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istrat logo
Société

iStrat ou la fabrique d'intox

Le 2 janvier dernier, l’homme d’affaires milanais Andrea Bonomi met un terme à la bataille boursière qui s’est livrée pour l’acquisition du Club Med (Emmanuel nous en parlait dejà ici). En effet, il renonce à doubler le conglomérat chinois Fosun sur l’OPA qu’il a lancée visant le groupe dirigé par Henri Giscard-d’Estaing.
Cette actualité pourrait, a priori, passer inaperçue dans la jungle financière. Pourtant, le JDN (Journal Du Net) nous révèle qu’elle serait le fruit d’une campagne de manipulation d’opinion déloyale. Le 5 janvier, il est relaté qu’une opération de dénigrement, visant directement Adrea Bonomi, aurait été orchestrée par une société aux méthodes peu orthodoxes. Le cabinet d’intelligence économique en question, iStrat, a été mis en cause par Challenges et le JDN.

iStrat : l’éthique en moins
Le procédé est simple, iStrat l’a bien compris. Pour infiltrer les médias et ainsi orienter l’opinion, le cabinet génère une quantité de textes signés sous des identités fictives puis encensés par de faux universitaires. Le tout est liké, partagé par d’autres comptes appartenant à la société. L’opération a, en apparence, tout d’une communication virale réussie. Des avatars choisis au hasard sur le net sont même détournés à l’aide de logiciel de retouche d’image pour apporter aux comptes artificiels toute leur crédibilité. C’est ainsi que la promesse d’iStrat est conçue : influer sur l’e-réputation de ses clients en décrochant des articles favorables à leurs intérêts.
Cependant, l’affaire ne s’arrête pas là. Non contents d’utiliser les réseaux sociaux, Mathieux Creux et Arnaud Dassier, les deux dirigeants associés du cabinet, ont vu en Wikipédia l’opportunité de maitriser les notices de ses clients. A force de contributions sur des sujets divers, l’équipe d’iStrat a gravi astucieusement la hiérarchie des rédacteurs et peut désormais s’appliquer à flatter n’importe quelle notice de l’encyclopédie en ligne.
Ce business semble fleurissant car si le JDN a autant tenu à remonter la source de ces faux avis d’expert c’est qu’il s’y est laissé prendre et a manqué de vigilance quant à la teneur des textes proposés par ces contributeurs extérieurs. En l’occurrence, sans doute dans un soucis de réactivité, Les Echos, Challenges et le JDN se sont laissés berner par les contributions favorables au groupe chinois de Marc Fortin, un prétendu analyste financier dont le compte LinkedIn, CV compris, ont été monté de toute pièce.
Finalement, grâce aux adresses IP récupérées par le JDN, le lien avec iStrat a été rapidement révélé.
Pourtant, une fois contacté non sans peine, Arnaud Dassier récuse toute implication de son cabinet. Il explique que sa société offre une simple prestation de veille et de formation sur le net à ses clients. Il va même jusqu’à confesser qu’il ne connait pas l’identité des auteurs de la plupart des billets qu’il lit et que c’est chose monnaie courante sur la toile. On serait tenté de croire en la bonne foi du responsable si plusieurs modifications suspectes n’avaient pas été remarquées. D’une part, la page de présentation de l’équipe de direction d’iStrat a été supprimée juste après la parution de l’article du JDN. D’autre part, le compte twitter de Mathieu Creux ne mentionnait plus iStrat dans sa présentation pendant qu’Arnaud Dassier supprimait un tweet dans lequel il exprimait son contentement suite à la victoire de Fosun dans la prise de contrôle du groupe.

L’opinion : le nerf de la guerre des lobbystes
Malgré cette prise de conscience, l’activité d’iStrat n’en demeure pas moins perturbée par la méfiance dans grands hebdomadaires. En effet, les sites moins exposés tels que Sharknews ou 24hactu représentent pour elle une proie idéale : bien référencés et plus ouverts, ils offrent une certaine visibilité aux tribunes fabuleuses.
Au fait de l’affaire, Arnaud Bonomi émet la possibilité de déposer plainte. On peut manifestement supposer que l’affaire ne demeurera pas un cas isolé. A l’heure où chaque internaute représente un potentiel émetteur d’information, le cas d’iStrat apparait comme une piqûre de rappel : un œil critique et avisé doit éclairer la lecture de l’information en ligne. Il est clair que les cabinets de lobbying n’ont pas finis d’infiltrer la toile en usant d’un outil infectieux et modelable à souhait : l’opinion.
Thelma Cherpin
@thelma_chp
Crédits photos :
www.liberation.fr
www.challenges.fr
www.anaislailler.com
Sources :
lemonde.fr
challenges.fr
journaldunet.com
lefigaro.fr

maison connectée
Société

Embarquez pour le futur : votre maison vous y emmène !

Il semblerait que notre vieux monde empreint d’objets inanimés ait évolué. Il serait aujourd’hui en passe de devenir « pan-digitaliste » : les objets deviennent des émanations de cette substance suprême à laquelle on voue un véritable culte qu’est l’Internet. Son omniprésence concerne désormais ce qu’il y a de plus quotidien et de plus personnel à savoir notre maison.
Objets connectés, en veux-tu en voilà !
Youpi, je peux envoyer des SMS à mon four ou à mon frigo avec LG HomeChat ! Hourra mon aspirateur 360 Eye de Dyson sait tout seul où il doit nettoyer ! Génial mon Nest Learning Thermostat peut se réguler tout seul ! Que de beaux objets performants, utiles et sophistiqués, tous reliés entre eux et à mon smartphone ! Rappelons-nous cette publicité de SFR pour sa Box Home qui met en scène cette mère de famille, obligée de travailler dur et tard pour nourrir toute sa petite maisonnée, mais désormais capable de gérer à distance sa maison et donc de veiller au grain malgré l’orage qui gronde et une réunion qui n’en finit pas.

La maison connectée est à l’écoute, la maison connectée prend soin de vous, la maison connectée prévient des dangers, la maison connectée c’est l’avenir les amis !

La smart home ou maison intelligente ou encore maison connectée, bref cette maison du futur dans laquelle peut-être nous vivrons un jour (à condition d’être riche cela va de soi) est le pari que se donnent les nouveaux prédicateurs d’internet. Mais une telle innovation domestique fait débat. Se doter d’objets intelligents, capables de parler entre eux et d’anticiper les besoins de leurs consommateurs provoque le « oui » enthousiaste et confiant comme le « non » réprobateur et inquiet : la maison intelligente peut soit améliorer notre existence en nous facilitant la vie, soit la détériorer en nous rendant fainéants (sans compter les problèmes d’espionnage avec la collecte des données personnelles qu’elle requiert). Cependant, la maison intelligente et les objets connectés posent d’autres problèmes qui questionnent l’ensemble de la société.
Pourquoi connecter ses objets et sa maison ? Quand la curiosité est un vilain défaut.
Une question : pourquoi vouloir à tout prix connecter sa maison ? D’aucuns diront que c’est la recherche absolue du confort ou de la sécurité. En effet, quand on regarde le site materiel.net, la maison intelligente permet de sécuriser son habitation, la piloter, maîtriser sa consommation et garder un œil sur sa maison. Mais il y aurait d’autres explications.
D’abord, de tels objets ne sont pas d’une utilité nécessaire et vitale : rien ne m’empêche réellement d’ouvrir mon frigo pour me rendre compte de ce dont j’ai besoin. Par conséquent, démis de toute utilité fonctionnelle, les objets connectés entrent dans une logique de mode et de prestige. Bien plus que de l’utilité, on consomme une symbolique : celle de la « distinctivité ». C’est pour être différent et en quelque sorte supérieur que l’on consommerait les objets connectés.
Par ailleurs, de telles innovations domestiques témoignent de ce que l’on pourrait appeler une « gadgétisation » rendant le lien qui unit la maison à ses habitants fondamentalement magique. Pour Baudrillard, l’objet devient gadget quand « la technique est rendue à une pratique mentale de type magique ou à une pratique sociale de mode ». Expliquons-nous. Le rapport entretenu avec ces objets devient magique parce-que hautement fasciné. Il permet à son utilisateur de sortir de l’ordinaire et de pénétrer ainsi dans l’extra-ordinaire, c’est-à-dire rejoindre une autre réalité : celle de la science à laquelle il ne comprend rien mais dont il a l’impression de s’en faire le porte-parole légitime par le fait même qu’il achète ces innovations. Qui, à part le physicien agrégé, comprend réellement comment le radiateur peut se réguler seul ? Détenir de tels objets, c’est participer, à son échelle, aux trouvailles inédites et scientifiques en matière de « futurité ». C’est vouloir se faire le chantre de la modernité, du progrès et de ses valeurs. Un chantre un peu ignorant sans doute.
La ré-invention du quotidien
Avec la maison intelligente, c’est donc la vie quotidienne qui est transformée, rendue bien plus fascinante qu’elle ne l’est d’ordinaire. L’extraordinaire n’est plus seulement au coin de la rue, il est définitivement chez soi. Mieux, l’homme devient cet être extraordinaire, capable de recréer, réordonner, réagencer son quotidien comme il l’entend. Encore mieux, l’homme a désormais le don d’ubiquité. Il est à la fois ici et là, à son bureau et dans sa maison, il maîtrise l’espace comme jamais il ne l’a maîtrisé. Il n’y a plus ce que Bachelard dans La poétique de l’espace appelle « la dialectique de l’ouvert et du fermé » qui caractérise la structure même de la maison. Ici, la maison intelligente est réinventée, réorganisée selon une logique proprement ubiquiste. Le temps et l’espace semblent désormais malléables pour et par l’homme. L’homme aurait-il les cartes en main pour devenir cet être « divin » ? Par ailleurs, les objets connectés réinventent la notion de temps car ils en permettent une économie. Baudrillard, déjà, parlait des objets techniques comme du « temps cristallisé ». La maison connectée permet de satisfaire la volonté toute moderne de « gagner du temps ». Le temps est optimisé et optimal. Et le temps, on le sait, c’est de l’argent. La maison intelligente en faisant gagner du temps à son propriétaire, lui permet de consommer plus et mieux.
Mais la maison est toujours bien cette « puissance d’intégration pour les pensées, les souvenirs et les rêves de l’homme » dont Bachelard parlait. Surtout pour les rêves dirait-on aujourd’hui.
Jeanne Canus-Lacoste
Sources :
ANousParis #667
Courrierinternational.com
Jean Baudrillard, La Société de consommation
Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace
 Crédit image :
homo-connecticus.com

Société

Quand commence 2015…

Pour célébrer ce début d’année, nous avions préparé un petit éditorial pour vous présenter nos meilleurs vœux, vous parler de nos beaux projets à venir, en se remettant doucement de tous les excès attenants à ces fêtes de fin d’année. Celui qui aurait alors tiré la fève début Janvier se serait vu remis une belle couronne et aurait désigné notre blog comme roi incontesté de cette nouvelle année.
En effet, rien de plus séduisant qu’un blog qui revêt ses plus beaux habits pour commencer 2015 sous le signe d’une plateforme plus ergonomique et intuitive, afin de faciliter la navigation de ses rubriques.
Mais les récents évènements ont quelque peu bouleversé l’édito Royal que nous souhaitions publier. A notre échelle, nous partageons l’émotion qui envahit la France depuis ce 7 Janvier.
En tant que membres de ce blog, nous sommes chaque jour confrontés aux opinions de nos rédacteurs, plus ou moins tranchées et incisives, toujours propres à chacun. Certes, notre rôle est de modérer certains propos pour ne pas bafouer les valeurs de laïcité et de tolérance de notre école – le Celsa – mais il est aussi (et surtout) d’aider nos rédacteurs à affirmer leur identité via un style d’écriture et à exprimer leur convictions par le choix de tel ou tel sujet.
Nous sommes Charlie
Ainsi, « Nous sommes tous Charlie » en ce qu’il représente pour la liberté d’expression d’un pays pionnier en matière de démocratie, de liberté, de fraternité et de tolérance les uns envers les autres.
L’humilité nous pousse à dire que nous ne sommes peut-être pas encore Charlie en ce qu’il faut de courage et de ténacité pour oser affronter des menaces réelles et persistantes, qui plus est quotidiennes, en vertu de choix éditoriaux pointés du doigt parce que parfois acerbes.
De toute évidence, certains condamneront quelques propos de l’hebdomadaire parfois considérés comme insultants. Tout le monde n’a pas le discernement nécessaire pour savoir prendre de la distance et recevoir ces prises de position au second degré.
Cependant, on ne demande pas d’être d’accord avec tout ce que Charlie diffusait, mais simplement de voir, qu’au-delà d’un journal satirique, c’est la liberté de presse, la liberté d’expression et la liberté d’opinion qui sont entachées.
« Chers terroristes, nous sommes des milliers de gros lourds, à l’humour déplorable dans une salle de rédaction appelée Internet. Bonne chance… » @ploum
Ce tweet correspond en tout point au message que nous souhaitons vous faire passer : vous inciter, plus que jamais, à cliquer, twitter, partager, réagir, commenter, participer, vous affirmer et continuer à vivre cette belle aventure à nos côtés, dans le respect des individualités de chacun.
2015, année de la ?…
… Ainsi, nous aimerions profiter de cet espace pour vous souhaiter à tous, chers lecteurs, une très belle année 2015, qu’elle soit l’année de toutes vos réussites.
2014 fut une année extrêmement riche sur tous les plans, puisque FastNCurious n’a pas cessé de gagner en visibilité, et ces réussites nous poussent à poursuivre dans cette même lignée : les conférences Buzz Off ont repris, les dossiers également, et nous projetons de nouvelles surprises à venir dans les prochaines semaines.
Pour tout cela, nous vous adressons donc un grand MERCI puisque l’assiduité dont vous faites preuve à notre égard nous permet de continuer à faire vivre ce blog.
Et Monsieur FastNCurious nous l’a murmuré à l’oreille : ce n’est pas lui mais bien VOUS, les rois et les reines de cette histoire. Alors, vous reprendriez bien une petite part de galette, n’est-ce pas Monsieur Balkany ?
Charlotte Bavay, Mathis Bienvenu et Cloé Bouchart

Société

 Journalisme participatif et communication : le Club Med entre deux eaux

A l’issue de l’OPA la plus longue de l’histoire de la Bourse française (plus de dix-huit mois), le Club Méditerranée a été acheté, le 2 janvier dernier, par le conglomérat chinois Fosun. Si la décision de l’autre acheteur potentiel, l’homme d’affaires italien Andrea Bonomi, de retirer son offre a été saluée par la direction du Club et a suscité l’ire du Front National, ce sont les stratégies de communication à l’éthique douteuse mises en place à l’occasion de ce rachat qui nous intéressent ici. En effet, le Journal du Net a repéré sur plusieurs sites d’information en ligne (Challenges, Les Echos-Le Cercle, Mediapart, le Journal du Net lui-même…) des articles défavorables à l’offre de M. Bonomi, écrits non pas par des journalistes, mais par des contributeurs extérieurs à leurs rédactions sous la forme de tribunes libres.
Après enquête, le JDN a déterminé que ces tribunes étaient écrites sous de faux noms : leurs auteurs sont des prête-nom créés pour l’occasion, avec des profils LinkedIn ou Google+ et de faux diplômes. Il semble donc qu’une des parties prenantes de l’OPA ait tenté d’influencer les marchés en utilisant la désinformation. La tentative de désinformation, si elle est prouvée, pourrait faire l’objet d’un procès pour diffamation et faux et usage de faux, et d’une sanction de l’AMF qui contrôle les opérations boursières. Le propos de ce billet n’est pas d’accuser, qui plus est sans preuves, mais d’interroger à la lumière de cette affaire la pratique des espaces de libre expression sur Internet et les limites éthiques des relations publiques.

L’une des tribunes incriminées
L’expression libre, pour le meilleur et pour le pire
Pour les médias en ligne, les tribunes libres et autres blogs participatifs répondent à plusieurs objectifs : proposer des contenus plus nombreux et plus variés face à une concurrence pléthorique, donner la parole à des contributeurs experts sur des sujets pointus, intéresser leur lectorat par l’effet de proximité ou encore expérimenter des formes de journalisme citoyen. Comme l’illustre l’affaire du Club Med, ces formes d’expression sont plus vulnérables à la manipulation que les articles publiés par des journalistes, dont les auteurs sont connus, les sources vérifiées et qui mettent directement en jeu la crédibilité du média qui les publie. Mais pour l’usager des médias en ligne, il n’est pas toujours évident de différencier les deux types d’articles : Les Echos-Le Cercle ou les blogs du Journal du Net utilisent par exemple la même charte graphique que les articles de la rédaction de ces médias. En conséquence, les contributeurs invités profitent de la réputation du média qui les accueille, sans être soumis aux mêmes contraintes.
En outre, il est manifestement difficile pour les rédactions de contrôler l’ensemble des articles publiés sur leurs plates-formes participatives : la subjectivité de leurs auteurs est assumée, elle fait notamment partie intégrante de la forme éditoriale du blog. Dans ces conditions, et en particulier lorsqu’un article traite d’un sujet complexe, comment déterminer s’il est volontairement manipulateur ou seulement l’expression d’une opinion tranchée ? On peut supposer que dans l’hypothèse d’une manipulation, les rédacteurs, conseillers en communication rompus au style journalistique, soient habiles à camoufler leur intention trompeuse.
Relations publiques contre journalisme ?
La deuxième question soulevée par cette affaire concerne justement le rôle des relations publiques dans la production de l’information. Tout comme la publicité, pour capter l’attention et l’intérêt de ses cibles, cherche à adopter l’apparence de l’information ou du divertissement (le publi-rédactionnel en est un exemple), les relations publiques, qui promeuvent des intérêts politiques ou économiques, agissent avec davantage d’efficacité si les prises de positions qu’elles défendent sont relayées par des sources non intéressées, comme des journalistes, des blogueurs ou des experts. L’anonymat et l’identité virtuelle caractéristiques d’Internet permettent donc à des professionnels peu scrupuleux, comme le montrait une série d’articles du Journal du Net parue en 2013, de créer des experts fictifs qui bénéficient d’une présomption d’objectivité.
Mais cette pratique, outre sa légalité douteuse, est doublement néfaste sur le long terme aux professionnels de la communication. D’abord parce qu’elle nuit à la confiance des usagers dans les médias sur Internet, alors que ceux-ci souffrent encore d’un déficit de crédibilité notamment face à la presse papier ; mais aussi parce qu’elle court-circuite les journalistes, interlocuteurs privilégiés des relations publiques, accroissant leur méfiance vis-à-vis des métiers de la communication.
Emmanuel Bommelaer
 
Sources :
Challenges.fr 1 & 2
Journaldunet.com 1, 2, 3 & 4
bfmbusiness.bfmtv.com
Lemonde.fr
Tns-sofres.com
Lefigaro.fr

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3D zoom sur fnc
Société

Quand la science-fiction devient réalité !

 
Envoyer un outil par mail dans l’espace c’est possible ? Et bien oui.
Ce mois-ci, la NASA a envoyé les plans d’une manivelle par mail à la station spatiale internationale. Les équipes ont ainsi pu imprimer l’outil manquant grâce à une imprimante 3D. Cette innovation majeure met en exergue la rapidité de production, l’accessibilité croissante aux objets ainsi que de nombreuses possibilités que les marques semblent saisir de plus en plus.
Zoom sur les évolutions communicationnelles qui découlent de cette révolution technologique en marche vers toujours plus de personnalisation.
Barilla et TBWA intègrent la 3D
En effet, les marques ont saisi l’importance d’intégrer la 3D dans leur communication et redoublent d’efforts pour nous épater, nous satisfaire grâce au sur-mesure que propose cette technologie.
Barilla travaille donc sur un projet de pâtes personnalisables que l’on imprimera grâce à une cartouche contenant la mixture. Le client aura donc la possibilité d’exprimer sa créativité en choisissant les formes de celles-ci. Mais avons-nous tous ce désir de créativité ? Ne préférons-nous pas justement que l’on nous dicte ce qui est beau, nous facilitant ainsi la vie ?
Le philosophe Jean-Paul Sartre affirmait : « l’homme est condamné à être libre » ; ne serions-nous pas aujourd’hui condamnés à créer ?
Autre exemple : le « Toy Lab » proposé par l’agence de publicité TBWA Toronto. Ce Noël, l’agence canadienne a demandé à des enfants de dessiner leur jouet rêvé, puis a fait appel à des spécialistes qui ont reconfiguré ces dessins afin de les imprimer en 3 dimensions. Enfin, une vidéo émouvante a permis à l’agence de présenter les jouets et leurs créateurs qui affichaient un sourire jusqu’aux oreilles. Une opération innovante et réussie puisqu’elle montre étape par étape comment cette agence a su s’insérer dans ce tournant technologique et mettre à profit la 3D pour faire sa propre promotion.

 
Le mouvement Maker
Par ailleurs, la naissance de l’imprimante 3D va de paire avec un nouveau mouvement appelé « maker movement » qui peut être qualifié de « DIY (do it yourself) digital ». Il s’agit de créer des objets tangibles grâce aux nouvelles technologies ; une sorte de bricoleur 2.0.
Cette tendance s’allie à la mise en réseau des compétences, rendue possible notamment par internet. Elle permet ainsi aux « makers » de mettre en commun leur savoir-faire, par exemple grâce au système de tutorat. Il est donc plus facile de créer et de produire pour tout à chacun ce qui renverse l’ordre établi- ce rôle étant initialement attribué aux entreprises et autres structures de production.
Les « FabLab » (fabrication laboratories) illustrent également ce phénomène. Ces structures ouvertes à tous permettent à qui veut d’utiliser des machines (telles que des imprimantes 3D) et de profiter des compétences des autres visiteurs, dans le but de concevoir des objets. Preuve que ce concept se propage et surtout se démocratise : le Fablab « Maker/Seine » a cette année ouvert ses portes à Saint Paul, en plein cœur de Paris.

Un challenge pour les marques
Si les marques ont compris l’importance de la 3D, toutes n’ont pas encore intégré cette technologie dans leur communication.
Cependant, certains annonceurs commencent à l’utiliser, à l’instar de Coca-Cola qui a matérialisé ses clients en figurines à leur effigie. Une proposition créative et en totale adéquation avec leur campagne « enjoy a Coca-cola with a friend » entièrement tournée vers la personnalisation et l’individu, puisque les noms des consommateurs sont inscrits sur leurs fameuses canettes rouges et blanches.

De plus, une imprimante 3D coûte aujourd’hui entre 700 et 4000 euros. Ces machines deviennent donc de plus en plus accessibles aux « makers » mais aussi à un nombre croissant de personnes, comme par exemple les membres de la « génération y », qui intégreront cette technologie très aisément dans leurs pratiques futures.
Les marques devront donc relever ce défi technologique et créatif pour rester légitimes et essentielles dans la vie des consommateurs, signe que nous vivons désormais dans une société de plus en plus spectaculaire !
Clara Duval
Sources :
Influencia.net
Lemonde.fr
L’adn.fr
Wikipédia.fr
Crédits photos :
ladn.eu
Google.fr

TF1
Société

Les médias nous tiennent en liesse !

 
« Partageons des ondes positives », signe TF1, illustrant la tendance actuelle des médias à l’injonction au bonheur. C’est dans cette même veine positiviste que s’inscrit le premier site d’information optimiste, IVOH. Serions-nous entrés dans l’ère d’un journalisme thérapeutique ? Quel bonheur nous a-t-on réservé ?

IVOH : le site d’information qui vous rendra heureux !
Déprimés par les médias qui ne vous transmettent que les mauvaises nouvelles ? IVOH, ou « Images and Voices of Hope », se propose de valoriser pour vous des histoires plus encourageantes. Ce site d’information optimiste promeut une nouvelle approche du journalisme, sous les traits du « récit réparateur ». Il ne s’agit pas de passer sous silence les évènements tragiques, mais d’en tirer ce qui peut être encourageant. IVOH veut ainsi permettre à ses journalistes de rester plus longtemps sur la scène d’un drame pour voir se dessiner la reconstruction. Ce n’est pas la perte de dizaines d’hommes qui est mise en lumière mais la rééducation d’un rescapé, de son opération à ses premiers pas. Ce site d’information tend donc à souligner l’espoir pour le partager avec son lectorat. Avec son financement participatif −ses créateurs font une levée de fonds depuis le 1er décembre−, le site d’information vise à fédérer autour de lui une communauté optimiste. Face à la promesse de lendemains qui chantent, il ne reste plus qu’à se demander si la presse a véritablement un devoir thérapeutique auprès de ses lecteurs…

L’avènement d’un journalisme thérapeutique
IVOH s’inscrit clairement dans une tendance médiatique d’injonction au bonheur. Les médias ont une très forte influence sur notre moral. Ainsi, Mallaury Tenore, la directrice du projet, souligne qu’il a été scientifiquement prouvé que l’information optimiste crée une société optimiste. Dans le même esprit, des chercheurs d’Harvard ont montré qu’être exposé en permanence à des informations négatives « augmenterait considérablement notre degré de stress, et nous pousserait à être plus anxieux au quotidien ». Si vous vous sentez mal, c’est donc en partie à cause de ce que vous lisez dans la presse ! Dans l’Euphorie perpétuelle, Pascal Bruckner souligne que nous autres, peuples occidentaux, sommes devenus « allergiques à la souffrance ». Le bonheur présenté par les médias serait en fait la catharsis de ce qu’a produit la société par rapport au besoin impératif de bonheur. Les médias montreraient les malheurs produits par la société, certes, mais cette exposition, passant toujours par le prisme médiatique resterait éloignée du foyer à partir duquel on regarde ce malheur. Par ailleurs, celui-ci ne dure jamais bien longtemps puisqu’il est toujours remplacé par le bonheur.
Tu seras heureux, petit homme !
Le bonheur est partout, il envahit les ondes et nos écrans. Dans la société du spectacle dépeinte par Guy Debord où nous évoluons dans une perpétuelle représentation, le bonheur se dit et se montre, plus peut-être qu’il ne se vit. Le bonheur n’est plus un droit mais un devoir tyrannique, qui montre du doigt les inaptes. Au sein de cette « dictature du bonheur », les médias sont à la fois relais et émetteurs de la liesse générale. Parler de bonheur, d’une part, c’est s’assurer une audience confortable. On voit ainsi déferler d’innombrables émissions mettant en scène un bonheur mièvre, où, lorsqu’on est face à une situation critique (le petit Jason a mis ses pieds sur la table), la télévision s’impose en sauveuse (Super Nanny s’en va remettre le garnement sur le droit chemin à coup de froncements de sourcils !). Les émissions de télé-coaching comme Relooking de l’extrême, Un nouveau look pour une nouvelle vie, ou encore Pascal, le Grand Frère pour n’en citer que trois, permettent aux chaînes qui les diffusent de se montrer sous un jour positif, de faire preuve de leur pouvoir d’agir au sein de la société. Des chaînes telles que TF1 ou M6 ont ainsi basé leur identité sur leur capacité (discutable, cela va de soi) à « faire le bonheur » de leurs téléspectateurs sans cesse convoqués.

La campagne de publicité de TF1, « Partageons des ondes positives », lancée en avril 2014
D’autre part, les médias sont inséparables de la publicité, qui entoure les articles et les journaux télévisés, influençant ainsi notre réception de ceux-ci. Or on ne compte plus les allusions des publicités au bonheur. Entre « Ouvre un Coca Cola, ouvre du bonheur » et « Bien manger, c’est le début du bonheur », cette notion est aujourd’hui entièrement traversée par une logique capitaliste.

De l’idéal philosophique au Post-it mièvre : un bonheur en déliquescence ?
Loin de la philosophie antique, de l’idéal démocratique prôné par Saint-Just après la révolution française ou encore du bonheur entier pour lequel Antigone est prête à mourir, notre vision du bonheur n’a plus rien de stable ou de définitif. Il prend souvent la forme d’un bien périssable, ou il s’est dégradé en ce petit bonheur à atteindre en trois minutes, déclinable sous forme de Post-it à coller sur son frigo ou de recettes à appliquer au saut du lit. Issue des Etats-Unis, cette psychologie positive argue que le bonheur ne dépend que de nous. Aujourd’hui, le bonheur se travaille avec un coach d’épanouissement personnel ou avec une thérapie de groupe. Il suffit par ailleurs de pénétrer dans une librairie pour remarquer l’amoncellement aux couleurs pastel des guides de bonheurs aux titres évocateurs : 3 kifs par jour, Choisissez le bonheur, Le goût du bonheur, La thérapie du bonheur, Objectif bonheur, Dictionnaire du bonheur, La vie en rose, mode d’emploi, etc. Voilà, vous cherchiez le bonheur ? Pas la peine, il est dans votre tartine beurrée du matin !
C’est donc bien à l’heure d’une injonction généralisée à un petit bonheur malléable et marchand que le journalisme thérapeutique prend racine.
Louise Pfirsch
@: Louise Pfirsch
Sources :
Télérama, n° 3387, du 13 au 19 décembre 2014 : « Sois heureux et tais-toi ! »
lesinrocks.com
Virginie Spies, Télévision, presse people: Les marchands de bonheur
Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle, essai sur le devoir de bonheur
Crédits images :
tumblr.com
lesinrocks.com
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stephanhuanlla.wordpress.com

Société

Gamay more gamay gamay more

À l’étranger, le vin de Bordeaux, comme la haute couture française, est une institution prestigieuse et le nom de Bordeaux lui-même est mondialement connu. Et pour cause : la promotion à l’international est une spécialité bordelaise, assurée par le CIVB (le Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux) et l’Union des grands crus de Bordeaux. Si en premier lieu elles contrôlent la qualité de la production, ces organisations visent également à promouvoir le Bordeaux et éduquer les consommateurs notamment à travers les quelques 80 manifestations annuelles mettant en relation producteurs et professionnels de la distribution et de la presse, une école du vin présente dans 11 pays ou encore les Fêtes bi-annuelles du vin à Bordeaux (dont le concept a été exporté à Hong-Kong, Québec, Bruxelles). Le Bordeaux a vocation à l’exportation. Par ailleurs la nouvelle campagne, « Vins de Bordeaux il y a tant à découvrir », sortie en octobre dernier sur 7 marchés, entend se démarquer d’une communication souvent plus traditionnelle. Qualifiée d’« ovni dans le monde du vin » (elle l’est moins dans le monde de la communication), la campagne a en tout cas eu un large impact sur la presse et les consommateurs.
La nécessité d’une communication plus esthétique et frappante a pu venir de l’état des ventes actuelles du Bordeaux, en baisse en termes de volume et de valeur sur tous les marchés. D’une part, la récolte de 2013 a été très faible, 30% en moins sur une année. D’autre part, la viticulture américaine progresse de plus en plus et concurrence les Bordeaux avec des vins de qualité semblable ou du moins s’en approchant et dans un style similaire, par exemple en Californie avec des Cabernet Sauvignon, des Merlot, etc. Quant au marché chinois, s’il est devenu le plus important acheteur de grands vins de Bordeaux grâce à sa richesse croissante et l’intérêt porté à la culture occidentale de luxe, les prix ont constamment augmenté depuis les millésimes exceptionnels de 2009 et 2010, à tel point que les Chinois semblent s’en détourner depuis deux ou trois années. Mais c’est aussi l’image même du Bordeaux que cette campagne de communication tente de transformer, souvent considéré comme uniquement un produit de luxe peu accessible, complexe par ses notions de terroirs et d’appellations (alors que les Américains et les Asiatiques ont davantage une culture du cépage et raisonnent en Gamay, Pinot, Chardonnay). La campagne ambitionne alors d’attirer l’amateur occasionnel et de nouveaux consommateurs sensibilisés à la variété des vins de Bordeaux, en particulier sur le segment des produits de moins de 55$.

La précédente campagne de Vins de Bordeaux, construite autour de photographies véhiculant les notions de partage et de convivialité, s’était heurtée à la loi Evin du 10 janvier 1991 qui encadre fortement la publicité des boissons alcoolisées et est un véritable frein à la créativité. Cette fois adaptée à la législation, la campagne repense la bouteille de Bordeaux en héroïne d’une série de visuels à l’esthétique 1920-1930. Diffusées sous forme d’affiches dans les métros parisiens, londoniens et new-yorkais, dans la presse, et uniquement online en Chine et au Japon, les illustrations suivent le fil conducteur fédérateur de la découverte (la diversité des vins de Bordeaux, des terroirs, des climats, des accords mets et vins) à travers des valeurs de savoir-faire, de tradition et de modernité. Elles traduisent ainsi l’émergence d’une nouvelle génération de producteurs innovants et respectueux de l’environnement. En tout, la campagne touche 7 marchés clés : la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis, la Chine et le Japon et sera augmentée de nouveaux visuels en 2015 dans le but de créer une véritable saga autour de la forme si reconnaissable de la bouteille de Bordeaux.
Toutefois plusieurs caractéristiques de la campagne « Vins de Bordeaux il y a tant à découvrir » peuvent nuire à son efficacité, notamment en Chine et au Japon. Comme sa déclinaison qui reste invariablement identique sur les différents marchés. Même la signature « Vins de Bordeaux » est en français, peu importe le pays. Choix étonnant lorsque chaque pays possède ses propres codes de communication, fait appel à des imaginaires et des couleurs différents. Enfin ces infographies semblent être destinées à un public plutôt jeune et sensible à l’esthétique rétro, pourtant les 20-30 ans ne sont jamais vraiment la cible de telles campagnes. Une publicité pour du vin vise généralement un homme de plus de 40 ans. En effet, peu importe le marché, le vin est considéré comme un produit destiné à une clientèle aisée et connaisseuse. C’est précisément là que l’innovation dans la communication du vin bloque : cette cible moyenne empêche de pousser la créativité, et l’originalité de la campagne des Vins de Bordeaux n’est finalement que relative dans un milieu très traditionnel. Et pourtant le jeune consommateur, celui écarté des campagnes de communication, devrait être sensibilisé à ces vins de Bordeaux de moins de 55$, plus abordables et qui, point parfois rebutant dans un grand cru, peuvent être consommés dès leur sortie.
Marc Blanchi
Sources:
Bordeaux.com
Terredevins.com
Lepoint.fr
Crédits images:
isobel.com

Bannière egosurfing FNC
Société

L’ego-surfing, tendance 2014

 
Le net serait-il devenu un miroir 2.0 ? Comme Narcisse devant son reflet, il semble que les internautes aiment à contempler le reflet que leur renvoient les moteurs de recherche.Cette pratique porte même un nom : l’ego-surfing, ou self-googling. Il s’agit de se rechercher soi-même sur les moteurs de recherche. Une enquête Bing/Ipsos révèle par ailleurs que cette pratique, érigée en tendance de l’année 2014, concerne 71% des Français utilisateurs d’Internet. Mais au-delà des chiffres, que faut-il voir dans cette tendance ? Simple narcissisme révélateur d’une époque de plus en plus individualiste, ou stratégie d’optimisation de son image sur le net, à des fins professionnelles par exemple? Il semble que l’ego-surfing renvoie finalement à des logiques assez différentes.
L’ego-surfing : affaire de curiosité et de stratégie
Chercher son propre nom sur les moteurs de recherche répondrait avant tout à une logiquede curiosité. Si Internet est une mine d’informations, pourquoi n’en trouverais-je pas sur moi ? Ainsi, pour 51% des adeptes, l’ego-surfing s’inscrit dans cette logique. Cette pratique est une démarche qui répond à la curiosité. L’internaute est bien souvent curieux de savoir ce que la Toile va conserver de lui : photos, anciens posts, mots associés… Bien souvent, les résultats de cet ego-surfing étonnent. C’est là le premier paradoxe de cette pratique : face au miroir d’Internet, l’ego-surfer espère trouver son reflet virtuel, mais il est toujours surpris par celui-ci.Toutefois, si la curiosité demeure le moteur principal de l’ego-surfing, celui-ci est également motivé par l’inquiétude. Bien loin du narcissisme à outrance, l’ego-surfing peut aussi apparaître comme une véritable stratégie professionnelle, à l’heure où la réputation virtuelle compte au moins autant que la réputation réelle. « Le phénomène « selfie » sur les moteurs de recherche n’est pas un effet de mode. Il traduit au contraire une tendance à la professionnalisation des internautes, qui se comportent comme des entreprises,comme des marques. Jusqu’à présent réservé aux célébrités, le personal branding arrive chez les anonymes » écrit ainsi Anne-Sophie Dubus, Directrice marketing Europe de Bing. Ce qui préoccupe ces internautes, c’est d’abord la mise à jour des informations les concernant, la peur de ne pas être visible à cause d’un homonyme, ou pire, d’être confondu avec un homonyme… Selon Brice Teinturier, directeur général délégué d’IFOP France, cela est d’autant plus vrai pour les personnes en recherche d’emploi : « un bon référencement sur les résultats des moteurs de recherche est un véritable enjeu ». Une mauvaise e-reputation (réputationvirtuelle) peut être fatale…
Ego-surfing et personal branding
Les conclusions de l’enquête menée par Bing et Ipsos font même émerger un nouveau type d’internaute, nommé le « wannaBing ». Le WannaBing est un ego-surfer un peu particulier, car il se cherche au minimum une fois par mois sur les moteurs de recherche. Sociologiquement, il a entre 26 et 34 ans, c’est un jeune actif et il vit en milieu urbain. Concrètement, comment le wannaBing agit-il sur sa e-reputation ? « Ces « WannaBing »élaborent ainsi des stratégies de visibilité en ligne, voire d’optimisation de leur référencement naturel : ils démultiplient leur présence sur les réseaux sociaux influents,soignent, contrôlent et mettent à jour leurs informations mais aussi leurs photos etvidéos, et sont ainsi en mesure de lutter contre leurs homonymes dans cette course à lapremière place des résultats de recherche » écrit encore Anne-Sophie Dubus.

La marchandisation de l’ego
Les Wannabing ne sont donc certes pas dans une perspective narcissique. Mais c’est peut être plus grave : en se comportant comme des marques, ils entérinent le fait que l’homme est un produit. Pire encore, c’est ici l’homme qui se met lui-même, et consciemment, dans cette situation où il n’est plus qu’une marque. Le Wannabing, à grands renforts de personal branding, en vient par oublier qu’il est autre que ce reflet qu’il travaille constamment. Peut-être finit-il d’ailleurs par ne plus être que le reflet de cette image de lui qu’il construit. Narcisse ignorait que le beau jeune homme qu’il contemplait à la surface de lui n’était autre que son reflet. Le Wannabing ignore qu’il est lui-même le reflet d’un reflet. Il convient toutefois de rappeler que les Wannabing ne représentent qu’une petite partie des ego-surfers. Par exemple, seuls 2% des Français se cherchent une à plusieurs fois par jours sur les moteurs de recherche. Au-delà des chiffres, le fait qu’une telle pratique ait été érigée en tendance de l’année 2014 montre bien la réelle prise de conscience de la problématique de l’identité numérique chez les internautes. Toutefois, il est dommage qu’une telle prise de conscience ne débouche, chez la majorité des internautes, que sur très peu d’initiatives préventives ou proactives. Comme le déplore Brice Teinturier, le contrôle des informations demeure encore très limité.
Alexis Chol
Sources
journaldugeek.com
Microsoft.com
Nextinpact.com
Generation-nt.com
Labnol.org
Thegeekwhisperer.com
Delightfullyamiss.blogspot.fr

la santé n'est pas un luxe
Société

Quand Médecins du Monde rencontre IAM

En cette fin d’année 2014, l’heure est au bilan : entre épidémies, catastrophes naturelles, conflits, pauvreté ou encore précarité, les nombreuses ONG se sont mobilisées afin d’aider au mieux les populations touchées. Du virus Ebola en Afrique de l’Ouest aux camps de réfugiés syriens, en passant par les populations des pays sous-développés, ces organismes ont pour but d’apporter l’aide nécessaire et d’améliorer les conditions de vie des populations dans le besoin à court et long termes. Pourtant, malgré leur présence, encore 1 personne sur 5 n’a pas accès aux soins. Et c’est encore trop.
La force des mots
C’est ce que dénonce justement la dernière campagne de Médecins du Monde, conçue par BETC : dans deux spots TV, entre autres, elle met en scène Luka, petit garçon à la rue et Myriam, jeune haïtienne, enceinte de sept mois vivant dans un bidonville. Face caméra, plan serré, le champ s’élargit : leur regard planté dans le nôtre et les mots prennent tout leur sens. Cette campagne rend aux paroles des classiques de la chanson française toute leur profondeur en les ancrant dans un contexte réel, celui de l’injustice.
Parce que “Médecins du Monde soigne aussi l’injustice”, elle cherche à nous sensibiliser aux difficultés d’accès aux soins dans certains pays notamment en France. Ce qui nous paraît pourtant être le b.a.-ba n’est parfois pas une évidence pour certains. D’après le rapport de l’Observatoire de Médecins du Monde, la pauvreté touche plus de 3 millions de personnes en France et la précarité ne cesse d’augmenter.

Des chiffres alarmants en France
L’année dernière, 29 960 personnes dont 3 760 mineurs se sont déplacées dans les centres d’accueil et d’orientation de MdM dont 97% vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Pour ces personnes, l’accès aux soins est rendu difficile par les démarches administratives et les pratiques abusives. D’autre part, une grande partie des patients de l’ONG sont des étrangers : de fait, ils sont écartés du système de soins de par leur situation irrégulière et à cause de la politique migratoire très répressive. Les jeunes ne sont pas, non plus, épargnés et le nombre de mineurs qui fréquentent les centres de l’organisation est en constante augmentation.
Ces personnes en difficulté rencontrent aussi des problèmes de logement. Face à l’augmentation des expulsions sans solutions de relogement, la plupart d’entre elles deviennent sans-abris, n’ont pas ou plus de couverture médicale et dans cette situation, se soigner n’est plus une priorité. Et c’est la raison pour laquelle Médecins du Monde veut sensibiliser les publics au problème de la précarité sur lequel nous sommes nombreux à fermer les yeux et aussi inciter aux dons en cette période de fêtes de fin d’année.
Un problème international
Si la France connaît actuellement une période de forte précarité, à l’international le problème est plus grave encore : risques sanitaires, épidémies et catastrophes naturelles. MdM est présente dans 44 pays allant de l’Amérique Centrale, à l’Europe de l’Est en passant par l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Dans la plupart des pays concernés, la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, où l’accès aux soins est tout aussi problématique que l’accès à une alimentation saine, à une eau salubre et à l’éducation. Par exemple, le risque pour un enfant de mourir avant l’âge de cinq ans est huit fois plus élevé en Afrique qu’en Europe. De plus, la proportion de personnel médical pour le nombre d’habitants est largement inférieure à celle d’autres pays: on trouve plus de 400 médecins pour 100 000 habitants en Norvège contre 5 au Burkina Faso. Cette inégalité face à la médecine ne fait que creuser le fossé de l’injustice que l’ONG tente de réduire à travers quatre grandes priorités d’actions : les soins aux migrants et déplacés, la promotion de la santé sexuelle et de la reproduction (SSR), la lutte contre le VIH, la réduction des risques et enfin, les crises et conflits.

Des campagnes toujours plus percutantes
MdM nous a toujours habitué à des campagnes chocs et touchantes dans lesquelles on retrouve toujours cette notion d’injustice. En effet, l’ONG nous pousse à nous poser des questions sur notre condition en tant qu’être humain mais surtout sur celle de nos voisins, celle des populations obligées de fuir leur pays en guerre ou encore celle des victimes de pandémies. Toujours empreint de sarcasme subtil, le message véhiculé par Médecins du Monde a pour but de faire réagir face aux problématiques démographiques et sanitaires d’aujourd’hui.

Cette campagne s’inscrit donc dans la continuité et se veut toujours aussi touchante. Ici, la force des mots alliée aux imaginaires liés aux classiques français lui confère profondeur et intensité. Une campagne qui se démarque par son originalité et sa mise en perspective. Un réel électrochoc en cette période de fêtes de fin d’année, haute-saison de prise de parole des ONG : avec Reporter sans Frontières et sa campagne « Great People » mettant en scène Vladimir Poutine, Amnesty International en décembre 2013 avec sa campagne de sensibilisation sur le sort des sans-abris ou encore Les Enfoirés qui se produisent sur scène (émission télévisée et tournée dans toute la France), la période des fêtes de fin d’année reste un véritable terrain d’expression pour ces organisations, qui misent sur notre générosité et sur notre propension à être plus sensible aux tourments de nos semblables.
Stratégie marketing ou simple altruisme ?
Enfin, pour ceux qui souhaitent faire un don, c’est par ici !
Alizé Grasset
Sources :
medecinsdumonde.org
who.int
Crédits photos :
meanings.fr
capitainecourageux.files.wordpress.com
cbnews.fr
z-factory.blogspot.fr

favela
Société

Le Favela Tour : un Neverland pour touristes en quête de sensations

 
Stranger in Brazil?
Sur le belvédère où se tiennent les échoppes des artisans de la favela carioque Santa Marta, des Européens hagards, des Américains, des minibus quasi cuirassés, d’anciens trafiquants de drogue en chasuble et casquette qui s’improvisent guides touristiques et, en arrière-plan, une misère lissée et savamment mise en scène. La favela Santa Marta qui avait accueilli le roi de la pop Michael Jackson pour son clip « They don’t care about us » dans lequel ce dernier arbore un peace sign tricolore, logotype de OLODUM, un groupe afro-brésilien fondé en 1979 dont l’objectif est d’offrir à la jeunesse des favelas des alternatives culturelles comme le théâtre et la musique, rassemble aujourd’hui trois boulangeries et près de deux mille maisons en briques. Le processus d’urbanisation amorcé suite à la forte médiatisation de la favela dont on ne voyait que les toits des bocas de fumo est une prouesse, mais à qui profite cet apparent développement ?

They don’t really care about us, do they?
Si l’on se fie à notre tête de hibou fétiche, il y a bien une pratique touristique que nous ne pouvons ignorer et qui mérite ses quatre étoiles vertes et son certificat d’excellence 2014 : le favela tour ou encore Slum Tourism, popularisé en 2010 mais lancé en 1990 à Rio de Janeiro par Marcelo Armstrong. Les favelas, zones d’exclusion, de pauvreté et de non droit se sont progressivement transformées en parcours touristiques guidés et commentés dont le marché est partagé entre une dizaine de tour opérateurs.

Ces nouvelles pratiques suscitent sans étonnement des détracteurs comme des défenseurs. Certains vacanciers fatigués des voyages et des destinations trop classiques affirment trouver un intérêt à la visite d’une toute autre réalité du Brésil, convaincus que celle-ci génère des revenus pour la population et qu’elle pousse au développement de l’artisanat et des spécificités locales. La sinsscérité de cette démarche ferait presque oublier que les modalités des formules proposées par les tour opérateurs s’apparentent davantage à un safari humain qu’à un tourisme éthique et responsable. D’autres, (qui ne se privent pas de faire connaitre leur déception sur TripAdvisor, notamment) s’insurgent contre les organisateurs, reprochant la théâtralité mensongère du parcours.

Arrivée en Jeep 4×4 dans la favela de Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro. Première escale sur le marché où les touristes déambulent à la recherche de sensations fortes. Premier avertissement du guide : il est interdit de photographier parce que ce sont des points de vente de drogue. L’intrigue se poursuit plus loin, à l’angle d’une rue, où quelques jeunes derrière des stands portant l’écriteau « WELCOME IN FAVELA » tentent d’appâter le touriste avec des petites peintures et des objets qu’ils confectionnent. Un arrêt rapide à la buvette de la favela pour donner au touriste l’impression qu’il a rencontré un habitant et prenne avec celui-ci un selfie. Second avertissement du guide : il est interdit de photographier l’intérieur des habitats, vie privée oblige. Finalement, dernière halte, les écoles de la favela devant lesquelles posent les élèves, financées en grande partie par les favela tours. Confirmation qu’il s’agit bien d’un tourisme équitable. Beaucoup de ces formules sont dénoncées par les internautes qui n’hésitent pas à y consacrer des blog photos pour montrer la réalité d’une situation de misère inextirpable transformée en distraction touristique par la complicité des tour opérateurs et des pouvoirs locaux.

Who heals the world?
Qui seraient les grands gagnants de cette nouvelle pratique touristique ? Comment interpréter le fait que d’un coté, les favelas ne cessent de croitre et qu’elles sont, de l’autre, censées générer des revenus du slum tourism ?
La permanence des difficultés sociales des habitants de ces quartiers et les évolutions circonstancielles des modes d’action en matière de sécurité publique et urbaine s’apparentent à des stratégies de marketing territorial qui profitent aux grands promoteurs du projet et non pas à ses acteurs. Ce théâtre imparfait révèle un traitement injuste des espaces pauvres de la ville, une fausse redistribution des richesses ainsi que l’instrumentalisation et la distorsion de l’image de pauvreté sous l’effet d’un sensationnalisme toujours richement pensé. Le touriste auquel on accorde gracieusement des pouvoirs héroïques n’est en réalité pas moins passif et consommateur qu’il ne l’est dans les villages de vacances.
Pourquoi préférer les taudis misérables de Santa ou Rocinha qui a tout récemment inauguré, en son coeur, un centre d’accueil touristique, aux belles plages de Leblon ou d’Ipanema pour passer les vacances ? Depuis la Copa, ce nouveau tourisme prospère énormément. La réponse figurerait-elle dans le refrain du morceau de Bambi ?
Faire des quartiers insalubres un nouveau Neverland pour touristes en quête de sensations, l’aboutissement ayant déjà été prophétisé par Michael en 1995 :
« Everybody gone bad
Situation, aggravation
Everybody allegation »

Johana Bolender
@johbolen
Sources :
tripadvisor.fr
picturetank.com
lepetitjournal.com
Crédits photos :
tripadvisor.fr
theguardian.com
picturetank.com
viatorcom.fr
Video :
« They don’t care about us » Michael Jackson