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Société

Mélanie, reviens parmi les tiens !

 

Mélanie is curious of everything, la vidéo (2min06)
Comme écrivait Gustave Le Bon : « Dans les foules, c’est la bêtise et non l’esprit qui s’accumule. (…) La foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement » (Psychologie des foules).
VRAI ! Quelle bande d’irresponsables sommes-nous pour rire devant ce montage compilant les meilleurs moments d’ego de l’actrice, chanteuse et réalisatrice Mélanie Laurent ? Qui n’a jamais été ne serait-ce qu’un peu exaspéré par la moue blasée de la jolie française, les yeux au ciel ? Mis en ligne il y a quelques jours par des anonymes sur le tumblr « Mélanie is curious of everything », ce montage rassemble les meilleures punchlines de l’actrice, dont un bientôt mythique « Je tue Hitler dans mes rêves depuis que j’ai 4 ans », ou encore « A 5 ans, je monte ma première pièce ». Dans cette controverse, le net joue un rôle de catalyseur, en mettant à jour une mauvaise e-réputation déjà existante, comme le confirme le succès de la vidéo.
Un peu d’humour ne fait de mal à personne
Célèbre, adulée, Mélanie Laurent ne semble pas pour autant particulièrement populaire et avait déjà soulevé de nombreuses moqueries. Tournages, albums, pièces de théâtre … elle a pourtant tout pour plaire, mais très nombreux sont les journaux (Les Inrocks, l’Express, Le Parisien) ou les chaînes de télévision a avoir diffusé l’information, LCI en a même fait le sujet principal de sa rubrique web. Populaire ou non, l’actrice est depuis quelques jours l’objet de ce que l’on appelle un « bashing » sur le web. A tel point que son label, Atmosphériques, a obtenu la suppression de la vidéo sur la majorité des blogs et sites internet, prétextant un litige : quelques secondes ne seraient pas libre de droits… Ou comment confirmer un cruel manque d’humour. En cette période de promotion de son deuxième film en tant que réalisatrice (Respire, sortie le 12 novembre), où la communication compte plus que jamais, cette réponse est bien pauvre. Elle confirme la rumeur de sa suffisance en montrant peu d’autodérision, et plus important, manque une occasion rêvée de transformer ce bashing en un buzz positif.
Une vidéo se caricaturant elle-même, une intervention comique dans les médias… enfin, quelque chose pour prouver qu’elle n’est pas ce monstre d’égocentrisme ! Si selon ses mots, « la création appelle la création » ca ne devrait pas être trop difficile pour ce petit génie du grand écran. Détourner cette vidéo à son avantage par une réaction surprenante et comique serait une stratégie de communication originale qui pourrait d’une part rétablir une meilleure image de l’actrice, et de l’autre accompagner d’un buzz positif la sortie de son dernier film.
Mélanie, la victime 2.0
Après tout, il n’y a pas de mauvaise publicité. La mise en ligne de ce montage juste avant la sortie de Respire pousse Mélanie Laurent au devant de la scène médiatique. En la critiquant, la toile du web renforce sa notoriété, et créé un sentiment d’attente autour du film : certains internautes seront peut-être intrigués par ce dernier, et iront le voir alors qu’ils n’auraient pas même remarqués sa sortie en temps normal. Trop de bashing tue le bashing. Les nombreuses moqueries dont l’actrice est l’objet jouent finalement en sa faveur, en créant une phénomène de victimisation, dont beaucoup d’internautes s’offusquent. Le Nouvel Obs appelle ainsi au débat sur son site internet, en recensant les tweets les plus engagés, dans la défense ou l’accusation de l’actrice.

Accusation, défense, commentaires passionnés, c’est le jeu des médias de malmener les célébrités, vendant leur image au domaine public et les transformant peu à peu en monstres sacrés. Le Petit Journal ou Les Guignols de l’Info contribuent largement à façonner des réputations dans l’imaginaire collectif. Dans ce yoyo médiatique infernal, il faut savoir répliquer, jouer son personnage jusqu’au bout. Si ces quelques années de célébrité ont fait de Mélanie Laurent une experte en « Moi je » et storytelling, il lui manque encore du répondant pour en sortir indemne.
 
Chloé Duval
 
Source :
leplus.nouvelobs.com

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Société

Mon beau smartphone, dis-moi ce que je veux : la théorie de l'aliénation volontaire

 
Du succès des applications tyranniques
Vous avez l’impression que vos journées ne sont que successions de prises de décisions éreintantes ? Que faire ce soir ? Où manger ? Combien dépenser ? Plus besoin de vous échiner sur ces choix cornéliens (si si !), un florilège d’applications pour smartphone est là pour prendre la décision à votre place ! Roll Decisions tire au sort une décision parmi les différentes options, Yes No Decider répond à vos doutes par oui ou non, Decision King s’engage quant à elle à sélectionner une de vos dix possibilités, « vous [donnant] ce que vous voulez en rendant votre vie tellement plus simple ! ». Si le concept de ces applications n’est pas révolutionnaire − il ne s’agit que de que la version 2.0 du pile ou face ou autre lancer de dés −, la vague de téléchargement de celles-ci soulève une question, celle de l’aliénation volontaire d’un utilisateur qui se soumet à une machine. Ce comportement est révélateur d’une tendance chez les consommateurs à déléguer leurs prises de décisions.
Du panier de légume au vêtement : quand l’entreprise construit ce que nous sommes
Depuis quelques années se répand une nouvelle forme des courses alimentaires, celle du panier bio. Le client s’abonne auprès d’un producteur et reçoit chaque semaine, chez lui ou sur son lieu de travail, un panier de fruits et légumes livré avec des recettes. Il ne décide donc plus des aliments qu’il met dans son assiette ni de leurs quantités, mais le voilà débarrassé de la corvée des courses et du sempiternel « qu’est-ce qu’on mange ? », le tout complété par la satisfaction de manger sain et responsable. Cette tendance du consommateur à confier la responsabilité du choix à une entreprise s’est diffusée dans d’autres domaines, comme celui de la mode. Ainsi, avec le site sefairelamalle.com, après avoir indiqué son style, l’internaute reçoit à son domicile une malle pleine de vêtements et accessoires sélectionnés par une styliste. Il dispose alors d’une semaine pour décider de ce qu’il souhaite conserver ou renvoyer, à ses frais s’il n’effectue pas un achat d’une valeur de 100 euros ou plus. Là encore, le service répond aux manques de temps et d’inspiration (principaux maux de notre époque, semble-t-il). N’y a-t-il rien de dérangeant, cependant, à confier à autrui un choix aussi personnel que celui de l’apparence ? Paradoxalement, alors que les acheteurs n’ont jamais eu autant de choix, notamment avec le e-commerce et la disparition presque totale des frontières commerciales, ils s’érigent des limites. Comment interpréter cette recherche d’amenuisement de leur liberté de choix ?
Une aliénation volontaire
Bien sûr, cette tendance s’explique par le gain de temps et d’énergie qu’elle offre. Elle répond à la lassitude de l’individu face à une hyper sollicitation de l’offre. En fait, ce phénomène met en lumière une nouvelle façon de consommer issue du contexte de crise : le consommateur contemporain cherche à se libérer du modèle traditionnel « un bien – un prix » à travers le principe d’abonnement, par exemple. Recevoir un panier rempli suite à un prélèvement mensuel, c’est se libérer du carcan du prix, c’est oublier que les trois bâtons de rhubarbe ont coûté 3 euros, la salade 1,50. Mais les prix ne sont pas le principal moteur de ces abonnements. Plus qu’un produit, on achète une expérience, l’excitation de déballer des vêtements sectionnés pour nous, l’occasion de se sentir comme un enfant à Noël.

Dans cette même lignée, le boom des boîtes surprises telles que la BirchBox ou la GlossyBox illustre le primat de la découverte, de la surprise, de l’émerveillement. Pour 15 à 30 euros par mois en moyenne, l’abonné reçoit un paquet à l’emballage soigné contenant des échantillons de produits de beauté, des gadgets, des articles d’épicerie fine. A la manière des cornets surprise fille ou garçon d’antan, on ne choisit pas des produits mais un univers. La tendance est ainsi à la « box lifestyle ». Little Box se décline par exemple en Charity, New York ou Paris Box. Plusieurs magazines ont suivi la tendance : il s’agit de prolonger l’univers du journal au travers de produits sélectionnés. De cette façon, on se maquille Cosmo, on mange Cosmo, on vit Cosmo. L’infantilisation de la consommation, en somme, est un moyen d’offrir un souffle de légèreté au consommateur.

Enfin, être abonné à une « box », c’est intégrer une communauté ; recevoir une malle, adopter son style. Pour être soi, il faut passer par l’autre.
La promotion de Big Brother
La tendance à la délégation des choix est du pain béni, pour les entreprises. On assiste en effet à une uniformisation des comportements des consommateurs qui cherchent à intégrer un univers, une communauté. En réaction à l’affadissement de la volonté des clients, les sites internet multiplient les propositions des produits, souvent culturels, « qui pourraient vous intéresser », grâce au fichage des données. Ainsi, des pubs en rapport avec nos recherches sur Internet fleurissent de toutes parts de l’écran, Netflix nous indique les séries que nous allons aimer et Amazon projette d’envoyer près de chez nous des produits que nous n’avons pas encore commandés. Internet permet d’anticiper les envies des consommateurs, d’y répondre avant qu’elles ne soient formulées. C’est donc un double mouvement qui se crée : d’une part, une personnalisation (apparente, du moins) de l’offre, de l’autre une uniformisation des comportements.
A trop se laisser guider, ne risquons-nous pas de perdre notre individualité ? Cette angoisse prend désormais le nom de « No data », à l’heure où des sites revendiquent qu’ils n’enregistrent pas les données de leurs utilisateurs comme argument de notoriété…
 
Louise Pfirsch
 
Sources :
liberation.fr
L’Oeil By Laser, n°198
sefairelamalle.com
Crédits photos :
hrringleader.com
My Little Box
sefairelamalle.com

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Société

L'empire du VICE

 
          Alors que VICE NEWS a déjà rassemblé plus de 450 000 abonnés sur Youtube en mars dernier, le lancement de VICE NEWS FR sur les écrans francophones cet automne place son fondateur, Shane Smith, au centre d’une controverse médiatique où l’avenir du journalisme est fortement interrogé.
Interviewé par Télérama, Shane Smith entend assumer pleinement le succès de son média à la fois papier, numérique et audiovisuel. Or, c’est bien à partir de la culture underground qu’est né VICE au Canada en tant que fanzine gratuit en 1994 pour ensuite se délocaliser à Brooklyn et devenir une icône du mouvement Punk aujourd’hui globalisé.  
         Mais tout comme le mouvement punk aujourd’hui, cette originalité semble battre de l’aile à mesure que l’expansion du média continue, depuis le lancement de vidéos sur Youtube en 2007, jusqu’au rachat d’une part du média par Rupert Murdoch en 2013. Essuyant davantage de critiques, VICE choisit toujours, à travers son fondateur, Shane Smith, de répondre par la provocation, l’insolite et l’insulte parfois (Gawker). Ses contenus sont tantôt abhorrés par les autres médias, tantôt encensés pour le dispositif original qu’il propose. L’innovation de VICE à travers VICE NEWS semble toutefois faire office de seul système médiatique encore rentable dans une presse en crise.
      L’empire VICE qui ne cesse de s’étendre ne doit-il pas pourtant son succès à ses détracteurs qui lui construisent une identité controversée ? Mais dès lors que son emprise s’agrandit entre les mains des magnats des médias, peut-il précisément continuer à cultiver la controverse, clé de son identité ?
Un bruit  médiatique qui résonne par l’image
           Dès le début VICE propose un modèle médiatique en phase avec ses lecteurs, jeunes et décalés. La transition numérique était donc naturelle avec, en 2007, le lancement de vidéos sur Youtube. Toutefois, ce n’est qu’avec le lancement de VICE NEWS, en mars 2014, que les médias s’intéressent davantage au nouvel arrivant, racheté en partie par Rupert Murdoch en 2013. C’est, en effet, autour de l’image et du spectaculaire que VICE NEWS matérialise sa différence et fait résonner le bruit médiatique.
         Le dispositif s’articule autour de la terreur et de la fascination. Terreur par les sujets choisis : l’État islamique, la Corée du Nord ou encore Ebola. Les musiques sélectionnées renforcent d’ailleurs l’idée d’une scénarisation par le travail des percussions notamment. Dans le reportage effectué en Syrie sur l’Etat islamique, la caméra se concentre uniquement sur le groupe terroriste de sorte qu’aucun commentaire extérieur ne permet réellement de rompre avec l’environnement terrifiant pour apporter un éclairage informatif. En effet, c’est en téléspectateur qu’on assiste à l’immersion du journaliste au cœur de l’organisation de l’État islamique de sorte que la focalisation est constamment interne et qu’aucune mise à distance n’a lieu.

                 Mais c’est exactement cette immersion qui fait la force de VICE NEWS auprès du spectateur et sa faiblesse aux yeux de ses confrères. Ils s’interrogent sur les conditions de tournage et la position équivoque des journalistes comme celle de Medyan Dairieh sur le plateau de MTV. Interviewé sur son opinion au sujet de l’État islamique, Darieh n’a pas jugé utile de condamner l’organisation terroriste ou de nier leur légitimité en tant qu’État. Ce discours ambigu est largement en dissonance avec celui de Shane Smith qui considère que les images parlent d’elles-mêmes quant à la dénonciation du groupe.
        C’est dans ce double discours que peut effectivement s’identifier la cible première de VICE qui est la jeunesse. Il s’agit d’un flirt incessant avec l’interdit et le sulfureux qui permet à la rédaction de faire parler d’elle dans un buzz permanent entre critiques virulentes et admiration béates.
Ce sont ainsi plusieurs médias traditionnels qui s’intéressent aux nouveaux dispositifs mis en place par VICE, à commencer par France 4 prêt à relayer ses reportages. Mais ce sont aussi des critiques admiratives du Monde ou l’interview de Shane Smith dans Télérama où le PDG se présente comme un dangereux marginal face aux vétérans de la presse institutionnalisée.
             Une innovation compromise par son expansion mondiale
          Cependant, l’apogée de Shane Smith peut-elle s’inscrire dans la durée alors que l’identité du média s’est construite en marge de tout ce qui renforce VICE NEWS aujourd’hui ?
150 000 millions de visionnages sur sa chaîne Youtube, un partenariat en or avec HBO, VICE ne s’arrête pas de grandir.
Cette importance représente sa force puisqu’elle lui permet de développer le concept VICE NEWS ainsi que d’améliorer la qualité de ses reportages ou encore d’attirer une audience plus grande, moins jeune mais aussi des journalistes d’une presse plus traditionnelle.
En ce sens, le modèle originel de VICE semble compromis puisqu’il revêt les paramètres d’un grand média globalisé et présent sur tous types de supports. Ses collaborations avec la chaîne Al-Jazeera peuvent questionner son aspiration à l’imiter puisque cette chaîne qatarie est devenue rapidement un pilier de le la télévision dans les pays arabophones.
L’innovation de VICE qui a fait son succès pourrait être compromise puisqu’il s’agit désormais de conquérir des publics mondiaux en proposant des contenus adaptés à chaque culture comme avec VICE NEWS FR qui se veut francophone et non français. Dès lors, c’est moins sur l’originalité de la marque VICE que sur la sélection des contenus que son succès international sera décidé et éventuellement pérenne.
Marie VAISSETTE
Sources
Telerema.fr
Lemonde.fr
Gawker.com
franceinter.fr
news.vice.com
Theguardian.com
Slate.fr

Société

Alcootest, la colle posée par France 4

 
Alcootest, le dernier-né de France 4, est un programme qui a fait parler de lui dès l’annonce de sa parution, au point que celle-ci, au berceau, s’est vue menacée par la controverse ambiante. Pourtant, ceci était à prévoir : la 14ème chaîne française ne fait que se positionner dans un contexte de voyeurisme général, terrain favori du divertissement télévisé.
L’émission propose un objectif honorable de prévention contre l’alcool, ses excès, ses effets et ses dégâts. Mais la façon dont le sujet est traité sur le plateau est d’une pertinence douteuse : sur le papier, une vulgarisation scientifique, quasi-anthropologique, du rapport des jeunes adultes à l’alcool et de la manière dont le psychotrope impacte leur système cognitif. Une caméra à l’épaule suit un petit groupe dans une boîte de nuit, dévoilant de banales scènes s’échelonnant entre la fête et la beuverie, ponctuées de quelques prises de paroles parfois laborieuses ; puis l’étape des tests. Tests qui, si leur valeur scientifique est discutable, sont jugés divertissants par une majorité des téléspectateurs. Et c’est peut-être là que le bât blesse.
Comment prétendre qu’une émission qui reprend la plupart des codes de la télé-réalité peut avoir un réel effet didactique ? Le public visé par cette prétendue campagne de prévention est précisément celui qui est représenté à l’écran, et celui qui évolue dans les autres programmes de la chaîne ; de jeunes adultes qui ont, dans l’ensemble, l’air de bien s’amuser et parfois de réciter le contenu d’un script. Entre le grotesque des balbutiements sur le plateau, la philosophie de comptoir et les bringues sonores, l’ambiance est plus propice au rire qu’à l’information. Et les messages à caractère sérieux tombent comme un cheveu sur la soupe au milieu de tout cela : si danger on voulait dépeindre, il semble désarmorcé d’office. De fait, les internautes s’amusent de l’émission sans y accorder beaucoup de crédit. Pourquoi ? La réponse se trouve peut-être dans cet effort transparent de se mettre « au niveau des jeunes » pour s’adresser à eux. Or, comment prendre au sérieux un interlocteur qui tronque ses propres codes pour adopter ceux qu’un groupe différent sans les maîtriser tout à fait ? Ceci n’est pas sans rappeler la désastreuse opération de communication qu’avait constitué la campagne de Sam (rappelez-vous, « Si t’as pas d’Sam, t’as l’seum ») et les quelques tentatives des banques proposant des offres jeunes.

De nombreuses personnes sont montées au créneau pour dénoncer l’indécence supposée que constituerait l’exhibition, sur un support public, de personnes alcoolisées. D’autres encore ont insisté sur l’incitation à la consommation que cela pourrait provoquer, comme si les 16-25 ans avaient besoin d’encouragements. Sans aller jusque là, le format de l’émission offre le flanc à la critique. Certes, il faut captiver et divertir un public jugé désinvolte et prompt à l’ennui, mais ce public a déjà été confronté à des campagnes de prévention autrement plus précises, et a l’habitude des ressorts, dramatiques et comiques, des programmes de divertissement. Cet improbable mix des deux genres est peu susceptible de provoquer des prises de conscience, et évoque davantage, de la part de France 4, une émission vouée à satisfaire l’audience par une bonne dose de voyeurisme et de spectacle – imaginez les conversations, le lendemain, entre les jeunes spectateurs : il y a de quoi se lancer dans les défis et les comparaisons.
Pourquoi ne pas, si l’objectif est réellement la sensibilisation, cesser de montrer la phase récréative et inscrire l’émission dans le long terme, qui est le grand absent des consommations irresponsables, en suivant les conséquences d’une soirée qui s’est mal passée ? Comme on a pu le constater avec les court-métrages de la Sécurité routière, la légèreté peut s’avérer contre-productive.
Néanmoins, cette controverse qui aura suscité quelques plaintes auprès des producteurs de l’émission confirme le slogan : France 4, des fois ça déchaîne.
 
Marguerite Imbert
 
Crédits photos :
20minutes.fr
rmc.bfmtv.com

Société

Votre j'aime vaut un million…

 
Instagram vient de fêter ses quatre ans. Cette application, réputée pour son grand nombre d’utilisateurs (plus de 200 millions), affiche toujours un succès remarquable.
La recette de ce succès est simple : avec Instagram, chacun peut se prendre pour un professionnel et réaliser des photos artistiques à l’aide de filtres. Contrairement aux autres réseaux sociaux, il n’y a pas de tri : votre fil d’actualité affiche toutes les images partagées par vos contacts. Malgré cela, certaines photos restent dans l’oubli. La sanction est immédiate : zéro like.
C’est pour leur venir en aide que trois amis graphistes à New York ont eu l’idée de créer No Likes Yet, un site compilant l’ensemble de ces photos oubliées. Après s’être identifié à l’aide de son compte Instagram, No Likes Yet vous propose d’être le premier à liker ce qui n’a jamais été liké : de l’échec photographique patent à la photo d’art injustement oubliée, tout peut être sauvé. Une question se pose alors : de quoi « No Likes Yet » est-il le nom ? Faut-il y voir un concept philanthropique, la conséquence symptomatique de ce qu’on pourrait appeler la course au like ?
De la « curiosité » au « rézoo social »
Tim Hettler, Tal Midyan et Daniel Sumarna, les fondateurs de No Likes Yet, disent avoir créé ce site par « curiosité ». On y trouve en effet un ensemble assez hétéroclite, pouvant faire sourire qui n’est pas habitué au contenu artificiellement coloré d’Instagram : selfies en tout genre, paysages banals rendus extraordinaires par l’œil de génie de l’amateur devenu professionnel grâce à l’usage de filtres, photos de repas pas toujours appétissants… Mais si toutes ces images sont semblables, à un like près, à celles que l’on trouve d’ordinaire sur Instagram, à quoi renvoie cette « curiosité » citée par les fondateurs comme étant à l’origine du concept ? Quelle différence y a-t-il entre deux images uniquement séparées par un petit like ?
En fait, cette curiosité ne renvoie non pas à l’image et à son caractère parfois décalé et toujours artificiel, mais bien au fait que l’image ne soit absolument pas likée. En d’autres termes, le fait qu’une image postée sur un réseau social soit ignorée par ce réseau, seule et anonyme dans les flots de l’indifférence générale, semble bien constituer l’humiliation suprême. Cette curiosité, c’est bien celle que l’on ressent devant celui qui, bien que proche de nous en apparence, diffère de nous socialement. Dans cette perspective, No Likes Yet apparaît comme un « rézoo social » où l’on peut observer ces exclus du like.

La pitié ou la charité du like
Dès lors, c’est bien la notion de pitié qui est en jeu : il n’est tout de même pas possible de laisser ces pauvres images sans aucune mention « j’aime », c’est-à-dire dans le dénuement le plus total ! On le voit bien dans les messages – certes au second degré – qui apparaissent et qui vous poussent à être le premier à liker une photo : « votre j’aime vaut un million », « un petit j’aime, comme pour vous… », mais aussi « Help this poor photo » ou mieux encore : « Nobody will know you liked this »… Second degré révélateur d’une tendance faisant du nombre de like le seul critère d’une existence digne de ce nom sur les réseaux sociaux.
La grande dilution du like
Finalement, que nous dit ce site sur le concept du like en lui-même ? L’irruption de la pitié au sein des réseaux sociaux semble bien concrétiser l’émergence de ce qu’on pourrait appeler la course au like. Il suffit de regarder le court métrage Aspirational, de Mattew Frost pour s’en convaincre – dans ce court métrage, deux personnes se ruent sur Kirsten Dunst et prennent un selfie avec elle sans même lui adresser la parole… Sur No Likes Yet, le like change de nature. Il n’est plus un qualificatif rapporté à un objet ; je n’aime pas cette photo parce qu’elle est belle, ou parce qu’elle me fait rire, ou même parce que j’aime son auteur. Non, je l’aime parce que dans cette communauté globale formée par les réseaux sociaux, une photo sans like est une photo seule. Je l’aime parce que je ne conçois plus la solitude.
En rassemblant ces images oubliées, No Likes Yet créé une communauté d’exclus. Plus encore, il créé ces exclus par un système de double institution : en ajoutant une photo sans like, No Likes Yet institue cette image comme exclue, victime de la course au like. Et en étant ajoutée à un ensemble d’images non likées, cette photo participe de l’institution de No Likes Yet en tant que communauté.
Finalement, le like n’est plus signifiant, au sens où une photo likée est une photo considérée comme esthétiquement belle : le like devient signe, signe de l’existence de l’image. En effet, une fois l’image likée sur No Likes Yet, elle « ek-siste », elle sort du monde maudit de l’anonymat et de la solitude pour rejoindre le paradis de la notoriété virtuelle. De qualificatif d’une image, le like devient charité sociale.
Finalement, il est peut-être temps de revenir au fondement de ce que signifie le verbe « aimer ». En rassemblant les photos auxquelles nous sommes indifférents, No Likes Yet contribue au phénomène de la course au like, qui dénature le like. Arrêtons de créer des oubliés en rassemblant artificiellement des photos non aimées qui, osons le dire, n’avaient peut-être pas à être aimées. Remettons le like à sa fonction première : la communication à d’autres membres d’une émotion ressentie, et non un geste de pitié totalement distinct de l’image en question.
Alexis Chol
Sources :
Stylist n°064, 09 octobre 2014, p09 : « recherche likes désespérément »
http://www.nolikesyet.com/
blogdumoderateur.com
washingtonpost.com
glamourparis.com
wikipedia.org
Et le court métrage de Matthew Frost

Pub Cigarette Electronique Like-Cigarette
Société

Papotons du vapotage

 
Qui parmi vous n’a pas encore croisé les nouveaux adeptes de la cigarette électronique ? On les trouve partout, en pause avec leurs collègues, à la terrasse des cafés ou même dans les centres commerciaux. Ces néo-fumeurs arborent fièrement leur accessoire fétiche accroché autour du cou, aspirant avec cette touche tellement « chic » à une santé (qu’ils espèrent) meilleure. En effet, si la cigarette électronique représente une  alternative intéressante pour tout fumeur qui souhaiterait diminuer sa consommation, voire arrêter de fumer, il n’en reste pas moins que les professionnels du secteur ont mis en place une stratégie marketing bien pensée pour faire de cette promesse de santé un argument commercial.
Chaque jour nous sommes témoins des nouvelles méthodes marketing mises en place par les industriels pour continuer à améliorer leurs ventes dans le secteur ; des ventes qui se portent déjà fort bien.
En effet, d’après les représentants de la Fivape (Fédération interprofessionnelle de la vape) sur 16 millions de fumeurs, 2,5 utilisent régulièrement la cigarette électronique. Inversement, les ventes de tabac dites « classiques » accusent un net recul (8,6% en août sur douze mois pour les cigarettes selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies).
Comme le disait Jean Jaurès : «  Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots ». En effet, pour  souligner le caractère inoffensif de la cigarette électronique, les publicitaires ont inventé une nouvelle formule magique : qui parle de fumer ? Parlons plutôt de vapoter.
Quels sont les arguments des publicitaires ?
Afin de toucher le potentiel consommateur, la publicité « pédagogique » continue de suivre l’adage « faire comprendre pour faire accepter ». Alors qu’aujourd’hui personne n’est en mesure de prouver (ou non) la dangerosité de la e-cigarette, les publicitaires jouent la carte santé en faisant valoir à leurs consommateurs les avantages de la version électronique. Pourtant,  ils ne manquent pas d’autres arguments vendeurs : la cigarette électronique coûterait moins cher à long terme, serait moins désagréable pour les voisins, et elle serait  autorisée dans la plupart des lieux publics…
Pour ces cigarettiers, elle serait aussi un excellent moyen d’arriver à stopper définitivement sa consommation de tabac : cependant il semble que, paradoxalement, tout soit fait pour maintenir le fumeur captif : le design, les parfums, et l’assurance de pouvoir continuer à fumer tout en restant en bonne santé… Les lobbys industriels continuent de faire pression afin que nous puissions vapoter l’âme tranquille.
Comment se diffuse cette nouvelle tendance ?
Malgré l’engagement de la Ministre de la Santé Marisol Touraine en faveur de l’interdiction de la publicité autour des cigarettes électroniques, concrètement leur vente n’est interdite qu’aux mineurs. Les publicitaires bénéficient aujourd’hui  d’un vide juridique dont ils profitent pour investir ce créneau nouveau avec des méthodes similaires à celles qui avaient été appliquées  par le marketing à ses débuts dans la vente de cigarettes classiques.
Que voit-on dans ces publicités ?
De jolies femmes, du glamour, de la classe… Oui, les publicitaires jouent exactement sur les mêmes leviers de persuasion pour influencer leurs cibles, que les anciennes réclames. L’accent est mis sur la gestuelle des fumeurs, une dépendance aussi importante que la nicotine en elle-même. En réaction à ces nouvelles publicités, l’office de la prévention du Tabac (OFT) a saisi le CSA et l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) afin de limiter voir de mettre fin à leur diffusion.
Le public visé  par ces publicités se veut le plus large possible : un maximum de sensualité et d’élégance pour le public féminin, de la virilité pour les hommes, tout le monde en a pour son compte. Cependant, un soin tout particulier est apporté pour que n’apparaisse jamais clairement le caractère addictif etpotentiellement dangereux de ces produits. Puisqu’aucune certification n’a été à ce jour mise en place, on en profite pour susciter le désir de la façon la plus discrète possible…
Choisirez-vous la saveur rhum, vanille ou cola ?
La création de ces publicités finit par nous interroger sur leur réception par le jeune public. Tout cela n’inciterait-il pas à goûter à la e-cigarette, non par volonté de sevrage, mais par simple curiosité ? Ces belles couleurs sont en effet bien tentantes pour le jeune public adepte de nouveautés et de goûts exotiques. Il existe des centaines de modèles  de goûts différents, certains d’entre eux clairement orientés vers une cible jeune ou féminine. La cigarette électronique, plus qu’une alternative à la « clope », c’est aussi un gadget social et identitaire séduisant.
Branche ton e-pipe sur l’allume cigare !
Pour finir, la diversification de ces objets électroniques fait apparaîtrede curieuses nouveautés : il existe désormais le e-narguilé, le e-cigare, la e-pipe, et même le e-joint ! Avec la montée en puissance de ce secteur en pleine croissance, l’influence des lobbyistes industriels et la puissance de persuasion de ces publicités, il n’est pas sûr que les politiques de santé publiques puissent arriver à rendre les fumeurs moins accros…
 
Lucie Jeudy
 
Sources :
youtube.com
liberation.fr
fivape.org
CASH investigation, la grande manipulation de l’industrie du tabac
Crédits photos :
like-cigarette.fr

Société

Vous ne passerez pas!

 
C’est officiel. Le 28 septembre, Instagram a intégré la redoutable liste noire des sites interdits en Chine continentale. Le célèbre réseau social, fondé sur le partage d’images et de vidéos, rejoint ses compatriotes américains Facebook, Youtube, et Twitter à la frontière… « Vous ne passerez pas ! » C’est par cette réplique culte du grand Gandalf que se résume le dialogue entre Pékin et les États-Unis en matière de digital, à quelques exceptions près. Certes, il ne s’agit pas d’un affrontement entre un magicien et une créature démoniaque, mais Pékin semble mener une véritable lutte pour exclure les concurrents occidentaux de son territoire. Retour sur les faits qui lui sont reprochés.
Les autorités chinoises ont décidé fin août de modifier les règles du jeu politique de Hong-Kong. Les candidats aux élections de 2017 seront préalablement choisis par le comité électoral chinois  avant d’être présentés à la population de l’ex-colonie britannique. Indignés par cette disposition jugée profondément liberticide et contraire aux « standards internationaux du suffrage universel », les premiers manifestants sont descendus dans les rues dès le 22 septembre. Principalement d’origine étudiante, le mouvement de contestation n’a cessé de grandir.  Le ralliement du mouvement de désobéissance civile Occupy Central le 28 septembre a permis aux manifestations d’acquérir une plus grande visibilité. Fondée en 2013 par  Benny Tai Yiu-ting, professeur de droit, cette organisation pro-démocrate a offert à la révolution des parapluies d’Hong-Kong une couverture médiatique sans précédent, notamment sur Instagram.
Plus de 60 000 publications mentionnant le tag #occupycentral ont été recensées au 15 octobre. La plateforme de partage d’images était un des seuls lieux du cyberespace qui donnait à voir la violence des répressions policières, dont les attaques aux gaz lacrymogènes. Chaque mois, Instagram regroupe plus de 150 millions d’usagers. Les statistiques officielles quant aux utilisateurs chinois demeurent inexistantes, mais le fondateur Kevin Systrom a déclaré qu’en 2011, l’application était téléchargée près de 100 000 fois par semaine en Chine. L’intérêt que portent les internautes à ce réseau social paraît donc difficilement contestable.
Une question reste pourtant sans réponse : cette décision est-elle définitive ?  Les autorités chinoises, en l’interdisant, ont voulu parer à une éventuelle propagation du « virus démocratique » en Chine continentale. Si l’on se tourne vers les événements antérieurs, la réponse est claire. Cinq ans plus tôt, en 2009, les émeutes ethniques survenues dans la région du Xinjiang ont entraîné la fermeture immédiate de Facebook et de Twitter, qui restent aujourd’hui inaccessibles pour l’internaute chinois moyen. Assimiler les politiques autoritaires de Pékin seulement à une idéologie liberticide semble toutefois réducteur pour comprendre la situation.
En effet, le comportement sectaire de la Chine sur le plan digital paraît tout à fait logique du point de vue économique. Il s’agit moins d’une opposition aux Américains que d’une profonde envie de la part de la Chine d’apposer son empreinte sur l’Internet mondial. L’enquête de terrain menée chez les géants du net chinois par Frédéric Martel en avril 2014 permet d’y voir plus clair.  En théorie, rien n’interdit à un site américain d’être présent sur l’Internet chinois, mais les autorités ont réussi à bloquer une bonne partie de ses concurrents grâce à des accidents politiques. La fermeture précédemment évoquée de Facebook et de Twitter en 2009 coïncide plutôt bien avec le lancement des premiers « weibos » (sites de micro-blogging) par Sina, le plus grand portail de divertissement du pays. De nombreux équivalents aux autres services connus en occident sont disponibles, Renren (équivalent de Facebook), Youku (YouTube), QQ (MSN), Meituan (Groupon), Weixin (WhatsApp), et le plus connu, Baidu (Google). Ces sites, qui reposent sur des fonctionnalités identiques aux originaux, ressemblent plus à des clones qu’à des innovations dignes de ce nom.
Comment échouer quand on imite un modèle qui marche mondialement ? Avec plus de 630 millions d’internautes, le cyberespace chinois représente un marché particulièrement fructueux, où les enjeux économiques s’avèrent être tout aussi importants que les autres. L’Internet chinois mérite peut-être son surnom de « Great Firewall » (grande muraille virtuelle) mais comme l’a expliqué Frédéric Martel suite à ses investigations dans ce qu’on pourrait appeler « la silicon valley chinoise », il est nécessaire de passer au-delà  du simple constat de censure généralisée pour comprendre les agissements des autorités. Il ne s’agit pas seulement d’une alternative à l’internet occidental mais d’un patriotisme qui se décline sur le mode économique.
Le comportement de la Chine paraît presque pathologique. La grande puissance mondiale serait-elle atteinte du syndrome “Docteur Jekyll et Mr Hyde” ? À la fois omniprésente dans la mondialisation des échanges productifs et hyper-protectrice dans le secteur digital… Si la qualité de la croissance est assurée au détriment de la parole, la liberté de communiquer est une illusion bien cher payée !
 
Karina Issaouni
Sources
lemonde.fr
kriisiis.fr
SMART, enquête sur les internets – Frédéric Martel, éditions Stock, 2014
Crédits Photos :
The Lord of the Rings, The Fellowship of the Ring, 2001, Peter Jackson

Société

Dislike the like

 
Nouveau chapitre dans la critique contre les réseaux-sociaux. Cette fois, c’est l’artiste italien Mr Thoms qui a posté le 8 juillet dernier une vidéo dévoilant en stop-motion une fresque street-art parodiant notre comportement sur Facebook, avec dans son viseur le like.

Le message est explicite. L’artiste peint un homme menotté, enfermé dans un système d’œillère à l’effigie de Facebook, hystérisé et obsédé par la fameuse main au pouce levé accrochée devant lui.
La critique est parlante : le réseau social, loin de générer du lien, emprisonne l’individu dans une frénésie abrutissante. Il devient un dispositif d’aliénation, qui présenterait presque des similitudes avec la célèbre allégorie platonicienne. Alors, les réseaux sociaux seraient-ils la caverne des temps modernes, et les likes des simulacres de popularité ?
 Nous pouvons tous nous reconnaitre dans cette fresque : elle caricature la façon dont nous « scrutons » le nombre de likes sur nos photos, commentaires ou statuts. Elle montre combien le « like » est dans l’ère du temps, mais peut-être surtout dans celle du marché, alors que les jeux-concours exploitant le dispositif se multiplient et que les marques rivalisent en nombres de « j’aime ». Mais l’e-réputation peut-elle se résumer au like, quand on connait sa volatilité ?
 Car plus généralement, l’artiste nous interroge sur la nature de ce geste : « Liker » est un réflexe. L’intuitivité du bouton est d’ailleurs ce qui fait son succès. On adhère d’un clic, sans forcément en mesurer les conséquences. Et si aimer la publication d’un ami semble sans danger, qu’en est-il du reste ? Des publicités, des pétitions, des messages politiques ? Sans compter qu’avec Facebook, qui ne souffre pas de quelques contradictions, l’intuitif a souvent vocation à devenir éternel.
 Et finalement, qu’arrive-t-il lorsque ce réflexe sort du cadre du réseau social ? Sommes-nous, comme semble le penser l’artiste, prisonniers d’un dispositif qui affecte notre propre rapport au monde ? Augure-t-il de l’avènement d’une société du like ou du dislike, en somme du tout ou rien et de l’assentiment instantané et inconséquent ?
 Clarisse Roussel
Sources :
Konbini.com

Société

Quand les grands jouent dans la cour des start-up

 
Les grandes entreprises semblent avoir eu le déclic. Pour innover, il faut désormais compter sur les start-up, leur puissance créatrice et leur mode de fonctionnement.
Que cela n’en déplaise aux vieux de la vieille, la culture d’entreprise tend aujourd’hui au rapprochement : on se tutoie, on se donne rendez-vous au « showroom », on se rejoint à l’ « agora » et on s’assoit en tailleur dans l’« open space » pour mieux travailler en « co-working » et en « mode projet ». Cela paraîtra peut-être excessif, pas directement visible, et pourtant le management et la communication interne sont en pleine révolution : Quicksilver est un exemple parmi d’autres en France, où se déploient des programmes internes de formation destinés à développer l’esprit start-up chez les employés.
Dans le même esprit, tous ces grands veulent avoir leur « Lab » : Coca-Cola, British Airways, Nestlé ou encore SNCF avec Paris Incubateur… Et les grands gagnants de cette tendance sont les start-up. Les incubateurs fleurissent dans les entreprises pour leur permettre de challenger les « jeunes pousses » autour de projets essentiellement digitaux que sont les applications mobiles et les plateformes sociales : l’an passé, 86 milliards d’applications ont été téléchargées, soit une mine d’or pour les entreprises qui parviennent à s’y insérer efficacement. C’est ici que les start-up interviennent et bouleversent le modèle de la grande entreprise autonome et toute puissante. Il faudra compter sur ces petits, et même les imiter.
Toutes ces clés permettront de comprendre, dans un futur proche, la nouvelle entreprise de demain pour laquelle il faut se préparer dès maintenant. Pensez donc bien à remplir la ligne « valeurs » de vos CV, car elles seront sûrement le ciment de votre entreprise !
Céline Repoux
Sources :
Les Echos
PQR 66
Capitaldigital.fr
Influencia
Visual.ly
Crédits photo : Israelvalley.com

Société

Etats-Unis : la fabrique à show

 
L’un cache des billets à San Francisco en tweetant des indices permettant de retrouver le sésame, tandis que l’autre dénonce les rappeurs américains qui arborent de fausses montres sur Instagram.Rien ne semble rapprocher ces deux phénomènes 2.0, que l’on retrouve respectivement sous le compte de #HiddenCash sur Twitter et de #FakeWatchBusta sur Instagram.
Et pourtant. Le premier à avoir fait le buzz à la fin du mois de mai,  est Jason Buzi, un investisseur américain, qui, après avoir gagné énormément d’argent, a décidé d’en faire bénéficier les habitants de San Francisco. Pour se faire, il a donc opté pour un procédé simple et ingénieux : à chaque somme d’argent dissimulée, le bienfaiteur tweete un indice sur son emplacement, depuis son ordinateur. Une fois découvert, l’heureux élu est invité à tweeter une photo du butin. Ce Robin des Bois qui agit, dit-il, « par plaisir », a fait savoir qu’il espère étendre son projet à d’autres grandes villes comme New York ou Los Angeles et pense pouvoir continuer à vivre à l’abri tout en donnant jusqu’à 1000 dollars par jour. Il s’est décidé à faire don de sa fortune dans la ville californienne car celle-ci détient le plus grand écart de richesse du pays. Depuis qu’il a été démasqué le 10 juin dernier,
#HiddenCash a déclaré vouloir cacher des billets dans les villes de Londres,
Madrid et Paris durant la première semaine de juillet. Un événement
certainement très attendu des européens.
Et c’est d’Europe que vient le deuxième justicier, un trentenaire connu sous le nom de #FakeWatchBusta sur Instagram et qui se dénomme lui-même The Dark Night of Watches. Ce passionné d’horlogerie et de mécanique et collectionneur de montres, s’amuse à divulguer les tricheries des grands noms du rap comme Soulja Boy (rappeur, producteur et acteur américain) ou même des stars internationales comme Garrett Wolff de la NFL (football américain) qui s’affichent fièrement sur leur propre compte avec de fausses montres de luxe – que certains ne savent même pas contrefaites. L’humiliation peut être sévère lorsque la dénonciation se retrouve placardée publiquement sur Instagram, à l’aide d’un « FAKE » rouge sur la photo du détenteur de la fausse montre. Ce qui peut s’apparenter à une chasse plus « fun » que sérieuse, comporte tout de même des risques pour le traqueur qui fuit les menaces de procès.
Finalement, entre ces deux « phénomènes du web », on retrouve cette même volonté de procéder de façon anonyme. Figures modernes des héros de notre enfance, ils se placent dans la lignée des bienfaiteurs masqués qui avancent dans l’ombre – l’ordinateur étant le gadget par excellence du héros moderne -, risquant beaucoup pour maintenir une certaine forme de justice, voire un équilibre entre le bien et le mal. Même si porter une fausse Rollex n’a jamais tué personne, nos redresseurs de tort défendent des valeurs qui sont celle d’une justice sociale contemporaine. Une redistribution des richesses et une dénonciation du « bling-bling » américain n’ont certes pas le même objectif mais l’auto-justice est dans les deux cas symptomatique. Encore appelée « vigilantisme », ce comportement consiste à faire exercer la loi de manière individuelle et en dehors de toutes considérations juridiques légales. Batman ou Spiderman témoignent du succès des justiciers aux Etats-Unis, terre d’origine des héros à capes et des vengeurs inconnus. Pas étonnant que les internautes (nouvelles figures des citoyens) trépignent devant de telles opérations. Une tendance somme toute, pas si moderne…

Un autre point commun réunit #HiddenCash et #FakeWatchBusta : le goût de la mise en scène, voire de la spectacularisation. Le premier s’en sert pour faire preuve de générosité quand l’autre l’accuse. En effet, si Jason Buzi, le riche investisseur, a fait le bonheur de dizaines de citoyens américains en faisant acte de charité, il a surtout choisi de recourir à une communication virale et à une réalisation inédite, en grandeur nature. En France, quand un gagnant au loto décide de reverser une partie de son du à des associations, la discrétion est souvent préférée à l’exubérance et c’est à peine si quelques médias relatent la nouvelle.
Personne ne semble dépasser les américains au jeu de la « surproduction » quasi hollywoodienne. En témoigne l’événement organisé en novembre 2013 par la fondation « Make-a-wish »qui réalise les rêves d’enfants atteints de maladies graves: le petit Miles Scott, souffrant d’une leucémie et fan des supers-héros, a pu vivre son rêve et lui aussi s’armer de sa cape de « BatKid ». Toute la ville de San Francisco – la police, le maire, l’équipe de football, les médias locaux et 7000 volontaires – ont collaboré pour faire de la ville, un Gotham City plus vrai que nature. Le mini-héro a ainsi pu débarrasser la ville de ses méchants, exploit que n’a pas manqué de saluer Barack Obama et la Première Dame.

Le faste de ce genre de mise en scène, l’Europe n’est pas encore prête à l’adopter : ne serait-ce pas d’ailleurs ce que dit en partie #FakeWatchBusta en dénonçant la contrefaçon ostentatoire ?
Laura Pironnet

Sources
HuffingtonPost
HuffingtonPost
LesInrocks
LeFigaro