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Sarkozy D8
Politique

« Campagne Intime, Nicolas Sarkozy » : simple documentaire ou véritable outil de communication ?

 
La diffusion de « Nicolas Sarkozy, Campagne intime » sur D8, mardi dernier, aura fait couler beaucoup d’encre. Le programme, présenté comme un documentaire inédit sur la campagne présidentielle de l’ancien chef de l’Etat, a en effet suscité de nombreuses réactions sur la toile. Décrié sur les réseaux sociaux, ressassé et analysé par les chaînes d’information et dans la presse, le programme a tout de même rassemblé 1,5 millions de téléspectateurs et enregistré 5,2% de part d’audience, à tel point qu’il devient légitime de se demander quel a été le véritable enjeu de sa diffusion. Stratégie de communication ou simple documentaire à regarder avec recul et second degré ? La question se pose, d’autant plus qu’il s’agit bien ici d’un reportage ambivalent.

Information ou communication ?
« Campagne Intime » retrace les mois de campagne précédant l’élection présidentielle de 2012 avec un objectif affiché : montrer ce que ni le public ni les journalistes n’auraient vu jusqu’ici.
Caméra à l’épaule, Farida Khelfa a en effet suivi le couple présidentiel dans des moments de vie quotidienne, ou intime, comme le titre du programme l’indique. Il est néanmoins possible de se demander si l’intimité n’est pas ici la grande absente, car bien qu’il soit présenté comme un film à caractère documentaire, le programme fait montre d’une subjectivité affichée. La réalisatrice, ex-mannequin et amie de Carla Bruni Sarkozy, nous donne ainsi à voir l’image d’un couple quasi parfait : elle, soutien sans faille toujours prête à pousser la chansonnette, lui, père attendrissant et homme politique engagé.
Une vision sans recul et pour le moins subjective qui nous laisse penser qu’il pourrait bien s’agir d’un outil de communication politique. Difficile en effet d’envisager qu’un homme politique puisse réellement être naturel face aux caméras, et c’est en cela qu’il devient légitime de se demander si la communication n’aurait pas ici pris le pas sur l’information.

De plus, si le but de ce documentaire n’est pas clairement établi, le choix de sa période de diffusion pourrait aussi être questionné. Dans le cas où l’on serait face à un reportage purement informatif, quel pourrait être l’intérêt pour la chaîne de le diffuser maintenant ?
L’hypothèse de l’outil de communication semble d’autant plus plausible si l’on tient compte du contexte politique actuel. Ainsi, dans le cadre d’une stratégie politique, il semblerait opportun pour Nicolas Sarkozy de véhiculer l’image d’un homme proche du peuple et digne de confiance, alors même que la communication du président actuel semble lui faire défaut et ne cesse de faire augmenter son impopularité. La chaîne affirme néanmoins qu’il ne s’agit pas ici d’une stratégie de communication ni d’une commande des équipes de Nicolas Sarkozy, accentuant ainsi l’ambivalence du programme.
Un relai médiatique pour le moins surprenant
 Qualifié de « film de propagande, tourné avec le cœur et filmé avec les pieds » par Médiaslemag, « Campagne Intime » aura donc été vivement critiquée et tournée en dérision par les téléspectateurs et les journalistes.

Pourtant, le dispositif médiatique mis en œuvre autour du reportage semble lui conférer la légitimité et le sérieux d’un véritable événement politique. Un teasing important a ainsi été mis en place sur la chaîne D8, mais le reportage a surtout fait l’objet d’une analyse postérieure sur la chaîne d’information i>télé. Un débat a ainsi été proposé en seconde partie de soirée, décryptant le documentaire et rappelant les analyses proposées lorsqu’un événement politique important survient.
Et les chaînes publiques n’étaient pas en reste puisqu’au lendemain de sa diffusion, France 2 commentait le programme dans son journal de 13 heures, mettant en exergue son caractère exclusif. Le reportage a été relayé et commenté par les chaînes d’information, au même titre que les évènements politiques majeurs. Ce qui peut sembler paradoxal puisque toute ambition politique est ouvertement niée.
Nicolas Sarkozy, le retour ?
En conclusion, il semble important de souligner l’ambivalence d’un tel documentaire qui, malgré une volonté affichée de simplement faire découvrir au public la face cachée d’un homme politique, participe au retour de Nicolas Sarkozy dans la conscience collective. En témoigne notamment la réapparition du hashtag #SarkoNostalgie le soir même de la diffusion du reportage.
Un caractère ambivalent qui pourrait notamment expliquer les critiques virulentes des téléspectateurs et autres journalistes, habitués à ce genre d’exercice communicationnel. En effet, l’initiative de dévoiler les coulisses d’une campagne n’a rien de novateur. Bon nombres d’hommes politiques avaient déjà jugé judicieux de se mettre en scène durant leur campagne. Car il s’agit véritablement ici d’un exercice de mise en scène au travers duquel l’acteur principal cherche à véhiculer une certaine image ; en l’occurrence celle d’un homme serein, engagé et authentique aussi bien en politique que dans l’intimité.
Les enjeux communicationnels d’un tel outil semblent ainsi avoir été identifiés par le public, conscient que ce qu’on lui donne à voir ne reflète pas nécessairement une réalité objective, mais qui semble pourtant se prêter au jeu, comme en témoignent les scores d’audiences.
Néanmoins, le documentaire « Nicolas Sarkozy, Campagne intime » semble se différencier nettement de ses prédécesseurs dans la mesure où l’enjeu politique et communicationnel n’y est pas assumé. Il semble donc légitime de se demander s’il s’agissait ici de préparer un possible retour en politique de l’ex président.
 Amandine Verdier
Sources :
Europe1.fr
Nouvelobs.com
Huffingtonpost.fr
 
 
 

Page facebook Marche des républicains
Politique

La marche des Républicains : une mobilisation face aux extrémismes

 
Depuis quelques mois déjà, les propos à tendance homophobes, racistes et extrémistes, occupent le devant de la scène publique.
Les scandales et les bourdes politiques se succèdent : les propos homophobes dans le cadre du débat sur le mariage pour tous (et les agressions en marge de celle-ci !), les insultes racistes auxquelles a du faire face Christiane Taubira, les propos controversés de Manuel Valls sur les Roms… Des actes, des propos, qui se multiplient.
Tous ont un point commun : la provocation, qui fait aujourd’hui presque office de norme. L’ascension fulgurante des discours du FN, qui cherche à choquer afin de créer le buzz, en témoigne.
C’est contre ce sentiment que comptent s’élever les instigateurs de l’évènement « La marche des républicains. » Le discours de François Hollande lors des commémorations du 11 novembre en a constitué l’élément déclencheur. Si certaines personnes ont profité de l’occasion pour huer le président, cela a provoqué de vives réactions chez les internautes. Au milieu de celles-ci, un hashtag émerge : #lamarchedesrépublicains. Un compte Twitter et une page Facebook sont créés dans la foulée. La création d’un site est même à venir. L’évènement, qui se déroulerait le 8 décembre prochain, place de la Bastille à Paris, invite ses participants à marcher « tous ensemble afin de raviver l’esprit républicain. »
Le mouvement, créé à l’origine par des militants de gauche, espère fédérer des partisans centristes et UMP. Certains ont d’ailleurs déjà rejoint le mouvement.
Celui-ci va-t-il réussir à s’affranchir des clivages politiques pour embrasser une population soucieuse de s’unir pour préserver ses valeurs ?
Mais surtout, la mobilisation des internautes va-t-elle entraîner une mobilisation des citoyens ?
 
Adeline Mateus
Sources :
Le Huffington Post
LeLab – Europe 1
La page Facebook de la Marche des Républicains

François Hollande
Politique

L’Homme sans com’

 
La popularité de François Hollande est au plus mal. Il est récemment tombé à 26 % d’opinions favorables, un record d’impopularité pour un président de la Ve République dans l’histoire des sondages BVA. Le franchissement de cet énième seuil est le symbole du désamour entre le Président et les français. Et si le problème était surtout communicationnel ?
DÉROUTE
Il faut dire que depuis cet été les couacs et polémiques s’enchaînent dans les médias, donnant l’impression d’une véritable cacophonie au gouvernement. Entre la déconvenue de François Hollande sur la pause fiscale, le bug des résultats du chômage en août causé par SFR, le conflit Duflot-Valls et la polémique sur les Roms, celle sur Léonarda, la révolte bretonne et la reculade du Premier Ministre sur l’écotaxe, l’exécutif se noie dans une parole qui tend à réagir dans l’urgence.
Concernant l’affaire Léonarda, la maladresse de François Hollande n’a pas seulement été le choix d’un entre-deux douteux, mais surtout de s’être directement adressé à la jeune adolescente devant les caméras, établissant un dialogue surréaliste rythmé par les chaînes d’information en continu, abîmant au passage son statut de chef d’Etat.
Quant à la reculade concernant l’écotaxe en Bretagne, toutes les tentatives d’en minimiser les conséquences ne parviendront pas à stopper les procès de la droite en indécision et en manque d’autorité. Elle risque par ailleurs de compromettre toute tentative de réforme d’ici les municipales.
Enfin, même la libération des otages français au Niger n’a pas profité à François Hollande dans les sondages et ce malgré tout le dispositif communicationnel engagé. Selon Le Parisien, plus de la moitié des Français (54%) estiment que François Hollande a joué un rôle qui n’est « pas important » dans cette libération.
Finalement, ces affaires successives donnent l’impression d’un « exécutif girouette » et rendent la politique gouvernementale inaudible et sans visibilité.
Sans oublier le reproche majeur que l’on fait à François Hollande, hautement communicationnel : son soi-disant problème d’autorité. Le fait est qu’il a rarement recadré fermement ses ministres devant les caméras. Mais il est loin de manquer d’autorité. Libération a d’ailleurs rapporté les propos d’un ministre :
« Hollande est sur notre dos en permanence. Qui, au gouvernement, n’a pas pris un SMS sur la gueule ? (…) Il sait aussi être très méchant. »
La vraie question est donc la suivante : peut-il vraiment se passer de la mise en scène de son pouvoir, et donc de son autorité ? François Hollande a choisi une autorité plus moderne , mais il doit convaincre qu’à terme, elle sera plus efficace.

L’AXE HOLLANDE-VALLS
Au chapitre des choix communicationnels douteux du Président, l’axe Hollande-Valls est incontournable. Ce choix est stratégique : c’est de leurs différences, de leur « complémentarité » que vient la nécessité de leur « mariage » (Libération).
La rigidité de Valls sur les questions d’intégration et d’immigration sert de rempart contre les critiques de la droite sur le laxisme. Là ou Hollande cherche à incarner l’apaisement et l’espoir en faisant toujours preuve de prudence, Valls va « affronter frontalement ses positions », selon un ministre. Sa virtuosité en communication compense les lacunes du Président.
On peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de ce choix. La popularité de Valls est loin d’avoir l’effet contagieux escompté sur celle de Hollande, sans doute car l’impression est donnée que c’est François Hollande qui s’aligne sur Manuel Valls, et non l’inverse. Hollande aurait même confié, selon Le Canard Enchaîné : « Ça me fait de la peine de constater à quel point Manuel ne pense qu’à lui ».
Par ailleurs, le tandem que forme Hollande avec Manuel Valls escamote celui qu’il devrait former avec Jean-Marc Ayrault. Cela n’a rien d’étonnant : le premier ministre joue son rôle de fusible en assumant seul la ligne sociale-démocrate.
PERSPECTIVES
Il semblerait finalement que François Hollande paye toujours le prix de son pari risqué d’une présidence normale, qui comme on le constate aujourd’hui, ne désignait pas un retour à la figure présidentielle gaullienne que les français ont toujours aimé admirer.
François Hollande a fait le pari d’un renouveau de la culture démocratique : puisque la société française évolue vers une organisation sociale horizontale plutôt que pyramidale, la monarchie républicaine à la française devait être abolie.
Ce pari était risqué, la majorité des français n’étant pas prêts, en période de crise économique et sociale, à renoncer au mythe de l’homme providentiel. Il aurait sans doute été avisé que François Hollande choisisse d’incarner ce rôle.
Denis Pingaud, dans son récent ouvrage L’Homme sans com’, analyse la politique communicationnelle du président :
« En se débarrassant volontiers de tous les colifichets trop voyant de la communication, le Président remet la politique au centre. Mais, ce faisant, l’homme sans com’ oublie que la communication n’est pas un don mais un métier ».

François Hollande veut privilégier la politique sur le spectacle, mais il oublie que la politique aujourd’hui est du spectacle. Electorale, la politique est image. C’est ici peut-être son erreur la plus fondamentale.
Elle peut lui être fatale, le risque étant que l’impopularité du Président devienne le marqueur de sa personnalité politique. Mais L’Homme sans Com’ se défend.
« J’essaie de trouver l’équilibre, qui n’est pas facile, entre l’expression franche de qui je suis, de ce que je pense, et la représentation symbolisée qu’impose la présidence de la République ».
Si Aristote faisait de la tempérance une vertu, dans le monde politique d’aujourd’hui, un tel positionnement risque néanmoins de manquer de force communicationnelle.
 
Clarisse Roussel
Sources :
Libération – Hollande Valls mairage de raison
Libération – Manuel Valls les coups de force permanents
Libération – Le président recadre de l’intérieur
Libération – Hollande un chef qui ne dit pas son nom
Libération – Le président comme si de rien n’était
Le JDD – Sondages
Le Monde – François Hollande le président le plus impopulaire de la Ve
Le Monde – La méthode Hollande critiquée
La Croix – Le recul de l’écotaxe fragilise encore François Hollande
Le Parisien – La libération des otages ne profite pas à Hollande
Photos :
Une – AFP
François Hollande – Lnt.ma
Caricature – Dessin de Mis et Remix paru dans l’Hebdo, Lausanne

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Politique

Poutine, pas prêt d’égayer la Russie

 
« Nous faisons tout pour que les sportifs, les spectateurs, les visiteurs se sentent bien aux Jeux olympiques, quelles que soient leur nationalité, leur appartenance ethnique ou leur orientation sexuelle », tempérait Vladimir Poutine, en bon prince, le 28 octobre dernier, devant Thomas Bach, président du Comité international olympique.
Oui. Ce même Poutine, qui quelques jours auparavant, affirmait pourtant que si les « sportifs qui ont une orientation sexuelle non traditionnelle […] sortent dans la rue pour en faire la propagande, ils devront en répondre devant la loi ».
D’emblée, une question se pose : qu’entend précisément le Président de la Fédération de Russie en ajoutant les termes « faisant la propagande de relations sexuelles non traditionnelles» à la loi fédérale sur la protection des enfants contre les informations nuisibles à leur santé et à leur développement ? Évoquer la tradition et la propagande paraît excessif et lourdement connoté pour parler d’innocentes manifestations d’amour de la part d’individus de même sexe. Et après une – très courte – réflexion, il peut même sembler risible d’imaginer que deux femmes s’embrassant dans les jardins de Pavlovsk puissent chercher à mettre en œuvre une stratégie de persuasion en vue de propager une façon d’aimer nuisible à la santé, au développement des enfants, et non conforme à l’usage ancestral russe de surcroit.
Cette pointe d’ironie n’est bien évidemment là que pour mettre en avant l’ambivalence de cette loi, qui témoigne d’une certaine habileté d’un point de vue communicationnel : en accentuant le flou autour des termes choisis, Poutine permet à ce texte ambigu d’être interprété de manière très large, de sorte qu’il puisse s’appliquer à quantités de cas de figure, pouvant aller des cours d’éducation sexuelle donnés aux jeunes, en passant par le simple baiser remarqué au détour d’une ruelle et jusqu’à l’organisation de mouvements tels que les gay prides.
Quoi de plus efficace que de faire une analogie entre une prise de position résolument discriminatoire et un risque pour l’avenir de la nation – la jeunesse ? Que dire de l’évocation d’un moyen de persuasion tel que la propagande dans un pays qui, il n’y a même pas un siècle en arrière, en subissait tous les méfaits sous la dictature stalinienne ?
La stratégie employée par le Président de la Fédération russe, qui mise manifestement sur le danger que peut représenter l’homosexualité, s’avère ainsi presque rhétorique ; rappelons qu’en-dehors des termes « relations sexuelles non traditionnelles », jamais le mot « homosexualité » n’est cité dans le texte. Pascal le premier disait qu’« il y a une éloquence du silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire ».
Plus frappant encore est l’enracinement de la tradition dans les mœurs russes, puisque 88% de la population soutient Poutine et plus de la moitié des citoyens juge nécessaire de pénaliser l’homosexualité, d’après un sondage de l’institut Vtsiom. En somme, 12% de sympathisants à la cause LGBT en Russie, 12 petits pourcents de personnes désormais privées de parole, comme l’affirment ces couples de lesbiennes photographiées par Anastasia Ivanova.

Kate et Nina : « En public, nous essayons de ne pas cacher nos sentiments, et nous sommes déterminées à nous tenir la main et nous embrasser librement. Mais la situation des droits des homosexuels en Russie est mal partie. La façon dont nous vivons fait de nous des hors-la-loi. »,
From Russia with Love, série photo d’Anastasia Ivanova.
Une voix leur est heureusement offerte à l’international, où les réactions vont quasi-unanimement à l’encontre de cette décision, non seulement en raison de la violation de la liberté d’expression que cette législation induit, mais aussi en vertu de l’incitation à l’intolérance qui découle de la lecture des amendements. Ainsi, Amnesty International qualifie cette loi de « clairement discriminatoire » ; Human Rights Watch y voit « une violation flagrante de l’obligation juridique internationale de la Russie de garantir la non-discrimination et le respect de la liberté d’expression » ; le gouvernement canadien ne mâche pas ses mots en déclarant que cette loi est « mesquine et odieuse » ; Obama, pour sa part, est catégorique, il n’a « aucune patience pour les pays qui tentent de traiter les homosexuels ou les lesbiennes ou les personnes transgenres de façon à les intimider ou à les mettre en danger ».
 L’organisation des Jeux Olympiques de Sotchi 2014 est donc questionnée, puisque la Russie, pour accueillir cet évènement, se doit de respecter la Charte olympique, qui veut que « toute forme de discrimination à l’égard […] d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autre est incompatible avec l’appartenance au mouvement olympique », d’où la subite tempérance de Poutine évoquée en début d’article. Face à cela, les campagnes solidaires abondent, à l’instar de la Human Rights Campaign, qui met en avant des célébrités gay-friendly arborant un t-shirt clamant fièrement et en russe : « L’amour peut vaincre la haine ».
Jamie Lee Curtis, Ricky Martin et Wentworth Miller, pour la Human Rights Campaign, sur Instagram.
 
Également remarquable, cette campagne de la Fondation Émergence va même jusqu’à créer sa propre promotion des Jeux de Sotchi 2014. Vous avez dit provoc’ ? Peut-être, mais dans ce cas-ci et tout comme Brecht, on pense que « la provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds ».
Campagne Sotchi 2014 de la Fondation Émergence
David Da Costa
Sources:
Lemonde.fr
Huffingtonpost.fr
Fondationemergence.org
Crédits photos : From Russia with Love, photographies d’Anastasia Ivanova.

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Alain Finkielkraut
Politique

Alain Finkielkraut : entre identité et modernité

 
Ce serait peu de dire que L’Identité malheureuse, le nouveau livre d’Alain Finkielkraut, suscite la polémique – conduisant même un individu à entarter le philosophe lors de son discours d’adieu à Polytechnique où il fut professeur.
 Si l’on en croit les médias dont le philosophe ne cesse de déchaîner les passions,  ce récent ouvrage n’est autre qu’un ramassis de propos racistes anti-immigration… Surprenant pour un membre de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme).
 Dès lors, peut-être faut-il dépasser les discours médiatiques enflammés pour tenter de comprendre l’une des problématiques posées par Finkielkraut dans cet ouvrage. En tant que philosophe, ce dernier propose avant tout une réflexion sur les concepts d’identité et de diversité. À l’heure où la question de l’immigration semble de plus en plus importante,  Finkielkraut s’interroge sur la possibilité d’appartenir ou non à une nation, définie par une identité nationale. Or, cette problématique peut prendre sens lorsque l’auteur pose les questions de l’évolution technique et de la consommation au chapitre intitulé « Une chose belle, précieuse, fragile et périssable ».
 Pour Alain Finkielkraut, s’est perdu le contact avec le passé et avec ce qui faisait l’identité française, aujourd’hui attaquée par la technique et la consommation. En effet, comme pour ce dernier l’identité se définit par l’héritage, et que l’héritage est ruiné par le présentisme dans lequel nous vivons du fait même de l’interconnexion et de la technicisation, alors l’identité n’est plus. Malgré la polémique qu’un tel discours peut susciter, l’ouvrage a au moins un mérite : il permet de poser la questions du lien entre identité et médiatisation, héritage et technicisation.
 Ainsi, peut-on toujours parler d’identité nationale alors que les nouveaux médias sont vecteurs d’instantanéité et d’interactivité et ruinent par là-même le passé et l’héritage communs à la nation ? Jusqu’où y a-t-il un impact des médias et de la communication sur la question aussi bien philosophique que sociétale de l’identité et de l’appartenance à un groupe ? Enfin, comment accueillir lucidement les transformations du monde actuel ?

 
Juliette Courtillé

Politique

"My friends call me Batman"

La double vie d’un collaborateur d’Obama sur Twitter.
Un haut responsable de l’administration Obama a été démis de ses fonctions le 23 Octobre dernier pour avoir proféré des insultes à l’encontre des membres du gouvernement sur un compte Twitter anonyme. Depuis 2011, Jofi Joseph, responsable de la lutte contre la prolifération nucléaire et membre de l’équipe en charge des négociations avec l’Iran autour des armes nucléaires, tweetait régulièrement sous le pseudonyme @natsecwonk, n’hésitant pas à critiquer ouvertement la politique de la maison blanche ou même à divulguer des informations internes sur l’administration Obama. « My friends call me Batman », avait-il tweeté, narguant les services de sécurité lancés à sa recherche.
Egalement soupçonné d’avoir ouvert un second compte anonyme, @dchobbyist, sur lequel il publierait cette fois-ci des commentaires sur ses recours aux services de prostituées, Jofi Joseph, a finalement avoué les faits avant de s’excuser auprès de ses collaborateurs et de déclarer :« ce qui avait commencé comme une parodie de la culture de Washington est devenu un ensemble de commentaires déplacés et mesquins. J’endosse la responsabilité totale de cette affaire et je présente mes sincères excuses à tous ceux que j’ai insultés ».
A l’heure où certains supérieurs hiérarchiques n’hésitent plus à licencier leurs employés pour des discussions sur Facebook, cette affaire aux apparences de simple scandale politique fait pourtant ressurgir une problématique récurrente. Entre parole publique et échange à caractère privé, la prise de parole sur les réseaux sociaux ne bénéficie pas encore d’un statut clairement défini. Il est donc légitime de se demander où se situe aujourd’hui la frontière entre ces deux statuts autrefois clairement dissociables.
 
 
Amandine Verdier

Politique

Le Qatar ou l'art de séduire

 
Le Qatar peut se flatter d’avoir réussi à jeter un voile opaque et duveteux sur sa politique intérieure.
Mohammed Aj-Jami, alias Ibn al-Dhib regrette probablement à l’heure actuelle de n’avoir pas saisi plus tôt la supercherie savamment orchestrée par cette petite nation du Golfe Persique. Arrêté en novembre 2011, condamné à la prison à perpétuité en novembre 2012 pour « atteinte aux symboles de l’état et incitation à renverser le pouvoir » suite à l’écriture d’un poème exprimant son désir d’assister un jour à une propagation du printemps arabe jusqu’aux monarchies du Golfe, il sera finalement condamné à quinze ans de réclusion par la Cour de cassation de Doha en ce 22 novembre 2013. Paradoxal dans un pays ayant fait l’apologie  de ce même printemps arabe me direz-vous ? Effectivement. Mais cette frasque ne fait que faire écho à de nombreux autres écarts régulièrement commis par le Qatar : participation active avec les autres pays du Conseil de Coopération du Golfe à la création d’un test médical visant à détecter l’homosexualité afin d’empêcher la présence d’émigrés homosexuels sur leur territoire ; mais aussi implication dans de nombreux scandales dits « d’esclavage moderne », ayant notamment donné lieu à la publication le 17 octobre d’un rapport de la Walk Free Foundation affirmant qu’entre 4000 et 4500 personnes étaient actuellement réduites en esclavage moderne dans ce pays. N’oublions pas non plus que cet émirat est aussi le plus grand émetteur au monde de CO2 par personne.
En dépit de tous ces dysfonctionnements internes, les relations entre les grandes puissances européennes comme la France ou l’Allemagne et le Qatar semblent cependant n’avoir jamais été aussi bonnes. François Hollande, lors d’une visite officielle à Doha en juin 2013 qualifia ainsi la relation de son pays avec celui de l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani de « relation de confiance, de transparence et de réciprocité. ». C’est à peine pourtant si une quelconque tonalité de réprobation pu être décelée lorsque le porte-parole du quai d’Orsay affirma que la France enjoignait les autorités quatariennes de manifester un « geste de clémence » envers Mohammed Aj-Jami et rappela « l’attachement de la France à la liberté d’opinion et d’expression ».
On ne compte plus en outre les accords commerciaux passés entre le Qatar et les pays européens. A titre d’exemples, mentionnons simplement le fait que depuis 2011 le Qatar soit le premier actionnaire de Lagardère, détenant ainsi plus de 12% de son capital ; l’entrée en octobre 2013 de fonds qataris dans le capital de Volkswagen ; ou encore la première place du Royaume-Uni sur la liste des pays récepteurs de capitaux en provenance de l’émirat. De manière plus générale, rappelons également que la monarchie du cheikh Al-Thani a même été choisie pour accueillir la Coupe du Monde de football de 2022.
Comment expliquer alors cette séduction que semble exercer le Qatar sur les pays européens ?
Outre des motifs économiques évidents –l’Europe ne pouvant se permettre de refuser des capitaux étrangers en cette période de crise-, il se trouve que de nombreuses stratégies de communication furent successivement mises en place par le Qatar afin d’apparaître comme un pays moderne et résolument disposé à resserrer ses liens avec les pays européens.
La première innovation communicationnelle de génie du Qatar fut ainsi de créer en 1996 la chaîne de télévision Al-Jazeera, chaîne ayant aujourd’hui le plus haut taux d’audience au sein du monde arabe (25.23 millions de téléspectateurs en moyenne). On constate en effet que depuis sa création, Al-Jazeera semble avoir toujours eu pour vocation de servir de tribune de contestation, allant jusqu’à s’enorgueillir d’avoir activement participé au « Printemps arabe », notamment via la retransmission en direct des soulèvements. L’accueil par la chaîne des  Doha Debates depuis 2011 – sorte de shows à l’américaine retransmis notamment par la BBC au sein desquels sont traités les sujets les plus controversés au sein du monde arabe – semble s’inscrire dans cette même lignée, le paroxysme de la supercherie étant toutefois atteint dans le fait que ces fameux débats soient victimes de la censure au Qatar.
Les incessantes tentatives du Qatar pour apparaître comme un pays favorable au développement des arts et de la littérature semblent également destinées à courtiser les pays occidentaux et à masquer sa propre politique intérieure. On remarque ainsi d’une part que de nombreux artistes européens -tels que Plantu- ont déjà reçu différents prix de la part de d’instances qataris, et d’autre part que les codes adoptés par le Qatar dans son développement culturel suivent bien plus une logique d’occidentalisation qu’une logique de modernisation accompagnée d’un respect des traditions et coutumes. La Cheikha Mozah bint Nasser al-Missne, mère de l’actuel émir, joue ainsi un rôle emblématique à ce sujet, notamment dans le domaine de la mode, le caractère typiquement occidental de ses tenues lui ayant ainsi par exemple valu d’être nommée deuxième femme la mieux habillée du monde par le magazine américain Vanity Fair en 2011. Il parait également intéressant de souligner qu’Al-Jazeera propose depuis quelques années un service d’e-learning destiné aux étrangers désireux de se perfectionner en arabe.
 S’il est un véritable Janus des temps modernes, il s’agit donc bien du Qatar.
Héloïse Lebrun-Brocail
Sources
Lepoint.fr
expressiondz.com
courrierinternational.com
Lefigaro.fr
Bloglemonde.fr
Nouvelobs.com

Politique

Nervosité et maladresses en Mer de Chine

 
Vendredi, un nouvel événement est venu tendre les relations diplomatiques des géants d’Asie. Yoshitaka Shindo, ministre des affaires intérieures et de la communication japonais s’est rendu vendredi au sanctuaire de Yaksumi, mémorial dédié aux victimes japonaises de la guerre. Une visite des plus normales peut on penser, pourtant, dans un contexte de tensions diplomatiques entre le Japon, la Corée et la Chine, ce geste a été mal perçu. La revendication des îles Senkaku, l’installation de missiles longues portées en Corée du Nord constituent la toile de fond d’une Asie sous tension. Honorer ses morts, plus qu’un droit, un devoir, devient alors un affront diplomatique. En effet, l’ajout en 1978 de généraux reconnus comme coupables de crime des guerres par les Alliées, au sanctuaire de Yaksumi irrite considérablement les plaies laissées par le japon impérial en Chine et en Corée. La réputation sulfureuse du premier ministre Shinzo Abe, ne fait qu’amplifier ce type d’événement.  Le Japon s’est enfermé dans une communication agressive au point de ne plus pouvoir agir sans paraître suspect. Bien que Yoshitaka Shindo ait répété son désir d’apaisement, il semble que le devoir de mémoire empêche toute forme d’oubli. Après 70 ans, tout rappel du passé ne devient qu’erreur communicationnelle. Entre intransigeance et maladresse, le chemin du pardon semble encore long et semé d’embuches en mer de Chine.
 
Arnaud Faure

marine le pen heureuse
Politique

La France blues Marine ?

 
 
Elle exulte Marine Le Pen ! Et elle peut : mercredi 9 octobre dernier, un sondage IFOP commandé par le Nouvel Observateur lançait un pavé dans la mare en annonçant que 24% des citoyens français donneraient leur voix au Front National pour les élections municipales à venir ce printemps. Quelques jours plus tard, la victoire de Laurent Lopez (FN) à Brignole (Var) fait écho à ce sondage. Comment expliquer, au vu du discours politique ambiant, ces 24%, symbole de la montée lancinante de l’extrême droite ?
Un chiffre symbolique
Avec les 24% d’intention de vote, le FN gagne trois points par rapport à mai 2013. L’UMP passe de 21% à 22%. Le PS est le grand perdant, passant de 21% à 19%. Une part des électeurs de François Hollande, déçus, se tournent vers le FN qui réussit aussi à glaner les votes des retraités et à attirer dans ses rangs une part croissante de la classe moyenne. La réponse du FN ne s’est pas faite attendre, le parti d’extrême droite se targue de devenir désormais le « premier parti de France », adoptant une position conquérante très facilement lisible dans le communiqué de presse de Steeve Briois. Le secrétaire général du FN qualifie ces résultats de « séisme sans précédent » traduisant un « élan d’enthousiasme manifeste », exprimant le raz-le-bol des français face aux deux grands partis, le PS et l’UMP. Le FN ne doute de rien donc, et affirme sa détermination dans sa marche vers le pouvoir. Le discours outré des journalistes et personnages politiques ne cache pas la vacuité de leur action. Un tel discours a pour seul effet de victimiser le FN, de le mettre au centre du débat sans parvenir à le neutraliser. Dans une position de maître, le parti de Marine Le Pen peut se contenter de rester muet.* Le reste de la sphère politique lui assure sa communication, ou pire encore, légitime ses positions : qui ne dit mot consent. Qui n’agit pas non plus ?
La mue déculpabilisatrice opérée par Marine Le Pen…
Le Front National propose des réponses simples, voire simplistes, aux problèmes compliqués de notre société, parvenant en conséquence à toucher un large panel d’électeurs potentiels. Marine Le Pen se présente comme figure providentielle, détenant une vérité simple et efficace. Or, il est beaucoup plus aisé d’adhérer aux thèses du FN que l’on comprend, plutôt qu’à des discours complexes qui tentent d’apporter une réponse complète aux problèmes de notre société. Le FN pratique de ce fait une stratégie de vulgarisation se fondant sur un imaginaire national, voire nationaliste. En jouant sur le mythe d’une France à la grandeur passée, le parti adopte une position rétrograde bien plus rassurante que l’avenir sombre dont on nous brosse le portrait quotidiennement. En somme, le discours du FN, simple et rassurant amène ceux qui y adhèrent à se tourner vers le connu et le repli sur soi.
Ce discours séduisant a longtemps possédé une faille en la figure de Jean-Marie Le Pen. Mais on assiste, depuis l’arrivée de sa fille, à une déculpabilisation du vote FN. Femme “popotte”, divorcée, mère de trois enfants, aux propos (en apparence) moins stigmatisants, Marine Le Pen a tout pour atteindre son but : faire oublier les idées qu’elle véhicule. Le site qu’elle a mis sur pied (www.marinelepen.com) la présente comme une femme respectable, loin des propos racistes de son père. Elle gomme l’image « extrême » de son parti afin de convaincre les électeurs encore timides. Sa dernière lubie, amener au tribunal quiconque aurait l’audace de qualifier son parti d’extrémiste le prouve bien : elle brouille les cartes afin de mieux pouvoir les distribuer. La rhétorique de la présidente du FN semble donc bien tendre vers une normalisation et une banalisation de son parti.
En conséquence, le vote FN tend à ne plus être tabou. La bataille sémantique qu’a lancé Mme Le Pen amène le FN au centre de l’actualité politique. Mais pour une fois, on oublie son côté polémique pour se concentrer sur le coup médiatique. Le fait qu’elle se batte contre l’appellation « extrémiste » montre bien qu’elle cherche à faire du FN un parti politiquement correct. Pour ce faire, elle s’appuie sur la faiblesse actuelle du PS et de l’UMP.

…Conséquence du désamour politique ?
Face à l’impopularité du gouvernement et à la « guerre des chefs » qui règne à l’UMP, le FN propose un discours clair et simple, apparemment sans faille ni langue de bois, faisant bloc autour de la figure de Marine Le Pen.
Mais n’oublions pas que le grand gagnant des élections de ces dernières années reste l’abstention. Le problème n’est-il pas le rejet de la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ? L’Union Européenne paraît bien loin des préoccupations quotidiennes des européens qui se méfient de Bruxelles. Que nous avons tord cependant ! L’Europe est, malgré toutes ses imperfections, un projet stimulant. Pour contrer le repli sur soi qu’incarne Marine Le Pen, les Français auraient peut-être besoin de plus de chantiers communs. Tout va mal ? Réjouissons-nous : une société meilleure n’attend que nous pour être construite !
Mathilde Vassor
Sources :
http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20130823.OBS4202/18h-le-front-national-obsession-politique-numero-un.html
http://www.frontnational.com/author/steevebriois/
http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2013/10/11/montee-du-fn-comment-en-est-on-arrive-la
 

Politique

Que retenir du "shutdown" ?

 
Que retenir du « Shutdown » ?
Farce tragique pour les républicains ? Simple coup de com d’Obama ? Ou bien véritable farce nationale aux yeux de l’étranger ?

Le shutdown est enfin fini. Finis la paralysie budgétaire et le risque d’une déflagration mondiale ! Finies les confrontations entre démocrates et républicains pour le vote du budget !
C’est en ce jeudi 17 octobre qu’un compromis a enfin été trouvé. Celui ci met fin au fameux « shutdown », expression omniprésente dans les médias ces deux dernières semaines. Cette crise est le résultat d’une confrontation entre les démocrates et les républicains, majoritaires à la Chambre. Ces derniers, farouchement opposés à la loi Obamacare décidèrent de ne pas voter le budget le 1er octobre (jour de l’application de la loi) ce qui a contraint le gouvernement à déclarer l’arrêt de son activité et ce qui a de surcroît mis au chômage technique près de 800 000 fonctionnaires.
La crise, d’une ampleur inédite, a été gérée avec succès par l’équipe de communication présidentielle. En l’utilisant comme un opportunité politique, le shutdown a permis d’asseoir l’autorité du président et de discréditer celle des républicains. La stratégie de communication a d’abord consisté à dramatiser les effets destructeurs possibles de la crise sur le pays et sur sur l’ensemble du globe. On a donc vu s’esquisser de l’autre côté du continent une croisade idéologique entre les démocrates, se battant pour l’instauration de la sécurité sociale, et les républicains, apparaissant alors comme les « méchants » de l’histoire, les insensibles, les responsables de tous les maux. Le shutdown qui aura duré deux semaines au total, s’est ainsi soldé par l’échec cuisant des républicains, qui ne sont parvenus ni à obtenir un accord sur une réduction drastique des dépenses sociales, ni au report de la loi Obamacare.

Cette crise montre surtout les bienfaits des pouvoirs de la communication qui ont une fois de plus permis de remporter la bataille. À l’échelle nationale tout d’abord, avec une omniprésence sur les réseaux sociaux. En postant une dizaine de tweets par jours, l’équipe de communication présidentielle a diffusé une vision manichéenne en accusant directement les républicains des maux subis par les EU. Ainsi, les followers, au nombre de 37 500 000 environ, ont du tweeter le tweet suivant : « Retweet if you want this #shutdown to end ».
Mais Obama ne s’est pas arrêté là. Son plan médiatique a également été mondial. En effet, ses discours emprunts de peur ont contribué à l’essor de l’ampleur de la crise. Ainsi, lorsqu’un journaliste a demandé à Obama : “Monsieur le président, les marchés sont pour l’instant assez calmes, ils pensent que c’est une énième querelle politique à Washington, ont-ils raison ?”, et que le président des États-Unis s’est empressé de répondre : “Non cette fois, c’est différent. Ils devraient s’inquiéter”, et qu’il a par la suite rajouté qu’il ne cèderait en aucun cas à la demande de « rançons » des républicains, on a bien une dramatisation de la situation.
De plus, le président a illustré sa proximité, son assistance et sa compassion envers le peuple en faisant par exemple une brève apparition dans les locaux de l’association Martha’s table. Cette association caritative qui vient en aide aux sans abris et aux travailleurs aux faibles revenus a accepté son aide. En les aidant à faire des sandwichs, Obama a montré qu’il était capable, à la différence des républicains ancrés dans leurs positions, de mettre « la main à la patte » et de partager la souffrance du peuple. Ce coup de communication médiatique a été un réel succès pour Obama qui est sorti de la crise plus fort que jamais. Intangible, défenseur d’une loi sociale historique, il apparaît alors comme un président fort nécessaire au bien de l’intérêt national.

Néanmoins, le shutdown n’a t il pas surtout permis de montrer l’esprit enfantin qui règne au Congrès ? Comment un gouvernement peut il décider de faire grève alors que l’intérêt national et l’ordre économique mondial sont en jeu  ? Dans une période où les citoyens ont de moins en moins confiance en leurs institutions, cette crise a discrédité encore plus les responsables politiques.
Elle a été perçue à l’étranger comme une farce tragique subite à la fois par les républicains mais également par les démocrates car même si les sondages montrent que 74% des Américains rendent les républicains responsables de la crise, ils montrent aussi leur dédain envers les institutions et envers l’ensemble des élus et du système parlementaire. Cette crise a donc été l’occasion de donner de vraies raisons de se moquer des Etats Unis : première puissance économique mondiale et hyperpuissance, certes, mais tout cela sans gouvernement en état de marche – et ce par choix.
 
Laura de Carné