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Politique

Bernie Sanders, l'autre versant de l'American Dream

Nous avions déjà fait le portrait d’un autre candidat à la présidentielle américaine, celui de Donald Trump, qui se distingue par sa bouffonnerie et son étonnante visibilité médiatique. Aujourd’hui, nous vous présentons l’un des hommes politiques qui s’en distingue sans doute le plus nettement: le sympathique Bernie Sanders. À soixante-treize ans, le sénateur du Vermont rebat les cartes de la primaire du parti démocrate, et par extension celles de l’élection présidentielle. Candidat de plus en plus sérieux face à Hillary Clinton, sa popularité grandissante s’explique par un discours qui se veut aux antipodes de l’habituelle « langue de bois », et une attitude qui séduit par son authenticité. Sanders se revendique  « socialiste », un terme qui ne fait habituellement pas recette chez les Américains. Et pourtant ils sont nombreux à le soutenir, avec un pourcentage d’opinions favorables de près de 40% dans la population générale.
Good guy Bernie: un programme optimiste 

« Bernie », comme le surnomment affectueusement ses sympathisants, apparait presque comme un héros des temps modernes. Dés le début des années 1960, alors qu’il est âgé d’une vingtaine d’années, ce « good guy » milite activement contre la ségrégation des logements universitaires dans la ville de Chicago où il étudie. En 1981, il est élu maire de Burlington; en 1987, il est décrit par U.S News comme étant l’un des meilleurs maires des États-Unis.
Sanders devient ensuite sénateur du Vermont, où il est réélu à huit reprises consécutives. Antiguerre et pro-sécurité sociale, il reçoit tôt le soutien des jeunes. Aujourd’hui, sa campagne électorale s’oriente surtout autour de la classe moyenne avec un agenda progressiste qui propose, entre autres, de créer de nombreux emplois, d’augmenter le salaire moyen, de protéger l’environnement, de développer davantage le rôle de l’état par la rénovation du système éducatif et de la protection sociale…  Des problématiques relativement classiques, mais associées à une dénonciation de l’influence de l’argent en politique et d’un « gouvernement des milliardaires, par les milliardaires et pour les milliardaires ». La sphère financière est le coeur de cible ses attaques; Sanders oppose les « lucky few » aux « 99% », le gros de la population américaine qui ne jouit que marginalement des fruits de la croissance. La référence aux mouvements de Podemos ou de Syriza est évidente, Sanders leur a d’ailleurs rendu hommage à de nombreuses reprises notamment sur sa page officielle de sénateur : « La victoire de Syriza en Grèce nous prouve que, partout dans le monde, les gens n’accepteront plus une austérité subie par des familles au travail alors que les riches continuent à s’enrichir toujours plus ».
Une communication percutante 
La foule de partisans convaincus et enthousiastes que Bernie Sanders rassemble à chacun de ses meetings s’explique au moins en partie par l’efficacité de sa communication. Il cumule à la fois l’image d’un grand-père chaleureux, que l’âge a rendu sage et digne de confiance, et une énergie rafraichissante dans la défense de ses idéaux. Son statut d’ « indépendant » donne l’impression d’un homme détaché des querelles partisanes, au-dessus de cette « politique politicienne » qu’il méprise. Ces deux deniers mois, la visibilité de Sanders a augmenté de manière exponentielle, notamment sur les réseaux sociaux. Près de 2 millions de « j’aime » sur Facebook, plus de 800.000 followers sur Twitter… Ce succès est attendu dans une certaine mesure, quand on sait qu’une large partie de ses partisans est âgée de moins de 30 ans, et qu’elle est par conséquent plus encline à utiliser ces voies de communication. Avec un sens de la formule indéniable, comme la fameuse invitation : « Feel the Bern! », Bernie Sanders se distingue aussi par le respect qu’il porte à ses concurrents: « Jour après jour, on me demande de critiquer Hillary Clinton…(…) Je l’apprécie, et je la respecte » a-t-il affirmé à des journalistes lors d’un meeting dans l’Iowa en août dernier. Paradoxalement, cette douceur place H.Clinton dans une situation délicate; en critiquant Sanders trop agressivement, elle risquerait d’écorner sa propre image.
Une avancée progressive dans les sondages et dans les consciences

Bien qu’Hillary Clinton demeure favorite de la primaire du parti démocrate, la campagne de Bernie Sanders est en pleine expansion. Il est tout de même nécessaire de l’envisager avec lucidité: depuis 1852, seuls des candidats appartenant aux partis républicain et démocrate ont été élus à la présidence. Mais même si, selon toute vraisemblance, Bernie Sanders ne remporte pas cette élection, il aura laissé une marque durable dans la politique américaine en proposant une alternative courageuse à des jeunes qui rejettent massivement Donald Trump, et de manière générale un parti républicain largement porté par des idéaux et des représentations d’un autre temps. Sanders avait d’ailleurs le soutien de Barack Obama quand celui-ci n’était encore qu’un jeune sénateur démocrate prometteur. En mars 2006, celui qui deux ans plus tard allait devenir le président des Américains pour deux mandats consécutifs se rend au Vermont pour participer à la campagne sénatoriale de B. Sanders. Il y livre un discours passionné, qui rappelle ceux que Bernie prononce aujourd’hui: « Quand des gens ordinaires décident qu’ils veulent un avenir différent pour eux-même, pour leurs enfants et pour leurs petits enfants, et quand ils se rassemblent et construisent ensemble un projet à partir de rien, peu importe combien d’argent est dépensé ».
Finalement, qu’il s’agisse d’une stratégie de communication mûrement étudiée ou de sa bonhomie naturelle, Bernie Sanders arrive à convaincre. Tant et si bien qu’il pourrait surprendre en novembre 2016 !
https://www.youtube.com/watch?v=rtBVuye4fZQ
Mariem Diané 
Sources:   
http://feelthebern.org/who-is-bernie-sanders/ http://www.rollingstone.com/politics/news/the-case-for-bernie-sanders-20151103
http://elections.huffingtonpost.com/pollster/bernie-sanders-favorable-rating
http://www.huffingtonpost.com/entry/bernie-sanders-media_55dde96ae4b08cd3359e29a2 http://mic.com/articles/122011/watch-young-senator-barack-obama-campaign-for-berniesanders-in-2006  
Crédits Photos : 
http://berniesanders.com
http://mic.com/articles/122011/watch-young-senator-barack-obama-campaign-for-bernie-sanders-in-2006 

Make America great again
Politique

The Trump show

Magnat de l’immobilier, star et producteur d’une émission de téléréalité et aujourd’hui, candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump est plus qu’un simple homme d’affaires. C’est un phénomène médiatique et politique.
A quatorze mois des élections, les sondages le donnent largement gagnant pour la primaire Républicaine. Trump écrase ses adversaires avec au moins 30% d’opinions favorables. Des chiffres surprenants face au comportement médiatique du candidat, avant tout connu pour ses propos misogynes et racistes. Pourquoi ce qui devrait lui porter préjudice lui donne-t-il un statut de favori au sein de cette primaire républicaine?
Un discours populiste à la rhétorique bien huilée
Son discours d’annonce, prononcé symboliquement dans la Trump Tower, abordait les principaux thèmes de sa campagne. Des thèmes articulés autour d’un nationalisme assumé qui pointe notamment du doigt la Chine comme un danger économique et diplomatique pour les Etats-Unis (« There are no jobs, because China has our jobs »). Un discours démagogique comme première arme pour toucher le cœur des électeurs.
Sa conclusion est éloquente : les Etats-Unis ont besoin d’un leader, d’un homme providentiel. Et cet homme n’est autre que lui-même. Le discours est percutant, les phrases courtes, imaginées comme des slogans dont on retient l’essentiel : Donald Trump « is going to make the America Great again ». Le schéma est simple : « eux », les politiciens, le gouvernement, les médias, ne sont pas capables de rendre aux Etats-Unis leur statut de leader mondial. « Eux », les pays étrangers, les immigrés illégaux « nous » mettent en danger. Ce sont « eux » contre « nous », le vrai peuple. Mais « moi », Donald Trump, je peux assumer ce rôle et c’est pourquoi je me présente. La rhétorique est efficace, en témoignent les sondages mais aussi son omniprésence dans les médias.

Une stratégie du scandale et du buzz médiatique
Cette rhétorique est couplée à une autre stratégie de communication : celle de faire le buzz. En effet, dès le lancement de sa campagne, Donald Trump a su créer la polémique. Sa déclaration sur les immigrés mexicains, les taxant de « violeurs », a été diffusée en continu sur les chaînes de télévision américaines, octroyant une place de choix à sa campagne sur la scène médiatique et dans les esprits des électeurs. Parallèlement, soulignant une fois de plus le paradoxe de sa montée dans les sondages, elle a également provoqué (à dessein) l’indignation de toute une communauté ainsi que des autres candidats républicains.
Sa popularité dans les sondages surfe également sur sa notoriété de star de la télé réalité. Cette identification des deux personnages créés – le showman et l’homme politique – repose sur la similitude de sa campagne avec un grand spectacle dans lequel le personnage de Donald Trump se met en scène dans le costume d’un homme politique. Il exerce une fascination liée à une attirance naturelle du spectateur pour tout ce qui est spectaculaire, divertissant, choquant. Un statut de vedette des médias que Barack Obama résume en ces termes « He knows how to get attention. He is the classic reality TV character ».
Enfin, comme l’explique le journaliste Howard Fineman dans le Huffington Post, son succès reflète un désenchantement politique. Il utilise une lassitude générale des hommes politiques classiques et surtout une érosion de la confiance populaire en la capacité de ces hommes à améliorer leur situation matérielle pour mettre en avant sa différence : c’est un homme d’affaires. Les Américains ne veulent plus d’un homme politique, ils veulent un gestionnaire efficace.

Le scandale permet donc d’attirer l’attention : l’électeur est plus attentif dès lors qu’un discours provoque en lui une réaction guidée par l’affect. Ainsi, sa campagne est avant tout articulée autour d’un constat qu’il fait du monde contemporain : les Etats-Unis vont mal, socialement, économiquement, et sur le plan militaire. Il instille ainsi la peur, celle de l’étranger, de la concurrence, de la destruction du système américain dans la conscience américaine : les Etats-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient.
Un buzz dont l’efficacité est mesurable dans les sondages mais aussi sur les médias sociaux.
L’homme se finance seul : une image du rêve américain, celle du « self-made-man », et un argument pour revêtir ce costume d’homme qui dit la vérité, qui dit non au politiquement correct parce qu’il n’est pas manipulé par les différents lobbies. Pas de campagne de publicité à la télévision ou sur YouTube donc. Un compte facebook, un compte Twitter et un site internet. Mais près de quatre millions de likes sur Facebook et 4.38 millions de followers sur Twitter. A titre de comparaison, Hillary Clinton totalise « seulement » 1.5 millions de likes sur Facebook et Ben Carson, « seulement » 719 000 followers sur Twitter. Donald Trump n’est pas seulement un invité régulier des médias : il est une star sur internet. Donald Trump est en effet le nom le plus recherché sur Google parmi tous les candidats à la présidentielle. Sa personnalité outrancière exerce une véritable fascination sur les électeurs américains, qui le retrouvent sur les réseaux sociaux pour suivre ses clashs par tweets interposés et ses commentaires de l’actualité. Une fascination entretenue mutuellement par les médias et par le public, par le biais des sondages d’une part et de la couverture de l’actualité de l’autre.
How many trumps has he now ? (“Combien d’atouts a-t-il encore ?”)
Le personnage de Donald Trump ne s’est pas construit politiquement, sur un programme ou des idées fortes, mais sur des icônes, un slogan et sa personnalité. Son comportement heurte les fidélités partisanes : par ses propos insultants et haineux, mais aussi par sa vantardise omniprésente (« I beat China all the time »). Il entraîne une inertie du débat politique et neutralise ses adversaires. Il est ainsi perçu comme un danger par ses adversaires républicains : il est l’homme à abattre.
Cependant, sa stratégie ne tient qu’à un fil : l’attention que lui portent les médias et le public. Sera-t-elle toujours récompensée dans les sondages dans les 14 mois de campagne restants ?
 
Julie Andréotti 
Sources : 
https://www.donaldjtrump.com/
http://time.com/3923128/donald-trump-announcement-speech/
https://en.wikipedia.org/wiki/Nationwide_opinion_polling_for_the_Republican_Party_2016_presidential_primaries

Donald Trump Is The World’s Greatest Troll


http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/27/donald-trump-sondages-election-presidentielle-americaine-2016_n_7881178.html
http://www.rollingstone.com/politics/news/obama-on-trump-i-dont-think-hell-end-up-being-president-20151012
 
Crédits photos : 
Daily News 
 
 

Bannière Obama lol fastncurious
Politique

LOL et politique : un cocktail gagnant ?

Obama monsieur tout le monde ?
Si vous espérez secrètement atteindre votre record de « likes » à chaque photo postée sur Facebook, Barack Obama est quant à lui plutôt fort à ce jeu. Le président américain a en effet enflammé les Internet le 12 février dernier avec sa vidéo Things everybody does but doesn’t talk about, soit Les choses que tout le monde fait mais dont personne ne parle. Comme le titre l’indique, nous plongeons alors dans le quotidien d’un Barack Obama perfectionnant son charisme devant un miroir, dessinant sa femme ou encore prenant un selfie. Accompagné d’un membre de son cabinet, le président joue la carte de l’humour et n’hésite pas à rire de lui-même, notamment lorsqu’il échoue à cette tache si difficile que nous avons tous expérimentée qui consiste à tremper un cookie dans un verre de lait. Le président ne s’arrête pas là et après avoir demandé s’il pouvait vivre sa vie lorsqu’il se fait surprendre en plein match de basket imaginaire, il conclut par un « YOLO man ! », autrement dit, on ne vit qu’une fois.

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Post by BuzzFeed Video.

Si ces images humanisent sans aucun doute le président, leur finalité est évidemment toute autre : attirer l’intention de l’internaute américain sur l’assurance santé dont Barack Obama est à l’initiative. Aussi connue sous le nom « Obamacare », cette réforme vise à permettre aux citoyens les plus pauvres de bénéficier d’une couverture santé. Au cours de la vidéo, il rappelle ainsi l’échéance du 15 février pour s’y inscrire en même temps qu’il s’entraîne devant son miroir. A la fin, les visiteurs sont invités à cliquer sur le lien renvoyant sur le site healthcare.gov. Face à cette vidéo inédite, les réactions des internautes ne se sont pas faites attendre et la majorité d’entre eux saluent cette initiative du président :
« Cette vidéo est un moyen amusant de faire savoir au grand public que la date limite pour choisir une assurance maladie est le 15 février ! »
« Il n’y aura jamais aucun président aussi cool que lui ! »
«  Je ne suis pas fan d’Obama ou de sa politique mais j’ai apprécié cette vidéo. C’est agréable de voir un côté différent de lui. »
Plutôt doué ce Barack.
La mise en scène de la quotidienneté présidentielle
Si cette vidéo nous permet d’apprécier les talents artistiques et sportifs de Barack Obama, cette humanisation n’est pas innocente mais au service d’une stratégie bien bâtie. L’humanisation de la figure présidentielle n’est en effet pas quelque chose d’habituel, la finalité d’un président n’étant pas d’ordinaire de paraître cool ou sympa auprès de ses citoyens. La mise en scène du quotidien joue donc un rôle important qui consiste à rapprocher le président de sa nation, la quotidienneté étant inhérente à chacun de nous. Notons que le selfie est ancré depuis quelques temps maintenant comme une vraie pratique de la quotidienneté. Véritable acte de monstration de soi, le selfie vient ici servir l’extimité de la figure présidentielle dans l’espace public sous une forme totalement différente de celle à laquelle nous sommes habitués : un président cool avec qui on ferait bien une partie de basket. Rappelons que notre cher Barack n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’il avait participé à un entretien totalement décalé l’année dernière avec le comédien Zach Galifianakis dans Between Two Ferns pour Funny or Die. Des photos d’enfance avaient également été dévoilées lors du « Throwback Thursday » il y a quelques semaines.

BuzzFeed : un choix de média évident ?
Derrière cette stratégie de communication bien rodée adoptée par le président, le choix du média  n’est lui non plus pas innocent et relève d’une vraie réflexion préalable à l’impact de la vidéo. En effet, le pureplayer d’origine américaine Buzzfeed naît à New York en 2006 et rencontre un franc succès dans son pays natal. Avec un total de 150 millions de lecteurs mensuels, la recette de sa viralité repose sur un mélange d’informations légères, de chats, de contenus sérieux et encore de chats. Face à l’engouement et à l’utilisation massive des internautes américains de ce site, le choix de ce support médiatique comme vecteur de la vidéo paraît alors justifié.

Notons que si ce modèle fonctionne très bien aux États-Unis, son adaptation française rencontre quant à elle plus de difficultés à s’implanter dans les pratiques médiatiques des internautes. Si les Américains sont en effet très friands d’articles sur les animaux mignons, l’état d’esprit des Français ne s’inscrit pas du tout dans cette même dynamique. Les Français partagent en effet davantage de contenus d’actualités plutôt sérieux avec une dimension politique. Ce clivage est assez éclairant sur l’importance du culturel et le rapport différent qu’entretiennent France et États-Unis face à ce type de site. On peut ainsi raisonnablement émettre l’idée que le modèle de la vidéo Things everybody does but doesn’t talk about serait difficilement transposable en France : on n’imagine pas vraiment François Hollande dans une telle vidéo pour communiquer sur ses réformes.

Si aucune donnée n’est disponible pour apprécier l’impact de cette vidéo sur le nombre d’inscrits à l’assurance santé, retenons que cette dernière est toutefois rapidement devenue virale et a dépassé en seulement deux semaines les 50 millions de vues et les 500.000 partages sur le compte Facebook de BuzzFeed. Une chose est sûre : les talents en dessin du président ne sont plus à démontrer.
Pauline Flamant
@_Magnetique
Sources :
leplus.nouvelobs.com
lefigaro.fr
Crédits photos :
BuzzFeed

erdogan liberté de la presse
Politique

Turquie – la liberté de presse, oui mais…

Turquie – la liberté de presse, oui mais…
Mercredi 14 janvier, les rescapés de Charlie Hebdo, l’hebdomadaire satirique français victime d’une attaque meurtrière dans sa salle de rédaction le 7 janvier, publiaient le premier numéro de l’après-attentat. Ce même jour, le quotidien turc Cumhuriyet publiait dans ses pages un carnet spécial de quatre pages, reprenant un condensé de l’édition de Charlie. Après coup, la Turquie apparaît comme le seul pays musulman à avoir publié les dessins de Charlie Hebdo, en particulier la caricature du Prophète, mais les choses ne sont pas si roses.
Charlie Hebdo : après le soutien, la censure
Connu pour son ton indépendant et très critique vis-à-vis du gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdoğan, le journal Cumhuriyet a vu les forces de l’ordre faire irruption dans les locaux de l’imprimerie, dans la nuit du 13 au 14 janvier, afin de contrôler la parution du lendemain. Se contentant de vérifier la Une et le supplément consacré à Charlie Hebdo, les policiers n’ont pas vu la caricature du Prophète représentant Mahomet la larme à l’œil, portant une pancarte « Je suis Charlie », que la rédaction avait pris soin de ne pas publier en Une ni dans le supplément, et ainsi n’ont pas saisi la parution. Pour trouver la caricature, qui s’est glissée en petit format, mais tout de même par deux fois dans le journal, il fallait aller à la page 5 et à la page 12. En l’absence d’informations complémentaires sur le déroulement du contrôle, nous pouvons supposer que les forces de l’ordre n’ont pas été autorisées à ouvrir le journal pour en contrôler les pages.

Dès le lendemain les représailles ne se sont pas fait attendre. Sur Facebook, une organisation appelée « Jeunesse musulmane » s’est insurgée et a appelé ses membres à organiser des descentes dans les bureaux du journal. Du côté des politiques, la condamnation a également fusé. Le premier ministre Ahmet Davutoğlu que l’on avait vu dans les rues de Paris auprès des autres chefs d’État lors de la Marche Républicaine du 11 janvier, a affirmé le jeudi 15 « Nous ne pouvons pas accepter les insultes faîtes au prophète » et « La publication de cette caricature est une grave provocation. […] La liberté de presse ne signifie pas la liberté d’insulter. », avant de s’envoler pour Bruxelles.

Condamnation également de la part du vice-premier ministre Yalçın Akdoğan « Ceux qui méprisent les valeurs sacrées des musulmans en publiant des dessins représentant prétendument notre prophète sont clairement coupables de provocation. » Ainsi que du maire d’Ankara, Melih Gökçek, pour qui Cumhuriyet dépeint « les musulmans comme agresseurs à échelle mondiale ». Lui-même affirme que les attentats de Paris sont le fait du Mossad, comme s’il était incapable de reconnaitre qu’il puisse exister une branche de croyants qui interprètent l’Islam de manière intégriste et l’utilisent de manière condamnable. Le gendarme des médias RTÜK, pour Radyo ve Televizyon Üst Kurulu, Haut Conseil de la radio et de la télévision, mais aussi bien de tous les organes de presse, a appelé la Justice à se saisir de cette affaire. Et elle lui a donné raison : « Les mots, écrits, dessins et publications qui dénigrent les valeurs religieuses et le prophète sont une insulte pour les croyants. » Résultat, les adresses URL de tous les sites Internet qui ont publié la Une du Charlie Hebdo du 14 janvier furent bloquées : Birgun.net, Internethaber.com, Thelira.com et T24.com. L’accès à ces sites est devenu impossible pour toute connexion Internet basée en Turquie.
La censure des médias, dans les us et coutumes turcs
De telles mesures ont amené d’autres médias, qui n’étaient pourtant pas menacés directement, à s’autocensurer. Ce fut le cas du quotidien Milliyet qui a retiré de son site, le même mercredi 14 janvier, un édito sur l’Islam. La journaliste Mehves Evin y écrivait entre autres : « Les musulmans conservateurs doivent sortir de leur mentalité du 13ème, ils doivent faire leur autocritique, entamer une réforme, afin de faire entrer l’islam dans le XXIème siècle. »
Toutefois, de telles pratiques ne sont ni nouvelles ni spécifiques aux attentats de Charlie Hebdo. Elles s’inscrivent plutôt dans une tradition de censure des médias de la part du gouvernement Erdoğan. Les médias turcs ont régulièrement des « interdictions de couverture » de la part du gouvernement. Comme le démontre l’épisode des manifestations de la place Taksim, pour la défense du parc Gezi, dont FastNCurious vous parlait ici.
Au mois de décembre dernier, une vague d’arrestations s’est abattue sur une trentaine de journalistes, dont Ekrem Dumanli, rédacteur en chef du quotidien national Zaman et Fetullah Gulen le président de la chaîne de télévision « Samanyolu TV », avec comme accusation de « former un gang pour attenter à la souveraineté de l’État ». Le RTUK a également pour fâcheuse habitude de menacer de poursuites judiciaires les médias numériques transnationaux tels que Facebook, Twitter et Youtube, pour la diffusion de contenus qui ne lui plaisent pas. En novembre dernier par exemple, Twitter a été bloqué sur le réseau national pendant deux semaines et Youtube pendant deux mois, pour propagation de contenus accusant le gouvernement Erdoğan et ses proches, en particulier son fils, de corruption. Selon un rapport rendu disponible par Facebook, le gouvernement turc, lui, a fait 1 893 demandes de retrait de contenus aux cours du premier semestre de 2014. Et le rapport de Twitter sur le même sujet, tombé il ce mardi 10 février, a démontré que la Turquie est en deuxième position dans le top des demandes de retrait, juste après les Etats-Unis.
Pour en revenir à Cumhuriyet, le journal a vu sept de ses journalistes se faire assassiner en l’espace de cinq ans, entre 1990 et 1995, par des islamistes radicaux. Mais de toutes manières, il n’y a pas à s’inquiéter puisque, comme le dit le président Erdoğan, la presse turque est la plus libre du monde. Sinon, le journal The Yon Gazetsi paper remplace l’actualité de ses colonnes par des recettes de cuisines. Sur le site Milliyet News, Ferit Tunc affirme que le journal continuera sa protestation jusqu’à ce qu’il y ait une vraie liberté de presse. Mais c’est la parole d’un journaliste contre celle d’un président.
Marie Mougin
@mellemgn
Sources :
Turkey Threatens to Block Social Media Over Released Documents – NYTimes.com
BBC News – Turkey: Local newspapers front page recipe protest
En Turquie, médias et Internet à nouveau censurés
ÉTATS-UNIS • Facebook “est Charlie” mais censure des images du Prophète | Courrier international
Turquie : censure, autocensure et pressions après la publication de la caricature de Mahomet
En Turquie Internet de nouveau censuré : Une pierre deux coups | KEDISTAN
Charlie Hebdo: la censure à l’oeuvre en Turquie | Fédération européenne des journalistes
Crédits images :
Reporters without borders – Freedom of Tweets Erdogan
Rt.com
Zamanfrance.fr
Nouvelhay.com
 

newsweek parité FNC
Politique

Une parité intellectuelle siliconée

Le 28 janvier 2015, Newsweek consacrait sa Une à la Silicon Valley et à son rapport aux femmes, « What Silicon Valley thinks of women ». La couverture a fait parler d’elle dans les médias en raison de l’ironie qu’elle met en scène avec une représentation de la femme objet. Or, si certains médias ont très vite salué la ridiculisation mise à l’œuvre par Edel Rodriguez, le dessinateur, d’autres y ont vu une caricature sexiste servant la misogynie pourtant dénoncée dans le papier.
Ces réactions contrastées mettent en exergue l’ambivalence de la représentation de la femme dans l’imaginaire social, mais aussi, sa représentation selon et parmi les élites.
Le site Women 2.0 fait état de menaces des fraternités reçues à l’encontre d’un de ses rédacteurs Vivek Wadhwa qui s’attache activement à défendre la place des femmes dans les plus hautes sphères hiérarchiques de la société.
Cette misogynie qui se traduit par le mépris des « cerveaux » de la Silicon Valley, par du harcèlement et parfois par des contrats rompus est souvent justifiée ou en tous cas expliquée par l’isolement du profil des employés de la Silicon Valley. C’est de fait le portrait du geek ou d’un individu n’ayant d’autres contacts avec la gent féminine que dans l’espace de leur foyer où leur autorité n’est pas contestée. Ces justifications qui dressent des portraits type de l’homme qui peuple la Silicon Valley n’auraient-elles pas pourtant tendance à accentuer cette barrière entre l’homme à la pointe de l’innovation capitaliste et de la femme ?
L’imaginaire d’une élite masculine

Certes, plus que le problème de l’égalité paritaire dans les faits, la caricature d’Edel Rodriguez amène à penser la représentation des femmes parmi l’élite et plus précisément dans ce cas, au sein de la Silicon Valley.
La Silicon Valley est elle-même une allégorie des entreprises les plus innovantes basées dans le bassin californien. De ce fait, elle est tantôt fantasmée pour sa création technologique produite par des cerveaux venus du monde entier, tantôt abhorrée pour le capitalisme qu’elle symbolise ainsi que pour les secrets qu’elle abrite.
Ce fantasme s’illustre notamment à travers le succès international de la série The Big Bang Theory. Or c’est bien à travers ces représentations fictionnelles qu’est véhiculé le portrait du génie actuel. Le personnage de Sheldon figure ainsi une intelligence exceptionnelle détachée de toute émotion ainsi que de tout respect envers la gent féminine. Si Sheldon parvient à trouver en la personne d’Amy Farrah Fowler son alter égo féminin, celle-ci demeure attachée à des émotions que n’éprouve pas Sheldon telles que des pulsions sexuelles. En définitive, le personnage de Sheldon flirte avec l’irrationnel et l’émotionnel dès lors qu’Amy Farrah Fowler prend une part grandissante dans son quotidien. C’est donc l’image du scientifique rationnel qui transcende l’humain qui est opposée à celle de la femme ramenant constamment au pathos. Par là même, le travail d’intégration des femmes dans l’élite n’est pas que pratique, il est également fictionnel puisqu’il n’est pas efficient dans les consciences et dans l’image culturelle de la femme.
Une réalité contaminée par la représentation misogyne
Si la Silicon Valley est aujourd’hui le premier lieu qui convoque l’idée d’élite dans l’imaginaire collectif, la presse écrite incarne également le lieu d’une élite intellectuelle au regard de la doxa. En ce sens, la Une de Newsweek n’est pas anodine puisqu’elle transmet une image presque banalisée du rapport entre hommes et femmes au travail. De ce fait, cette Une se fait porteuse d’un sens, celui de l’imaginaire collectif façonné en grande partie par la presse et les médias en général qui établissent le lien entre le démos (le peuple) et le cratos (le pouvoir).
C’est pourquoi les représentants des médias sont aussi les ambassadeurs du progrès social en ce qui concerne l’égalité, la parité puisque ce sont les premiers à notifier les discordances de nos démocraties. Toutefois, la presse qui incarnerait au mieux une élite libérale au sens le plus large du terme, est aussi un média très masculin où la valeur intellectuelle de la femme n’est pas affirmée dans la représentation hiérarchique des rédactions. Ce sont ainsi les exemples de Jill Abramson au New York Times ou encore de Natalie Nougayrède au journal Le Monde. Si ces deux femmes sont parvenues au poste prestigieux de rédactrice en chef dans les faits, leur autorité et leur légitimité ont vite été contestées au cœur même de leur rédaction, ce qui souligne en creux une incapacité de la part de certains intellectuels à reconnaître la supériorité hiérarchique d’une femme par sa culture, sa compétence.
Par là même, plus qu’une réalité factuelle il s’agit bien d’une perception de l’image de la femme, de sorte qu’une femme se verra moins questionnée sur son expertise que sur ses émotions en raison d’une représentation culturelle de la psyché féminine.
Les remèdes sont-ils politiques ?
Depuis la présidence de M. Hollande, l’intégration d’une égalité homme-femme dans la politique a été mise en valeur de sorte que les mesures pour la parité ont été poussées et peut-être poussives.
Certes, il s’agissait par exemple de proposer des listes parfaitement paritaires pour les élections municipales où le nombre de candidats est souvent insuffisant dans certaines communes. Si ces mesures étendues à d’autres sphères comme au gouvernement avec un équilibre entre le nombre d’hommes et de femmes parmi les ministres, part d’une bonne volonté, le résultat sur la représentation des femmes peut être plus contestable.
De fait, ces mesures indiquent une incapacité à parvenir à une égalité fondée sur le mérite et questionnent la légitimité de toute discrimination dite « positive ». S’il est nécessaire d’imposer un changement pour qu’il ait lieu, ne serait-il pas plus à propos de démontrer par le mérite que la valeur intellectuelle d’une femme est égale à celle d’un homme ? En conséquence, les premiers acteurs de cette démonstration ne pourraient être que les médias ainsi que les génies de la Silicon Valley. A quand une Sheldon au féminin ?
Marie Vaissette
Sources
­Newsweek.com
Courrierinternational.com
Women2.com
Huffigtonpost.com
Allocine.fr
Lemonde.fr
Lemonde.fr

Politique

Quand le monde se lève pour Charlie

L’onde de choc
Au lendemain des attaques perpétrées contre Charlie Hebdo, journal hebdomadaire satirique, la France est en état de choc. « Le 11 septembre français » titre Le Monde, ou encore « La liberté assassinée » pour Le Figaro.  « Horreur », « carnage », « boucherie » reviennent constamment dans la presse. Mais si la France est la première touchée par cet attentat, c’est un hommage unanime que les rédactions du monde entier ont tenu à rendre aux victimes de l’attentat et à la liberté d’expression.
C’est ainsi que douze journaux Québécois ont publié en Une la caricature de Mahomet de Cabu, publiée pour la première fois le 8 février 2006. Nombreux sont les journaux qui firent le choix de publier plusieurs des caricatures ayant créé la polémique, rendant ainsi hommage à leurs auteurs. Le New Yorker rend pour sa part un hommage symbolique à Charlie en publiant sa Une sous forme de dessin, mettant en scène une Tour Eiffel flottant dans un nuage rouge de sang et dont le sommet se transforme en crayon. Une belle façon de laisser entendre que le crayon qui se dresse ici fièrement vers le ciel triomphera toujours sur la barbarie.
Le crayon, outil de travail du dessinateur de presse, apparaît d’ailleurs dans de nombreuses Unes telles que celles du journal norvégien Bergens Tidende ou du journal belge DeMorgen. Souvent présenté comme l’unique arme du dessinateur, le crayon devient un véritable symbole de dénonciation du rapport de force inégal qui s’est instauré ce jour là entre journalistes et terroristes.

Bon nombre de quotidiens ont également réagi en titrant leurs Unes en français. C’est notamment le cas du journal danois Information qui titre sa Une « Nous sommes tous Charlie Hebdo », du Berliner Morgenpost allemand qui titre un sobre mais parlant « Je suis Charlie » ou encore The Sun qui titre un puissant « Je suis 4 million ».
Au total, ce sont plus de 70 Unes de presse mondiales qui seront publiées à la suite de ces attaques.

Le soutien face à l’horreur
Nombreux sont également les journaux qui, au-delà de leurs Unes, ont tenu à apporter leur soutien dans leurs pages. Le site Algérie Focus exprime ainsi sa consternation et sa solidarité envers Charb, Cabu, Tignous ou encore Wolinski et souligne qu’ils sont « morts de rire », avant de rappeler que les journalistes de Charlie Hebdo n’ont jamais hésité à heurter ou à fâcher pour s’exprimer librement.  Le quotidien algérien El Watan invite lui à ne pas céder à l’amalgame et à la stigmatisation des communautés musulmanes. Le magazine marocain Tel Quel publie quant à lui l’interview réalisée en 2012 avec Charb dans lequel le caricaturiste affirmait préférer « mourir debout que de vivre à genoux ». Du côté de l’Asie, un chroniqueur du South China Morning Post affirme que les discours racistes ou incitant à la haine doivent être condamnés.
Suite aux tragiques événements, une marche républicaine est organisée le dimanche suivant les attentats. Elle devient la manifestation la plus importante depuis la libération de la capitale à la fin de l’occupation nazie, et le quotidien russe Moskovski Komsomolets rappelle que c’est seulement la deuxième fois dans l’histoire de la France moderne qu’un président de la République participe à une manifestation. De son côté, l’Allemagne indique dans son quotidien économique Handelsblatt qu’en manifestant par millions, les Français « ont écrit l’Histoire ». On retiendra également cette image très forte d’Angela Merkel, les yeux fermés et penchée sur l’épaule de François Hollande dans un instant de compassion profonde « qui montre ce que l’Allemagne ressent quand la France pleure ».
Au-delà des réactions de la presse, le soutien envers la France s’est également manifesté au travers des nombreux rassemblements qui se sont déroulés à travers le monde, accompagnés parfois du chant de la Marseillaise à San Francisco et Madrid notamment.

La plume plus forte que l’arme
Au-delà du soutien manifeste des populations du monde, c’est toute la profession des dessinateurs de presse qui est en deuil. Parce que ces hommages se passent de mots, nous vous laissons observer vous-même l’étendue du soutien des dessinateurs du monde :

La censure face à la peur ?
A la suite des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, le journaliste Simon Jenkins écrit dans The Guardian « C’est le moment pour que les éditeurs et rédacteurs en chef de publications grand public à travers le monde honorent les journalistes assassinés de Charlie Hebdo en refusant de s’autocensurer”. Cependant, force est de constater que plusieurs organes de presse anglo-saxons ont fait le choix de ne pas diffuser les caricatures de Mahomet.  Le Telegraph ainsi que le New York Daily News ont ainsi décidé de flouter le dessin. Ces décisions ont suscité de vives réactions chez les internautes qui décrivent comme « lâches » ces organes de presse. Le Telegraph et le New York Daily News ne sont pas des cas isolés, puisque même le New York Times et le Wall Street Journal se sont abstenus de publier les caricatures en préférant des images dénuées de toute référence religieuse. Du côté de la télévision, CNN ainsi que toutes les grandes chaînes américaines ont également refusé de diffuser les caricatures. Paradoxalement, certains de ces journaux anglo-saxons qui se refusaient à diffuser les caricatures jugées trop controversées ont opéré le choix éditorial de mettre en image l’acte terroriste en Une, tels que le Courier Mail, le Daily Telegraph ou encore le Herald Sun.
« Ils ont tiré, mais qui a armé les tireurs ? »
Si la majeure partie des journalistes apporte soutien et hommages à tous ceux touchés par ces attaques, la Russie s’est montrée quant à elle beaucoup plus critique à l’encontre de la France. Un parti pris adopté par le site d’actualités Vzgliad qui considère que la France fait preuve de laxisme, en précisant que les « français ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes ». Le rassemblement républicain du 11 janvier est également moqué, qualifié d’élan « naïf » et « pathétique ». Le journaliste Mikhaïl Boudaraguine précise que « le président français est coupable d’avoir donné naissance à l’Etat islamique et il en porte la responsabilité ». Un point de vue délicat à assumer en cette période de deuil et d’hommages.
L’assassinat des caricaturistes de Charlie Hebdo dans leurs locaux provoque ainsi une véritable onde de choc dans le monde entier. Entre indignation, hommages et tristesse, le monde est bouleversé et la presse ne manque pas de consacrer de nombreuses pages à ces événements tragiques à l’origine d’un véritable écho médiatique mondial.
Pauline Flamant
Sources :
Courrier International, n°1263 du 15 au 21 janvier 2015
Lefigaro.fr
Vanityfair.fr
Divertissonsnous.com
Lemonde.fr
tempsreel.nouvelobs.com
Courrierinternational.com
Crédits images :
The New Yorker
DeMorgen
Bergens Tidende
Information
Berliner Morgenpost
The Sun
Thibault Camus/AP/SIPA
Reuters Fabrizio Bensch
AP Photo DPA Stephanie Pilick
AFP Peter Macdiarmid
AFP Photo Peter Parks
AFP Photo Marco Bertorello
AFP Photo Armend Nimani
AFP Photo Daniel Mihailescu
AP Photo Leo Correa
Ernesto Benavides
AFP Photo Don Emmert
Afp Photo Marc Braibant
Liniers
Ruben
 

Politique

StopDjihadisme : analyse d'une vidéo controversée

« Comme le prévoit la loi antiterrorisme votée récemment, la priorité, c’est de travailler sur Internet, c’est là qu’une partie de la radicalisation se forme » indiquait Manuel Valls, au lendemain des attentats de Paris. La réplique ne s’est pas fait attendre. Mercredi 29 janvier, le gouvernement a donc mis en ligne un clip vidéo visant à lutter contre l’embrigadement djihadiste sur Internet. Ce clip s’inscrit au sein d’un site spécifique, intitulé www.stop-djihadisme.gouv.fr. La vidéo, qui comptabilisait déjà plus de 150000 vues dans les heures suivant sa diffusion, n’en finit pas de faire parler d’elle : interdite aux moins de douze ans, violente tant physiquement que verbalement… D’aucuns dénoncent déjà son manque d’efficacité. Faut-il y voir un échec communicationnel du gouvernement, ou au contraire un objet de contre-propagande réussie ?

#Stopdjihadisme : Ils te disent… par gouvernementFR
Le poids des mots, le choc des images
Le principe de la vidéo est simple : dénoncer l’écart entre le fantasme des discours djihadistes et la réalité. « Sacrifie-toi à nos côtés, tu défendras une juste cause », disent-ils. Réponse du gouvernement : « En réalité, tu découvriras l’enfer et mourras seul, loin de chez toi ». « Viens fonder une famille avec l’un de nos héros », disent-ils encore. Réponse du gouvernement : « Tu élèveras tes enfants dans la guerre et la terreur ». La vidéo frappe ainsi par sa violence verbale. Mais celle-ci ne serait rien sans la violence des images : le triomphe des djihadistes de Daesh défilant lors de la prise de Raqqa laisse soudainement place à des scènes de crucifixion. Le tout sur fond d’une musique lancinante. Le clip s’achève sur ces mots : « Les discours d’embrigadement djihadistes font chaque jours de nouvelles victimes. #StopDjihadisme ».
Cette vidéo n’est pas sans faire penser aux films de propagande cyber-djihadiste d’Omar Omsen, cyber-recruteur qui aurait permis plusieurs dizaines de départs de candidats au djihad vers l’Irak et la Syrie. Elle en reprend tous les codes : effets spéciaux, montages vidéos, extraits de jeux vidéo, fond de musique hypnotique. C’est donc à un exercice de contre-propagande, utilisant les codes de la communication cyber-djihadiste, que se livre le gouvernement français. Cette vidéo, au lendemain de sa diffusion, fait déjà l’objet de critiques. Comme pour tout objet de communication, il convient donc d’en analyser la cible et les objectifs, afin de conclure à leur éventuelle inadéquation.
https://fastncurious.fr/letrangere/letat-islamique-fusils-tweets.html/

Une efficacité limitée ?
A qui cette vidéo est-elle destinée ? A qui parle-t-on ? L’emploi de la deuxième personne du singulier dans cette vidéo est à cet égard révélateur : « Tu mourras seul », « Sacrifie-toi », « Tu découvriras », etc. Le tutoiement rappelle lui-aussi un procédé largement utilisé par Omar Omsen et les cyberdjihadistes. Comme le rappelle Raphaël Liogier, sociologue à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence, auteur notamment de Le Mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, l’emploi du « tu » montre que le gouvernement a bien compris comment s’adresser aux jeunes tentés par le djihad. Car c’est bien des jeunes dont il s’agit ici. Le support médiatique utilisé, à savoir une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, renforce cette idée. Christian Gravel, directeur du Service Internet du Gouvernement, explique ainsi : « Nous allons diffuser largement cette vidéo sur les réseaux sociaux, afin de toucher au maximum les jeunes sensibles à ces thèses et à ces sirènes. Nous espérons que cela va provoquer chez eux un choc ». Même analyse chez Dounia Bouzar, anthropologue directrice du Centre de prévention des dérives sectaires, qui voit dans ce type de support le « meilleur moyen de toucher les jeunes ».
Pour autant, quelle efficacité cette campagne peut-elle avoir ? « La jeunesse n’est qu’un mot », rappelait Pierre Bourdieu dans Questions de sociologie. Cibler les jeunes, n’est-ce pas trop vague ? Nombreuses sont les interrogations concernant les jeunes déjà radicalisés. Représenter la violence de l’Etat Islamique n’aurait qu’un effet limité, voire contre-productif : pour les gens endoctrinés, cette violence est légitime. D’autre part, les récents événements ont montré les ravages des thèses conspirationnistes. Comme le souligne David Thomson, auteur de Les Français djihadistes et journaliste à RFI, « pour ces jeunes, souvent adeptes de la théorie du complot, tout ce qui vient du gouvernement est frappé du sceau du mensonge ou de la manipulation ».
https://fastncurious.fr/jakadi/une-petite-histoire-du-conspirationnisme.html/
Eric Dénécé, du Centre Français d’Etudes sur le Renseignement, achève de détruire le clip gouvernemental : ce n’est pas avec « cette gentille documentation » que l’on va « récupérer des gens qui ont un penchant pour le djihad » (Source RMC).
Si, d’autre part, le choix du support vidéo est le plus à même de toucher les jeunes, quelle est la réalité de la radicalisation sur Internet ? Rappelons à cet égard que parmi les auteurs des principaux attentats ayant touché la France et la Belgique depuis deux ans, aucun ne semble s’être radicalisé sur Internet. Qu’il s’agisse de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche, d’Amedy Coulibaly ou des frères Kouachi, tous se sont radicalisés en prison et non en regardant des vidéos d’Omar Omsen…
Guerre médiatique et ambiguïté gouvernementale
Si l’efficacité de cette vidéo semble être remise en question, il s’agit de la replacer dans un cadre plus large qui est celui de la lutte contre le cyber-djihadisme. L’analyse de cette vidéo, au sein de ce dispositif englobant différents aspects – lutte contre la radicalisation, surveillance de certains sites, « Responsabilisation des acteurs du Web » annoncée le 20 janvier par Bernard Cazeneuve, numéro vert anti-djihad… – apparaît révélatrice de certaines ambiguïtés. Ce discours de lutte contre le cyber-djihad n’est-il pas lui-même qu’une posture communicationnelle ? Les sites djihadistes constituent une mine d’informations précieuses pour les autorités policières. David Thomson énonce ainsi « les autorités ont-elles vraiment envie de supprimer ce qui reste la première source de renseignements sur l’activité de l’Etat islamique? » Selon le juge antiterroriste Marc Trévidic, 80% des affaires terroristes sont réglées grâce à des preuves trouvées sur Internet…
Entre inefficacité supposée et ambiguité gouvernementale, quelle est alors la fonction de cette vidéo ? Si l’on reprend la typologie énoncée par Robert K. Merton, on peut voir dans ce clip la coexistence d’une « fonction manifeste » et d’une « fonction latente ». Nous l’avons vu, cette vidéo s’inscrit manifestement dans le combat controversé de la lutte anti-djihad. Les critiques pleuvant sur elle s’attachent à remettre en question cette fonction manifeste. Mais il s’agit de prendre un peu de recul : la cible de la vidéo n’est peut-être pas seulement les jeunes, mais aussi et surtout les cyber-djihadistes eux-mêmes. On peut y voir un geste à destination de ces cyber-recruteurs. Cette première réponse médiatique du gouvernement est une réplique communicationnelle adressée aux djihadistes.

Le nombre de hashtags « StopDjihadisme » sur les réseaux sociaux, au même titre que les bombes de la coalition lancées sur l’Irak et la Syrie, fait partie de la lutte globale contre les djihadistes. Internet est devenu un champ de bataille. Et si cette vidéo ne permettra peut-être pas de dissuader les candidats au djihad de partir, elle a au moins le mérite d’envoyer un signal fort aux terroristes : le djihad n’a pas le monopole de la communication.
Alexis Chol
Sources :  
rmc.bfmtv.com
www.stop-djihadisme.gouv.fr
abonnes.lemonde.fr/pixels
www.egaliteetreconciliation.fr
lefigaro.fr (1) et (2)
20minutes.fr
ouest-france.fr
news.vice.com
slate.fr
Crédits photos :
atlantico.fr
tuxboard.com
gouvernement.fr

Politique

Anonymous, hackers éthiques?

Depuis les attentats de la semaine dernière, de nombreuses cyber-attaques ont été réalisées à l’encontre de sites Internet français comme cela a été le cas pour le Mémorial de Caen, le CHU de Strasbourg, le Palais des Papes d’Avignon, l’académie de Créteil, la cathédrale de Nantes… Sur la page d’accueil du site Internet du Mémorial de Caen, un message était écrit : « J’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah. J’atteste que Muhammed est le messager de Allah » sur fond noir avec une police rouge. Hier, le média Le Monde a été piraté via son compte Twitter et son site Internet. Grâce aux mécanismes de sécurité, ils ont réussi à empêcher la diffusion de leur propagande. Cette opération de hacking est nommée « l’#opFrance », elle est revendiquée par des hackers du groupe Etat Islamique (EI). Elle a été lancée le 15 janvier afin de faire l’apologie de Djihad. Ce groupe utilise des failles connues et des sites peu sécurisés afin de faire du bruit, de multiplier les cibles et ainsi d’augmenter les retombées médiatiques.

En représailles le groupe Anonymous s’est engagé dans « une guerre » et réalise actuellement de nombreuses contre-attaques à l’encontre de sites, pages Facebook ou comptes Twitter faisant l’apologie de la haine, du terrorisme et du Djihad. Dans une vidéo postée, ils annoncent leur volonté de riposter contre l’attentat terroriste de Charlie Hebdo.

La liberté d’expression a été meurtrie. Charlie-Hebdo, une figure historique du journalisme satirique, a été pris pour cible par des lâches. Attaquer la liberté d’expression, c’est attaquer Anonymous. Nous ne le permettons pas. Toutes entreprises et organisations en lien avec ces attaques terroristes doivent s’attendre à une réaction massive d’Anonymous. Nous vous traquons. »
Ils ont ainsi lancé une campagne de sensibilisation dans le but de recenser tous les sites faisant l’apologie du terrorisme, du Djihadisme… mais aussi pour augmenter leur visibilité, leurs valeurs samedi 17 janvier 2015et le nombre de leurs membres. Ils ont ainsi créé des outils collaboratifs, plateformes disponibles à tous. Ils ont lancé de nombreuses attaques contre ces sites, ou comptes Facebook leur ressemblant.
Cette campagne de défacement (Le défacement est un mot technique désignant la modification, la suppression d’une page internet sans l’accord préalable de l’auteur) !lancée tant par le groupe de l’Etat islamique que les Anonymous est sans précédent comme l’explique Gérôme Billois. (Expert du cercle européen de la sécurité informatique).
En créant ses propres contenus médiatiques Anonymous a réussi à s’introduire dans notre société et s’est transformé en un vrai mythe contemporain. Figure de contestation, opposition aux pouvoirs autoritaires, représente la liberté d’expression… L’association est devenue un emblème de la lutte contre l’oppression. Le masque d’Anonymous est devenu un symbole, un artefact présent dans chaque manifestation : il a investi l’espace public dans le monde entier. C’est donc sans faillir à son image qu’Anonymus s’engage dans cette lutte. (Vous pouvez aller voir ici la déclaration d’indépendance du cyberespace par Anonymous)

Cet événement de cyber-attaque est ainsi pris très au sérieux par les acteurs privés comme le gouvernement. Cela rappelle bien évidemment l’attaque contre la société Sony Pictures. A ce moment-là, Barack Obama avait parlé de « cybervandalisme. ». C’est la première fois de son histoire que l’armée française active sa cellule de crise.
Prochainement, Manuel Valls va proposer des mesures, il oscillera entre la neutralité du net, son verrouillage pour empêcher les cyberjihadistes de nuire et la protection de la vie privée. Nous devrions être attentifs à la légitimation des mesures d’exceptions dans la lutte antiterroriste.
*Un hacker est une personne qui montre une passion pour la compréhension du fonctionnement intime des systèmes, ordinateurs et réseaux informatiques en particulier.
Alexandra Montaron
@AlexandraMontar
 
Sources – Pour aller plus loin : 
Camille GICQUEL, « Anonymous, la fabrique d’un mythe contemporain » (Ancienne étudiante du CELSA)
Pekka Himanen, l’auteur de « L’Ethique du Hacker, »
Une contre histoire de l’Internet à voir ici
Anastassia Tsoukala La légitimation des mesures d’exception dans la lutte antiterroriste en Europe
Francetvinfo.fr
zataz.com
http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150113.OBS9841/anonymous-et-hackers-islamistes-s-affrontent-au-nom-de-charlie-hebdo.html
lesechos.fr
slate.fr
lesechos.fr
lemonde.fr
lemonde.fr
Crédits images:
Anonymous
Zataz 

JMLP Jean Marie Le Pen
Politique

Keep calm and…

Vendredi 9 janvier, lors des prises d’otages dans un supermarché casher ainsi que dans une imprimerie de la ville de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) par des terroristes islamistes, Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du FN a fait publier sur son compte Twitter ce message : « Keep calm and vote Le Pen ».
On assiste ainsi à un très bel exemple de récupération politique des événements qui se sont déroulés il y a déjà deux semaines. Ce tweet a d’ailleurs provoqué un véritable tollé sur la Toile.
Mais pourquoi ces propos font-ils au juste polémique ?
Selon Libération, l’intéressé aurait déclaré : «Ainsi il y aurait des manifestations républicaines et maintenant des convenances républicaines qui font qu’on ne pourrait pas parler d’élections pendant une prise d’otages. Ce fait divers est un fait social qui aura des conséquences politiques. Ce que l’on nous reproche, c’est d’avoir raison avant tout le monde. Nous n’allons pas nous taire aujourd’hui pour laisser certains jouer les parangons des vertus républicaines en défilant dans la rue.»
On pourrait en effet ne pas s’en offusquer il pratique la liberté d’expression. N’est-ce pas d’ailleurs un des enjeux majeurs au centre des événements de ces dernières semaines ?

A propos du message…
Plusieurs raisons peuvent expliquer la majeure partie du rejet de ce type de message. Il y a tout d’abord, comme l’explique le philosophe Xavier Landes sur Slate, « un temps pour le recueillement, la compassion, le soutien sans condition et un autre pour l’analyse critique ».
Egalement dans deux ans reprend la campagne pour les élections présidentielles. Jean-Marie Le Pen a donc ainsi sauté sur l’occasion, sur un moment où des vies humaines étaient en jeu, profitant de cette période de terreur, de désarroi et de colère pour communiquer son message. Un message qui se veut une réponse aux sentiments et à la situation de la population française, surfant ainsi sur une idéologie divulguée à demi-mot.
Aussi le message diffusé sur le compte de Jean-Marie Le Pen reprend celui d’une célèbre affiche de 1939, « Keep Calm and Carry On », qui aurait dû être publiée par le gouvernement britannique afin de rassurer la population en cas d’invasion ennemie… L’équipe de communication de Jean-Marie Le Pen avait-elle conscience du contexte d’énonciation dans lequel cette affiche aurait dû servir ? Il faut toutefois ajouter qu’elle n’est pas la seule à avoir réutilisé ce message. Il a en effet beaucoup été repris pour différents usages commerciaux. Or, il s’agit ici d’un contexte politique et idéologique grave. Les terroristes s’en sont pris à la liberté d’expression, à l’autorité incarnée par des policiers ainsi qu’à une partie de la population de confession juive. Ils incarnent une idéologie à la violence évidente, une véritable menace pour les valeurs et les principes qui se veulent défendus par la France. Ainsi dans le cas présent, l’équipe de communication de Le Pen a publié, non l’affiche, mais le tweet. Elle a donné ainsi l’impression d’avoir accompli ce que le gouvernement britannique n’a pas fait durant la Seconde Guerre Mondial, en cas d’invasion. Invasion. Le mot est lâché et peut être n’est-il pas si anodin.
Dire que ce message a été diffusé en prenant consciemment en compte cette référence historique serait trop hâtif. Or il paraît évident que ce message joue sur les peurs et les amalgames qui voudraient établir un lien entre terroristes islamistes, musulmans et immigration, d’autant lorsque l’on connaît la politique que défend le parti d’extrême droite.
Il ne faut toutefois pas être naïf : connaissant le personnage de Jean-Marie Le Pen, et se douter qu’il y a sûrement eu une volonté de polémiquer en usant d’un discours simplifiant les événements à son avantage.
Il faut pouvoir entendre tous les avis, toutes les opinions car elles sont le reflet d’une partie de la société et nous devons les prendre en considération. Cependant entendre, écouter ne veut pas forcément dire approuver. La liberté d’expression est également un moyen de lutter contre certaines idéologies extrémistes et de montrer tout la bêtise et l’absurdité qui peuvent en découler.
Hélène Hudry
Sources :
liberation.fr
huffingtonpost.fr
slate.fr
Crédits photos :
liberation.fr
francetvinfo.fr

internet of things
Politique

Les objets connectés peuvent nous tuer

Une vie de plus en plus connectée
L’internet des objets (Internet of things en anglais) est une dénomination qui semble surprenante, mystérieuse, qui sort du quotidien parce qu’on ne l’entend pas si souvent que cela. Et pourtant, elle recouvre l’ensemble des objets courants connectés à Internet, objets que l’on ne remarque même plus tant leur présence est banalisée : ils sont devenus infra-ordinaires. On parle ici des voitures, des balances, ou encore des pacemakers, bref, pas seulement des ordinateurs ou des téléphones portables. En somme, dès qu’il y a échange d’informations et de données, dès qu’il y a communication entre les mondes virtuel et physique, on a affaire à l’Internet des objets. A l’origine, ces objets connectés étaient conçus pour faciliter la vie de tous les jours (domotique, e-santé), pour apporter plus de sécurité comme l’expliquait le chercheur britannique Kevin Ashton qui a développé ce concept. Le CES (Consumer Electronics Show), organisé à Las Vegas début janvier, a d’ailleurs présenté ceux qui feront nos beaux jours à l’avenir. Ces objets, parce qu’ils occupent une place grandissante dans notre vie de tous les jours, témoignent bien de notre techno-dépendance. Ils nous ouvrent le champ des possibles, nous offrent la chance d’être relié au reste du monde, nous font économiser du temps et des ressources.

Vol des données personnelles, attaques à distance : désaveu de la confidentialité
Mais cet aspect pratique ne saurait éclipser les dérives et les dangers qui pèsent sur les utilisateurs. L’année 2013 a marqué un véritable tournant dans la manière dont nous percevions Internet et les nouvelles technologies avec l’affaire Snowden et les révélations concernant Prism, le programme de surveillance de la NSA. Nous sommes surveillés, nos données n’ont plus rien de personnel et nous le savons, elles sont devenues les proies de nombreux acteurs, privés et publics, qui cherchent à mieux identifier leurs cibles et leurs attentes (état de santé, état civil, recherches effectuées sur Internet, coordonnées). Cela a d’ailleurs lancé une fameuse plaisanterie, pour le moins glaçante, de James Lewis : un expert du CSIS (Center for Strategic and International Studies) à Washington : « lorsque vous composez un numéro de téléphone, sachez qu’il y a au moins sept personnes au bout du fil ». En France, les autorités ont conscience de ce problème et l’Observatoire des libertés et du numérique met en garde les utilisateurs, mais nous sommes en droit de nous interroger sur les moyens dont nous disposons afin de limiter notre exposition. L’appareil législatif est encore bien faible, et ce malgré quelques chartes signées (qui commencent à être dépassées) notamment concernant le Droit à l’oubli numérique-2010. L’Europe et le Parlement se sont positionnés l’année dernière, suite aux révélations concernant la NSA, en faveur d’un « droit à l’effacement des données ». Le paradoxe entre croissance économique et respect des libertés fondamentales, qu’on ne parvient pas à dépasser et à résoudre, ralentit toujours les discussions.

 
Rapport alarmant d’Europol : l’heure du crime par Internet a-t-elle sonné ?
Mais la surveillance et l’intrusion puis la vente de nos données privées sont-ils les seuls maux que nous sommes amenés à craindre ? La menace d’un crime par Internet plane sur nous. Et il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe tiré d’un mauvais film de science-fiction. En effet, on mentionnait précédemment les pacemakers et l’e-santé, or, en juillet 2013, Barnaby Jack, un hacker néo-zélandais, a déclaré être dans la possibilité de se connecter à un pacemaker, d’en modifier le fonctionnement pour tuer son porteur tout en restant à 90 mètres de la scène de crime. Il devait en apporter la preuve à l’occasion de la Black Hat USA 2013, une conférence organisée sur le thème de la sécurité informatique. Il fut retrouvé mort peu de temps avant l’événement. Cette peur est bien réelle comme nous le révèle l’affaire Dick Cheney rendue publique par l’émission américain 60 Minutes. Nous sommes alors en 2007 et le Vice-Président américain subit une intervention pour ne pas que son pacemaker puisse être piraté à distance par d’autres dispositifs de communication. Il craint d’être assassiné à distance par des terroristes.
Peut-on vraiment tuer grâce à l’Internet des objets ? La menace est en tout cas prise au sérieux puisqu’un rapport d’Europol paru l’année dernière, The Internet Organised Crime Threat Assessment, revient sur ce risque que l’organisation de police juge « préoccupant ». Le document rappelle les risques d’extorsion, de chantages et note qu’ « avec la multiplication des objets connectés à Internet, nous devons nous attendre à la multiplication croissante d’attaques ». Mais ce n’est pas tout puisqu’il est aussi question « de blessures physiques voire la mort ».
Jules Pouriel
 
 
 
Sources :
Courrier International, 8 janvier 2015
Options, Surveillances, pouvoir dire « non », juin 2014
connectedobject.com
 
Crédits images :
 
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