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Société

Vers une réalité augmentée ?

 
Oculus Rift, quésaco ?
Sous ce nom barbare se cache le gadget qui deviendrait le possible enjeu d’une petite révolution numérique, permettant notamment de créer de nouvelles expériences télévisuelles, cinématographiques, publicitaires et même… sportives !
Créé en 2012 et racheté en 2014 par la société Facebook, ce petit bijou, qui se présente comme un masque recouvrant le regard, permet à son utilisateur de se plonger à 360° dans une réalité virtuelle.
Cette technologie, très en vogue chez les gamers, commence doucement à trouver d’autres preneurs. Le cinéma s’en est en effet déjà emparé, Zéro Point, le premier film en 3D et à 360°, étant sorti en octobre 2014.

Même si l’on peut dire de façon certaine que ce film d’une vingtaine de minutes n’est pas un chef d’œuvre cinématographique – ce dernier se présentant plutôt comme une publicité pour les lunettes que comme un film potentiellement primable à Cannes – cette sortie témoigne tout de même d’une tendance qui tend à se déployer dans le monde du cinéma.

En marche vers une nouvelle expérience cinématographique
La preuve en est, quelques semaines plus tard la chaîne Arte programmait le premier documentaire utilisant ce nouveau gadget. La chaîne a diffusé un documentaire se déployant sur différentes plateformes. Un premier format de 90 minutes pouvait être visualisé sur la chaîne puis en Replay. Dans celui-ci, les téléspectateurs voyageaient dans les paysages de l’Arctique, en ayant l’impression d’être acteurs de la scène : le réalisateur avait opté pour un point de vue subjectif.
Mais le plus intéressant reste le deuxième format proposé par Arte : plusieurs minutes de documentaire étaient mises à disposition des téléspectateurs sur internet, et les possesseurs des lunettes Oculus Rift pouvaient les utiliser et ainsi se plonger dans les paysages en immersion totale. En effet, les lunettes captent les mouvements de tête et donnent l’illusion de se déplacer à son gré sur les lieux du tournage.

Le téléspectateur n’est ainsi plus guidé par le regard biaisé de celui qui tient la caméra. Chaque visionnage devient unique, et totalement personnel. Le film s’échappe de plus en plus des mains du réalisateur et glisse vers celles du spectateur qui devient une triple figure de spectateur-acteur-réalisateur portant l’image où bon lui semble.
Arte, par le biais de ce documentaire, souhaitait sensibiliser les spectateurs aux problèmes climatiques et à ce qu’ils infligent aux magnifiques paysages de l’Arctique. Ce n’est donc pas anodin qu’ils aient opté pour l’utilisation des lunettes car celles-ci, en donnant l’illusion au spectateur qu’il se trouve sur les lieux, permettent une identification plus forte encore que celle à laquelle on pourrait être sujet dans un film traditionnel. Et, c’est bien connu, l’identification du spectateur est une des recettes clé pour le chambouler.

Oculus Rift : un coup de pouce pour les coups de pub ?
La publicité a bien compris les enjeux de cette technologie et s’en est aussitôt emparée. En effet, Volvo, par l’utilisation de ces lunettes, propose aux futurs acheteurs de vivre quelques virtuels instants au volant de leur dernière voiture, et leur donne ainsi le sentiment d’être déjà possesseurs de celle-ci. Volvo semble donc croire que la réalité virtuelle peut avoir un impact sur la réalité sensible. Le potentiel acheteur transfigurerait, par l’achat de la voiture, son expérience factice en une expérience concrète. La marque d’automobiles, plus encore que d’insuffler l’envie d’acheter la voiture, donne l’illusion au consommateur qu’il se l’est déjà appropriée.

Bien d’autres domaines ont également mis la main sur cette technique de la réalité virtuelle : une application sportive permettra bientôt à ses utilisateurs d’avoir l’impression de courir durant le marathon de New- ork. Paul McCartney, lui, propose à son public une application permettant d’assister à la performance de la chanson « Live & Let Die ». Pour en citer d’autre encore, même l’industrie de la pornographie s’y est mise, proposant à ses consommateurs de contrôler les images et ainsi de participer à la scène sans pour autant y être réellement…

Une révolution critiquable ?
Mais des critiques émergent déjà : les utilisateurs témoignent d’une douleur aux sinus, à la tête et aux yeux lors de l’utilisation de l’Oculus Rift, rendant impossible une durée de visionnage trop longue. Ils déclarent également que le format en 600*400 est difficilement perceptible pour l’œil humain, incapable de s’y fixer.
Des progrès restent donc à faire, c’est certain, mais l’on peut tout de même déclarer que cette nouvelle technologie est en phase de provoquer une révolution dans divers milieux qui touchent au numérique. Mais cette révolution est-elle positive ? Cette question mérite d’être posée car cette fois ci, ce n’est plus l’Homme que l’on souhaite augmenter, on passe à un niveau supérieur qu’est la réalité elle-même ! Mais à force de chercher l’augmentation, ne finirait-on pas par aboutir à une réduction, le danger étant que cette réalité augmentée finisse par rimer avec substitution de la réalité ?
Valentine Cuzin
Sources :
konbini.com
siliconvalley.blog.lemonde.fr
Crédits photo :
digitaltrends.com

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Grand Journal
Société

Le Grand Déclin

 
Alors que Canal+ fête ses trente ans, un de ses programmes, le bien-nommé Grand Journal (LGJ) diffusé en access prime time*, perd de plus en plus de téléspectateurs. Depuis 10 ans, elle était l’une des émissions phares du PAF, combinant la sphère artistique et politique, devenant ainsi un des premiers talk-show français.
La semaine du 24 au 29 novembre, son audience oscillait entre 1,1 à 1,3 millions de téléspectateurs alors que l’an dernier il se situait aux alentours de 1,7 et 1,8 millions. Représentant, selon Le Parisien, 5,3% des parts de marché contre 7 à 8% l’année dernière.
Une redoutable concurrence
LGJ perd du terrain face à ses concurrents. Depuis le changement de poste du programmateur François Jougneau, les invités les plus prestigieux commencent à déserter le plateau et se retrouvent chez ses rivaux dont C à vous (France 5). Emission qui pourrait se vanter d’avoir reçu la ministre de l’éducation nationale lors de la rentrée des classes ou encore la spectaculaire star internationale Lady Gaga. Comme l’explique Konbini, la présence des stars est devenue l’une de ses armes majeures pour attirer les téléspectateurs.
Et puis évidemment, il ne faudrait pas oublier Touche pas à mon poste (TPMP) de la chaîne D8 qui, ironie du sort, avait été rachetée par Canal+ et se retrouve à grignoter les parts d’audience de son grand frère. D’ailleurs le 15 octobre dernier, le présentateur Cyril Hanouna n’avait pas manqué de relever des résultats supérieurs à celui de son rival sur Canal+.

Un genre devenu vieux jeu ?
Le Grand Journal, dont le principal cœur de cible est la CSP+, a essuyé de nombreuses critiques notamment qui la qualifiaient d’émission « bobo » arrogante, ou encore dénonçant une dérision et un humour impertinent qui empêchent toute construction du débat.
Il faut également se rappeler du bad buzz dont avaient payé les frais, au point d’être amenés à s’excuser, De Caunes et sa chroniqueuse Mathilde Serrell qui, lors de l’une de ses interventions, avait tenu des propos dénigrants concernant les joueurs et les spectateurs de jeux vidéo.
Concernant la structure de l’émission en elle-même, les séquences sont très saccadées, ne permettant pas aux invités de s’étendre en-dehors de l’exercice du jeu promotionnel. D’ailleurs, ils sont moins amenés à se confronter lors de débat alors que ces moments constituaient une partie de l’identité même du talk-show. D’après Konbini, ajouté au déficit de contenu inédit, cela conduit en partie au fait que l’émission n’est plus adaptée aux attentes du public.
Tandis que du côté de D8, avec TPMP, l’émission est indéniablement un véritable succès. Les sujets abordés surfent sur le programme télé combinant des happenings** et des jeux de telle sorte qu’elle touche un public très large. Autre point fort de TPMP : son animateur.

Un Antoine de Caunes étriqué
L’émission très structurée ne permet pas à la personnalité de De Caunes, un créatif comme aiment à le rappeler ses proches, de s’exprimer. Et selon Konbini, contrairement à son prédécesseur Michel Denisot, il souhaite éviter les conflits et les questions qui dérangent, préférant ainsi se ranger derrière des sujets plus conventionnels et moins polémiques.
Dans cette course à l’audience acharnée, difficile donc de prendre la relève après un Denisot qui incarnait parfaitement l’esprit du Grand Journal. Toutefois Antoine de Caunes ne s’était pas privé durant l’été 2013, soit la veille de la reprise de l’émission, de le critiquer en évoquant sa manière « à l’ancienne » de présenter l’émission.
Alors qu’en est-il de l’avenir du Grand Journal ? Le Parisien rapporte que l’ancien producteur de l’émission, Laurent Bon, aurait proposé de reprendre cette case horaire de l’émission et de diffuser Le Petit Journal qui gagne en audience tandis que d’autres producteurs se bousculent pour lui proposer un successeur. L’ère du Grand Journal pourrait alors toucher à sa fin.
*access prime time : jargon télévisuel désignant une émission d’avant-soirée
**happening : spectacle qui prend la forme d’une improvisation cherchant la participation des téléspectateurs
Hélène Hudry
Sources :
konbini.com
leparisien.fr
leplus.nouvelobs.com
gameblog.fr
lemonde.fr
Crédits photos :
europe1.fr
voixdumidi.fr
buzzmedias.net

Société

Héros et antihéros : définitions et panorama des usages à travers le temps

Le héros et son émergence dans la société
Selon son étymologie, le terme héros désigne un homme illustre, demi-dieu au dessus de l’humain ordinaire. Selon le Littré, il désigne ceux qui se distinguent par une valeur extraordinaire ou des succès éclatants à la guerre, en somme un homme possédant une force du caractère, grandeur d’âme, et une haute vertu. Par extension, ce terme a fini par désigner le personnage principal du roman, celui à qui il est arrivé des aventures extraordinaires.

baniere youtube
Société

L’impact d’Internet sur les pratiques

 
En Grande Bretagne, le marché publicitaire a basculé sur Internet à un taux d’investissement record de plus de 50% du marché, soit plus de 15 milliards d’euros en 2015. Ceci est révélateur des nouvelles tendances médiatiques et de l’importance qu’Internet prend dans l’esprit des journalistes et des consommateurs.
Qui n’a jamais consulté les commentaires d’un site pour pouvoir se positionner sur le choix d’un film ou d’un produit ? Mais, sur Internet les manipulations sont de toutes sortes. La tentation est forte pour les entreprises de créer des faux blogs, des faux utilisateurs ou de payer des blogueurs dits « influenceurs » pour relayer tel produit. On s’aperçoit que cette pratique de publicité mensongère est en forte progression et avoisinait pour l’année 2013 les 45% dans tous les secteurs d’activité. (D’après la DGCCRF qui a pour rôle de veiller aux conditions des échanges marchands entre les entreprises afin d’assurer la loyauté des transactions à l’égard des consommateurs. La publicité devient plus dissimulée, déguisée et donc plus efficace. Le buzz marketing peut être utilisé pour diffuser de la publicité sur les réseaux sociaux. Les stratégies de ces marques consistent à imiter les pratiques des blogueurs influenceurs et utiliser leur interactivité pour faire passer un message commercial.
On voit se développer sur Internet des blogs individuels de plus en plus influents. En effet nombre de blogueurs influenceurs se sont enrichis par ce canal, les retombées ont été si spectaculaires que les journalistes se sont appropriés l’idée et ont ensuite créé leur propre média.
L’augmentation de la pratique d’astrosurfing 
L’astrosurfing consiste à utiliser les systèmes de recommandations d’Internet afin d’accentuer les statistiques d’une vidéo, ou améliorer l’image d’un produit. Comme on l’a expliqué, de nombreuses entreprises cherchent à augmenter leur notoriété en créant ou achetant de faux fans, faux followers, faux commentaires. Un marché parallèle se développe pour aider les entreprises à mettre en place cette stratégie, comme c’est le cas de ce site.
Face à cette nouvelle donne, les consommateurs modulent leurs pratiques, à présent, la crédibilité corporate d’une entreprise se mesure à la diversité des opinions qui s’expriment. Les consommateurs vont alors rechercher plusieurs sources d’information pour se former leur propre opinion.
« La traditionnelle cohérence des messages recherchée par tout communicant,représentative d’une relation verticale entre marques et consommateurs dans laquelle les marques communiquaient vers les consommateurs, doit désormais cohabiter avec la divergence, représentative d’une relation horizontale entre marques et consommateurs dans laquelle les marques communiquent avec les consommateurs. » Christophe LACHNITT
Auparavant les publicitaires concevaient la publicité comme une relation horizontale où les marques communiquaient vers les consommateurs. Avec les mutations technologiques, les nouveaux comportements des consommateurs, les marques se sont adaptées et la relation a changé, les marques communiquent avec les consommateurs (comme par exemple sur Twitter où les consommateurs vont inter-agir en permanence avec les marques.)
Les stratégies d’influence des marques au travers des blogueurs influenceurs
La blogueuse ZOELLA permet à des marques de relayer des produits, ce qui lui permet de générer une audience de plus de 6,6 millions d’abonnés Youtube et 300 millions de vueset ainsi d’obtenir des retombées publicitaires. On peut voir que ZOELLA a réussi à créer une vraie marque et nouer une vraie relation commerciale directe avec ses souscripteurs. Elle représente l’incarnation d’un modèle numérique et vertueux de création de valeur. ZOELLA permet aux marques de profiter de sa communauté et d’avoir un rapport privilégié avec leur cible en « discréditant ou créditant » un produit plutôt qu’un autre. La publicité qu’elle réalise est le contenu-même de ses vidéos.
En voulant développer ses secteurs d’activité, elle s’est lancée dans la rédaction d’un roman. Celui-ci affiche des ventes record : 78 000 exemplaires en moins d’une semaine pour son roman « Girl Online ». Ce succès du web social démontre l’impact des stratégies d’influence et des stratégies de buzz marketing.

Cette youtubeuse arrive à créer une vraie relation de proximité avec les téléspectateurs, les internautes s’identifient à elle. ZOELLA est le coeur de cible des marques de cosmétiques, produits de beauté. Elle arrive à dissimuler la démarche publicitaire qui se joue en creux. C’est la quintessence du native advertising!
Le native adverstising est le publi-rédactionnel 2.0. C’est une réponse de l’industrie des médias au phénomène d’évitement publicitaire sur Internet. Les consommateurs ont identifié les zones publicitaires des sites et les évitent inconsciemment. C’est pourquoi, les publicitaires et les médias ont intégré ces publicités au sein d’un contenu rédactionnel. Il est intégré au coeur des contenus (par exemple dans votre fil d’actualité Facebook, ou alors au sein d’articles journalistiques). Ces publicités sont évoluées, c’est à dire qu’elles sont adaptées au contenu, elles sont personnalisées pour améliorer « l’expérience consommateur »*
Le native advertising peut être une alternative à la publicité, car il ne perturbe pas la navigation, il permet aux publicitaires d’avoir une communication différente sur le ton informatif et non plus uniquement commercial. Mais, la publicité étant intégrée au sein de contenus rédactionnels, sa nature peut s‘avérer difficilement détectable pour les non connaisseurs. On passe avec ces vidéos de la conversation, de la collaboration au marketing du buzz.
Une autre youtubeuse connait le même succès croissant. En démarrant à 13 ans, Bethany Mota à l’âge de 19 ans a aujourd’hui plus d’abonnés sur sa chaine youtube que Lady GAGA (elle dispose de 4,9 millions d’abonnés) ce qui lui permet de générer selon les estimations un revenu moyen de 40 000 $ par mois.
Elle a su attirer l’attention des marques et vient tout récemment de signer un accord pour une ligne de bijoux et de vêtements à son nom.

Tels des footballeurs achetés pour leurs compétences, ces youtubeurs sont achetés pourse faire le plaidoyer des grandes marques, constituant ainsi un véritable marché parallèle à forte valeur ajoutée. Ce phénomène existe aussi en France, Cyprien est très demandé par de nombreuses entreprises qui souhaitent faire des partenariats avec lui. Il est encontrat publicitaire avec la banque CIC pour réaliser de courtes vidéos.

En ce moment même,une polémique éclate sur l’humoriste. Comme le montre la longue enquête de l’Express, Cyprien a été payé par les marques pour faire la promotion d’un jeu vidéo Watch Dogs. Il avait été interrogé ici. Pourtant cette vidéo ne comportait aucune mention du caractère promotionnel de la vidéo, alors que la loi française l’impose. La publicité se doit d’être clairement identifiable.
A l’inverse de la France, le Royaume Uni a déjà statué juridiquement sur cette problématique du fait de l’importance du marché publicitaire sur Internet. Les Youtubeurs doivent faire figurer la mention « publicité » ou « sponsorisé » dès le titre de la vidéo afin d’améliorer la clarté des consommateurs.
La naissance de média individuel
La mutation des réseaux entraine un nouveau système de médiation culturelle. Aujourd’hui on observe l’émergence d’un nouveau phénomène, de nombreux journalistes créent leurs médias car ils ont observé la réussite des blogueurs influenceurs et veulent s’en inspirer. C’est le cas pour Andrews Sullivan, célèbre journaliste qui a créé son propre média payant sur Internet avec une formule à 19,90$
En effet, ces journalistes ne sont plus dépendants des moyens techniques et financiers de réalisation de l’information. Internet permet de prendre une certaine indépendance vis-à-vis des médias. Les journalistes peuvent à présent développer leur marque personnelle sans le support d’un grand média pour diffuser l’information et rivaliser entre eux. Dans ce nouveau modèle publicitaire le contenu devient le média, ce qui permet de croire que l’on peut remodeler la financiarisation des médias et d’Internet. Ces journalistes sont la preuve que les contenus de qualité peuvent attirer une audience rémunératrice et durable afin de garantir la viabilité économique de ce modèle. Celui-ci permet aussi de lutter contre la progression de la sur-information et le désengagement de l’attention du public. Il permet aussi de générer une communauté active et des membres participatifs.
Alexandra Montaron
@AlexandraMontar
Sources :

Lexpansion.lexpress.fr (1) & (2)
Economie.gouv.fr
E-marketing.fr (1)
& (2)
Arretsurimages.net
Telegraph.co.uk
Dish.andrewsullivan.com
Leplus.nouvelobs.com (1) & (2)
Superception.fr
*Pour en savoir plus:
Journaldunet.com (1) & (2)
Crédits images:
Youtube.com

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ferguson
Société

Ferguson : du choc des médias mainstreams et de l’Internet

Ferguson, un évènement médiatique généré par les nouveaux médias
En bref rappel des faits, Michael Brown, jeune afro-américain de 18 ans a été abattu par un policier le 9 août 2014 dans la ville de Ferguson, Missouri. La violence des six coups de feu tirés par un représentant des forces de l’ordre blanc contre cet adolescent noir non armé, selon les témoins, a réveillé le passé raciste des Etats-Unis et soulevé des vagues d’émeutes. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais à mesure que la répression policière s’intensifie – toutes les forces de police du comté environnant (Saint-Louis) étant réquisitionnées – la situation déborde de l’espace public au cyberespace. Le Web devient le seul refuge à la liberté d’expression et une avalanche de commentaires référencés, sous le hashtag #Ferguson, fusent sur Twitter pour dénoncer cet usage excessif de la force. Ces commentaires, tenant lieu de journalisme citoyen, sont partagés sur toute la Toile et finissent par attirer les regards de toutes les rédactions occidentales. Sarah Seltzer, écrivaine, essayiste et journaliste freelance écrit dans Flavorwire « A Ferguson comme dans le comté de Saint-Louis, les réseaux sociaux étaient là pour [documenter] ces épisodes scandaleux, petits ou grands, depuis les affreuses conférences de presse jusqu’aux nuits de terreurs entre les gaz lacrymogènes, les arrestations et les armes pointés sur les manifestants. »
Ces évènements datent du mois d’août mais le 24 novembre dernier, la justice a décidé de ne retenir aucune charge contre l’officier Darren Wilson, responsable de la mort de l’adolescent. En l’espace de quelques heures, après le verdict, pas moins de 3,5 millions de tweets furent postés pour critiquer cette décision de justice. La cybercitoyenneté et le cyberactivisme ont beaucoup de détracteurs : il est si facile de s’engager en ligne lorsque l’on est confortablement installé derrière son écran que la transposition et l’action dans la rue sont souvent rares. Cela est vrai, nombre de collectifs créent des évènements sur Facebook pour annoncer une marche citoyenne qui, finalement, ne compte que la moitié des inscrits. Vous-mêmes vous pouvez en faire l’expérience, créez un évènement, retenez le nombre d’internautes qui ont répondu positivement et comptez le nombre de personnes qui seront alors présentes. Mais l’exemple de Ferguson montre que le passage à l’acte peut être bien réel. Les twittos n’ont pas oublié Michael Brown, ils ont repris leur hashtag mais ils ont aussi recommencé à descendre dans les rues, et cela plus de deux mois après les évènements déclencheurs.
Glissement de pouvoir entre médias traditionnels et nouveaux médias
Force est de constater qu’une nouvelle forme de « journalisme Web » envahit la Toile. Toutefois, il n’est pas à confondre avec le journalisme numérique. Ce dernier comporte toutes les formes de journalismes transposées sur les supports numériques. Tandis qu’un journalisme Web est une forme de journalisme spécifique qui n’utilise pas seulement Internet comme un support de diffusion, mais comme un outil de production de l’information. Internet désigne la mise en réseau du monde, tandis que l’appellation Web désigne l’avènement du feedback et de l’interactivité dans le système Internet.
Jon Henley est un exemple de ces nouveaux journalistes web, dans la mesure où il utilise Twitter comme levier d’action pour effectuer son travail de terrain. Il y annonce son prochain lieu de reportage et invite qui le veut à lui proposer une rencontre. Mais plus largement, les réseaux sociaux couvrent désormais de grands évènements avant même que les médias classiques s’en emparent. Et dans certains cas, c’est la couverture médiatique faite par les réseaux qui poussent les médias traditionnels à s’y intéresser. Ainsi, en juin 2013 des manifestations se multiplient sur la place Taksim à Istanbul, pour prendre la défense du parc Gezi contre un grand projet immobilier qui visait notamment à le détruire. Pourtant aucun journaliste n’était présent pour couvrir l’évènement. Ce n’est que par le biais des réseaux sociaux que l’information a pu circuler, amenant de plus en plus de manifestants. Et à terme, c’est en faisant connaître les manifestations sur Internet, en dehors du pays, que les chaînes de télévisions turques ont fini par couvrir l’évènement. L’exemple de Ferguson, comme celui du parc Gezi, illustrent ce tournant dans la création et la production de l’information à l’ère numérique, dont parlait récemment Mouloud Achour. Dans les deux cas, les petits gazouillis des twittos se sont transformés en forces capables de s’attaquer aux médias traditionnels, comme les Oiseaux d’Hitchcock se sont attaqués à la population de l’île de Bodega Bay. Et derrière, l’image des twittos, on pourrait presque parler d’une révolution marxiste, puisque les individus lambda ont influencé l’agenda médiatique, contre l’establishment traditionnel.
Dans tous les cas, il s’agit d’une forme de journalisme plus proche de la population. Si ce journalisme séduit c’est qu’il représente un empowerment du lecteur sur la production de l’information, mais qu’il se joue du désamour mythique qui existe entre les lecteurs et les journalistes. Un désamour dont les arguments consistent bien souvent en un décalage entre les sujets médiatisés et les sujets qui préoccupent la majorité des individus. Des sujets médiatisés qui n’intéresseraient finalement que la caste de l’intelligentsia et les journalistes dont ils font partie. En définitive, une critique des journalistes qui écrivent avant tout sur les sujets qui les intéressent eux plutôt que sur les sujets qui intéressent le plus grand nombre.
Marie Mougin
@MelleMgn
Sources:

France Inter – L’Instant M 01/12/2014
Medium – Is the Internet good or bad? Yes.
The New-York Times – What Ferguson Says About the Fear of Social Media
Flavorwire – Ferguson: When Social Media Changes the Conversation But Not the Power Structure
Flavorwire – Why We Should Applaude Ferguson Protesters for Interrupting Last Night’s NFL Game
 

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BrigitteBardot
Société

Que reste-t-il de nos amours ?

 
« Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » demande ingénument Brigitte Bardot à Michel Piccoli dans Le Mépris. Et si une telle question, accompagnée de son rendu visuel, se voyait détournée de son innocence aguichante pour servir des élans revanchards ? Tel est le cas aujourd’hui avec la nouvelle tendance qui sème la panique sur la toile : le Revenge Porn ou porno vengeur.
La cybervengeance : une vendetta 2.0
Le Revenge Porn consiste à se venger d’un amour déçu en publiant des photos en petite tenue – voire carrément sans tenue – de son ex sur les réseaux sociaux. Le phénomène concerne surtout les femmes qui voient leurs « preuves d’amour », impunément photographiées, détournées de leur sens premier qui était d’exciter leurs partenaires.
Les hommes trouvent désormais leur place sur le banc des accusés, de même que les mineurs : le Revenge Porn défie l’ensemble de la société qui riposte aujourd’hui avec des mesures judiciaires. Certains états des Etats-Unis ont déjà légiféré sur cette pratique considérée comme une infraction sexuelle. En France, les condamnations s’enchaînent sans donner lieu à une loi précise mais cela ne saurait tarder.
On doit la naissance de cette nouvelle pratique à Hunter Moore reconnu par Rolling Stone comme « l’homme le plus détesté d’internet » pour avoir créé le tout premier site de Revenge Porn : isanyoneup.com. Le site, alors entré dans des logiques marchandes, rémunère grassement son propriétaire et a donné naissance à une prolifération de sites similaires : le Revenge Porn est partout.

Réseau mon beau réseau, dis-moi qui est la plus humiliée ?
Ce nouveau phénomène nous dit beaucoup de choses quant aux nouveaux rôles que peuvent jouer les réseaux sociaux aujourd’hui. Tout d’abord, ils servent l’instrumentalisation de la rupture et permettent de toucher fortement un public : le Revenge Porn ne serait rien sans une réception véhémente. Ici les hommes délaissés de leurs compagnes communient autour de la répulsion, la haine et le rejet. Le but premier de tout Revenge Porn qui se respecte est d’exhiber, en plus d’une anatomie, un profil et ainsi d’inciter toute une communauté à rejeter l’identité dudit profil, à le mettre au ban des réseaux et a fortiori de la société et ce de façon violente. Les commentaires qui complètent la publication de la photo sont là pour insulter et révéler des informations personnelles (métier, adresse, nationalité par exemple) de la personne exhibée, donnée en pâture et sujette à l’opprobre.

Les réseaux sociaux seraient donc devenus un moyen de créer une double communauté qui s’articule autour d’une logique clivante : les inclus d’un côté et les exclus de l’autre. Les inclus : la communauté punitive composée de juges sentencieux qui imposent leurs propres lois. Les exclues : les femmes qui doivent répondre de leurs actes en subissant les revers d’un érotisme jadis amoureux.
Les réseaux sociaux servent ce « slut shaming », (« l’humiliation des salopes »), cette tendance hautement répressive qui s’acharne sur un individu jusqu’à en faire un bouc émissaire. Si on se penche sur l’origine biblique de cette expression, le bouc fût cet animal chargé d’expier tous les péchés dont on le charge afin d’en dépourvoir les hommes. S’acharner sur un individu afin de créer du lien, de rapprocher les hommes entre eux et de les soulager de leurs fautes. Faut-il voir le Revenge Porn comme l’actualisation d’un vieux mythe biblique ?
Le Revenge Porn ou la face cachée de la délation
Il y aurait donc, à travers le Revenge Porn, une instrumentalisation du corps : on utilise des photos de corps pour dénoncer une identité que l’on veut désigner comme corrompue. Le corps n’est donc pas mis en scène de la même manière que dans les publicités ou les magazines qui s’évertuent à le montrer comme objet désirable, idéal et idéel. Avec le Revenge Porn au contraire, on consomme le corps dans sa crudité matérielle et celui-ci sert seulement de moyen pour sacrifier la personne qu’il représente et inciter au rejet. Il n’est donc plus le lieu de l’investissement fantasmatique mais il devient le signe d’une personne dépravée, et le lieu d’un investissement tout particulier : celui de la liquidation de la personne que le corps matérialise.
De même qu’il interroge le rapport au corps, le Revenge Porn questionne le rapport à l’intime. Il semble ici que le privé déborde sur le public mais de manière imposée. Le Revenge Porn oblige l’intime à passer la rampe et à se déverser dans ce qu’il y a de plus public et de plus ouvert au monde : les réseaux. Le corps, la nudité, l’érotisme sont les dignes représentants de l’intimité d’une personne qui sont ici ouvertement et publiquement dénoncés.
Avec le Revenge Porn, il y a certes volonté de vengeance mais surtout volonté de rendre cette vengeance publique. On ne peut s’empêcher de penser à l’essai autobiographique de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment comme d’une forme certes atténuée du Revenge Porn, mais tout aussi violente parce-qu’il repose sur le principe même qu’est la dénonciation d’un intime que l’on souhaite rendre public afin d’en montrer l’abjection. A méditer.
Jeanne Canus-Lacoste
 
Sources :
 
fredericjoignot.blogspirit.com
konbini.com
lesinrocks.com
europe1.com
lenoubelobservateur.com
 
Crédits images :
 
brigittebardot.canalblog.com
stevenkowalskiphotography.com
zdnet.com/
europe1.fr

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hajjselfieharam
Société

Le Hajj 2014 à la mode selfie

 
*haram : péché
Cet automne, le Hajj, rassemblement annuel à La Mecque, pèlerinage que tout bon musulman doit faire au moins une fois dans sa vie, est devenu l’un des événements les plus retweetés sur les réseaux sociaux. Si d’ordinaire cette cérémonie massive pour la communauté musulmane ne fait pas l’objet d’un grand rendez-vous médiatique c’est qu’aucune caméra professionnelle n’est autorisée à l’entrée des lieux. Pourtant, cette année, le Hajj s’est rendu très visible sur Internet.
Les appareils photos ainsi que les caméscopes ont toujours été interdits dans les lieux saints, que ce soit pour un usage professionnel – couvrir médiatiquement le 5ème pilier de l’Islam – ou pour un usage personnel – figer dans le temps une expérience fondamentale pour sa foi. Les téléphones portables aussi y étaient interdits afin de ne pas troubler le recueillement des pèlerins. Mais depuis quelques temps cette restriction n’a plus cours pour des raisons de sécurité, afin que chacun soit en mesure d’appeler les secours pour un problème de santé personnel, ou celui d’un tiers. Or, l’évolution ne vous aura pas échappé, de nos jours les téléphones portables font beaucoup plus que téléphoner. Entre autres, ils prennent des photos et sont même capables de filmer. Et c’est ainsi que la mode du selfie est subrepticement entrée dans les lieux de culte de l’Islam au grand dam de certains pèlerins et ulémas (théologiens, garants de la tradition musulmane, hommes de référence pour l’interprétation de la loi coranique).
Le selfie comme insulte au hajj
Pour ces derniers, prendre des photos de soi est un acte fondamentalement narcissique et irrespectueux envers la religion. Pour défendre cette position, le savant Cheikh Abdul Razzaq Al-Badr cite le Prophète qui lors de son premier pèlerinage implorait « Oh Allah, je te demande un Hajj démuni de toute vanité et ostentation. » Mais il n’est pas le seul à penser cela ; du haut de ses 27 ans, Zahra Mohammed, professeur de Sciences islamiques à Riyadh témoigne « A Médine, j’ai remarqué une famille, face au soleil, levant les mains comme s’ils faisaient une invocation (doua). Je ne comprenais pas ce qu’ils faisaient, jusqu’à ce que je vois qu’une personne en face d’eux était en train de les prendre en photo. J’ai vu des pèlerins au Masjid al-Haram (la Mosquée sacrée) prendre des photos d’eux avec la Kaaba en arrière-plan (cube au coeur de la mosquée abritant la Pierre Noire) pour ensuite les publier sur Facebook, transformant leur adoration (ibadah) en événement social. »
Pour toutes ces personnes, le Hajj est un dépassement de soi dans lequel la prise de selfies n’apporte rien. Au contraire, comme Zahra Mohammed, ils voient dans cette attitude une glorification de soi : en se prenant en photo en attitude d’humilité, ces musulmans seraient en réalité en train de s’en vanter. Ce comportement est également qualifié de touristique, comme si le but ultime de ces musulmans étaient de prendre des photos de leur pèlerinage au lieu de le faire et de s’adonner à leur culte. En définitive, la prise de selfie est condamnée pour la distraction qu’elle apporte sur les lieux saints – ceux qui prennent des selfies ne prient pas pendant ce temps-là mais aussi dérangent les autres dans leur prière.
Le hajj dans un monde en mouvement
Toutefois, les adeptes du #hajjselfie, tag utilisé sur Twitter, Facebook et Instagram pour référencer leurs photos, ne se voient comme tels. Selon eux, leurs pratiques ne remettent en rien la spiritualité de leur pèlerinage. Ali Mohammed Ali a 24 ans, est Koweitien, porte une barbe et est vêtu de manière décontractée avec un pantalon de survêtement et une paire de sandales. « Comme c’est mon premier Hajj il est important d’enregistrer ce qui se passe autour de moi. Partout où je vais je prends des photos. » Derrière ses 65 ans, son père pourrait faire partie de la branche anti-hajjselfie, mais ce n’est pas le cas : « Ceux qui prennent ces photos immortalisent un événement rare, une expérience unique dans la vie d’un musulman. »
Pour Amar Lasfar, recteur de la mosquée Lille-Sud et président de l’Union des organisations islamiques de France : « On ne peut pas échapper à certaines choses. Les pèlerins veulent immortaliser et partager leur joie. » Il va même jusqu’à considérer que le voyage à la Mecque « c’est aussi du tourisme. On peut avoir en tête l’esprit du pèlerinage tout en étant un petit peu cool. » Il est également bon de rappeler que pour Pamela Rutledge, responsable du Media Psychology Research Center à la Fielding Graduate University, les selfies servent à créer un sentiment d’appartenance, ils créent une communauté, comme l’illustre très bien Mehmet Dawoud est étudiant turc : « Je fais un selfie avec la Kaaba en arrière-plan pour le diffuser sur mon profil Facebook afin que ma famille et mes amis puissent me voir. C’est comme ça qu’on communique aujourd’hui, pas besoin de téléphoner. »
Combattre son ennemi sur son propre terrain
Toutefois, être réfractaire au hajjselfie n’est pas systématiquement le signe d’un Islam rétrograde et éloigné des évolutions sociales. En effet, beaucoup de conservateurs se sont approprié le hashtag #hajjselfie sur les réseaux sociaux pour l’accoler à leurs messages réfractaires, contrecarrant ainsi son référencement. Tandis que le blog Muslim Matters a ouvert un débat sur Twitter sur la légitimité de telles photos.
L’image a toujours posé problème au sein de la religion islamique. Mais dans le cas des selfies, le problème est beaucoup plus la diffusion d’une image que sa production. Par définition un selfie n’est pas destiné à un usage personnel, mais à un usage social, il est fait pour être partagé, et en ce sens le pèlerin se montre. Ainsi une partie des musulmans jugent cet acte narcissique et contradictoire avec la démarche d’humilité et de tranquilité qu’imposent les actes d’adoration propres au Hajj. Pour eux, cela relève d’un comportement de touriste et non de croyant. Affaire à suivre pour le Hajj 2015…

 
Marie Mougin
@MelleMgn
 
Sources – Pour aller plus loin
Comment le #hajjselfie fait office de journalisme citoyen ?
BBC NEWS hajj selfie craze bemuses Islamic clerics
THE TELEGRAPH hajj selfies cause controversy among conservative muslims
HUFFPOST infamous hajj selfie is one more thing transforming mecca, and not everyone is happy about it
QUARTZ selfie fever is taking the hajj by storm
CBC NEWS the hajj selfie craze that never was
L’OBS la mecque : populaire au hajj, le selfie irrite les conservateurs
L’EXPRESS selfies à la mecque : cela pourrait me détourner de mon objectif
FRANCE 24 le selfie du pèlerin est-il haram ?
REUTERS la mode des selfies n’épargne pas le pèlerinage de la mecque
HUFFPOST MAGHREB le #hajjselfie la nouvelle mode pèlerinage de la mecque
TELQUEL à la mecque, les pèlerins aiment le selfie, les religieux condamnent
INFO HALAL le selfie à la mecque suscite l’indignation
MEJLISS les selfies au hajj font polémique cette année
Crédits
Twitter, Facebook, Instagram

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Société

Face à la bande : le défi de France 2

 
Top ! Nouveau jeu de culture générale créé le 28 juillet 2014, je suis diffusé quotidiennement sur France 2… Production originale de la Grosse équipe je suis présenté par Jérémy Michalak… Me plaçant dans l’horaire pré-access, mon objectif est d’obtenir une moyenne d’audience d’environ 10%… Objectif jusqu’à présent non atteint… Je suis-je suis ?

Face à la bande.
Un concept réellement innovant ?
Vous l’avez compris, Face à la bande est le dernier jeu de culture générale de France 2 ayant comme principal objectif de redonner des couleurs à la case horaire de pre-access, une case qui a connu bien des difficultés avec ses programmes précédents comme On n’demande qu’à en rire. Son concept est, à première vue, plutôt innovant notamment par son interactivité avec les internautes de la chaîne : ils s’inscrivent sur le site france2.fr et proposent des questions qui seront alors sélectionnées par la production. Ces questions sont ensuite posées au hasard à une bande de personnalités réputées incollables présentes en plateau. Si l’internaute parvient à coller la bande, il gagne 300 euros, dans le cas contraire, cette somme s’accumule dans une cagnotte qui sera peut-être remportée par un téléspectateur en fin d’émission. Un concept qui parait original dans la forme mais dont le fond est assez proche des jeux déjà existants, à tel point que Julien Lepers, interviewé sur le plateau du Buzz TV, critiquait les ressemblances avec Questions pour un champion en proclamant : « On préfère l’originale à l’imitation ! »
Le pari risqué de l’after-school
Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, avait promis lors de sa nomination de rajeunir en moyenne de 10 ans l’audience de France 2. Un défi ambitieux qui en 2014 ne s’est toujours pas fait sentir. Le pré-access, aussi nommé after-school (case s’étendant de 17h à 18h30) et l’access représentent des enjeux de taille pour France Télévisions, deux tranches où le groupe peut engranger de la publicité en cas de programme à succès. Pour se donner le plus de chances possible, France 2 a donc fait appel à la Grosse équipe, société de production ayant fait ses preuves sur plusieurs chaines avec des programmes « jeunes », les plus marquants étant Les Anges de la téléréalité ou Allô Nabilla sur NRJ 12. Malheureusement, dès son lancement Face à la bande ne rencontre pas le même succès, son format jeune ne se mariant pas avec le fond qui demeure un sujet davantage destiné à un public âgé. Le verdict tombe : ni le public jeune ni les personnes âgées ne se sentent concernés par cette émission qui ne parvient donc pas à relever les audiences en déclin. D’une moyenne de 8,5% de part de marché à son lancement, l’émission descend à 5% en fin novembre. Une véritable contre-performance puisque Face à la bande fait deux fois moins d’audience en part de marché que l’émission qui la précède comme celle qui lui succède.
La patience est l’art d’espérer
Le 22 novembre, malgré une nouvelle dynamique de l’émission, est annoncé l’arrêt de Face à la Bande pour cause d’audiences inférieures à celles escomptées. Si le programme sera remplacé par le Joker, nouveau concept de jeu télévisé, l’hypothèse du retour de la bande n’est pas à écarter. Là où des chaines privées comme NRJ 12 ou D8 ne prendraient pas le risque de continuer une diffusion, France 2 pourrait réitérer sa stratégie souvent payante de la continuité. En effet, même si l’émission ne marchait pas à ses débuts, celle-ci pourrait rencontrer son public au fur et à mesure des mois, gagnant peu à peu son audience. C’est ce que précisait en août dernier Nathalie André, directrice des divertissements de France 2, laissant une chance à Face à la bande. Une stratégie du « lentement mais sûrement » qui s’est notamment fait sentir sur certains des programmes phares de France Télévisions. Le meilleur exemple demeure Plus Belle la vie qui aura pris un an pour trouver son public et qui rassemble aujourd’hui 4,5 millions de téléspectateurs. Comme quoi, parfois, tout vient à point à qui sait attendre.
Félix Régnier
Sources :
lefigaro.fr
Europe 1, Le Grand Direct des Médias
ozap.com
bfmtv.com
Crédits photos :
purepeople.com
img.tvmag.lefigaro.fr

rosetta
Société

28 minutes plus tard

 
Le 12 novembre dernier, l’atterrisseur Philae s’est posé avec succès sur la surface de la comète Tchourioumov-Guérassimenko, l’objectif de la mission Rosetta, débutée en mars 2004.
Le projet de l’Agence spatiale européenne était de taille et le grand public a pu en mesurer l’importance à travers le déploiement d’un large dispositif de communication, digne d’un évènement scientifique historique. À l’approche et à la suite de l’atterrissage, Rosetta a bénéficié de la couverture médiatique classique dans la presse écrite, à la radio, à la télévision et ce à un rythme de plus en plus régulier. Mais c’est pour l’internaute que la campagne de communication sur le long terme a été la plus passionnante, sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter ou encore Flickr. Le support de la communication digitale semblait assez inhabituel pour une mission scientifique. Chaque réseau social représentait en fait un niveau de communication différent, chacun possédant ses propres codes sémiologiques et son public. Sur Instagram et Flickr, la légende est réduite au minimum, la photographie véhicule son propre sens, en tant que code universel elle s’adresse ainsi au plus grand nombre. Sur le Facebook de l’ASE, la mission Rosetta se positionne sur le registre de l’humoristique et de l’entertainment, à l’instar de nombreuses marques sur le réseau social. La chaîne Youtube propose à elle seule une communication du divertissement (reconstitutions 3D, créations sonores), une communication sérieuse de vulgarisation scientifique destinée à un public plus averti et disposé à s’informer sur format long (des vidéos de plus d’une heure autour d’intervenants de l’ASE) et une communication publicitaire (la campagne Ambition).

 
Ce court-métrage donne par ailleurs l’impression de vouloir réunir les ingrédients de la recette miracle du succès : les codes visuels du blockbuster de science-fiction et une personnalité en vogue (Aidan Gillen alias Little finger dans Game of thrones) présentant Rosetta comme le premier pas vers un futur évolué. Enfin, le compte Twitter agit comme un flux RSS centralisant les données de tous les autres réseaux sociaux et l’on y retrouve alors la totalité des publics et des niveaux de communication. La stratégie a été construite d’une part sur un temps étiré : comme la sonde Rosetta, la communication était en veille. Par l’intermédiaire des comptes Facebook et Twitter, l’ASE a essayé au fil des mois de diluer avec une certaine régularité le teasing de l’objectif final. Puis pendant les dernières semaines, c’est-à-dire dans le temps de l’immédiat, de l’imminent, la communication a pris de l’ampleur, en partie grâce à la transmission de photographies inédites de la comète dès la fin septembre sur Flickr. Un dialogue s’est instauré entre le compte Twitter de l’atterrisseur et celui de la sonde : personnifiés par l’utilisation de la première personne, les deux engins spatiaux ont par exemple joué le drame de la séparation alors que Philae se détachait de Rosetta pour descendre sur la comète. Ravivée, la communication sur les réseaux sociaux est parvenue à recréer une interactivité entre les scientifiques et les internautes malgré l’absence de progression de la mission en terme de contenu informatif. Cette événementialisation permanente a dynamisé la phase d’approche monotone de la comète. Le jour J, le dispositif de communication s’est décliné dans une mise en abîme de l’information. Premièrement, un chat twitter a été mis en place avec des responsables de la mission Rosetta, sur le site un live stream captait la salle de contrôle et la salle de conférence où défilaient en direct les intervenants et en dernier lieu les caméras de télévision retransmettaient l’ensemble de ces installations.
Pourtant ce dispositif complexe a souffert d’une vraie faille : la communication différée. Un évènement est ancré dans le temps présent, dans l’immédiat même, ce que sont censés appuyer le fil Twitter et le live stream. Or le signal émis par Rosetta voyageait pendant 28 minutes avant d’atterrir sur nos écrans. Le contrat de la communication en temps réel est comme rompu, les temps d’attente entre une commande et sa réponse sont interminables et le live s’étire pendant plusieurs heures. Cette rupture de l’instantanéité, habitude induite par les communications modernes, atténue rapidement l’excitation du moment historique. Ce support du direct était-il alors réellement adapté aux exigences du public d’une société de communication moderne ? En somme, le temps de la science est-il compatible avec notre perception du temps au XXIe siècle ?
Il ne l’est certainement pas pour les détracteurs d’une science qui communique et qui profite des outils modernes. C’est une science qui, par tout ce dispositif communicationnel, trahit l’idéal d’une vérité sans rabaissement à la vulgarisation voire pire, à la publicitarisation. Quoiqu’il en soit, la science évolue trop rapidement pour notre système d’enseignement, seule la vulgarisation scientifique est assez souple pour suivre le rythme du progrès. Toutefois, même simplifié, le langage scientifique technique constitue la véritable et première barrière pour le grand public. Celui-ci a en effet la particularité d’être monoréférentiel, par opposition au langage courant qui peut renvoyer à plusieurs sens, les termes scientifiques obéissent à la règle de biunivocité, c’est-à-dire que chaque concept est désigné par un seul signe et un signe ne peut renvoyer qu’à un seul et même concept. D’où la difficulté à communiquer avec un système de références inconnu du destinataire. Pourtant, il est bien nécessaire que ce dispositif communicationnel instauré autour de la mission Rosetta soit décliné dans tous les autres projets scientifiques d’importance, le progrès doit être diffusé et chaque citoyen doit trouver son compte dans un des niveaux d’information, du plus imagé aux discours les plus techniques.
Marc Blanchi
@mrcblki
Sources:
Les faces cachées du discours scientifique (dans la revue Langue française, numéro 64, 1984), Yves Gentilhomme
Rosetta.esa.int
flickr.com
Twitter.com
Facebook.com
Crédits images :
Instagram.com

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Société

Société de consommation et symbolique des objets quotidiens

La symbolique des produits issus de la grande consommation est de plus en plus puissante et omniprésente dans notre quotidien, notamment en raison d’un processus de”dépublicitarisation”. Il s’agit d’une nouvelle forme de publicité qui « avance masquée », se fait plus discrète et s’immisce désormais à tous les niveaux de notre société. Si elle était déjà présente dans l’espace public elle investit à présent les institutions culturelles à l’instar du musée Haribo.
Mais comment expliquer cette ode contemporaine aux objets du quotidien, si longtemps négligés? Pourquoi mettons-nous aujourd’hui ces objets sur un piédestal ?Zoom sur une nouvelle tendance des plus étranges : la glorification des objets du quotidien.
Un phénomène déjà mis en évidence par A.Warhol et J.Baudrillard
Andy Warhol, artiste new-yorkais des années 1960, organisa une exposition autour des célèbres conserves de Campbell’s Soup. Grâce à la répétition d’images jusqu’à épuisement, le “pape du pop art” mettait en scène le pouvoir symbolique des objets du quotidien. Une manière innovante et efficace de jouer avec la société de consommation et ses excès pour en faire de véritables œuvres d’art.
Dix ans plus tard, Jean Baudrillard, sociologue et philosophe français, publiait deux ouvrages : Le système des objets et La société de consommation devenus des références dans les sciences de l’information et de la communication. L’auteur y analysait notamment le sens nouveau des objets du quotidien.
Malgré la justesse de leur vision, ces personnalités pouvaient-elles prévoir l’ampleur que prendrait ce phénomène ? Pouvaient-elles concevoir que nous collectionnerions un jour les objets du quotidien comme de véritables objets fétiches ? Le phénomène prend une ampleur telle, que la collection des objets triviaux est aujourd’hui parfaitement intégrée dans les stratégies des marketeurs et distributeurs.
Vers une mise en scène des objets du quotidien ?
Cette tendance semble être due à la manie 2.0 de mettre en scène notre quotidien sur les réseaux sociaux, et illustre bien le phénomène d’”extimité de soi” décrit par Serge Tisseron qui consiste à mettre en avant une partie de son intimité.
Attention cependant : il n’est pas question d’afficher son quotidien tel quel : pas de photos montrant notre vaisselle qui s’amoncèle ! Il s’agit plutôt de partager des photos retouchées pour donner une touche vintage au dernier café branché déniché par nos soins. Bref, on magnifie notre quotidien et les objets qui nous entourent.
Dès lors comment expliquer l’importance grandissante que l’on accorde à des objets que nous jetions auparavant sans même un regard?
La chercheuse du GRIPIC, Caroline Marti de Montety, apporte un élément de réponse, en montrant dans l’essai nommé “La fin de la publicité ?” comment les marques sont impliquées dans les processus de productions médiatiques et culturelles. Elle énonce que “cette institutionnalisation de la muséification des marques est en cours”. Son étude lui permet de mettre en lumière le fait que les marques s’insèrent de plus en plus dans notre culture et sont omniprésentes dans notre société spectaculaire. Il semble donc normal que les produits que nous vendent les marques s’immiscent à leur tour dans notre vie, jusqu’à ce qu’on les affectionne, les chouchoute et les « starifie ».
L’impertinence du luxe : une nouvelle étape dans l’affirmation de cette tendance
Preuve que cette tendance existe, les marques de luxe, investissent à leur tour cette mouvance et la mettent à l’honneur dans leurs dernières collections.
En effet, Chanel a récemment organisé un défilé dans un faux supermarché; évènement analysé ici même dans un précédent article

Peut-on penser qu’avec une empreinte de marque forte, tout peut se vendre ? Suffirait-il d’apposer le miraculeux logo Chanel pour que des objets du quotidien prennent une valeur ajoutée ? Il semble que les marques aient décidé de surfer sur ce nouveau phénomène en intégrant les objets de la grande distribution dans leurs créations. Un processus qui magnifie encore plus ces objets jusqu’à les ériger au statut d’œuvre d’art consommable.
Cela n’aboutit pas pour autant à une démocratisation du luxe, bien au contraire ! Il se joue des codes, flirte de façon éhontée avec nos habitudes et avec notre modeste quotidien ! Ce n’est plus pour dénoncer la société de consommation mais définitivement pour la sublimer et nous provoquer! Warhol le visionnaire, avait proclamé dès 1975: ” tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées deviendront des grands magasins”. Une prédiction qui semble désormais, s’être bien tristement réalisée !
Analyse de cas : co-branding Anya Hindmarch et Kelloggs

Une illustration de cette tendance pourrait être le cas de co-branding entre les marques Anya Hindmarch et Kelloggs. En effet, la marque de maroquinerie Anya Hindmarch , reprend, dans sa nouvelle collection les motifs de la marque de céréales Kellogg’s. On observe ici un double phénomène: Anya Hindmarch reprend le motif des paquets de corn flakes et les boîtes de céréales vendues en magasin mettent en scène ses sacs. On ne sait presque plus faire la différence entre la boite de céréales et le sac en cuir haut de gamme. Ceci est donc la preuve que ce phénomène brouille la limite entre objet du quotidien et objet de mode.
Parfait ! Demain j’achète un paquet de Froosties que j’utiliserai en sac à main : économies à l’horizon !
Enfin, avant de vous débarrasser de vos objets du quotidien, songez que vous pourriez tenir entre vos mains, les reliques des musées de demain.

Clara Duval
Sources:
La fin de la publicité ? – Caroline Marti de Montety, Valérie Patrin-Leclère et Karine
Berthelot-Guiet
La société de consommation – Jean Baudrillard
Le système des objets – Jean Baudrillard
Wikipédia.fr
Instagram
Anya Hindmarch
Colette.fr
Leparisien.fr
Crédits photos:
Leparisdunechicfille.com
Amazonaws.com
beachpackagingdesign.com
joyana.fr