Politique

Algorithme et Big Data, pour le meilleur ou pour le pire ?

De plus en plus d’entreprises et d’hommes politiques se dirigent vers le big data – désignant l’analyse de volumes de données (data) à traiter de plus en plus considérables et présentant un fort enjeu marketing – et la géolocalisation afin d’affiner leur stratégie commerciale ou d’affûter leurs stratagèmes politiques.
En outre, les algorithmes – équations complexes programmées pour s’effectuer automatiquement à l’aide d’un ordinateur pour répondre à un problème spécifique – connues uniquement de leurs propriétaires, régissent aujourd’hui le fonctionnement de la plupart des réseaux sociaux et sites d’information. Filtrant notre information, cloisonnant les électeurs dans des cases ou influençant nos comportements d’achat, il est temps de se pencher sur l’éthique et la transparence de ces pratiques.

Politique, Société

Sondages d'opinion: entre influence et critique, au cœur de la communication politique.

Le premier tour de la droite et du centre, les présidentielles américaines ou encore le Brexit. Point commun de ces scrutins: le grand raté des sondages. Cette réminiscence de la critique des estimations d’opinion en 2016 fait écho à d’autres scrutins majeurs comme celui du 21 avril 2002, premier tour des présidentielles. Des questions sur le rôle et l’influence des sondages se posent, ainsi que sur leur place dans la sphère médiatique et la communication politique.

Sondages d’opinions: encadrés mais critiqués
Selon la loi du 25 avril 2016 le sondage d’opinion ou sondage politique est « quelle que soit sa dénomination, une enquête statistique visant à donner une indication quantitative à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements d’une population par l’interrogation d’un échantillon ». Des obligations méthodologiques légales encadrent leur réalisation et la diffusion dans les médias. Par exemple, aucun sondage d’opinion ne doit être diffusé la veille et le jour d’un scrutin.
Leur interdiction à l’approche d’un scrutin est bien la preuve de leur influence sur l’opinion des électeurs. Et si les grands échecs sondagiers parlent d’eux-mêmes, de nombreux intellectuels se sont penchés sur les sondages d’opinions et leurs limites. Preuve que cette critique n’est pas récente, Herbert Blumer (sociologue américain) est à l’origine de la première critique des sondages en 1947 lors d’une session de l’American Sociological Association. Plus récemment Daniel Gaixe (politiste français) s’interrogeait sur l’exactitude des résultats notamment en ce qui concerne la faible proportion des non-réponses, qui ne selon lui ne permette pas une retranscription exacte de l’opinion publique. Patrick Lehingue quant à lui dans son ouvrage Sondages, souriez vous êtes manipulés (2011, ed. Graffic – Bruno Leprince) met en avant les répercussions possibles des sondages sur le vote.
Sondages d’opinions: plus de quantitatif, moins de qualitatif
Les sondages politiques, dont l’objectif premier est d’informer les citoyens et de jauger l’opinion à un instant T, ont un rôle central dans la sphère médiatique. Ils sont présents sur toutes les chaînes d’informations, journaux, sites internet, réseaux sociaux, qui les utilisent comme preuve ou comme point de départ à leurs débats. Le nombre important d’instituts de sondages (Elabe, Harris interactive, Odoxa, Opinionway, Ifop, BVA, Kantar-Sofres…) est une réponse à la forte demande des médias et de la population. Les sites d’information en continu sont friands de nouveaux sondages en permanence, pour avoir une évolution « en direct » de l’opinion publique suite à un meeting, une interview, un tweet. Le succès des sondages politiques est contradictoire avec l’essence du vote, personnel. Si les citoyens s’intéressent tant aux sondages, leur vote peut être influencé par les intentions de votes de leurs compatriotes. Dans ce cas, le vote de conviction est affaibli au profit d’un vote de réaction.
Par exemple, des études ont montré que la sous-estimation des intentions de vote pour Jean- Marie Le Pen en 2002 ont finalement conduit à son succès. Pensant que ce dernier n’allait jamais « passer » au second tour, une partie de l’électorat aurait voté pour lui, plus par contestation que par réelle adhésion à son programme politique et ses valeurs.

Sondages d’opinions: un instrument au service de la communication politique
L’influence des sondages sur le vote des électeurs est alors utilisée par les personnels politiques qui les intègrent dans leur stratégie de communication, tantôt pour appuyer leurs propos, tantôt pour les critiquer. Ainsi le New York Times, le jour de l’élection américaine (le 08/11/2016) a mis en ligne un sondage, estimant Hillary Clinton en tête avec 45,9% des intentions de vote contre 42,8% pour Donald Trump afin d’appuyer les propos allant dans le sens d’une victoire sans conteste de la candidate Clinton. La majorité des médias confirment ce qui paraît être une évidence, peut être pour ne pas prendre de risque ou parce que les sondages s’imposent aux journalistes comme seul indicateur de la dynamique de campagne. L’objectivation des propos par les sondages permet donc à des estimations d’être perçues comme des informations fiables et incontestables. Cette ambivalence dans la communication politique marque alors le pouvoir que peuvent avoir ces estimations chiffrées dans la campagne et donc l’élection d’un candidat. La vive critique qui leur est faite ne semble pas pour autant présager leur disparition du paysage politique et médiatique puisque courtisés ou critiqués, les sondages d’opinions font la Une.
Dans une société toujours à la recherche ou à la poursuite de chiffres, les sondages sont souvent pris comme valeur absolue. Suite aux quelques grandes erreurs, la confiance de l’électorat en ces estimations est affaiblie, peut-être est-ce un mal pour un bien, une défiance vis à vis des sondages synonyme d’une reprise de pouvoir des citoyens vis à vis de leur réflexion politique…
Xuan NGUYEN MAZEL
LinkedIn
Sources:
Direction de l’Information Légale et Administrative. Vie Publique. Les sondages d’opinion. Mis à jour le 2 mai 2016, consulté le 22/11/2016.
Association les amis du monde diplomatique. Compte rendu du colloque critique des sondages. Novembre 2001, consulté le 22/11/2016.
Gouvernement.fr. Service d’Information du Gouvernement (SIG). Consulté le 22/11/2016.
The New York Times, Latest election polls 2016, Wilson Andrews, Josh Katz et Jugal Patel. Mis en ligne le 08/11/2016. Consulté le 03/12/2016.
Crédits photo:
Unes Le Point, Daily Mirror, New York Post
Philippe TASTET
Azam

Politique

Stig: la démocratie 3.0 ?

La lassitude croissante des citoyens et le désintérêt massif pour la politique créent de nouvelles problématiques autour de la notion de démocratie qui est aujourd’hui questionnée. Mais comment répondre aux attentes des citoyens en matière de participation sans, pour autant, bouleverser l’ordre établi ? Les technologies digitales telle que l’application « Stig » pourraient-elles représenter une alternative envisageable ?

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Médias, Politique

Le cas Colin Kaepernick : intrusion du politique sur le terrain du divertissement

Le 26 août 2016, le nom de Colin Kaepernick, jusqu’alors connu des fans de football américain en sa qualité de joueur de l’équipe des San Francisco 49’ers, défraie la chronique lors de la diffusion dans le stade de San Diego de l’hymne national américain, The Star Spangled Banner. Selon l’usage, il est attendu des joueurs qu’ils soient debout, la main sur le cœur, durant ce moment solennel de recueillement et d’hommage à la patrie américaine, « the greatest nation on Earth » (la plus grande nation au monde). Seulement, Colin Kaepernick décide ce jour-là d’aller à l’encontre des attentes en mettant un genou à terre, et en baissant la tête.
L’image de ce joueur afro-américain agenouillé entouré de ses coéquipiers se tenant fièrement debout a tout de suite fait sensation auprès de l’opinion. Ce geste a engendré un mouvement parmi les sportifs américains, à commencer par l’équipe des 49’ers.  Plusieurs joueurs afro-américains ont rejoint Colin Kaepernick, posant désormais un genou à terre dès que l’hymne national retentit dans le stade.
Un geste frappant, mais loin d’être nouveau
“I am not going to stand up to show pride in a flag for a country that oppresses black people and people of color” (Je n’ai pas l’intention de me lever pour rendre hommage au drapeau d’un pays qui oppresse les Noirs et les personnes de couleur) Colin Kaepernick a-t-il déclaré. Le geste symbolique de Kaepernick s’inscrit dans un mouvement de lutte pour les droits civiques des Noirs américains, né ces dernières années, appelé #BlackLivesMatter (les vies noires comptent), né sur Twitter.
Le meurtre de Trayvon Martin en 2012, exemple parmi tant d’autres, témoigne de la tension qui règne entre Noirs américains et forces de l’ordre. Agé de 17 ans, Trayvon a été tué par George Zimmerman, responsable de la sécurité du quartier. Le seul crime du jeune homme aura été d’être noir, et de porter une capuche. Zimmerman, comme la majorité des policiers dans ce cas, a été acquitté.
#BlackLivesMatter prend le relais, dans une moindre mesure, du mythique mouvement pour les droits civiques des années 1960, 1970, qui avaient vu, de la même manière, des athlètes afro-américains montrer leur soutien à la cause noire aux Etats-Unis. En effet de Tommie Smith et John Carlos qui, en 1968, debout sur le podium aux Jeux Olympiques de Mexico, ont levé leurs poings couverts d’un gant noir vers le ciel. Colin Kaepernick se veut clairement l’héritier de telles figures du monde sportif qui ont osé lever le poing pour exprimer leur frustration et faire entendre les questions d’égalité dans le débat public.
L’incompatible rendu compatible : un touchdown politique ?
La lutte de l’athlète de haut niveau s’inscrit dans un contexte particulier, celui du milieu de l’ « entertainment » sportif, et sème plus précisément le chaos au sein de la Ligue Nationale de Football (NFL), une institution omnipotente aux Etats-Unis qui gère le domaine du football professionnel. La ligue sportive la plus puissante et influente du monde se voit secouée par ce qui est devenu le scandale du « Knee down » (genou à terre), ou encore du « Kneegate », en référence au scandale du Watergate, qui prête son suffixe à tous les scandales médiatiques depuis sa révélation au grand public en 1974.
L’environnement de Colin Kaepernick est entièrement dédié au divertissement. Tous les dimanches de mai à décembre, un match de football est diffusé, généralement sur NFL Network, la chaîne propre à l’institution. Les nombreux matchs diffusés sont évidemment entrecoupés de publicités, créneaux achetés à prix d’or par les annonceurs ; les joueurs ont également des sponsors qui leur donnent des millions de dollars en échange de la promotion qu’ils font de leurs produits.
La NFL organise également le Super Bowl, la finale de la saison, événement culturel le plus médiatisé aux Etats-Unis, qui a par exemple réuni en février dernier Beyoncé, Bruno Mars et Coldplay sur scène durant la mi-temps, et qui a été visionné par pas moins de 167 millions d’Américains.
La NFL devient alors le théâtre d’un combat civique pour l’égalité, du mouvement #BlackLivesMatter, à son insu. Colin Kaepernick a bouleversé les codes des médias américains.
Une stratégie efficace
Il est intéressant de noter que Colin Kaepernick, en menant une lutte d’ordre politique au sein d’un paysage médiatique dont le seul et unique objectif est de divertir, a donné une toute autre dimension à sa cause. Selon les normes établies dans notre société, l’acte politique se joue dans la rue, porté par des manifestations qui attirent les médias. L’acte politique se joue par exemple, pour dresser un parallèle avec un autre événement politique de cette année, sur la place de la République, lieu hautement symbolique, tant par son nom que par son emplacement, particulièrement depuis les attentats de 2015.
Pour aller plus loin, la parole politique est entendue sur un plateau de télévision, par le biais de l’intervention de responsables, de personnes engagées. Colin Kaepernick n’est pas un acteur politique, il fait partie du monde du divertissement, qui plus est du divertissement sportif. Il a pourtant fait pénétrer une question politico-sociale dans l’univers du football américain, et par extension dans un champ habituellement apolitique, ce qui a donné une visibilité, une portée tout à fait particulière au mouvement #BlackLivesMatter. Il est apparu aux yeux du téléspectateur lambda, il est apparu aux yeux du magnat de la publicité, ou encore d’un enfant qui regarde un match le dimanche. Colin Kaepernick a réussi à mettre la lutte pour l’égalité au cœur de tous les débats.
Les réactions vives qu’a suscitées cette intrusion du politique dans le domaine du divertissement ont été abondantes, dans les diverses émissions diffusées à la télévision, qu’elles traitent de politique ou de sport, mais aussi bien sûr sur les réseaux sociaux. Négatives ou positives, là n’est pas vraiment la question. La stratégie de Kaepernick a fonctionné, ainsi que l’a formulé le président Obama : « If nothing else, he’s generated more conversation about issues that have to be talked about » (En tout cas, il a généré un débat à propos de problèmes qu’il est nécessaire de traiter).
Mina RAMOS
@Mina_Celsa
 
Sources :
WEST Lindy, « Colin Kaepernick’s anthem protest is right : blanket rah-rah patriotism means nothing », The Guardian, 13/09/16, consulté le 19/10/16
HAUSER Christine, « Why Colin Kaepernick Didn’t Stand for the National Anthem », The New York Times, 27/08/16, consulté le 19/10/16
LIPSYTE Robert, « A jock spring », Slate.com, 30/08/16, consulté le 21/10/16
LEVIN Josh, « Colin Kaepernick’s Protest Is Working », Slate.com, 12/09/16, consulté le 21/10/16.
« Le football américain, sport national, business international », Les Echos, 05/02/16, consulté le 22/10/16
Crédits images :
Instagram, @kaepernick7
@ajplus
AP/Sipa
Ezra Shaw/Getty Images
 

Flops, Politique

La récupération politique

S’il y a un domaine où le recyclage n’a pas la côte, c’est bien en politique. Pour preuve le tollé médiatique, à la suite des attentats de Bruxelles, des tweets de Robert Ménard ou encore Bruno Le Roux. Ce dernier s’est empressé de poster un tweet fustigeant l’attitude de la droite sénatoriale dans le débat sur la déchéance de la nationalité, et ont vu l’ensemble de la twittosphère lui tomber dessus malgré des tentatives détournées de faire oublier son tweet.
Mais en quoi consiste vraiment la récupération politique ? Il s’agit d’un procédé qui consiste à se servir d’un événement survenu dans l’actualité pour servir son parti, sa campagne ou ses idées politiques, tout en se parant du voile des bonnes intentions, et en se mettant dans une posture moralisatrice presque prophétique sur le mode du « je vous avais prévenu ».!

Déplacer un événement de la sphère publique pour l’arrimer à la sphère politique ?
La première question qui se pose face aux régulières vagues d’indignation que suscitent les interventions de tel ou tel personnage politique est de distinguer, dans une perspective presque harendtienne, ce qui relève du politique de ce qui n’en relève pas. Cela nous renvoie à la notion d’espace public développée par Habermas. Si l’espace public relève de la souveraineté populaire, en bannit-il pour autant le politique ? Philippe Chanial, dans son analyse L’éthique de la communication : une politique des droits démocratiques ? résume la pensée d’Habermas par le fait que « si la réalisation de la démocratie exige une extension toujours inachevée et toujours menacée de la discussion publique à un réseau sans cesse plus large de relations sociales, ce projet, parce qu’il doit faire face à la réalité des rapports de pouvoir, à la dynamique de répressions systématiques des intérêts universalistes, doit bénéficier de garanties institutionnelles ».
Réguler l’intervention du politique dans l’espace public
Mais qu’est-il reproché au politique ? Intervenir en tant que citoyen pour exprimer ses émotions, ou utiliser l’événement pour soutenir son propos ? La faute serait-elle de faire de la politique du fait divers, de se servir d’un événement particulier pour en faire une généralité ? Alors que dans le même temps les médias incitent les citoyens à interpeller personnalités politiques (bien que ces interpellations soient parfois refusées, à la manière de Christiane Taubira, qui dans l’émission « Des paroles et des actes » dit faire silence face aux victimes (DPDA, jeudi 5 septembre 2013). Pourquoi alors les politiques font-ils part de leurs états d’âme quand ils savent pertinemment que cela va se retourner contre eux ? Les mêmes politiques qui, entre eux, « récupèrent la récupération », la considérant comme une arme facile pour décrédibiliser un adversaire.
La phénoménologie du politique
Louis Queré voit l’espace public comme un espace tampon entre état et société civile. Il essaie d’aller au-delà des analyses d’Habermas en faisant appel à la perspective phénoménologique d’Harendt. Il insiste en effet sur la scénarité de l’espace public et du jugement que peuvent en porter les individus.
Vollrath, qui analyse la pensée harendtienne, en déduit que « le mode de pensée politique de Hannah Harendt considère les thèmes du champ politique non pas comme des objets mais comme des phénomènes et des apparitions. Ils sont ce qui se manifeste soi-même, ce qui apparaît aux yeux et aux sens. Les phénomènes incluent ceux à qui ils apparaissent, de même que l’espace dans lequel ils adviennent, qui détermine la relation qu’il y a entre les phénomènes et ceux qui les perçoivent ». « l’espace dans lequel surviennent les phénomènes politiques est créé par les phénomènes eux-mêmes » Ou, pour le dire plus précisément, il est créé par les personnes dont les actes constituent les événements politiques.
Ainsi, la récupération politique ne serait donc qu’une sorte d’invention journalistique pour justifier les interventions de telle ou telle personnalité sur un événement qui n’a pas forcément de lien direct avec elle(comme Jacques Chirac et la coupe du monde de football 1998). Il semble cependant que le phénomène de récupération soit encore plus malvenu lorsqu’il concerne des situations dramatiques.
Serions nous-arrivés dans ce que Pierre Le Coz appelle « le gouvernement de l’émotion » ?
L’émotivité de l’espace public
Les politiques doivent faire face à un espace médiatique schizophrène qui, d’un côté les dissuade d’intervenir, et de l’autre organise à la télévision ou encore à la radio, des lieux propices à l’échange où se mêle intérêt particulier et général. C’est ainsi que dans les matinales de radio les questions des auditeurs ont pour but d’apporter à un cas personnel une réponse globale. De même à la télévision, lorsqu’un citoyen interpelle un politique, il y a bien confusion entre ce qui est privé et ce qui ne l’est pas. Faire entrer le privé dans la sphère publique n’est en fait permis que lorsque cela est fait par la personne concernée, une sorte de « récupération citoyenne » en somme. Les médias sont en quête de sensationnel, et ont bien compris le caractère hyper-sensible de la société lorsque le politique s’en mêle.
Jérémy Figlia
Sources : 
http://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde/les-politiques-francais-champions-de-la-1 recuperation-du-foot_463304.html 
https://www.youtube.com/watch?v=_Q1_VcxweHE2
http://www.scienceshumaines.com/le-gouvernement-des-emotions_fr_33546.html3
http://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1992_num_18_1_972
https://basepub.dauphine.fr/bitstream/handle/123456789/8767/Ethique%20de%20la%20communication.PDF?sequence=1

LETTRE OUVERTE ZUCKERBERG
Politique

Lettre ou (ne) pas lettre : quand la lettre ouverte s'affirme

La lettre ouverte de Zola au président Félix Faure : « J’accuse ! » publiée le 13 janvier 1898, est un texte qui marque un tournant dans l’histoire de la lettre ouverte, car il démontre sa puissance en tant qu’outil communicationnel et argumentatif. C’est aussi grâce à cette lettre ouverte, que l’on peut repérer le premier paradoxe qui la compose.
Certes, cette lettre ouverte est une défense héroïque des principes démocratiques, prônés par Zola. Pourtant, ses motivations ne sont pas purement désintéressées. En effet, même si Zola est à cette période au sommet de sa carrière littéraire, il n’est pas pour autant reconnu par les « siens » du monde des lettres, comme le montrent ses nombreuses tentatives, qui se sont toutes soldées par des échecs, d’intégrer l’Académie Française. De même, ses « amis » politiques ne le prennent pas au sérieux, et lui reprochent de ternir la réalité sociale. A cet égard, la lettre ouverte de Zola est symbolique d’un concept paradoxal. Au-delà d’un coup de gueule politique, cette lettre virtuose traduit une volonté de faire ses preuves et de s’établir en tant qu’intellectuel reconnu.
Par conséquent, la lettre ouverte n’est pas qu’une revendication désintéressée, publiée dans l’intérêt du bien commun. Elle fait preuve d’une motivation plus égoïste, et d’une ribambelle de subterfuges lui permettant de se placer aujourd’hui comme un outil communicationnel efficace, qui a plus d’un tour dans sa manche.
La lettre ouverte, un oxymore
La lettre ouverte est un outil de communication bien plus subtil qu’il n’en a l’air. La première ruse, c’est la double dimension qu’elle recouvre. En effet, tout le paradoxe tient au fait qu’elle s’adresse à une personne en particulier, mais est ouverte à un lectorat bien plus immense. La correspondance dans son sens le plus commun est du domaine privé. Lorsque l’on écrit une lettre à son amant, celle-ci n’est pas normalement destinée à être publiée dans les médias. C’est intime. La lettre ouverte, c’est tout le contraire. Elle défie les règles traditionnelles de la correspondance, et à plusieurs niveaux.
L’élargissement des destinataires peut aussi appeler à une diversion. Prenons l’exemple de la lettre ouverte de Mark Zuckerberg et sa femme à sa fille. Le destinataire premier se veut être le nouveau-né, qui, soit-dit en passant, ne sait pas lire. Il est on ne peut plus clair, par le contenu de la lettre, que cette prise à parti n’est qu’une diversion pour annoncer une nouvelle qui n’a pas grand chose à voir avec une naissance ou l’amour paternel. La lettre ouverte est ici choisie dans le but de faire l’annonce d’une donation de l’auteur à sa propre fondation. Il dévoile donc un manifeste pour sa fondation.

 
Et puis … :

 
Tout l’intérêt de la lettre ouverte est dans sa double dimension communicationnelle : un destinataire premier, et un public secondaire.
La forme : l’ingrédient fondamental dans la recette de l’argumentation
La question qui se pose également, c’est pourquoi choisir la forme de la lettre ouverte pour s’exprimer, au lieu d’un article traditionnel mettant en exergue une opinion. Michel Leiris, dans la préface de L’âge de l’homme parle de la nécessité d’une : « forme qui soit fascinante pour autrui ». Au-delà du fond, cette forme est primordiale dans l’efficacité de l’argumentation. La lettre ouverte bénéficie de cette fascination du lecteur. Elle a plus d’impact dans l’imaginaire du public, et est bien plus attirante car elle promet un discours engagé, et parfois même dramatique. Cela fait partie de son contrat de lecture : elle soulève régulièrement une polémique, un point sensible, et s’inscrit donc dans la dimension du spectacle.

 
Cette lettre ouverte publiée dans Libération par Marwan Muhammad, ancien porte-parole du Collectif Contre l’Islamophobie en France, à l’attention du Premier ministre Manuel Valls, illustre parfaitement cette promesse de divertissement. Ponctuée d’un ton polémique et satirique dès la première phrase : « C’est difficile, pour un Premier ministre, de ne jamais décevoir. Et pourtant, un jour après l’autre, vous réussissez cette prouesse », Marwan Muhammad s’empare de la forme de la lettre ouverte pour faire pression sur le Premier Ministre.
Le but de l’auteur, c’est de convaincre ou de persuader. Dans les deux cas, la lettre ouverte doit faire appel à des procédés stylistiques méticuleusement choisis, afin de faire adhérer le destinataire premier mais aussi les lecteurs, aux positions de l’auteur. Sa double dimension communicationnelle est donc une forme habile, car elle permet une prise à témoin, ce qui engendre une pression sur le destinataire premier. Elle est à elle seule un exercice stylistique qui suscite différents enjeux.
Cette valeur littéraire de la lettre ouverte rejoint le premier point de l’article. Combinée à la promesse de polémique, et à la puissance rhétorique d’une lettre ouverte, cette dernière peut être aussi analysée en tant qu’apologie de l’auteur, par l’auteur lui-même. Il met en avant ses propres talents d’écriture et sa puissance à convaincre les foules. Toutefois, cet intérêt égoïste ne doit pas se faire ressentir à la lecture, d’où l’importance de la forme en tant que style, qui permet de voiler les différentes motivations de l’auteur.
Malheureusement, si une lettre ouverte n’est pas efficace, et ne convainc pas son lectorat, les retombées se font fortement sentir et la critique est directement adressée à l’auteur. Si l’on en revient à la lettre ouverte de Mark Zuckerberg, la stratégie de diversion n’a pas terriblement marché. Que ce soit sur Twitter ou dans les médias d’informations, l’auteur de la lettre a été moqué et critiqué. Les lecteurs ont eu l’impression de se faire berner. A force de vouloir se mettre en avant trop explicitement dans sa lettre, se positionnant comme le sauveur du monde, Mark Zuckerberg a transgressé certains codes de la lettre ouverte qui veulent que les intérêts égoïstes de l’auteur soient plus subtilement déguisés.

Les médias et la lettre ouverte : une belle histoire d’amour, en général
A cet égard, le rôle des médias est primordial dans le processus d’argumentation d’une lettre ouverte. Il n’y a pas de lettre ouverte sans publication médiatique. De plus, relevant de la dimension spectaculaire, c’est un outil de communication intéressant pour eux, car il associe information et fascination. Du côté de l’auteur, il lui est nécessaire de viser des médias de masse, afin d’accroître au maximum sa visibilité, et que sa lettre ouverte atteigne son destinataire premier. En effet, beaucoup de lettres ouvertes sont écrites et publiées chaque jour, sans avoir pourtant un réel impact car écrites par des « anonymes », des personnes inconnues du grand public. Paradoxalement, ce sont des lettres régulièrement adressées à des figures connues, politiques ou non, d’où l’importance d’accroître sa notoriété et par extension, l’écho de la lettre ouverte.

@GuillaumeGrlt témoigne par ce tweet du déséquilibre de la lettre ouverte, qui parfois, n’atteint pas le destinataire escompté, faute d’une couverture médiatique suffisante. Les réseaux sociaux sont l’une des causes mais également l’une des solutions à leur défi. Ils permettent à la fois l’accès à une petite notoriété – par exemple grâce au nombre de retweets ou de partages – qui augmentera la visibilité de la lettre, mais ils sont à la fois un mal. En effet, c’est à cause de cette densité d’informations permise par les réseaux sociaux que la lettre ouverte de @GuillaumeGrlt va peut-être se noyer.
La lettre ouverte : un outil de communication asymétrique
On pourrait comparer l’échange qu’implique la lettre ouverte à la métaphore du catch de Roland Barthes dans les Mythologies : « Sur le Ring et au fond même de leur ignominie volontaire, les catcheurs (…) sont pour quelques instants, la clef qui ouvre la Nature, le geste pur qui sépare le Bien du Mal, dévoile la figure d’une justice enfin intelligible ». De la même manière, les auteurs, durant le temps de la lecture, sont érigés en justiciers, défendant une cause qui leur est signifiante. C’est également un échange qui, s’il répond au code de la lettre ouverte, appartient au domaine du spectacle, comme le catch. Les auteurs seraient donc des catcheurs, qui paradoxalement n’affronteraient pas leur destinataire premier, mais un autre catcheur du public secondaire.
Effectivement, une lettre ouverte n’appelle pratiquement jamais à une réponse du destinataire premier par une autre lettre ouverte. Il peut y avoir un acte de riposte ou d’acceptation de la part du destinataire premier, mais il ne se retranscrira que très rarement par une autre lettre ouverte. Pourtant, si on prend la métaphore du catch, c’est qu’il y a une réponse, une correspondance de lettres ouvertes. La subtilité s’observe dans le glissement du destinataire secondaire qui devient émetteur. Prenons l’exemple de Bruno Lemaire et Germinal Peiro. Bruno Lemaire a écrit une lettre ouverte à l’attention du Président de la République (destinataire premier). En retour, il reçoit une réponse par lettre ouverte de Germinal Peiro (destinataire secondaire).

 
Premier coup de poing :

 
Deuxième coup de poing :

 
La correspondance de lettres ouvertes se manifeste dans un échange asymétrique de l’information mais aussi des émetteurs qui se battent à chaque fois contre des adversaires différents.
Il y a donc une double-asymétrie :

asymétrie de la réponse : forme de la lettre ouverte qui appelle une réponse d’une autre forme par le destinataire premier (actes, discours télévisé, promesse électorale…)
asymétrie des adversaires : un échange de lettres ouvertes est possible, sans qu’il y ait une correspondance entre destinataire premier et deuxième émetteur.

Clémence Midière
@Clemmidw
Sources :
Facebook « a letter to our daughter »
Courrier International : « Humour. Et si la fille de Mark Zuckerberg répondait à la lettre de son père? » -http://www.courrierinternational.com/dessin/humour-et-si-la-fille-de-mark-zuckerberg-repondait-la-lettre-de-son-pere
Libération : « Monsieur le Premier Ministre, vous incarnez la République du mépris » article de Marwan Muhammad – http://www.liberation.fr/debats/2016/01/25/monsieur-le-premier-ministre-vous-incarnez-la-republique-du-mepris_1428858
Twitter : Tweet de @GuillaumeGrlt
Brunolemaire.fr : « L’agriculture se meurt » : ma lettre à F. Hollande co-signée par 106 parlementaires » – https://www.brunolemaire.fr/actualites/577-l-agriculture-se-meurt.html
Parti-socialiste.fr : « Lettre ouverte de Germinal Peiro : réponse à la lettre ouverte de Bruno Lemaire » – http://archives.parti-socialiste.fr/articles/lettre-ouverte-de-germinal-peiro-reponse-la-lettre-ouverte-de-bruno-le-maire
Crédits images :
Facebook
Courrier International
Libération
Twitter
Brunolemaire.fr
parti-socialiste.fr

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Politique

La course aux livres chez Les Républicains

Cela fait quelques temps que les médias français nous « alertent » sur la baisse générale du niveau intellectuel de notre classe politique. Elle a beau avoir fait ses classes à Sciences Po et à l’ENA, nombreux sont les journalistes qui se demandent où sont passés les De Gaulle, les Pompidou, les Mitterrand : nos grands hommes de lettres quoi ! La nostalgie du « c’était mieux avant » est caractéristique d’une bonne partie du système médiatique et de l’opinion ; ne comptez pas sur Eric Zemmour et Alain Finkielkraut pour redresser la barre, il est beaucoup plus aisé de briser la coque du bateau quand il est déjà en train de couler.
Soyons optimistes bon sang ! Assez des Anglo-Saxons pour nous descendre, l’ « auto french-bashing » n’a rien de bon, alors lâchons du lest et regardons un peu vers l’avenir. Tiens ! Par exemple, Jean-François Copé qui nous parle du Sursaut français dans son nouveau livre, ça ne vous donne pas envie d’y croire ? Non ? Vraiment ? Je ne sais pas ce qu’il vous faut alors. Notre Jean-François national travaille pourtant d’arrache-pied depuis plusieurs mois à la réalisation de son ouvrage. Experts, anthropologues, tous y sont passés pour l’aider à « révolutionner le logiciel politique » et enfin mettre sur la touche le vieux Juppé et l’autre excité de Sarkozy comme il aime si souvent le dire lorsque les caméras sont rangées.
« Je suis devenu la caricature de moi-même. J’étais omniprésent, avec un style qui forcément agace […] J’étais incapable d’être absent d’un clivage. »

Qui aurait bien pu dire que le style de Copé était agaçant ? Tout le monde se souvient de sa fameuse histoire hilarante du pain au chocolat. Je suis sûr que les Français de culture ou de confession musulmane ont dû apprécier et qu’ils en rigolent encore à table en famille. Une chose est sûr Jean-François, c’est qu’eux aussi, ils sont « profondément choqués » ! 
Mais Copé est loin d’être le premier à sortir un livre dans cette course à la présidentielle. François Fillon, lui aussi dans une perspective de retour sur le devant de la scène médiatique, est le premier d’entre eux avec Faire. Alors si on m’avait demandé de parier sur lui il y a quelques temps, jamais je n’aurais sorti ne serait-ce qu’un centime de ma poche : force est de constater que son ouvrage a connu un certain succès en librairie. A croire que l’ex-Premier ministre a gardé une image solide et un intérêt auprès d’une partie des Français malgré la guerre fratricide qu’a connu l’ancienne UMP. Rares sont les ouvrages d’hommes politiques qui atteignent de tels niveaux de vente ; environ 50 000 exemplaires vendus, – sans vouloir rentrer dans la guerre des chiffres qui a déjà fait polémique -, alors que les experts parlent de 3000 exemplaires en moyenne pour ce type d’ouvrage. A ce moment-là, on se demande qui peut bien faire baisser la moyenne des ventes ? Une rumeur veut qu’il y ait plus d’exemplaires du livre de Jean-Christophe Cambadélis sur les étagères du Publicis Drugstore que d’exemplaires vendus… Mais petit lot de consolation pour le président du Parti Socialiste, puisque la palme d’or revient à Christine Boutin et ses 58 exemplaires de Qu’est-ce qu’un parti chrétien démocrate ? Contrat de lecture explicite ne rime pas forcément avec foule de lecteurs. A bon entendeur.
« Je suis le seul à offrir une vraie rupture avec un projet complet de transformation de mon pays autour d’un concept puissant qui est la liberté. »
Il est vrai que Fillon est clairement dans la rupture avec Faire. Sans lui donner tort ou raison, le projet qu’il avance est radicalement libéral. Un projet que Nicolas Sarkozy n’hésite pas à qualifier de fou, mais de folle aussi la personne qui pense un jour être élue avec. Mais en fin de compte, peut être que ce discours de rupture plaît à bon nombre de Français à en croire les ventes de son livre. Affaire à suivre donc.
Autre personnalité qui a un discours qui plaît à droite, à savoir Bruno Le Maire. Fort de ses 95 000 ventes avec Jours de Pouvoir paru en 2013, l’outsider , comme les médias se plaisent à le nommer, a repris la plume récemment et est sur le point de nous proposer un nouvel ouvrage : Ne vous résignez pas !. L’homme qui a réussi à faire 30% face à Sarkozy lors de l’élection à la présidence du parti ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Le Maire espère réellement incarner le renouveau qu’il prône depuis déjà quelques temps. Vous l’aurez compris, il n’ira pas de main morte avec les camarades de son parti qui sont installés depuis longtemps. L’avenir nous dira si le phénomène Le Maire prendra plus de place dans le cœur des Français.
Vient le tour d’Alain Juppé dans un registre toutefois assez différent des autres. Le maire de Bordeaux en est déjà à son deuxième livre programmatique sur une série de quatre. Le « septuagénaire de gauche », pour faire du Sarkozy-dropping, vient tout juste de remettre le curseur à droite avec Pour un Etat fort, qui traite notamment des problématiques sécuritaires liées au terrorisme. L’ancien Premier ministre a d’ailleurs réservé une partie entière à ces dernières suite aux attentats de Paris de novembre dernier.
« Les Français ont parfois l’impression que l’Etat est absent lorsqu’il devrait être présent, et présent lorsqu’il devrait être absent. Revenons à l’essentiel. »
Le message est clair : un Etat plus fort avec le renforcement des pouvoirs régaliens mais un Etat plus petit dans une perspective de réduction de la sphère d’influence des pouvoirs publics. Un délicat mélange entre Etatisme et Libéralisme qu’il continue de maîtriser et qui le place encore aujourd’hui en tête de tous les sondages. A 10 mois des primaires de la droite et du centre, et avec encore deux livres à paraître et une stratégie de large rassemblement, Juppé pense qu’il a sa chance. En tous cas, il sait que c’est sa dernière pour accéder aux plus hautes fonctions, si tant est que la bulle Juppé n’explose pas en plein vol. Les favoris dans cette même position n’ont jamais vraiment eu de chance dans l’histoire politique française…
Enfin. Nous y voilà. Notre chouchou à tous, le trublion de la politique française, le Racine des Temps Modernes : Nicolas Sarkozy ! Tout comme ses compères, l’ancien Président de la République a publié un livre. Un livre qui restera à jamais gravé dans les mémoires. Tout comme Phèdre à sa sortie, La France pour la vie a essuyé de nombreuses critiques par l’ensemble de la presse avec ses petits couacs historiques. Même Le Figaro, qui pourrait de prime abord être un journal plutôt docile envers Sarkozy, s’amuse à décompter ses aveux de fautes commises pendant son passage à l’Elysée.
« Je ne suis décidément pas très doué pour l’écoute de moi-même ou des autres. »

Ecouter les autres n’a jamais vraiment fait partie de ses qualités et c’est peut-être pour ça qu’il se retrouve de plus en plus esseulé au sein de son propre parti. Mais pour ne pas passer pour une mauvaise langue, rappelons que La France pour la vie est pour le moment le plus gros succès en termes de vente, ce qui nous montre bien qu’une partie non négligeable de l’électorat ne l’a pas encore lâché ; et que c’est cet électorat qui se déplacera massivement pour les primaires de novembre 2016.
Sarkozy est avant tout ici, dans un pur exercice de communication s’éloignant de l’exercice de style littéraire d’un Le Maire ou d’un Juppé. La France pour la vie ne propose d’ailleurs pas de véritable projet pour 2017 selon Jean-Pierre Raffarin, qui parle plutôt d’un immense mea culpa. Et l’auteur des maintenant fameuses raffarinades s’est adonné au plaisir de trouver un meilleur titre pour le livre de Sarkozy : « Désolé pour ce moment. » Du grand Mendès !
L’important quand un livre d’homme ou de femme politique sort en librairie, c’est d’analyser clairement le contrat de lecture qui est établi. Quels messages l’ouvrage veut-il nous faire passer ? A qui s’adresse-t-il ? Partant de là, il est déjà plus facile d’appréhender la stratégie qui sous-tend l’écriture.
Jean-François Copé tente de sortir de sa longue traversée du désert après avoir été contraint de quitter ses fonctions de président de l’UMP suite à l’affaire Bygmalion, en essayant de retrouver de la visibilité dans les médias grâce à la sortie de son livre. Mais cette volonté de retrouver le devant de la scène est accompagnée d’un désir de bousculer les habitudes de la classe politique en proposant une vision qui selon lui est complètement novatrice quitte à passer pour la condescendance en personne. François Fillon, qui est dans une meilleure position, cherche lui aussi à retrouver sa place dans les grands médias. Pour ce faire, il mise avant tout sur son projet politique pour 2017. En effet, son ouvrage est à mon sens le plus aboutit pour le moment en termes de propositions. Bruno Le Maire ne cherche pas vraiment une place médiatique puisqu’il est déjà dans une très bonne position, mais on pourrait dire qu’il tente de conserver ses avantages actuels tout en s’inscrivant dans la tradition politique littéraire. Alain Juppé quant à lui, développe une véritable stratégie de rassemblement. Il ratisse large en essayant de s’adresser à l’ensemble des Français mais sa dernière sortie littéraire nous montre qu’il a tout de même restreint sa cible « au peuple de droite », même si je n’aime pas cette expression, en envoyant un message sécuritaire fort afin de contrer la stratégie droitière de Sarkozy. L’ancien Président de la République pour finir, s’inscrit plutôt dans la même ligne que Copé dans le sens où tous deux essayent d’obtenir le pardon des Français pour leurs erreurs. Dans la vie, il y a deux types de personnes : ceux qui ont une vision et ceux qui s’excusent.
Quoi qu’il en soit, cet exercice d’écriture n’est pas réservé à Les Républicains puisque comme le rappelle Alain Duhamel, c’est un exercice quasi obligatoire dans l’optique d’une élection présidentielle dans un pays au lourd passé littéraire comme le nôtre. D’ailleurs, si l’on se penche sur les écrits politiques de ses vingt dernières années, la gauche (celle du Parti Socialiste) a été assez prolifique. Mais structurellement depuis quelques temps, cette même gauche est en panne d’idées, en panne de projets. En même temps, comment voulez-vous qu’elle véhicule des valeurs et des idées nouvelles avec un gouvernement qui s’est converti au social-libéralisme ? La gauche ne pense plus vraiment le monde de manière idéologique et la démission récente de Christiane Taubira est loin d’être une bonne nouvelle à mon sens pour la pensée socialiste peu importe ce que l’on en pense…
Antoine Gagnaire
@AntoineGagnaire
Sources :
http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/01/19/25001-20160119ARTFIG00061-j-etais-la-caricature-de-moi-meme-cope-sort-du-silence-sur-le-divan-de-fogiel.php
http://lelab.europe1.fr/jean-francois-cope-profondement-choque-davoir-ete-si-souvent-profondement-choque-2650189
http://www.liberation.fr/debats/2016/01/27/la-strategie-du-livre-politique_1429401
http://www.lesinrocks.com/2016/01/24/actualite/les-30-phrases-%C3%A0-retenir-dans-le-nouveau-livre-de-nicolas-sarkozy-11800358/
http://www.lejdd.fr/Politique/Exclusif-Alain-Juppe-detaille-son-programme-pour-un-Etat-fort-766657
 http://actu.orange.fr/france/fillon-lr-je-reste-le-seul-a-offrir-une-vraie-rupture-afp_CNT000000hPnfZ.html
http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/021668070274-70000-exemplaires-du-livre-de-sarkozy-ecoules-en-une-semaine-1197137.php
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OBAMA POLITIQUE PLEURER
Politique, Société

Pleure si t'es un homme (politique)

D’aucuns s’amuseraient à constater que nos hommes politiques aiment la transparence… Pas celle qui les oblige à répondre du nombre de zéro sur leurs factures, évidemment, mais désormais la mode est à l’émotion ; on laisse voir, on laisse transparaître. Beaucoup de choses se bousculent sur le visage de nos représentants : l’anxiété, la colère, le soulagement – on se souvient du long soupir de Xavier Bertrand après sa victoire aux Régionales, par exemple. Mais surtout, en politique, on pleure.
Aux larmes citoyens !
Lorsque l’on sait comment les utiliser, les larmes peuvent être un redoutable outil de communication, et Barack Obama est le maître incontesté du maniement lacrymal. Le 5 janvier 2016, alors qu’il présente son plan de contrôle des armes à feu et évoque les trop nombreuses victimes de fusillades, il essuie une larme, puis une autre … « Every time I think about those kids, it gets me mad / A chaque fois que je pense à ces enfants, ça me met en colère », avoue-t-il avant d’enchaîner finalement sur la nécessité de construire une société plus sûre. L’instant est bref, le symbole est fort, les médias s’emballent. Les heures suivantes, on s’évertue à analyser ce comportement. Après tout, Obama n’en est pas à son premier coup d’essai. Lors de sa réélection ou pendant un concert d’Aretha Franklin, on a souvent vu le président américain avec les yeux humides. Alors s’agit-il cette fois d’une manipulation ou d’un véritable élan de chagrin ? Sincere or not sincere, that’s the question. Mais qu’il s’agisse d’une manœuvre politique ou d’un sentiment authentique, les pleurs d’Obama sont efficaces, au point que Donald Trump lui-même déclare sur Fox News croire en la sincérité du président.
Une vieille tradition
En France aussi on pleure, et depuis longtemps. Sous la Révolution, les députés essuyaient des larmes de ferveur lorsqu’ils prêtaient serment à la Constitution. Pendant la Restauration, elles étaient dotées d’une valeur curative, voire expiatoire face aux crimes de la Terreur. Cependant, dans la seconde moitié du XIXème siècle, elles deviennent une caractéristique spécifiquement féminine et il est ordonné aux hommes de pouvoir de savoir se maîtriser en public. Pleurer devient une affaire privée et seul le deuil autorise un peu plus d’épanchement.
Aujourd’hui, bien que ces occasions restent très ponctuelles, il n’est pas si rare de voir une personnalité verser quelques larmes. Mais il est de bon ton de les verser comme il se doit, sans se laisser submerger. Ainsi, les sanglots de Ségolène Royal lors de la défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, pudiquement filmés en contre-jour, ont-ils fortement marqué les esprits ?

 
A larmes égales ?
Pour bien communiquer, il faut donc bien pleurer, mais pas seulement. Il faut savoir choisir sa cause. Les larmes sont à double tranchant et peuvent facilement susciter rires ou agacement plutôt qu’empathie. Les joues mouillées d’un Poutine ému après sa réélection a eu moins d’impact que la voix vacillante de Laurent Fabius pendant la COP21 lorsqu’il déclarait : « J’ai une pensée particulière, enfin, pour tous ceux, ministres, négociateurs, militants, qui auraient voulu être là, en cette circonstance probablement historique, mais qui ont agi et lutté sans pouvoir connaître ce jour ». L’émotion du ministre devient l’expression de son engagement pour une cause collective. De la même façon, le visage défait de François Hollande lors des attentats de janvier, ou sa voix cassée lors de ceux de novembre traduisaient d’une manière impressionnante les sentiments d’horreur et de stupeur qui s’étaient emparés des Français.
Girls don’t cry
Malgré tout, l’exercice n’est pas aisé pour tout le monde. Le fait de pleurer étant profondément féminisé, le journal Le Monde remarque que les femmes politiques « doivent constamment balayer les critiques sexistes qui font rapidement des larmes féminines un aveu de faiblesse ». Une femme essuyant ses larmes ne bousculera pas tant les esprits que s’il s’était agi de l’un de ses homologues masculins. Celle-ci étant moins soumise au diktat de la maîtrise de soi, ses pleurs seront perçus – visuellement autant que symboliquement – comme moins spectaculaires. Pourtant, comme le remarque Yann Barthes dans le Petit Journal, les femmes sont plus enclines à pleurer pour « des causes assez profondes et humaines ».
Pleurer donc, n’est pas si rare en politique. Mais il s’agit d’un acte de communication non-verbal strictement codifié. La transparence des émotions est finement élaborée et si les larmes peuvent être authentiques, la manière de les mettre en scène – sans effusion – nécessite sans doute quelque entraînement.
Marie Philippon 
Sources :
« Les larmes politiques », Le Petit Journal du 06/01/16 – http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1348093
Fanny Arlandis, « Larmes politiques », Le Monde, 14/01/16 –  http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/01/14/larmes-politiques_4847620_823448.html
Emilie Laystary, « Duflot, Royal, Fillon : les larmes des hommes et femmes politiques », RTL, 17/07/2013 – http://www.rtl.fr/actu/politique/duflot-royal-fillon-les-larmes-des-hommes-et-femmes-politiques-7763204606
Crédit images :
Reuters
Nicolas Kamm / AFP

Invités, Politique

Daniel Bougnoux parle communication, politique et terrorisme avec FastNCurious

Daniel Bougnoux, chercheur en sciences de l’information et de la communication (SIC), est l’auteur d’ouvrages majeurs dans la discipline comme La crise de la représentation et son Introduction aux sciences de la communication.
Dans cette entretien divisé en trois parties, il nous parle des SIC, du terrorisme et de sa médiadépendance et enfin de communication politique.
 

D. Bougnoux qualifie les SIC de « randonnée critique » il explique qu’il y a dans les SIC une volonté de s’écarter de la méthodologie tracée par d’autres disciplines. « Il y a la volonté de se confronter au hasard des événements » et l’idée que tout est bon à prendre pour réfléchir.
« Nous sommes des sujets de mondes propres ». Chaque porteur est facteur de transmission, prélève sa dîme sur le message qu’il a reçu, c’est à dire, au passage, le transforme ». « Tout ça fait partie d’une médiologie ». La médiologie fédère de nombreuses études, elle analyse ce qu’un médium fait à un message.
 

Les médias agissent comme une « caisse de résonance » des actes terroristes. Ils propagent l’onde de choc des actes terroristes. « Il y a médiadépendance du terrorisme et les médias trouvent un effet d’audience pernicieux dans les actes terroristes ».
Le journaliste va t’il relayer simplement ces actes ou alors utiliser un langage de prise de distance ? « Le propre de la terreur c’est qu’on n’a plus aucun recul, on a la face contre terre. » « Les messages sont reçus et traités par des sujets d’information qui doivent rester critiques, » ils doivent les élaborer en les recevant.
 

 
En 1996, Daniel Bougnoux écrit une Lettre à Alain Juppé. Il revient ici sur son contenu et l’éclaire à la lumière de la situation politique actuelle.
« Il [Juppé] avait une vision descendante de la politique où le chef d’Etat ou de gouvernement était en position d’avoir à expliquer des mesures, et les autres à les appliquer ou à les enregistrer. » « C’est une conscience que la raison est distribuée et non pas incarnée dans le chef et que la raison étant distribuée, seule une forme minimale de participation et de communication horizontale peut faire émerger des solutions éminemment politiques ».
Un message a de moins en moins de chance d’arriver dans la tête des gens de la même façon pour tous à cause de la multiplication des mondes propres.
« Le costume de chef de guerre de Francois Hollande lui va bien et il va bien, en général, à un chef d’Etat. » Cela peut rassembler la nation et faire du bien au pouvoir en place. « il y a actuellement un moment d’émotion qui rend le corps social moins fracturé qu’auparavant ». « Mais on sait à quel point ces états sont métastables ».
FastNCurious remercie Oliver Aïm qui nous a permis de réaliser cet entretien.

Politique

Il était une fois Internet, les hommes et la démocratie

Une fameuse utopie, où, le légendaire Internet va révolutionner notre société afin d’y introduire un épanouissement total de la démocratie. Son avènement promettait un rêve fou : le pouvoir au peuple. Lol.
Bon, c’est vrai, Internet a changé la donne.
Il nous a permis de démocratiser notre société, l’exemple le plus pertinent étant la possibilité de répondre. En contradiction avec la théorie d’une parole – médiatique – sans réponse – de la part des masses que Baudrillard présente dans son ouvrage, Pour une critique de l’économie politique du signe, la société actuelle grâce à Internet et aux réseaux sociaux, est une société d’échanges d’informations.
A cet égard, le web est un outil démocratique, donnant à chacun un nouveau champ d’expression plus libre.

Au delà de ce droit de réponse, un des exemples phare qui affirme cette démocratisation que véhicule Internet est Wikipédia. Cette encyclopédie ouverte à tous, aussi bien dans la rédaction du contenu que dans la lecture de celui-ci, est symbolique de cette révolution : le savoir pour tous.
Il est indéniable qu’Internet engendre un changement de paradigme : d’un one to many à ce que l’on pourrait qualifier d’un « many to many. » Pourtant, cette révolution culmine davantage vers un glissement des forces en présence et une redistribution des pouvoirs allant à l’encontre du sens traditionnel de la démocratie : le pouvoir au peuple. « Le pouvoir relatif des internautes »  est exposé ici.
L’émergence d’une nouvelle classe. 
On parle bien souvent de la dimension participative d’Internet, permettant aux internautes d’intégrer une communauté, de donner son avis, de s’exprimer. A cet égard, La société met en exergue une soi-disant démocratisation du pouvoir, alors qu’en réalité, il n’y a qu’un transfert de ce pouvoir entre des groupes qui étaient déjà plus ou moins dominants.
Cyrille Frank, journaliste, formateur et consultant, explique dans son blog médiaculture.fr, qu’Internet engendre non pas un partage démocratique du pouvoir, mais plutôt l’avènement d’une « nouvelle classe de dominants ». Adieu, donc, l’utopie d’un pouvoir également distribué entre tous.
Historiquement, l’apparition de nouveaux déséquilibres sociaux est une conséquence inhérente à un changement de paradigme. Par exemple, la bourgeoisie supplanta l’aristocratie après la Révolution Française. L’apparition d’une nouvelle classe après une grande rupture est commun dans l’Histoire.
Dès lors, même si Internet comporte une vertu émancipatrice pour les internautes, il est important de souligner le fait que cela ne concerne pas tout le monde.

Cette nouvelle classe établit son pouvoir grâce à sa maîtrise des nouvelles technologies. Ces acteurs parviennent à s’adapter au temps technologique, afin d’en vivre. Plus concrètement, Cyrille Frank désigne cette nouvelle classe par : « les jeunes journalistes 2.0, communicants et marketeux technophiles, experts et consultants en réseaux sociaux, entrepreneurs du secteur technologique… ».
L’information est un levier de domination majeur dans la société actuelle : il est assez évident que ceux qui savent la manier seront puissants. 
Une illusion de pouvoir ? 
Par le biais de ce droit de réponse et de participer, les internautes ont également un pouvoir, une influence sur Internet. Cependant, sommes-nous influencés ou sommes-nous totalement libres de cette parole ?
On pourrait croire qu’il n’y a pas d’obstacle à notre liberté d’expression, et pourtant, il s’avère que nous sommes toujours influencés.
Prenons par exemple le système de réponse aux médias web, tel que le commentaire sur les articles ou bien sur les réseaux sociaux. On s’aperçoit que cette influence, ce pouvoir qui nous a été donné est en réalité réutilisé par les médias web dans leur propre intérêt. « Voici le pouvoir essentiel de la forme – en ce qu’elle est l’essence même de l’information. » explique Emmanuel Souchier, dans La mémoire de l’oubli. C’est en partie cette forme codifiée qui limite notre pouvoir, et qui permet aux médias web cette réappropriation. Prenons l’exemple de Twitter et ses fameux 140 caractères, qui influent malgré nous sur le contenu de l’information que nous transmettons. En effet, qu’est-ce que donner son avis en 140 caractères ? Notre influence est donc limitée à une forme qui est déterminée par les médias eux-mêmes.

Le Community Manager, acteur de cette « nouvelle classe dominante » dont parle Cyrille Frank, peut définir sa mission par trois verbes : fédérer autour d’un intérêt commun, animer en fournissant des informations aux internautes qui sont susceptibles de les intéresser, et modérer en régulant les conversations pour que les débats restent de qualité. Autrement dit, c’est lui qui va être face à nos réactions, à notre réponse. Les trois verbes qui définissent sa mission, prouvent que notre parole est influencée par l’action du Community manager. On nous amène subtilement d’un point A à un point B, de manière inconsciente. Il y a un mécanisme derrière le système du commentaire qui n’est pas synonyme de totale liberté et donc de vrai pouvoir.
D’autre part, d’un point de vue sociologique, notre choix est déterminé par plusieurs facteurs. Cette liberté d’expression pour tous, engendre un réel problème de visibilité. Certes, nous avons davantage la possibilité de nous exprimer, mais paradoxalement notre avis est dilué dans cet océan – nouveau – d’informations. Par conséquent partager son opinion via un commentaire relève également d’un relatif narcissisme. Il y a une volonté de sortir de la masse, d’être LE commentaire, et d’avoir raison. Cette problématique est d’autant plus réelle avec la possibilité de liker les commentaires. L’acte de réponse n’est donc pas totalement désintéressé, au contraire. Il se place comme fait social, c’est à dire comme une action qui n’est pas entièrement libre puisque partiellement déterminée. Par conséquent, la possibilité de réponse qui est donnée par les médias web est à double tranchant. Elle révèle à la fois la possibilité de participer, ce qui relève de la dimension démocratique du web, mais aussi une volonté d’attirer les internautes sur leur plateforme grâce au besoin des individus d’exister parmi les autres.
On peut parler de ré-appropriation d’un pouvoir des internautes par les médias web, et c’est cette récupération qui démontre dans le même temps la limite de ce pouvoir, que l’on a tendance à surestimer. 
Clémence Midière
LinkedIn
@clemmidw
 
Sources :
La démocratie électronique est-elle une illusion ? Par Hubert Guillaud sur Homo Numericus
Nouveaux médias : une nouvelle classe de dominants par Cyrille Franck sur Mediaculture
Qui a le pouvoir sur Internet ? Par Clément Mellouet sur FastNCurious
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