un réseau social, c’est façonner un cadre de parole pour l’utilisateur. Celui-ci a désormais le pouvoir de s’adresser directement à la marque. Le consommateur devient « consommacteur ».
Jusqu’ici, on pouvait voir les récriminations des utilisateurs dans les critiques de produits ou de marques sur les sites de vente en ligne par exemple. Désormais, cette prise de parole est publique. Mais puisqu’elle se déploie sur le réseau de la marque, on attend d’elle qu’elle réponde. Les marques ne peuvent plus se permettre d’ignorer les critiques, elles doivent y apporter une réponse. C’est l’avènement du service après-vente 2.0 qui a désormais lieu sur la place publique.
Or comme dans tout service après-vente, les utilisateurs prennent la parole pour, le plus souvent, se plaindre et signaler un problème. Mais puisqu’il s’agit d’un phénomène public, les marques doivent alors faire face au pendant négatif du buzz, le bad-buzz, impulsé par les utilisateurs.
C’est une nouvelle dimension que les community managers des grandes marques ne peuvent plus ignorer. Car le web demande une grande transparence de la part des marques, et supprimer une récrimination d’un réseau est souvent la pire des idées, puisqu’elle mène irrémédiablement à la création d’un effet Streisand [2].
L’enjeu est important, car le manque de notoriété à perdre est grand. Le community manager doit apporter une réponse claire et publique à ces récriminations, tout en conservant une certaine image de marque.
La semaine dernière, sur la page Facebook de la FNAC, une utilisatrice a fait part d’un problème qu’elle a rencontré suite à l’achat d’un ordinateur portable. Confiant l’ensemble de ses démarches et de ses problèmes, elle utilise la page publique de l’entreprise dans le but clairement exprimé [3] de nuire l’image de la marque. Il s’agit d’une forme de chantage extrêmement efficace. La FNAC ne peut que répondre positivement et aller dans le sens de la consommatrice, puisqu’elle s’est confiée publiquement, attirant l’attention des utilisateurs de Facebook face à la situation injuste qu’elle a vécue. La viralité des réseaux est donc bel et bien à double sens, servant d’écrin au buzz et au bad-buzz.
La prise de parole publique des utilisateurs dans le but d’attirer l’attention des marques sur leurs dysfonctionnements et prenant à parti l’ensemble de la communauté sociale est un phénomène qui va sans doute se généraliser. Cela fera évoluer le travail des community managers, qui devront alors prendre en charge une partie du service après-vente des marques.
 
Arthur Guillôme
[1] L’expression est empruntée à Valérie Patrin-Leclerc dont vous trouverez un interview chez l’excellente revue Effeuillage
[2] L’effet Streisand est une loi d’Internet selon laquelle la censure d’un contenu sur Internet ne peut que favoriser son partage et attirer l’attention des internautes. Plus d’informations ici
[3] « je suis 100% disponible pour vouer toute mon énergie à vous faire un bad buzz, tellement je suis outrée par votre incompétence ». L’ensemble du message ainsi que la réponse de la FNAC sont visibles dans cet article complet
Pour plus d’informations :
Cet article du site mycommunitymanager propose un tour d’horizon efficace et intelligent du communty management
Ce Tumblr nous propose une belle sélection de fails de Communty Managers

bilan communucatione du gouvernement
Politique

L’an I du gouvernement : quel bilan communicationnel ?

Ca s’est passé jeudi dernier : l’agence Vae Solis, cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise, a publié la quatrième édition de son étude sur la communication des hommes politiques, intitulée « 1 an d’action, 1 an de communication : qui sont les meilleurs communicants ? ». Un rapport remarqué, qui met à l’honneur trois personnalités du gouvernement ainsi que les têtes montantes de l’UMP : Manuels Valls, ministre de l’Intérieur, caracole en tête du classement tandis que le suivent de près Jean-Yves le Drian, ministre de la Défense, et Christiane Taubira, ministre de la Justice et Garde des Sceaux. La quatrième et cinquième place sont respectivement occupées par Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, symboles de la « nouvelle génération des quadras de l’UMP ». Selon les mots mêmes du président de Vae Solis Corporate, Arnaud Dupui-Castérès, le rapport souligne que « contrairement aux années passées où la forme et les « coups » médiatiques semblaient l’emporter dans l’appréciation générale, l’avantage ait été ici donné au sérieux et à une communication centrée sur le fond, l’argumentation, la maîtrise des dossiers, la défense des idées…» L’étude se base sur les avis de quarante journalistes de la presse, de la radio et de l’audiovisuel français, et se décline en cinq étapes précises : le top 5 et le flop 5 de la communication des personnalités politiques, les pronostics quant à la prochaine nomination à Matignon et la candidature UMP pour 2017, la personnalité montante, le bilan de l’an I de François Hollande et enfin le best-of des avis sur les personnalités étudiées. Dans cette optique, quelles conclusions tirer d’une telle étude ?
Tout d’abord, le top 5 fait apparaître un besoin de sérieux et d’une communication de fond, qui s’accompagne d’action et de volontarisme politique.
C’est ainsi qu’on retrouve en tête du classement un Manuel Valls qui est vu comme le favori, avec Michel Sapin et l’outsider Martine Aubry, pour la succession de Jean-Marc Ayrault à Matignon. A noter aussi que celui-ci échappe de justesse au flop 5, avec une note de seulement 4,62 sur 10. Manuels Valls, grand gagnant de ce classement, peut se targuer d’une communication en osmose avec son action place Beauvau : il incarne l’autorité républicaine à laquelle aspirent les Français, réussissant la symbiose parfaite entre les idéologies de droite et de gauche. En ce sens, il répond très bien aux aspirations d’un électorat indécis, qu’il soit déçu par la politique sociale-démocrate d’un Président plus frileux (sans surprise cependant) que prévu sur les questions économiques et sociales, ou qu’il craigne la trop grande tolérance de la gauche gouvernementale sur des questions de sécurité, qui restent une préoccupation essentielle des français. Selon l’étude, le storytelling de Manuels Valls est à la fois ferme, clivant mais efficace. Il maîtrise la forme et donc la communication de crise, faisant entendre une parole forte et claire, et donc rassurante. Mais il marque aussi des points sur le fond, en apparaissant comme un homme de convictions, avec une ligne politique solide. Cependant, l’enquête a été réalisée avant les événements du Trocadéro qui ont suivi la victoire du PSG : or ces incidents ont entamé la cote de popularité de Manuels Valls, fustigé par la droite pour son inertie et son incompétence face aux casseurs.
La grande surprise de ce classement reste néanmoins la seconde place accordée à Jean-Yves Le Drian, discret ministre de la Défense, qui a tiré son épingle du jeu de la guerre au Mali. “C’est la vraie surprise. Il n’a pas une exposition médiatique et je ne suis pas sûr qu’il ait une notoriété. Mais les experts interrogés ont identifié chez lui une maîtrise de sa communication politique et des sujets de fond”, analyse Arnaud Dupui-Castérès. La rupture avec l’ère Sarkozy est ici pleinement consommée : après un interventionnisme forcené et une présence hypermédiatique favorisant souvent le discours et les mots forts, la nouvelle majorité gouvernementale a joué le jeu d’un volontarisme somme toute assez consensuel, dans la lignée d’une présidence voulue « normale ». Un positionnement communicationnel qui n’est pas surprenant de la part d’un gouvernement bien souvent perçu, dans ses décisions et prises de positions, comme plus technocratique que politicien.
La troisième place attribuée à Christiane Taubira ne surprendra, cette fois-ci, personne. La ministre de la Justice a pleinement profité du boulevard médiatique qui s’est offert à elle avec le projet de loi du mariage pour tous, grand fer de lance du gouvernement en cette première année de mandat. Ses discours fleuris et enflammés à l’Assemblée Nationale et au Sénat ont fait d’elle l’idole des pros mariage pour tous, et elle a pu démontrer autant sa compétence et sa connaissance de ses dossiers que sa volonté de se positionner comme un élément fort du gouvernement.
L’enquête fait la part belle à Nathalie Kosciusko-Morizet. En plus d’être désignée comme la personnalité montante de manière assez unanime (ce qui, à l’aube des municipales de 2014, n’est pas vraiment une nouvelle surprenante), les journalistes interrogés la voient bien se présenter à l’investiture présidentielle pour l’UMP en 2017. De manière assez conventionnelle et presque caricaturale, les journalistes perçoivent en elle l’incarnation d’un renouveau de la droite. A la fois ferme et naturelle, elle a l’avantage d’un style original et d’une solidité intellectuelle. « Dans un monde politique d’hommes », (on avait vu les mêmes arguments à l’époque de Ségolène Royal), elle sait user de détermination, de courage, de modernité. En cela, elle saurait presque « séduire » une partie de l’électorat de gauche, notamment la classe énigmatique des « bobos parisiens ». Son acolyte Bruno Le Maire est lui aussi décrit comme un quadra rafraîchissant, qui prend des risques au sein de sa famille politique par ses positionnements et qui à la politique idéologique substitue la politique pragmatique. La place des choix personnels face aux positionnements partisans est un véritable plus qui les positionnent en tête de classement, quand Jean-François Copé ou Christian Jacob trottent en fin de cortège.
Enfin, l’enquête se propose de faire un bilan de la première année du quinquennat Hollande. Qu’en retient-on ? Dans ses rapports avec la presse, François Hollande bénéficie de la mauvaise image de son prédécesseur. Quand Sarkozy privilégiait la séduction ou la confrontation avec les médias, Hollande oppose une proximité placide, une distance contrôlée et bienveillante. Pour autant, les journalistes n’hésitent pas à pointer le manque de cohérence de son discours et l’absence notable d’un cap clair à sa politique, qui noient bien souvent son discours. La « présidence du consensus » reste un fait : le leadership présidentiel, la parole assumée, claire et haute, ce n’est pas pour maintenant. Il privilégie le temps long à la réaction politique immédiate, ce qui peut être parfois mal perçu par l’opinion publique, qui est en quête de réponse et de volontarisme politique notable surtout en période de crise sociale, économique, politique et institutionnelle. La « présidence normale » était une stratégie communicationnelle gagnante en temps de campagne car elle avait un contrepoint : la présidence hyperactive d’un Sarkozy dont le bilan plus que moyen permettait de proposer de vraies alternatives constructives et construites. Mais aujourd’hui, la France de la Vème République, sans réelle surprise, attend un Président dont la communication soit forte et symbolique, elle attend un homme exceptionnel dans sa normalité, car telle est la fonction qui lui est assignée. Comme le souligne l’étude, la normalité devient alors « l’alibi de l’impuissance » et ce n’est plus sa personnalité mais sa stratégie et son action politique qui sont sévèrement critiquées.
Argumentée et bien construite, cette enquête cède néanmoins aux sirènes de la communication alors qu’elle essaie paradoxalement d’en montrer les ficelles. Parce que le panel des journalistes est réduit (une quarantaine), que la diversité de la presse n’est pas représentée et surtout parce que l’enquête cible seulement les journalistes, l’étude vire plus au décryptage qu’à l’enquête scientifique précise. La présence d’un verbatim rassemblant les meilleures « catch phrases » à propos de certaines personnalités (« Quand il parle, on décroche…et plus il parle, plus on décroche ! » – à propos de Jean-Marc Ayrault) montre que ce travail, qui se propose d’analyser des discours et des stratégies communicationnelles, se base en fait sur des propos déjà chargés de valeur ajoutée, des propos stylisés et marqués par l’analyse journalistique.
En période de crise sévère, qui ne peut plus être simplement réduite au volet économique, il aurait été plus intéressant, si ce n’est plus décent, d’analyser l’impact de la communication des personnalités politiques auprès de l’opinion publique. Car si ce n’est envers les citoyens électeurs, à qui se destine la communication des personnalités de l’espace publique, dont les journalistes ne sont que le relais ?
Laura Garnier
Sources :
Le rapport de Vae Solis
Libération
Le JDD 

Publicité et marketing

Baby & Me

On connaissait les Bébés nageurs et les Bébés rollers, place maintenant à « Baby and me », le tout dernier concept lancé par l’agence BETC pour Evian le 19 avril.
Concrètement, ça donne des visuels créés par l’agence BETC et disposés en « miroir » de part-et-d’autre des quais, sur lesquels on voit des portraits d’adultes. Mais qui diantre dévisagent-il de cet air médusé ? Leur propre reflet pardi, pour le moins rajeuni…
Ce qui donne à peu près ça :

Ou ça :

Ou encore ça :

Un concept humoristique plutôt réjouissant donc, à travers lequel Evian démontre une fois encore sa créativité et son originalité. Parmi les portraits, deux visages connus : ceux de Maria Sharapova (championne de tennis) et de Melissa Reid (golfeuse). Ici, les visuels sont d’une grande simplicité. Le fond neutre met en avant l’expression des visages, et la symétrie est parfaite entre les versions adulte/bébé des personnages, jusqu’au logo qui est inversé dans la version reflet !
La campagne se décline aussi à travers une vidéo où l’on aperçoit des adultes jouant avec leur reflet version bébé au rythme de « Here comes the hotstepper » de Yuksek.

L’engouement est au rendez-vous, puisque la vidéo a été visionnée plus de 50 millions de fois à ce jour, et que des parodies circulaient sur le net moins d’une semaine après sa mise en ligne.
Vous avez dit originalité ?
Si l’idée d’utiliser l’espace des quais pour placer les portraits et leurs reflets face à face est créative, d’aucuns reprochent à Evian une redondance dans l’utilisation répétée des bébés. Pour autant, on ne change pas une recette qui marche, et le succès des campagnes babies de la marque n’est plus à prouver.
Il y a trois ans déjà, Evian avait créé le buzz avec ses « Rollers babies ». Avec plus de 250 millions de vues sur Youtube, la vidéo a décroché une inscription dans le Guinness Book, raflant par la même occasion le titre officiel de la vidéo publicitaire la plus vue ! Les Rollers Babies ont par ailleurs engendré de nombreux produits dérivés, dont les fameux T-shirts qui nous sont maintenant familiers.
La clé du succès ?
Simplicité et optimisme, les maîtres mots de la marque. Le message véhiculé est clair : boire l’eau Evian, c’est conserver jeunesse et dynamisme, c’est “être connecté avec sa jeunesse intérieure pour un sentiment de liberté, de lâcher prise, un joyeux délire spontané et communicatif”. Les vidéos comme les affiches constituent une mise en scène du bébé qui sommeille en chaque adulte.
Avec le slogan « Live young », c’est le mot « jeunesse » qui est désormais associé à la marque, dont, rappelons-le, le point de départ est de se constituer eau des bébés. Evian a su mettre à profit cet imaginaire et l’associer à son univers, mais de manière décalée et fun, évitant l’écueil d’une image trop scientifique ou liée exclusivement à la santé. Et le message prend : quel que soit l’âge, la véritable jeunesse réside dans un état d’esprit enthousiaste, débordant d’énergie et d’émerveillement.
Bonne humeur, fraîcheur, humour : contre la morosité ambiante, la campagne Evian exhibe un optimisme régénérant. On aura beau dire, la marque reprend les codes du succès, et ça marche !
 
Clara de Sorbay

Culture

JR, ni vu ni connu… Quoi que !

 
Il existe un artiste qui ne passe pas inaperçu… Et pour cause ! Il expose partout dans le monde des œuvres toutes plus grandes les unes que les autres… Sa galerie ? C’est la rue. Et comme il le dit lui-même, c’est bien « la plus grande galerie d’art du monde ». Son nom ? JR. Oui, JR, c’est tout. Des initiales, un chapeau et des lunettes de soleil : voilà le personnage. Petit rappel pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de celui qui fut, pourtant, élu l’artiste le plus populaire sur Internet en 2012…
Son projet semble simple : coller ses images en noir et blanc sur les murs, les ponts, les toits… Faire vivre le street art à l’échelle mondiale. En flirtant sans cesse avec l’interdit, il repousse les limites de la nature intimiste de l’art en proposant à tout un chacun de participer à cet engagement en collant sa propre photographie quelque part. Apporter sa pierre à l’édifice et construire son chapitre dans le grand livre de JR…
En effet, si au départ, il affichait ses tirages à travers des projets plus personnels, comme 28Millimètres ou Face2face, c’est en 2011, lorsqu’il reçoit le Ted Prize, que son art prend un nouveau tournant. Ce prix lui offre la possibilité de formuler « un souhait pour changer le monde ». De là, il concrétise ses valeurs et ses aspirations à travers Inside Out, un projet d’art participatif international. Désormais, les personnes du monde entier peuvent recevoir leur portrait puis le coller pour soutenir une idée, une action et partager cette expérience. Pour ceux qui voudraient en apprendre davantage, je vous laisse découvrir son site internet, son dossier de présentation ou encore sa revue de presse.
Car aujourd’hui, je me penche donc sur ce projet précis, Inside Out, et tout ce qu’il implique en matière de communication, d’image, d’identité et de revendications.
Mondialisation ou délégation ?
Dans cette nouvelle conception de l’art à grande échelle qui rassemble des centaines de personnes, une première critique brûle alors les lèvres… Qui est JR et qu’est-ce qu’il est ? Car lui-même ne se voit ni comme un photographe, ni comme un street artiste… Mais plutôt comme un pratiquant de « l’art infiltrant ». Mais il ne prend plus toutes les photographies, ne peut pas être présent sur tous les sites, et délègue finalement à de nombreuses petites mains un travail désormais complètement collectif… Alors, JR est-il toujours un « artiste » ?
Cependant, cette idée de « délégation », mais surtout de « partage », s’inscrit dans la logique d’anonymat que conserve et revendique JR : il ne s’agit pas de signer ses photographies ni de crier son nom sur tous les toits, mais bien de créer un mouvement, un rassemblement, derrière un message, un projet qui montre, somme toute, un aspect positif de la mondialisation. Ainsi, si l’artiste est critiquable pour certains, le projet lui, n’en reste pas moins admirable.
L’anonymat… Un aspect sur lequel JR ne plaisante pas, déclarant notamment pour Le Supplément sur Canal +, qu’il peut aller à son propre vernissage sans qu’on le reconnaisse et que cela reste « un luxe assez incroyable ». JR est donc insaisissable. Et lorsqu’une grande partie de son « exposition » se fait de manière sauvage, sans autorisation et dans certains pays plutôt restrictifs, cet anonymat apparaît comme une solution efficace.
Pourtant, en 2012, il reçoit donc le Grand Prix de la e-réputation, attribué par l’agence de production de contenu éditorial Smiling People, qui récompense la popularité des artistes sur la Toile, en France et dans le monde. Alors, pas si anonyme que ça ?
JR, artiste ou communicant ?
Il faut donc bien se concentrer sur l’ampleur que prend Inside Out, aspect qui apparaît comme remarquable au regard d’un combat pour la liberté d’expression à une telle échelle. Mais si l’on poursuit le questionnement sur l’artiste que serait JR en avançant que finalement, il est désormais une « star » pour un projet qui rassemble les artistes qui sommeillent en chacun de nous. Alors, que représente-t-il ? Une autre réponse possible : un excellent communicant !
À tel point qu’il nous faut préciser un certain nombre d’enjeux qui reflètent cette idée : JR est mondialement connu et réussit un peu plus chaque jour à faire grandir son projet par la transmission de ses idéaux. Et tout ça, sans aucun sponsor, en série limitée et en finançant lui-même ses projets… Chapeau bas tout de même !
Car c’est principalement un discours bien formulé et qui parle à notre société, qui se cache derrière ces collages : créer le lien entre les gens, faire en sorte qu’ils aillent chercher l’histoire de ces photographies, partir de l’intime, de l’identité personnelle pour créer une œuvre d’art. Voilà ses mots d’ordre. À ce titre, JR serait « porteur d’avenir » pour ceux qui participent à Inside Out, devenant acteurs de ce projet par leur propre histoire et contribuant à son étendue toujours plus grande.
« In your hand it has more meaning than in mine, so do it ! »*
JR est donc un très bon communicant et cette idée est tout à fait visible dans ses interviews ou même dans son discours du Ted Prize : charisme, prestance et sensibilité sont au rendez-vous. Cet aspect se double d’une très forte présence dans les médias et sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram, Canal +, GQ, Le Monde Magazine, The New York Times Magazine… et j’en passe ! Il envahit les médias comme il le fait dans les rues.
De plus, il ne choisit pas ses lieux par hasard. Outre le fait qu’il aime jouer avec les limites du possible, JR vise quand même des sites précis et symboliques : du trottoir et des écrans publicitaires de Times Square à New York en passant par le Pôle Nord avec le mouvement (et le hashtag) #savethearctic, il s’infiltre dans des lieux-clés, marquant de manière efficace les esprits.
Le succès est lui, véritable, puisque si JR reste habituellement ferme quant à ses financements et sa « liberté » sur le plan marketing, sa dernière intervention à Marseille fût entièrement prise en charge et valorisée par la ville, capitale européenne de la culture. Celui qui a commencé dans la rue et qui n’a jamais voulu la quitter est désormais une personnalité phare du XXIème siècle.
Entre omniprésence et censure ?
Pourtant, s’il est partout sur la toile et sur les murs, cette omniprésence se double d’une dimension paradoxale quant à l’utilisation de ses images. Si tout le monde peut voir ses œuvres et les immortaliser, JR émet une restriction sur les photos qu’il fait lui-même de ces collages. Et oui, les photographies de JR sont soumises à conditions : on ne peut les publier seulement si l’on parle de son travail !
La vision de JR en tant que communicant prend ici toute son importance : on peut tout à fait découvrir et faire découvrir son univers mais uniquement s’il est au centre des discussions. En effet, pour la distribution de ses images, c’est par l’Agence VU’ à Paris qu’il faut passer, mais l’on se trouvera confronté à cette instruction : « Ces images ne peuvent pas être utilisées en illustration, mais uniquement dans le cadre du travail de JR ». Alors si je veux montrer les favelas de Rio ou bien les façades de Berlin, ça sera sans les collages de JR. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai pu mettre que des captures d’écran pour cet article. Toujours aussi anonyme que ça ? Toujours aussi altruiste que ça ?
Mais oui, ne l’oublions pas, ce projet est collectif : ce n’est finalement plus de JR dont on parle mais bien de l’Histoire (avec un grand H) qu’il est en train d’écrire avec les petites histoires de chacun. Ces restrictions renvoient finalement au statut de l’artiste qu’il faut protéger : l’agence photographique est bien là pour faire valoir les droits sur les images des photographes et artistes qu’elle représente. Si JR est véritablement partout, cette omniprésence se trouve, non pas censurée, mais limitée. Serait-ce pour accentuer l’impact de son travail, qui transcende justement la définition de l’artiste – qui cherche à se faire reconnaître comme tel – pour atteindre des concepts plus révolutionnaires, novateurs et marginaux ? Ne serait-ce pas justement, pour se construire une identité qui transcenderait le personnage pour devenir une véritable aventure humaine ?
 
Laura Lalvée
* JR dans son trailer du film Inside Out : « Dans vos mains, cela a plus de sens que dans les miennes, alors faites le ! »
Sources :

/jr
http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/le-street-artiste-jr-retourne-time-square/

Publicité et marketing

Jacques a dit : I need music for every moment

 
La musique rythme notre vie, à la fois personnelle et sociale. Faisant profondément appel à notre identité, nos émotions, elle constitue donc un ressort intéressant pour les marques afin de toucher leurs consommateurs. Ce lien marques/musique se limitait jusqu’à présent principalement à du sponsoring d’artistes, de concerts, ou tout simplement une musique de pub qui ne vous sort plus de la tête ! Mais ça, c’était avant l’arrivée du nouveau Spotify…
A cette occasion, le leader européen d’écoute de musique en streaming se paie sa première campagne publicitaire aux Etats-Unis, pays encore peu converti à la marque, et exprime bien ses valeurs en choisissant un spot très institutionnel, n’abordant à aucun moment les services proposés :

Il s’agit en effet pour Spotify d’accroître sa notoriété et son image, car le site offre désormais des services très innovants pour les marques. D’après une étude menée par Spotify, 57% de leurs usagers déclarent se définir en grande partie par la musique qu’ils écoutent. Véritable aspect identitaire, la musique est également un lien social fondamental : qui n’a jamais discuté ou écouté de la musique avec ses amis ? Et les marques vont à présent pouvoir entrer dans cette sphère personnelle musicale, et s’infiltrer dans cette discussion au meilleur moment pour toucher leurs consommateurs. Quelques exemples pour mieux comprendre cette révolution du brand content musical à venir.
Le générateur de playlist

Converse
Que l’on soit plutôt « shoes » ou « sneakers », après avoir répondu à quelques questions amusantes, Converse nous propose une playlist personnalisée. La marque, qui joue depuis longtemps sur le côté lifestyle devient donc un leader d’opinion au niveau musical, en conseillant directement les musiques jugées “cool”, qui collent avec son image. Une marque peut donc se doter à présent d’une vraie personnalité musicale, renforçant toujours davantage son image par un lien amical avec ses consommateurs (voir à ce sujet l’article : https://fastncurious.fr/jakadi/marques-et-consommateurs-une-grande-histoire-damitie.html).
Reebok Fitlist : faire une place musicale à la marque à un moment de la journée

En permettant à l’utilisateur de créer sa playlist personnalisée, la marque propose non seulement un outil bien pratique, mais s’intègre pour le consommateur au rituel du jogging. Et cela peut s’appliquer à n’importe quel moment de notre journée, de notre vie. Le slogan de Spotify “Music for every moment” traduit bien l’utilisation que nous faisons de la musique, comme un accompagnement de tous les instants. Autant d’occasions pour les marques de s’adresser à leurs cibles, en sachant nous trouver au bon moment, que ce soit au sport, dans notre bain ou dans les transports
La nouvelle offre de Spotify va donc dans le sens d’un brand content toujours plus proche du consommateur, et donnant toujours plus de caractère et de profondeur à l’image de marque. Des campagnes déjà très créatives et innovantes ont été mises en place outre-Atlantique, et devraient bientôt donner des idées aux marques françaises… A suivre de très près !
Judicaëlle Moussier