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No way
Non classé, Politique

NO WAY

 
La campagne médiatique australienne anti-immigration «No Way» explose en 13 mois son budget de 15,7 millions d’euros prévu pour 4 ans. Des fonds titanesques au service d’une communication affolante.

Une politique anti-immigration solide
Le 7 septembre 2013, les élections fédérales australiennes sont remportées par la coalition libérale-nationale de Tony Abbot. L’argument majeur de la campagne est l’anti- immigration, le slogan : «Stop the boats». Le précédent gouvernement travailliste avait déjà négocié avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée le transfert de tous les demandeurs d’asile arrivant en Australie. Ce Regional Settlement Arangement, est réglé par une aide au développement. Se débarrasser des migrants moyennant finance publique ?
Une fois élu Premier ministre, Tony Abbot lance l’opération «Sovereign Borders», qui engage l’armée dans la lutte anti-immigration. 800 militaires, 12 bateaux spéciaux, 12 avions : un budget fédéral de 2,9 milliards de dollars australiens. L’opération développe également sa propre campagne médiatique intitulée «No way» : une chaîne Youtube, une bande dessinée, des messages dissuasifs transmis régulièrement à la radio et à la télévision, l’affiche «No way» publiée dans le pays et traduit dans plus de 17 langues. Dans un contexte d’opération militaire, le surcoût de la campagne médiatique semble dérisoire, mais le climat de terreur qu’elle génère ostensiblement est inquiétant.
Une esthétique de la terreur
L’agence publicitaire TBWA/TAL, qui a conçu la campagne «No Way» revendique une approche «disruptive» de la communication. Le produit est en rupture avec les habituelles représentations de l’Australie. L’image «No Way» ne propose pas un paysage australien confronté aux migrants, mais un espace au large, pris dans l’obscurité, sans rivage. Rien qui engagerait, aux premiers abords, le sentiment patriotique du citoyen. C’est bien le rapport traditionnel du pays à son océan qui est figuré : mais à contre-courant. Voilà l’Australie sous un autre visage ; celui qu’elle réserve aux embarcations illégales qui s’approchent de son territoire. L’affiche «No Way» peut se lire à deux niveaux. Le message anti-immigration est destiné aux pays émetteurs de migrants, mais également programmé pour alimenter les craintes et la rancoeur sur le sol australien. Comment le réalisme et le symbolisme sont mis au service de l’annonce d’un danger ou d’un appel à la haine ?
Les nuages noirs de la tempête et les ténèbres de l’océan encadrent l’image. L’horizon est couvert mais s’éclaircit au loin. C’est donc l’embarcation qui prend la direction des eaux troubles et les passeurs qui conduisent les migrants à la noyade. Maîtriser la géométrie classique et utiliser l’inconscient des destinataires pour se disculper de ses responsabilités ? L’affiche «No Way» est exportée et traduite dans les pays d’où proviennent ces bateaux. Le danger de la traversée au coeur de la tempête est un argument ambigu, mais prôné encore implicitement par le double-sens possible du slogan : c’est la noyade qui rendrait impossible la traversée ?

 
Le slogan imposant, aux couleurs rouges de l’interdiction, est là pour frapper le coeur de l’image. Considérons-le d’un point de vue australien : le but de la campagne s’affirme sans pudeur et ne dissimule pas sa lecture xénophobe : «No Way, vous ne ferez pas de l’Australie votre maison.» Le sigle du pays barré complète sans ironie le sens du message. Toute la violence de l’image s’inscrit dans une thématique ancienne : l’embarcation ne va pas seulement vers le danger, elle représente le danger. Les éléments qui se déchainent sont les prémices de l’arrivée indésirée des migrants ; comme si l’Australie, fille de l’océan indien et de l’océan pacifique, générait naturellement ses défenses contre ses ennemis. Un mur de tempête pour garder les «frontières souveraines», mais aussi et surtout, une tempête qui se lève à cause des migrants. Poésie guerrière : la dimension politique et militaire de l’image s’incarnent métaphoriquement dans les flots et les nuages menaçants. La solitude du bateau n’est pas anodine : il porte seul sa responsabilité d’embarcation maudite. Cette poétique insiste sur le naturel de l’opération. L’absence de rivage dans l’image, fini ici d’assurer qu’il n’y a pas d’autre issue à cette guerre du large que l’immigration zéro. L’encart le précise : ceux qui arrivent par la mer ne feront jamais partie de la nation australienne ; ni les migrants blessés, ni les enfants.

Les migrations de l’argent
En 2013, 20 000 réfugiés arrivés par la mer ont déposé une demande d’asile en Australie. Refusant catégoriquement de donner suite aux demandes, l’Australie cherche de nouveaux pays-partenaires pour évacuer les migrants et pour désengorger les anciens camps. Pour l’instant, seul le Cambodge a accepté, motivé par les 28 millions d’euros de compensation. Les organismes humanitaires s’alarment de ce transfert de personnes dans un pays pauvre et en proie à la corruption ; l’ONU y observant même en janvier 2014 des entraves aux libertés fondamentales. Pour 2014-2015, Canberra a voté l’une des plus hautes aides étrangères du Cambodge : 686 millions de dollars. Faut-il voir une pression financière, négociant, en dépit de tout, l’avenir des réfugiés ? Cette semaine, un président français s’est rendu pour la première fois sur le sol australien. La rencontre de François Hollande et du Premier Ministre australien Tony Abbott a misé sur une importante délégation d’entreprises françaises pour “renforcer les relations économiques”. Cette entente des gouvernements peut-elle conclure avec ironie les interrogations quant aux considérations humaines dans notre société ? Tony Abbot lancera à partir de juillet 2015 des permis de résidence permanents à tout individu pouvant investir plus de 15 millions de dollars australiens dans l’économie nationale. Finalement, il semblerait qu’il y ait un chemin.

 
Bettina Pittaluga
@PittalugaB
 
Sources :
 
courrierinternational.com
Youtube.com
australianimmigrationagency.com
Abc.net.au
Un.org
 
Crédits photos :
 
francetvinfo.fr
customs.gov.au
foreignpolicy.com

Politique

L'Etat islamique, des fusils et des tweets

 
C’est la première fois dans l’histoire du djihadisme que la communication devient une véritable arme, non-létale, mais à l’impact aussi grand que les opérations militaires.
Le djihadisme est apparu il y a une trentaine d’années, avec Al-Qaïda, qui à l’époque envoyait des vidéos de propagande aux chaînes de télévision comme Al Jazeera. Aujourd’hui c’est l’organisation du calife Abou Bakr al Baghdadi qui domine la scène. Elle est née en 2014 et grâce à Internet et au Web 2.0 les djihadistes deviennent leur propre média : ils mettent en ligne des vidéos de leurs combats et de leurs mises à mort sur Youtube, des reportages audios sur Soundcloud, des photos sur Instagram, des graphiques et des vidéos sur WhatsApp, des résumés des combats sur Just.Past, ils sont présents sur Ask.me et sur Twitter.
Toute cette communication, pour quoi faire ? La question se pose d’autant plus quand on sait que l’organisation Daesh utilise les instruments de communication de la société occidentale, dont elle prône la destruction.
L’auto-promotion
Al-Qaïda n’a jamais revendiqué les attentats du 11 septembre, alors que Daesh se revendique de toutes ses actions, voire les met en scène. Ils ont une communication très élaborée, allant de l’attaché de presse, Abu Mosa dans le reportage de ViceNews, à un média à part entière, Alhayat Media Center, qui produit des vidéos en reprenant les codes hollywoodiens des films d’action : Flames of War, Haya Alal Jihad.

Il y a véritablement une appropriation des codes de la communication occidentale, dont on peut encore voir des exemples dans ces vidéos stylisées, dont l’apparence laisse tout à penser qu’il s’agit d’une vidéo de présentation d’une entreprise ou une publicité. Sur Twitter, on peut retrouver les djihadistes sous les comptes @ISTimes2, @DawlaPhotos1, @DAWLAPHOTOS, @one_ummaah, @AtTurky… Et ce dernier conduit à une autre appropriation des codes occidentaux : les photos de chats. Du lolcat aux vidéos, les chats sont devenu un véritable mème de la culture numérique. Daesh l’a bien compris et leur a même dédié un compte Twitter : @ISILCats.

En se prenant en photo en train de caresser ou de nourrir ces petites boules de poils, Daesh entend jouer sur le pathos, comme lorsqu’elle publie des photos de camaraderie entre les combattants, d’entraide avec les pauvres, les personnes âgées ou les enfants. Ils cherchent à humaniser leur image.
Le recrutement
Al-Qaïda présélectionnait ses combattants, ayant créé une véritable élite pour le 11 septembre, alors que Daesh est prêt à accueillir tout le monde, même dans la société occidentale. Il y a une logique d’endoctrinement massif qui n’existait pas chez Al-Qaïda et qu’Internet permet de réaliser : les nouveaux djihadistes n’ont pas été convertis à la mosquée ou en prison, mais en ligne. L’exemple le plus récent est le témoignage que Léa, adolescente de 15 ans, a donné au Nouvel Observateur sur la manière dont elle a été endoctrinée sur Facebook. Toujours pour le groupe LeNouvelObs, Rue89 a publié récemment un article à la mise en page innovante, où un journaliste cherche à tester l’ampleur du recrutement djihadiste sur le réseau social. Sur son nouveau compte, il commence à consulter des profils de personnes qui affichent leur foi musulmane, des pages sur le djihadisme… Et peu à peu voit son fil d’actualités se modifier, ne lui présentant plus que des suggestions d’amis et des posts relevant de l’Islam radical ou du djihadisme. « J’ai passé à peine deux jours sur Facebook avec mon faux compte, et j’ai l’impression que mes repères s’estompent. Comme si Facebook m’avait transporté dans un univers différent. » Confie-t-il. Tout devient relatif au djihadisme et il commence même à s’habituer aux images des ennemis décapités, crucifiés, et des soldats morts en martyrs. C’est la logique même des algorithmes de recommandation qui font le succès de Facebook : créer une communauté d’intérêts. Ainsi, pour Daesh mais aussi pour toute autre organisation, nos réseaux sociaux et leur logique sont les meilleurs outils de propagande. Ce sont donc nos technologies occidentales qui rendent tout cela possible et Daesh se contente d’utiliser des plateformes que nous avons déjà légitimées.
L’édification du califat
Enfin, Daesh maîtrise la fonction performatrice du langage. En dehors de la maîtrise des outils de communication modernes, l’auto-proclamation de l’État islamique est un parangon des stratégies de communication, au sens le plus linguistique du terme. Elle répond parfaitement à la théorie de la fonction performatrice du langage, développée par Austin dans son ouvrage Quand Dire c’est faire (How To Do Things With Words, 1970). Daesh a su manier le langage comme jamais aucune organisation terroriste n’avait été capable de le faire auparavant. Pour reprendre la mise en perspective avec Al-Qaïda, ces deux organisations djihadistes ont parlé toutes deux de ré-établir le califat, mais une seule l’a fait : Daesh. Oussama ben Laden s’est contenté d’en parler, il n’a jamais dit qu’il l’avait fait. C’est tout l’inverse avec Daesh : on pense qu’ils ont rétabli le califat, mais finalement ils ont juste dit qu’ils l’avaient fait, ils l’ont proclamé. Il y a quelque-chose de symbolique dans leur prise de parole, de fondamentalement convaincant : l’énonciation du rétablissement du califat fait le rétablissement du califat. S’ils se revendiquent c’est pour une raison, c’est que la chose n’est pas évidente en soi, elle a besoin d’être prouvée, d’être légitimée, et c’est ce qu’ils font avec le pouvoir des mots, couplé avec la tyrannie des armes.
Marie MOUGIN
Sources
Conférence France Culture « L’Année vue par … le Numérique » (04/10/2014)
iTélé – Le Grand Décryptage – Propagande de l’EI : ce qui se cache derrière l’écran
The Atlantic – How ISIS Games Twitter
The New-York Times – ISIS Displaying a Deft Command of Varied Media
Al Jazeera America – In search of a digital caliphate
Le Figaro – La surprenante communication de l’État islamique sur les réseaux sociaux
Crédits photos:
Islamic State News (@DAWLAPHOTOS)
Islamic State of Cat (@ISILCats)
Le Figaro – La surprenante communication de l’État islamique sur les réseaux sociaux
 

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Politique

Rêve-veillez-vous !

 
Lendemain des élections européennes, triste mine que fait la France. On s’indigne et on pointe les coupables du doigt : les abstentionnistes d’une part, les électeurs du Front National de l’autre.
Et il y a de quoi s’indigner en effet, lorsqu’en France, le parti d’extrême droite parvient à rafler le quart des sièges au Parlement Européen et que l’abstention atteint 56,50%.
Loin de moi l’idée de féliciter les extrémistes mais l’emballement médiatique qui s’empare de ce sujet m’exaspère. D’une part, les partis politiques, excepté le FN – a priori – , ne font plus rêver comme cela a pu être le cas jusque dans les années 1980. Relayée par les médias, l’aphasie ambiante enfle quotidiennement. Concernant l’Union Européenne d’autre part, la majeure partie des citoyens ne semble pas comprendre (même en cherchant) comment fonctionne le système et surtout, quel est l’impact de l’UE sur leur vie quotidienne. Au lieu de fustiger la partie de la population qui ne s’intéresse pas à la politique, ne devrait-on pas plutôt remettre en cause un système qui représente moins de la moitié des Français ?
Et cela est une question de communication, la question de communication majeure de notre génération peut-être : comment penser un système fondé sur le dialogue, c’est-à-dire un système où l’institution se fait comprendre du peuple qu’elle représente et inversement ?
Les vieilles recettes ne fonctionnent plus, tout est à réinventer aujourd’hui : de la forme des partis aux modes de suffrages.
Alors, profitons de ces résultats pour construire une Europe qui ressemble à ses Européens.
 
Mathilde Vassor
Crédit photo : susauvieuxmonde.canalblog.com
Source : Le Monde

Politique

Le Front National entre en guerre médiatique

 
En politique, tout le monde se renseigne forcément sur son adversaire avant un débat. Le Front National, lui, change de cible, et se renseigne maintenant sur les journalistes qui parlent du FN. Apolline de Malherbe, journaliste de BFMTV exerçant auparavant chez Canal +, semble avoir été la victime d’une guerre d’un nouveau genre.
En effet la journaliste a été attaquée sur son parcours et ses convictions politiques par Marine Le Pen sur le plateau de BFM le 11 mai.

Cela fait écho à des déclarations récentes de Philippe Martel, le chef de cabinet de Marine Le Pen, qui aurait déclaré, selon Le Point « Notre plan média, c’est de vous attaquer à mort », en parlant de « ces connards » de journalistes institutionnels.
Coup de bluff ou véritable « plan média » ? L’hésitation reste grande, surtout que les cadres du parti n’hésitent jamais à parler fort. Ce nouvel angle s’intègre parfaitement à la stratégie du FN en termes de discours. Après le fameux « UMPS », c’est le « tous les mêmes, et les journalistes avec ». Il s’agit de montrer que politiques et journalistes viennent du même milieu. Apolline de Malherbe s’est faite attaquée sur son parcours à Sciences Po par Marine Le Pen qui affirme que L’ENA ou Sciences Po seraient des « pouponnières ». Le FN reste alors sur cette communication autour du « eux » contre le « nous » : le système des personnes ayant fait les grandes écoles et qui sont loin des problèmes contre les vrais Français, auxquels le FN affirme appartenir. En bref, le FN est victime d’un vaste complot d’une classe qui ne les accepte pas, d’une catégorie de personnes bien loin des « vraies personnes » et des « vrais problèmes ».
Il s’agit également de montrer que tous les journalistes ont un parti-pris idéologique qui a des répercussions sur leur manière de traiter le FN. En effet, Marine Le Pen a également attaqué Apolline de Malherbe sur son passé chevènementiste.
Cette nouvelle stratégie sera-t-elle payante ? En tous cas, soyons sûrs que les journalistes ne se laisseront pas attaquer, et surtout pas par le Front National.
Paola Paci
Sources
LeFigaro
LeMonde

Europe
Politique

« L’Europe, l’Europe, l’Europe ! »

 
Alors que les élections européennes du 25 mai prochain approchent à grand pas, une seule question semble encore dominer les débats : celle de l’intérêt qu’y portent les Français. Car même si selon un récent sondage 62 % d’entre eux se déclarent prêts à aller voter, les motivations exprimées restent dans le détail beaucoup moins rassurantes.
Le sacre de l’euroscepticisme ?
Il semble en effet que ces élections annoncent le triomphe d’un repli national déjà bien engagé depuis la crise économique. Ainsi, ce sont seulement 25 % des électeurs qui pensent que ce scrutin changera quelque chose à la situation de la France.
La montée en puissance du Front national en témoigne, avec en particulier le paradoxe de voir que c’est le parti le plus anti-européen qui, avec plus de 20% des intentions de vote, va certainement être la première force politique de ces élections.
Pourtant, à y regarder de plus près, cet euroscepticisme n’est le fait que d’une poignée de pays (France, Royaume-Uni, République tchèque, Pologne ou Danemark) seulement, et c’est bien l’alliance des partis de gauche et des écologistes qui devrait rester majoritaire en nombre de sièges au Parlement.
Plus qu’une approbation aux idées eurosceptiques, il semblerait donc que le discrédit des élections européennes vienne d’ailleurs.
Une communication particulièrement défaillante
 En effet, si la nationalisation des votes est une des raisons principales de ce désamour vis-à-vis de l’Union européenne, il faut aussi noter qu’elle se nourrit d’une communication des partis politiques particulièrement défaillante.
 Cela est spécialement vrai pour le Parti socialiste qui pâtit avant tout des mauvais résultats de François Hollande, 21 % des français annonçant ainsi que leur vote aux élections européennes servirait avant tout à sanctionner le gouvernement. Gouvernement qui avait d’ailleurs lui-même bien mal préparé le terrain lors du dernier remaniement, avec la nomination très contestée du « cancre » Harlem Désir comme Secrétaire d’État aux affaires européennes.
 De son côté, l’UMP souffre de divisions récurrentes, Laurent Wauquiez et Henri Guaino ayant eu la bonne idée de publier dans le Figaro, au lendemain du lancement de la campagne par le Parti, une tribune signée par 40 parlementaires pour « tout changer » en Europe. Une initiative traduisant les amertumes nées de la constitution des listes, et notamment de la nomination d’Alain Lamassoure comme tête de liste d’Île-de-France. Ces problèmes venant d’ailleurs s’ajouter à l’affaire Bygmalion, qui resurgit au plus mauvais moment, jetant un peu plus le discrédit sur le parti, par l’intermédiaire d’un de ses chefs, Jean-François Copé.
 Enfin, et c’est peut-être plus inquiétant, même l’UDI et EELV pourtant connus pour être les plus européens des partis français, ne semblent pas parvenir à gagner la confiance des électeurs. Dans le premier cas, cela est dû à un semblant de désorganisation que focalise la maladie et le retrait récent de Jean-Louis Borloo, tandis que dans le deuxième cas, ce sont des choix de communication peu judicieux qui portent tort au parti (voir article précédent: ).
Le rôle des médias : les dangers de l’effet loupe
Mais si ces difficultés existent, on peut toutefois questionner in fine le rôle décisif que semblent jouer les médias. On peut ainsi se demander dans quelle mesure leur focalisation sur des querelles nationales, doublée d’un désintérêt assez marqué pour les élections européennes, n’est pas ce qui conditionne en grande partie la vision négative des électeurs.
Il apparaît en effet très difficile pour les électeurs d’appréhender le rôle et les enjeux réels de l’UE, quand France Télévisions ne diffuse même pas le débat du 15 mai dernier pour la Présidence du Parlement. De même, il est certainement tout aussi difficile d’accorder du crédit à nos élus, alors que les chaînes de télévisions nous rappellent à loisirs le taux d’abstention de certains d’entre eux.
Enfin, et c’est là que l’effet loupe est le plus pervers, il semble très compliqué de se rendre compte que l’euroscepticisme est loin d’être dominant, alors que la montée du Front national monopolise l’attention et les débats.
Bizarrement, ces élections présentent donc le dangereux paradoxe de ne pas être très médiatiques, tout en étant le pur fruit de la communication ; une communication malheureusement centrée sur la forme et le cadre national, et qui tend à oublier le fond et les enjeux européens.
Il serait alors peut-être temps de se souvenir de la célèbre phrase du Général de Gaulle, pour se rappeler que l’Europe n’est pas une abstraction mais bien un débat d’idées à même de conditionner notre avenir :
« On ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe, l’Europe, l’Europe », mais ça n’aboutit à rien, et ça ne signifie rien. »
Grégoire Larrieu
Sources :
Latribune.fr
Lesechos.fr

Michelle Obama
Politique

#BringBackOurGirls : l'opération du tout digital

 
Tout a commencé par une vidéo de quelques minutes postée le 5 mai dernier par l’organisation terroriste nigériane Boko Haram, dont le leader revendique l’enlèvement de 276 lycéennes le 14 avril en vue de les vendre comme esclaves. Un mois après le drame, la propagation du hashtag #BringBackOurGirls constitue un véritable témoignage de soutien envers les jeunes filles détenues et leurs familles.
La réaction est planétaire, mais le plus impressionnant dans cette opération reste que la mobilisation est quasi exclusivement numérique.
La réaction des internautes aux évènements internationaux et nationaux n’est pas un phénomène nouveau : on se souvient du terrible tsunami qu’a connu le Japon en 2011, face auquel Lady Gaga avait appelé ses fans à donner aux sinistrés par Twitter. Ce type d’engagement virtuel – Jacques Ion parlait déjà « d’engagement distancié » en 1997* – a fait couler beaucoup d’encre et pose la question du sens donné à ces formes de participation. Les multiples pétitions en ligne, photos de soutien et rassemblements virtuels sont souvent dénoncés comme faciles et ne serviraient pour beaucoup qu’à se donner bonne conscience. Comment dès lors aborder de la façon la plus neutre ces interventions sous le signe du buzz ?
Si le hashtag #BringBackOurGirls déferle dans le monde entier, il vient à l’origine d’une cérémonie qui s’est tenue fin avril dans le cadre de la nomination de Port Harcourt (Nigéria) comme capitale mondiale du livre par l’Unesco. Lors du discours d’Oby Ezekwesili, vice-présidente de la section africaine de la Banque mondiale, qui demandait la libération des jeunes nigérianes, deux hommes ont alors tweeté la formule, qui depuis a fait du chemin…
Quelques jours après la publication sur Youtube de l’annonce de Boko Haram, Michelle Obama s’est pour la première fois exprimée à la place du Président des Etats-Unis dans une vidéo hebdomadaire de la Maison Blanche : elle y affirme l’indignation et l’immense chagrin du couple face à la situation, à la veille du « Mother’s Day » américain.
On peut notamment en retenir ces mots :
“I want you to know that Barack has directed our government to do everything possible to support the Nigerian government’s efforts to find these girls and bring them home. In these girls, Barack and I see our own daughters. We see their hopes, their dreams, and we can only imagine the anguish their parents are feeling right now.” **
La première dame a également publié une photo et un message, retweetés plus de 50 000 fois : “Our prayers are with the missing Nigerian girls and their families. It’s time to #BringBackOurGirls.” ***
L’implication des politiques les plus hauts placés a également touché la France : Najat Vallaud-Belkacem ou encore Christiane Taubira se sont elles aussi emparées des réseaux sociaux pour affirmer leur soutien aux victimes et rappellent la mobilisation du pays pour retrouver les auteurs de l’enlèvement.

Plusieurs pages Facebook, une pétition de quelques 900 000 signatures sur change.org et un Tumblr lancé par Amnesty International… Jamais la marque du digital ne se sera autant faite sentir pour un événement localisé de ce type.
Plus anecdotique, Angelina Jolie, Alexia Chung, Emma Watson ou encore Whoopi Goldberg se sont manifestées sur Twitter, où les messages de soutien et les portraits affichant le hashtag se multiplient… Même le très connecté Pape François a fait appel à l’oiseau bleu pour appeler à la prière !
Les mauvaises langues pourront juger tout cela comme le seul moyen de pallier le manque d’investissement ou d’actions des gouvernements. Néanmoins, le tweet permet tout au moins de maintenir en haleine la communauté internationale et de diffuser l’information en masse.
La révolte est mondiale, certainement parce que l’enlèvement de ces jeunes écolières n’est pas le premier au Nigéria et relance le débat du droit à l’éducation et de la violence envers les femmes. Ces deux causes trouvent un écho bien au delà des frontières du pays et amènent certains à s’engager dans le mouvement #BringBackOurGirls, depuis leur écran ou leur smartphone.
Le hashtag viral aura in fine eu l’avantage -et pas des moindres- de réveiller les médias, qui ont fait fin avril leur mea culpa : à la surprise générale, les internautes sont à l’origine du buzz, suivis après plusieurs semaines par les médias qui ont tardé à parler de l’affaire. Boko Haram n’a pas eu besoin d’eux pour poster sa vidéo, pas plus que les millions de followers pour s’engager (?). #BringBackOurGirls laisse donc envisager un retour en force du soutien citoyen et communautaire dans l’action sociale, aux dépens des grands titres de l’actualité.
 Laura Pironnet
* Jacques Ion, La fin des militants ?, 1997, L’Atelier
**  « Je veux que vous sachiez que Barack a tout fait pour que notre gouvernement soutienne les efforts du gouvernement Nigérien afin qu’il retrouve ces filles et les ramène chez elles. Au travers de ces filles, Barack et moi voyons nos propres filles. Nous savons leurs espoirs, leurs rêves et nous ne pouvons qu’imaginer l’angoisse que leurs parents vivent à cet instant. » (http://www.youtube.com/watch?v=PAncJ3nuczI)
*** « Nos prières vont vers les jeunes filles nigérianes disparues et leur famille. Il est temps de #BringBackOurGirls ».
Sources :
Atlantico.fr
Lesoir.be
Madmoizelle.com
Crédits photos :
Twitter.com
 

Elections européennes 2014
Politique

Comment vous dire d'aller voter?

 
Lundi 12 mai, la campagne officielle des élections européennes a débuté. L’actualité de ce fait semble pourtant éclipsée par le glamour de Cannes ou par un désintérêt grandissant des Français pour le scrutin européen.
En effet, alors que les 751 futurs euro-députés représenteront 500 millions d’Européens, seules 39% des personnes sondées par l’Ifop le 7 mai dernier (lors d’un sondage réalisé pour Paris Match) comptaient aller voter. Depuis la première élection de députés européens en 1979, ce scrutin est toujours plus délaissé par la population.
Et pourtant, ces élections sont primordiales pour tout citoyen. Des questions phares seront dans les mains des futurs élus : immigration, économie, agriculture et autres sujets sensibles. Il y a en outre une nouveauté de taille : le successeur de José Manuel Barroso, actuel président de la Commission européenne, sera élu par le Parlement européen, donc c’est-à-dire indirectement… par nous-mêmes.
Sans céder au fatalisme ambiant sur l’abstention grandissante ou sur la montée des extrêmes, analysons les axes de communication mis en place : comment intéresser des citoyens toujours plus réfractaires et, plus largement, comment réconcilier les Européens avec l’UE ?
La communication institutionnelle
Plusieurs questions se posent en termes de communication : faut-il évoquer le fonctionnement de l’UE ou des enjeux de fond ? Et quel ton adopter : pédagogique, grave, parodique…? L’enjeu primordial pour le Parlement est de montrer aux citoyens qu’il existe différents projets politiques pour l’UE, afin de sortir du débat pour ou contre l’UE.
L’idée clé de la campagne des européennes se résume en une phrase « cette fois-ci, c’est différent », choisie en raison du contexte de crise, de la défiance envers l’UE, mais aussi des changements institutionnels. Un slogan commun aux 28 Etats membres a été adopté pour la résumer : « Act, React, Impact ». Mais le choix de cette idée-clé est contesté : le choix d’une tonalité alarmante ne donne pas forcément envie de se rendre aux urnes. Il en est de même pour le clip officiel qui alterne images de guerre et regards graves face à la caméra. Mais, et c’est un point positif, le Parlement européen a aussi compris la nécessité de rythmer la vie publique via des débats télévisés entre les candidats à la présidence.
Adopter une posture pédagogique ?
L’enjeu pédagogique est central pour communiquer sur ces élections puisque, par exemple, seuls 41% des Français savent que les eurodéputés sont élus au suffrage direct. Le Monde a ainsi mis en ligne une vidéo de personnages “patates” sur le site internet du journal.
Mais cette posture peut aussi se révéler être un mauvais choix. Il suffit pour s’en convaincre de penser à la série de vidéos “Let’s Rock the Eurovote” réalisées par l’association Européens sans frontières, qui sont un désastre communicationnel. Les vidéos mises en ligne sont surannées, les personnalités mal choisies et les discours creux… Au 17 mai, la vidéo de présentation n’a fait que 1 006 vues et les commentaires sont du  type “vous m’avez ouvert les yeux, j’irai voter FN” : le flop est total.
Faire social à tout prix ?
Les innovations numériques ont démultiplié les possibilités de communication et modifié la politique européenne. Prenons l’exemple des simulateurs de vote, qui permettent aux citoyens de se positionner sur un échiquier politique toujours plus complexe. On peut citer EUProfiler ou VoteMatch, qui se présente sous la forme d’un petit quizz rapide en ligne, d’une trentaine de questions stratégiques. Il ne s’agit pas de dire aux gens ce qu’ils doivent voter, mais leur donner envie de s’informer.
Electio2014 est une autre innovation intéressante (cofinancée par l’Union Européenne), qui permet de projeter la répartition des sièges jour par jour selon les sondages. FastCheckEU, de son côté, joue au vrai/faux avec les déclarations des politiques, permettant aux citoyens de vérifier leurs dires rapidement.
Une application Facebook nommée « I’m a voter », créée par le Parlement, permet d’envoyer un ballon/rappel à ses amis accompagné de messages types (« Come on, show the world you’re a voter too! »). Etant donné que l’application publie en notre nom, il s’agit d’utiliser le pouvoir des réseaux sociaux pour répandre le message, clair et injonctif : « if you care, spread the word ». Il y a un voyage à Strasbourg à gagner pour celui qui diffusera le plus de ballons.
Les réseaux sociaux ont donc été investis, comme Twitter ou même Instagram où l’on peut suivre, avec le hashtag #YaBs2014, le trajet de 28 petites figurines décorées aux couleurs des États-membres qui doivent rejoindre Bruxelles avant les élections.
Fais-moi rire
Pour inciter les gens à se rendre aux urnes, une posture ludique a souvent été adoptée. Le parlement européen a ainsi créé une application ludique nous permettant de remonter dans le temps. On peut comparer un appartement décoré dans le style de 1979 (date de la première élection) et un appartement de 2014, afin de découvrir ce qui a changé et quels impacts a eu le Parlement européen sur ces changements.
Mais ce sont nos voisins danois qui ont fait très fort avec la vidéo de « Voteman »,un superhéros aussi violent que convaincu de sa tâche : faire voter les Danois à tout prix. La vidéo, supprimée 24h seulement après sa publication, avait cependant le mérite de changer par rapport aux autres spots, en préférant la dérision au ton moralisateur.
Tous les moyens seraient-ils bons pour intéresser les citoyens aux élections européennes ? Dans le doute, les stratégies de communication ont été assez diverses. Plusieurs choix ont été faits par le Parlement, puis par les Etats-membres. On remarque l’importance accordée au digital et aux réseaux sociaux, de même que l’effort fait pour intéresser, de manière ludique, les jeunes et/ou les abstentionnistes. On remarque aussi qu’il s’agit souvent de spatialiser l’information, comme pour aider les citoyens à mieux se représenter (et à accepter ?) l’Europe.
Et une vidéo cadeau pour finir :

Si avec tout ça vous n’allez pas voter le 25 mai… !
 
Lucie Detrain
Sources
Elections2014
Franceinfo
NotreEurope

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Politique

Quand les verts capotent

 
Alors que les campagnes pour les élections européennes battent leur plein, Europe-Ecologie les Verts (EELV) a cherché une manière originale de se distinguer : distribuer des préservatifs estampillés de leur slogan. L’opération avait très bien marché lors de la campagne présidentielle de 2012 avec « Eva Joly, la candidate qui protège ». Le renouvellement aurait donc très bien pu fonctionner si leur slogan actuel n’avait pas été : « Donnons vie à l’Europe. »
Voulant jouer sur le paradoxe et une communication décalée, EELV a suscité la raillerie des internautes qui ont jugé la facétie ridicule. En effet, bien que l’humour soit en théorie un bon ressort communicationnel, la grossièreté apparait rarement comme une méthode efficace, surtout dans le contexte politique. Ce trait humoristique prête encore plus à sourire quand on sait que le slogan de leurs opposants UDI se trouve être « Faites l’Europe, pas la guerre ». Chacun semblant malheureusement s’être calé sur la communication de l’autre, ce qui peut perdre l’opinion.
Ce buzz a eu un autre effet pervers pour EELV : souligner leurs incohérences de calendrier. La temporalité est une donnée primordiale dans une campagne de communication : une opération d’une telle sorte, avec un slogan différent, aurait sans doute eu plus de sens en début de campagne. Elle aurait créé un petit effet médiatique et aurait attiré le public qui se serait concentré par la suite sur le fond des idées. Mais, en orientant le débat sur les techniques de communication, le programme vivement en faveur de la construction européenne n’est pas médiatisé et le parti semble avoir un discours frivole et creux. Cette image est très négative à l’heure où les intentions de vote se portent vers des partis eurosceptiques ou vers l’abstentionnisme.
A cela s’ajoute les bourdes communicationnelles de José Bové, candidat pour le parti dans la circonscription du Sud-Ouest. Le 30 avril dernier, dans une émission sur la chaine télévisée chrétienne KTO,  celui-ci a revendiqué ses positions en défaveur de la procréation médicale assistée pour les couples homosexuels mais aussi pour les couples hétérosexuels, se disant hostile à « toute manipulation sur le vivant ». Il s’attire ainsi les foudres des parlementaires écologistes qui viennent de déposer un projet de loi pour l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes. « Un nouvel adhérent de la Manif pour tous ? Attention à ne pas tomber dans des théories naturistes pas très nettes. A trop suivre la nature on finit par vivre avec des animaux dans une ferme du Larzac », a ironisé durement la sénatrice Esther Benbassa à propos du candidat.

Cet indicent révèle plus que des tensions internes, à un mois du scrutin, il met en avant les contradictions inhérentes au mouvement, il détruit devant les électeurs la crédibilité et la légitimité de la tête de liste. Il ternit davantage le blason de Bové déjà jugé rustique dans son allure, ses idées et ses méthodes comme le fauchage des champs d’expérimentation de culture d’organismes génétiquement modifiés. Mauvaise pioche pour EELV, l’image un peu rustre de leur candidat entre en totale opposition avec celle que le parti cherche à promouvoir : un parti moderne aux valeurs progressistes.
Enfin, la dernière erreur de communication du parti, et non des moindres, aura été la sur-médiatisation de Daniel Cohn-Bendit. En effet, ancien député européen et figure de proue d’EELV, ce dernier a souhaité apporter son soutien aux candidats. Toutefois, la presse s’est concentrée sur lui au point d’effacer les véritables intéressés méconnus du grand public. Un effet contreproductif au vu du résultat.
Mais que les écologistes se rassurent, ils sont loin d’être les seuls à avoir fait mauvaise figure pendant la campagne. Les tensions visibles à l’UMP, le manque de cohérence du PS, la guerre des chefs à l’UDI et le climat europhobe n’ont fait qu’augmenter la défiance de leurs concitoyens et semblent responsables de l’ascension déjà fulgurante des partis extrémistes.
Caroline Dusanter
Sources :
Eelv.fr
Lemonde.fr
Crédit photo :
20minutes.fr

Politique

Nouveau look pour un nouveau poste

 
Cristina Cordula travaille-t-elle tapie dans l’ombre de la classe politique ? C’est ce qu’on pourrait penser aux vue des efforts de nos politiciens. On se souvient du régime drastique de François Hollande avant la campagne présidentielle et des lunettes vertes d’Eva Joly. Aujourd’hui, c’est au tour de Ségolène Royal de changer.
En effet, la nouvelle ministre de l’écologie arbore depuis son arrivée au gouvernement un nouveau chignon. Un détail pourrait-on penser. Mais le diable est dans les détails, particulièrement lorsqu’il s’agit de communication politique. L’image et l’apparence en politique sont parties prenantes de la popularité.

Fini les cheveux aux vents et les tenues blanches et rouges de 2007 qui lui donnaient des airs de de jeunesse fonceuse et de Marianne souvent moqués par les Guignols.
Ségo a désormais muri et tente de le prouver en arborant un look à base de chignon, d’étole sobre et de discrètes perles blanches, qui lui confère une image rassurante et assagie, presque maternelle. Des atours qui rappellent ceux de Simone Veil, icône progressiste.
Elle se positionne d’ailleurs comme une « femme d’Etat » selon son expression. Le coté maternel du look s’accorde avec son intention d’« écouter les gens, de faire attention à eux ». Un attachement à l’apparence, à l’image et aux mots qui porte ses fruits ; La troisième du gouvernement a fait un bon de douze points dans les sondages.
L’apparence est donc en politique plus que jamais reliée à une personnalité et une ligne idéologique que l’on cherche à défendre. Il en va de même pour le style vestimentaire de notre premier ministre. Ancien champion de la chemise et de la cravate colorée, Valls joue maintenant la carte de la sobriété. Il en va de sa réputation de sérieux.

Avec une ambition peu cachée de reconquérir le Sénat, à quand le régime de Gérard Larcher ?
Sources
LeTélégramme
HuffingtonPost
Closer
LeNouvelObservateur

Bush
Politique

Le Bush s’enflamme pour la peinture

Ils sont nombreux ces artistes  à être descendus des hauteurs du Parnasse pour s’engager dans l’action politique. Mais lorsque c’est un homme politique, un grand homme de la cité, à l’instar de Georges W Bush, ancien président des Etats-Unis, qui se reconvertit dans l’art, on ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit réellement d’une passion qui s’est révélée tardivement ou d’un simple coup de communication destiné à rappeler sa présence au monde et à entretenir un mythe autour de sa personne.
Bien qu’ils aient pour réputation de vivre en dehors de la cité et de ses problèmes, voire même d’en être exclus, les artistes aiment frayer avec la politique. Qu’il s’agisse d’Aimé Césaire, poète de la négritude devenu grand homme politique  martiniquais, de Youssou N’Dour, actuellement ministre sénégalais, ou même d’Arnold Schwarzenegger, acteur de film de série B élu pour deux mandats gouverneur de Californie, les artistes d’aujourd’hui aiment à se mêler au commun des mortels, mettre talent et génie au service du public. L’artiste, l’écrivain, le comédien, ont perdu depuis longtemps cette image de personnage maudit désintéressé des hommes et de leurs soucis et  personne ne semble plus s’en étonner.
Cependant, quand George W Bush révèle dans une interview spéciale accordée à sa fille, Jenna Bush lors de l’émission « Today » du 4 avril dernier, l’inauguration de sa première exposition intitulée « L’art du leadership: la diplomatie personnelle d’un président », la réception de l’information, comme de l’œuvre peut laisser perplexe. Ce n’est pas tant son apprentissage rapide de la peinture et des couleurs comparé à la somme conséquente de ses toiles, une vingtaine au moins qui pousse à l’interrogation du point de vue technique et esthétique. Ce n’est pas non plus le sujet de ces peintures, des portraits de ses homologues internationaux ou sa signature, le numéro 43 comme 43e Président des Etats-Unis qui laissent pantois. Non, c’est bien plutôt cette ambivalence entre homme de peinture et homme politique, dont le mandat reste entaché par le 11 septembre et la guerre en Irak notamment, qui n’est pas sans rappeler celle de grands dictateurs et criminels de ce monde restés incompris, pour leur génie artistique comme leur lignes politiques.

En effet, cette double palette est commune à bien des hommes qui se sont pris pour des dieux créateurs autant que destructeurs. Il semble même qu’il y ait une sorte de malédiction à voir des génies incompris devenir de sombres criminels de guerre. On se souvient, ou pas, du revirement subit de Mao Zedong, connu d’abord pour ses poèmes, ou encore,  de Muhamar Kadhafi, facilement comparable à une rock Star puisque le dirigeant libyen en avait tous les attributs, des costumes aux lunettes noires et au sens de la mise en scène,  de ses caprices de diva à ses coups d’éclats. Mais surtout, c’est à Adolphe Hitler que l’on songe, et amèrement, à l’idée de penser ce qu’il aurait advenu s’il avait été accepté aux Beaux-Arts de Vienne. La liste des incompris et des ratés qui se sont finalement illustrés dans leur art de l’oppression est longue. Quid alors de George Bush et où le placer dans cette galerie de criminels-artistes ?

En ce qui concerne l’ex président américain, le rapprochement semble exagéré et trop grossier, sinon pour les opposants à la guerre en Irak et les anti-Bush, qui restent nombreux à travers le monde et continuent de le dépeindre ainsi. Si on ne peut le cataloguer parmi cette pléiade d’artistes « engagés », on peut certainement féliciter ses conseillers en images, sans doute à l’origine de ce coup de maître, pour ce coup de com. La légende raconte d’abord qu’il aurait, en tout modestie, affirmé à son professeur de peinture qu’il « Il y a[vait] un Rembrandt qui sommeill[ait] en [lui] » et qu’elle n’avait qu’à révéler. Et voilà les journaux qui s’emparent de la phrase qui devient le slogan de l’exposition. Cette passion serait née à la lecture de l’œuvre de Monsieur Winston Churchill lui-même, Painting as a Pastime : et voilà qui la légitime de façon fortuite. Enfin, le sujet de sa peinture, des dirigeants étrangers pour qui le cow-boy aurait beaucoup « d’admiration »  est une manière aisée de se rappeler à leur bon souvenir et de retrouver une place dans le débat politique après s’être fait oublier quelques temps. De là à affirmer que George Bush n’aurait finalement pas grand-chose à dire par sa peinture, il n’y a qu’un coup de pinceau, rapidement esquissé.

Quoiqu’il en soit, selon les dires de l’artiste, la signature vaut plus que le dessin lui-même : une vérité qui montre que l’image du président ne sera jamais supplantée par celle d’artiste peintre, une image qui fait vendre, comme lorsqu’il paradait en armes, et prouve sans doute qu’il est davantage question de génie de communication politique que de génie créateur.

Le retour en politique par la peinture ? Voilà qui pourrait donner des idées à certains s’ennuyant dans l’oisiveté post-présidentielle  et qui peinent à se refaire une place dans le débat. En attendant que les critiques artistiques se prononcent, le buisson américain ne cesse d’étonner la galerie et de générer des bénéfices.
Inès Garmon
Sources
LeMonde
HunffingtonPost
CourrierInternational