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Société

Il faut sauver les Internets

 
Le World Wide Web existe depuis bientôt vingt ans. C’est sur ce système de liens hypertextes que nous nous connectons chaque jour. Il s’est largement démocratisé jusqu’à devenir synonyme d’Internet. Jusqu’en 2010, Internet s’est popularisé. Durant cet âge de la découverte, nous avons entretenu un rapport naïf, enthousiaste, émerveillé face au réseau. Il y avait une sorte d’effusion dans cet usage, encouragé par les idéaux et imaginaires d’Internet. Il était vu comme un objet presque magique.
Or, depuis trois ans son usage s’est complètement banalisé. Se pose alors la question de sa survie. Maintenant que ses fonctionnalités sont considérées comme acquises, il pourrait apparaître dérisoire de les défendre encore. Pourtant nous n’avons jamais eu autant besoin d’un volet législatif sur la question. Heureusement, après des années de méfiances envers le réseau, le gouvernement se décide enfin à agir. Jean-Marc Ayrault a annoncé jeudi 28 janvier, après un séminaire sur le numérique, une feuille de route expliquant dix-huit points sur lesquels le gouvernement va agir. Il s’articule autour des questions de la pédagogie, en lien avec la réforme sur l’Education, mais aussi autour des données personnelles et l’accès au très haut débit. Une loi était nécessaire, mais ces dix-huit points sont-ils suffisants ?
Deux choix fondamentaux
Nous sommes pourtant face à deux choix. Le réseau est de plus en plus surchargé. C’est ce qu’expérimentent par exemple les utilisateurs du fournisseur d’accès Internet (FAI) Free lorsqu’ils utilisent Youtube. Pour retrouver un accès rapide à ces sites utilisant beaucoup de bande passante, il faudrait payer plus. Internet finirait alors par être scindé en deux. La problématique d’un Internet à deux vitesses créerait une nouvelle fracture numérique, entre ceux ne pouvant s’offrir qu’un accès aux fonctionnalités essentielles – mail, moteurs de recherches – et ceux pouvant se permettre un accès aux réseaux sociaux, sites de vidéo, etc. L’Internet à deux vitesses serait contrôlé par les géants du net et par les FAI. L’accès à l’ensemble d’Internet deviendrait une exception. Ce serait la mort d’une de ses premières règles : la liberté d’y avoir accès.
L’autre choix viserait à perpétuer les idéaux d’Internet comme ils furent pensés par les premières communautés – avec la défense de la liberté sous toutes ses formes en tête de file. C’est pour un tel Internet qu’une loi est nécessaire. Ce serait un Internet libre mais encadré, fait et pensé pour les utilisateurs et non pour l’enrichissement de certains par le traitement des données privées.
Internet, une « zone de non droit »
Il est extrêmement urgent que les gouvernements agissent d’une manière concrète et efficace.  Il faut prendre en compte les idéaux d’Internet  et les défendre en les encadrant par une loi ferme, en dépit du lobby formé par les FAI et les géants d’Internet. C’est maintenant qu’il faut légiférer : les abus sur les utilisateurs sont de plus en plus fréquents. Citons par exemple le dernier rapport de la CNIL sur Google ou le blocage des publicités par Free qui a montré ainsi qu’il pouvait avoir de manière très facile un contrôle sur l’Internet de ses utilisateurs.
Il était donc temps qu’une série de lois soit enfin envisagée, surtout sur le point des données privées, de plus en plus grignotées par la récolte des big-datas.
Cependant, en dépit de cette position forte, la neutralité du net et sa protection brillent par son absence. Vite dénoncée par la Quadrature du Net et son porte parole Jérémie Zimmermann, l’absence de cette loi va même à l’encontre de l’avis du Conseil National du Numérique et de son nouveau président, Benoît Thieulin, qui doit présenter le 12 Mars un dossier sur ce sujet à Fleur Pellerin, Ministre chargée du Numérique. Pourtant cette dernière avait annoncé en septembre qu’elle ne voyait pas la nécessité d’une telle loi, position répétée lors d’une table ronde en janvier où Fast’N’Curious était présent.
Philippe Breton en 2001 publie dans Libération une tribune montrant qu’Internet est une « zone de non-droit ». C’est-à-dire que face à l’absence de lois, le territoire numérique est celui des abus et de la délinquance. Cette tribune a inspiré beaucoup de personnes, de Nicolas Sarkozy à Marie-Françoise Marais (actuelle présidente de l’HADOPI). Dans cette optique, Internet n’est vu que dans ses aspects négatifs. Cette vision unilatérale refuse fondamentalement d’envisager Internet dans sa complexité. De comprendre ses mécanismes et de légiférer en fonction de cela.
C’est certes une avancée que le gouvernement entreprenne enfin un volet de lois sur le numérique, en dépit de l’absence sans doute provisoire de la neutralité du net. Nous sommes désormais loin de l’incompétence du gouvernement en matière de numérique, qui trouvait probablement son origine dans cette vision dichotomique. On ne peut que s’en réjouir.
Mais face à ce premier pas, il est urgent que le gouvernement cesse d’entretenir ce climat d’insouciance face aux questions numériques. Il est temps qu’il se positionne sur des questions résolument modernes et qu’il mette fin à une vision simpliste et archaïque d’Internet.
 
Arthur Guillôme
Sources :
France Info
Ecrans.fr
La Quadrature du Net

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Société

Commente et je te dirai qui tu es…

 
Quelles données pour quels enjeux ?
Aujourd’hui, nous connaissons tous les sites Internet des grands médias. Par exemple, “my tf1” ou encore “M6 replay” pour ne citer qu’eux. L’intérêt de ces sites est de nous permettre de revoir à volonté nos émissions préférées et surtout de les commenter.
Je ne vais pas ici m’intéresser au “leurre de conversation” que nous proposent les entreprises médiatiques mais plutôt aux moyens qui permettent d’y parvenir. En effet, pour se voir autoriser l’accès à la partie “interactive” de ces plates-formes, il faut remplir un questionnaire. D’ailleurs, pour contacter le groupe ce questionnaire est lui aussi obligatoire. Les questions sont classiques : âge, sexe, nom, prénom, adresse et code postal. Classiques oui mais certainement pas anodines.
Les données stockées par les marques sont diverses. Il peut s’agir de notre adresse IP, du type de système d’exploitation utilisé ou encore du type de navigateur privilégié… Inutile de préciser qu’au passage, nous recevons un bon nombre de ces chers fichiers “cookies”, qui permettent de nous suivre à la trace. Jusqu’ici rien de nouveau, tout cela ressemble à un bon vieux profilage publicitaire, devenu banal sur la toile.
Mais, revenons à nos moutons… Toutes ces données, recueillies lors de l’inscription, permettent de dresser le parfait portrait sociologique de notre petite personnalité. Dans les méandres juridiques censés nous expliquer nos droits, on ne trouve pas la moindre annotation concernant les commentaires que nous nous apprêtons à laisser sur le site. Pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit : « commenter ».
Qu’advient-il alors de nos prises de positions ?
Les différents travaux sur la réception, notamment dans le cadre des cultural studies, ont montré qu’ en fonction de notre appartenance sociale, nous décodons les signes envoyés par les contenus médiatiques de différentes façons, mais qu’il existe cependant des similitudes de réception au sein des mêmes groupes sociaux. Autrement dit, selon le modèle de l’habitus (Bourdieu), une partie de la réception nous est propre en tant qu’individus, une autre dépend de notre éducation, de notre environnement et de facteurs liés à notre statut social…
La réception est un enjeu crucial pour les médias. Pourtant, aujourd’hui, il n’est pas si évident pour les chaînes de définir précisément le profil des récepteurs. Il est encore plus ardu d’analyser comment le sens produit va être décodé par les différents publics. L’intérêt des commentaires pourrait donc se trouver ici. En donnant notre avis sur telle ou telle émission, nous permettons aux chaînes d’analyser la réception. En regroupant ces informations avec nos données personnelles, elles sont en mesure de construire une typologie du public. Cela leur permet également de percevoir l’interprétation que nous faisons de leurs contenus et ainsi, de voir si les signes et significations émis sont acceptés, négociés ou refusés.
Quelles conséquences me direz-vous ?
Une fois ce travail accompli, les chaînes seront en mesure de s’adresser efficacement à tel ou tel public. On peut imaginer que les contenus seront alors construits en fonction d’une typologie précise du public. En effet, nos commentaires font transparaître les signes que nous percevons ainsi que notre interprétation.
Le danger principal serait alors que les signes envoyés soient unanimement acceptés. Il ne faut pas perdre de vue le fait que dans les entreprises médiatiques l’argent est roi. Si l’on accepte les contenus plus facilement, pourquoi la publicité qui les accompagne ne serait pas également acceptée ? La cohabitation – voire collaboration – entre médias et annonceurs pourrait les amener à construire leurs messages publicitaires sur le même modèle. La publicité – parfois dissimulée à l’intérieur même des contenus – n’aurait alors plus qu’à réutiliser les signes les plus performatifs adaptés à sa cible. Nous assisterions alors au primat du sens dominant sur l’interprétation. Comprenons, la fin du feedback et le retour à un modèle linéaire. Une bonne vieille injection à grands coups de seringue hypodermique !
Qui les en empêcherait ?
Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, la réponse nous vient du site Mytf1.fr : “Nous recueillons les Données personnelles que Vous Nous fournissez”.
 
Jordan Thévenot

Société

Google Reality

 
Vous en avez probablement entendu parler durant l’année passée. Et cela n’a peut-être pas été sans une petite pensée du style : « le monde devient une série Z ».
Le projet de Google, Glass, devient réel beaucoup plus rapidement que ce que même les plus passionnés des geeks auraient pu imaginer après le teasing de 2012.
De fait, le géant de Mountain View clôture en cette fin février une sorte de Beta ouverte, invitant des volontaires à commander le dernier prototype des lunettes. Un site dédié, racé, efficace et résolument circulaire, permet à ceux qui auront su montrer leur motivation via Twitter et Google+ de devenir des « Glass Explorers », des testeurs en avant-première. Pour la première fois, les rues des États-Unis vont être traversées par d’étranges visages barrés d’un appareil aussi élégant que dérangeant. Et la firme ne parle pas de le commercialiser en 2015 ou 2014. Mais en 2013.
…Verre ?
Pour ceux qui ont raté la vidéo « How It Feels » de Google, retenons que Glass aura plusieurs des fonctionnalités d’un Smartphone (photos, envoi et réception de SMS, recherches Google, suivi GPS…) uniquement activées par la direction du regard, les commandes vocales et les mouvements de l’utilisateur. L’une des fonctions les plus attendues offrira également la possibilité d’inviter ses proches à des « Google Hangouts », consistant en toute simplicité à leur rendre son propre champ de vision accessible en streaming.
L’idée, visant évidemment l’indigène urbain possesseur de Smartphone, est de permettre une immersion dans la vie de tous les jours que tout un chacun tend à perdre à force de passer ses trajets de métro à tapoter sur un écran. Et Google promet des mises à jour très régulières à la fois pour améliorer un système qui est encore loin de fonctionner à merveille et pour bien sûr étendre ses possibilités.
« God » too begins with « G »
Et ce sont ces dernières qui impressionnent. Nul ne tombera de sa chaise en lisant ici que Google est, pour la plus grande part, le prisme par lequel l’Occident (à tout le moins) voit le monde. Son moteur de recherche qui n’est jamais qu’un algorithme, ni omniscient sur le Web ni étranger aux interventions arbitraires sur son référencement, est utilisé par plus de 90% des gens qui ont une question à poser à Internet. Rien de nouveau ici, puisqu’il s’agit là de la toute première activité du géant.
Mais la firme a évidemment bien grandi. Si les réseaux sociaux n’ont pas été une piste très giboyeuse, les fils d’actualités l’ont été beaucoup plus. On se souvient de la récente illustration qu’en a faite le combat entre Google Actualités et les éditeurs de presse européens.
Youtube, pour sa part, est devenu une ouverture inestimable vers le secteur de la télévision. Les refontes successives de la plate-forme de streaming ont certes commencé, via une sorte d’effet diligence, par mettre en forme des suggestions de contenu qui ne faisaient que copier le concept d’une grille de programme télévisuelle. Mais elles sont promises à tellement plus au travers des 13 chaînes Google TV prévues pour la France seule et d’un parc de télévision connectée qui représentera probablement un marché exploitable d’ici fin 2013. Les chaînes traditionnelles, publiques comme privées, ont toutes les raisons d’avoir peur, très peur, du défi que va représenter leur expansion digitale face à un acteur qui nage dans ce secteur depuis sa naissance et pourra certainement éviter les déboires d’un Orange.
Et c’est sur ces bases que sera lancé un appareil bon marché à 1.500 $ en prix de vente annoncé. À comparer aux 125.000 $ du MREAL de Canon.
Bon marché donc, et plus proche des sens humains qu’aucun Smartphone ne l’a jamais été, prenant une terrifiante longueur d’avance sur l’Iwatch d’Apple. Ayant à peine commencé à batailler contre les Galaxy et autres Iphone avec le Nexus, Google passe donc à un produit dont le principal argument est précisément de faire paraître tous ces objets redondants et encombrants.
Le « tout-connecté », c’est « has-been »
Bref, vous savez probablement déjà où je veux en venir. Si l’on admet qu’Internet est devenu une manne et un succès mondial pour sa capacité à générer des communautés solides, et surtout, apparemment spontanées, que penser de Glass ?
Il ne s’agit plus, pour les annonceurs, de bombarder la Toile de discours d’escorte plus ou moins brillamment dissimulés, pour prendre un contact toujours plus fluide avec le consommateur. Il ne s’agit plus, pour ce dernier, d’accepter avec une vague gêne de consacrer chacun de ses instants d’oisiveté à liker, partager, twitter et allègrement diffuser de précieuses informations sur ses pratiques et ses habitudes. Enfin, il ne s’agit plus pour l’industrie des médias de trouver des moyens de garder sa validité tout en restant un vecteur indispensable à des stratégies de communication en refonte constante.
Glass pourra potentiellement faire intervenir tous ces acteurs, à chaque instant, avec une précision chirurgicale. Rendre le data mining ridiculement aisé car alimenté de façon proprement inconsciente. Créer autant de pratiques de consommation qu’il y aura d’occasions de regarder droit devant soi. La promesse de la réalité augmentée, en adaptant le mystérieux Ingress, équivaut même à une renaissance complète de ce que nous appelons communément la publicité.
Et aucun de ces moyens de contact, prodigieusement efficaces à n’en pas douter, ne sera possible sans Google. Ce doit être cela que les anglophones appellent brilliance.
 
Léo Fauvel
Sources :
The Verge
Doc News
The Register…
…et le brevet déposé pour Glass

Société

Le scandale Findus, une vraie boucherie !

 
Le 7 février dernier, les organismes de contrôle britanniques découvrent que les lasagnes au bœuf Findus contiennent en réalité plus de 60% de viande chevaline. Une véritable enquête se met alors en route, prenant une dimension internationale.
Les protagonistes
– Findus, dit la partie émergée de l’iceberg (Suédois)
– Spanghero, dit le fournisseur (Français)
– Comigel, dit le fabricant (Français)
– le Consommateur, qui ne sait plus sur quel cheval monter
– les Végétariens (qui de toute façon ne sont pas concernés)
– les Abattoirs roumains, de mèche avec les équidés
– les Négociants, dits les négociants
Les suspects
Acte 1 : la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) fait le lien entre les produits interpellés de la marque suédoise, découverts en Angleterre, et un fournisseur français de viande surgelée, j’ai nommé Comigel. Findus menace de porter plainte contre ce groupe messin, qui lui, affirme avoir été « berné » par son fournisseur Spanghero.
Acte 2 : pour s’innocenter, Spanghero met en lumière la complexité du processus d’achat intracommunautaire. Complexité, faible mot pour décrire le trajet tortueux de la viande, à partir d’abattoirs roumains jusqu’en France, en passant par des négociants chypriotes et néerlandais (dimension internationale avez-vous dit ?) !
Acte 3 : l’affaire fait un bref détour par la Roumanie, accusée d’avoir un stock important de chevaux à écouler suite au délaissement de la charrette au profit de la voiture. Les abattoirs roumains clament leur innocence, en affichant les nombreux contrôles vétérinaires à l’abattage.
Acte 4 : une fois n’est pas coutume, c’est la théorie du complot qui revient à la charge, les producteurs roumains dénonçant une « combine » entre fournisseurs et clients.
Acte 5 : nouveau rebondissement dans l’affaire avec l’avancement de l’enquête de la DGCCRF. Le 18 février, l’organisme lance des perquisitions dans l’usine Spanghero de Castelnaudary, l’accusant de tromperie sur l’étiquetage. Selon les premiers résultats de l’enquête, le fournisseur de viande aurait sciemment revendu du cheval à la place du bœuf.
J’accuse… ?
Au début de l’affaire, on nage dans un Cluedo fantastique du plat préparé et surgelé, chacun semblant donc être la victime de l’autre :
– Findus, trompé sur la marchandise, qui a donc porté plainte contre X,
– Spanghero, qui a rejeté la faute sur le fabricant Comigel,
– Comigel, qui renvoie la balle à Spanghero et aux équidés roumains.
– les Roumains, soupçonnés car en début de chaîne, et qui essaient de se défendre tant bien que mal,
– les consommateurs, floués.
Le déroulement de l’enquête met en lumière ce qui semble être une fraude gigantesque sur l’étiquetage de la viande. Première mi-temps du Cluedo : j’accuse Spanghero, avec une fausse étiquette, à Castelnaudary ! Et quid de Comigel, qui pourrait avoir sciemment fermé les yeux sur les activités peu claires de son fournisseur ?
Selon Benoit Hamon, (conférence de presse du 21.02 à la suite d’une rencontre avec des représentants du secteur agroalimentaire) cette fraude européenne pourrait ne pas se limiter à Spanghero mais concerner aussi d’autres filières de la grande distribution.
En bon Capitaine Moutarde (sans jeu de mot gastronomique, vraiment), on ne sait plus à qui jeter la lasagne, ici !
L’art de la communication de crise
À l’heure de l’instantané, impossible de fuir le scandale ni de chercher à étouffer l’affaire. Les internautes s’en sont rapidement emparés à coups de détournements plus ou moins osés, mais amusants pour la plupart. Alors que le gouvernement tente de rassurer les consommateurs en montrant sa participation active dans la gestion de la crise, soyons honnêtes : comment consommateurs et supermarchés, qui achètent des produits à si bas prix, peuvent-ils croire une seconde que le circuit de commercialisation, de l’abattoir au présentoir, n’ait rien à cacher ?
Findus s’est contenté au début de marteler les deux mêmes arguments en boucle : le consommateur ne craint rien d’une part, et Findus a justement permis cette découverte, par sa rigueur et ses contrôles. Depuis une semaine, la marque change de stratégie et tente d’effacer sur la toile les liens entre son nom et cette triste affaire. On ne trouve plus sur leur page Facebook de publications sur ce thème. Ils ont également contacté plusieurs médias web à travers l’agence Reputation Squad. Le but étant de noyer le poisson (à défaut du cheval) pour que le nom de Findus cesse, à l’avenir, d’être associé à l’affaire dans les recherches internet.
A qui profite le crime ?
– À Twitter, qui profite aussi de la créativité des internautes ! Depuis le 7 février, les tweets à #Findus ne cessent de défiler. Les journaux y évoquent les faits nouveaux de l’enquête et les twittos partagent leur indignation et leurs meilleurs jeux de mots. D’autres hashtags ont dérivé du premier comme #Findusfail, #FindusPape (la démission du Pape a laissé un peu de répit à Findus) et pour les cinéphiles : #RemplaceUnNomDeFilmParLasagne. D’ailleurs, bientôt dans les salles : L’Homme qui murmurait à l’oreille des lasagnes et Harry Potter et les lasagnes mêlées.
– À la créativité des internautes:

– Aux végétariens, qui ont la joie de pouvoir dire aux carnivores : « tu vois, je te l’avais bien dit ! » Comme « nous serons tous végétariens d’ici un demi-siècle » selon des chercheurs suédois (la viande étant trop chère à produire et diététiquement trop pauvre), autant compter sur les scandales de la boucherie industrielle pour accélérer le mouvement. Il est temps de s’y mettre !
– À Ebay, qui inaugure un nouveau marché underground : la vente de l’édition limitée des lasagnes Findus un bon moyen pour la marque suédoise, peut-être, de récupérer ses produits entachés ?
De toute façon, tout cela retombera vite dans l’oubli : qui se souvient encore précisément de l’affaire steak haché de chez Lidl, ou du concombre infecté, arme de destruction massive ? Ce genre d’affaire, entre scandale, fascination et fantasme, révèle surtout quelque chose de la société humaine et de ses évolutions. Le cas Findus et la grande crise de confiance qui en résulte nous en dit long sur le décalage entre attachement aux cultures nationales et contraintes imposées par la mondialisation. L’Affaire Findus influencera-t-elle durablement l’ère du local face au « village global » ? Poussera-t-elle les industriels à faire preuve de plus de transparence dans la fabrication et l’importation de leurs produits ? En attendant, j’ai comme une envie de lasagnes… Pas vous ?
 
Sophie Pottier et Pauline St Macary
Sources :
La découverte du plat à lasagnes
La communication de crise Findus, tant bien que mal
Détournements en images
Spanghero : coupable avéré ?
Effets du scandale sur le végétarisme et la bio-attitude

Société

Le denim-poubelle

 
Levi’s a lancé en janvier dernier, pour sa collection Printemps 2013,  une nouvelle gamme de jeans éco-friendly : Waste<Less. Conçus avec 20% de plastique recyclé (issu de bouteilles et d’emballages plastiques triés et traités), ces nouveaux jeans répondent aux exigences de la marque d’adopter une image saine et respectueuse de l’environnement auprès de ses consommateurs. Ce lancement poursuit ainsi les engagements de la marque depuis 2009, et fait écho à la précédente gamme Water<Less qui proposait une fabrication moins gourmande en eau.
Avec l’audacieux slogan « These jeans are made of garbage » (*Ces jeans sont fait de déchets), les jeans Waste<Less allient un discours éco-responsable au style reconnaissable de la marque californienne. Quels intérêts présentent alors le développement de gammes « green » pour les géants du prêt-à-porter ?
Avant tout, les marques cherchent à améliorer leur réputation auprès d’un public mieux informé et plus concerné. À l’image de la campagne « Detox » de Greenpeace qui a bénéficié d’une forte publicité, un réel besoin de connaître la qualité et l’origine des produits que nous consommons émerge.
Lancée en juin 2011, « Detox » engage les grandes marques de prêt à porter telles que Levi’s, Zara, C&A, Benetton et bien d’autres, à éliminer la présence de composés chimiques nuisibles pour la santé et l’environnement dans leurs produits. Après avoir dénoncé le gâchis et la pollution des eaux employées dans leurs chaînes de production aux quatre coins du monde, Greenpeace s’est attaqué aux ethoxylates de nonylphénol, des substances chimiques présentes dans les vêtements, qui perturbent l’environnement et peuvent causer des troubles du système endocrinien (*responsable de la production d’hormones).
Ainsi, le 12 décembre 2012, Levi’s a rejoint le mouvement et s’est engagé à réduire drastiquement la présence de substances toxiques dans ses jeans, tout en assurant dès juin 2013 une visibilité majeure sur les données de pollution provenant de ses fournisseurs.
Dans ce contexte, Waste<Less n’apparaît plus seulement comme un précurseur de tendances, mais plutôt comme le contre-pied d’une campagne nuisible. Mieux encore, Levi’s répond à une prise de conscience massive des risques écologiques et sanitaires que présente l’industrie textile. Cette tendance marketing très rentable permet donc de satisfaire les exigences des nouveaux consommateurs, tout en dissimulant sous le masque du recyclage et de l’éthique, les étapes cruciales de production et de distribution, qui demeurent la source majeure de pollution dans l’industrie. La bonne conscience étiquetée « green » se vend si bien qu’il devient alors difficile de faire le tri entre les marques qui érigent cette valeur comme outil de vente et celles qui se fondent réellement sur cette pensée.
Ceci étant dit, Levi’s n’aura pas manqué d’être dénoncé pour ses pratiques (communes) douteuses, et la volonté de la marque de s’associer au courant du recyclage en proposant des solutions originales, ne peut être blâmée. Au contraire, sa force d’influence peut justement participer à l’éducation des consommateurs et créer chez eux l’envie d’une mode détoxifiée.
 
Clémentine Malgras
 
Sources :
Lancement Waste<Less: #!
Video Greenpeace « Detox Levi’s »: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=x173k1cRSzE

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Société

Tumblr is the new black

 
Tumblr, Quésaco?
Qu’on jette le premier stiletto à la personne qui ne connaît toujours pas Tumblr, cette plateforme de microblogging créée en 2007 par David Karp qui permet de poster des contenus divers tels que des vidéos, des images, des textes, des liens et des sons. Chacun peut s’y abonner librement et découvrir les nouveaux billets des blogs qu’il follow via un flux qu’on appelle le Dashboard, si le billet vous plaît vous pouvez le « rebloguer » pour qu’il apparaisse également sur votre blog. Le seul mot d’ordre de cette plateforme ? La créativité. L’une des maisons de mode les plus célèbres au monde semble l’avoir compris puisque très récemment c’est Dior qui a sauté le pas.
Si j’étais un blog, je serais celui de Dior
Le Tumblr de Dior est né (pour y jeter un coup d’œil, ça se passe par là) et la marque y affiche un thème personnalisé qui rend son blog très épuré, simple mais efficace. Les contenus sont exclusifs et divers : des photos toutes aussi magnifiques les unes que les autres qu’elles soient pour un parfum, un rouge à lèvres, un vernis, une ombre à paupières ou qu’elles immortalisent simplement les défilés Dior à travers le monde au cours de la dernière Fashion Week. Les GIF sont également omniprésents puisque, soyons honnêtes, un Tumblr sans GIF n’est pas vraiment un Tumblr. Ce qui est d’autant plus intéressant c’est que Dior respecte sans surprise certains codes comme celui de ne poster des billets que dans un certain ton de couleurs par jour, ce qui rend le blog d’autant plus esthétique. Il utilise également les Tag ou mots clés pour faciliter la recherche de ses utilisateurs qui dans quelques semaines, quand le contenu du blog sera plus riche, pourront accéder plus aisément aux rubriques et thématiques qu’ils souhaitent : fashion, fashion week, backstage, menswear, womenswear, prefall, makeup… Si le contenu est facilement accessible il est également très simple à partager puisqu’il est possible de le faire via le reste de la longue famille de réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Google +, Pinterest) à laquelle le Tumblr est connecté. Il n’y a rien à redire, c’est une belle stratégie de contenus à laquelle nous avons droit grâce à Dior. Si le but de la marque est d’augmenter son nombre de fans, elle ne devrait pas avoir trop de difficultés surtout que la plateforme Tumblr est tous les jours de plus en plus accessible, sans compter les milliers de Fashion blogueurs qui partagent et « rebloguent » plus vite que leur ombre les billets de Dior. Si ça c’est pas de la viralité !
Dior, sa « Success story » online
Pourtant Dior n’en est pas à son premier coup d’essai. La marque a déjà été à l’origine de plusieurs autres stratégies de contenus mêlant le net et les réseaux sociaux qui ont toujours été efficaces et originales. Sur Youtube par exemple, Dior avait crée sa chaîne officielle pour y diffuser à l’automne 2012 la série des mini-films de Lady Dior où l’égérie n’était tout autre que Marion Cotillard. La marque avait tenu ses 42 000 abonnés en haleine grâce à des teasers et deux épisodes où l’on voyait l’actrice et égérie asseoir le statut et la légitimité de la grande maison française. Autre exemple, le « Dior Mag », un magazine online qui a pour but de diffuser des informations et communiquer sur l’histoire de la marque mais également ses actualités à travers le monde entier et diffuser anecdotes et les backstage des défilés. Ses publications de qualité et quasiment quotidiennes ont fait que les fans sont au rendez-vous, le magazine connaît un franc succès depuis son lancement en 2012. Dior ne s’arrête donc pas là, puisque hormis l’apparition de son nouveau Tumblr, on sait la marque également omniprésente sur d’autres réseaux tels que Facebook (plus de 11 millions de fans) ou Twitter (plus d’un million et demi d’abonnés). Quant à l’annonce de leur Tumblr, la nouvelle avait été partagée plus de 1340 fois, rien que sur Facebook.
Ainsi, le nouveau Tumblr de Dior n’est rien d’autre qu’un autre exemple du succès de la marque dans sa communication. La maison de mode nous démontre une fois de plus qu’elle sait y faire grâce à une stratégie de contenus différente selon les réseaux sociaux et les plateformes mais qui reste encore et toujours en accord avec son image de rêve. Il ne reste plus qu’à se demander quelle sera la prochaine étape pour la maison de luxe puisque Dior ne s’arrêtera sûrement pas là.
 
Sabrina Azouz
Sources :
Le Tumblr de Dior
La page Facebook de Dior
Crédits photo : © Dior

Société

Le Vendée Globe ou l’écriture épique du Grand large

 
Le 10 novembre dernier, les vingt skippeurs au départ de la course du Vendée Globe nous avaient embarqués dans une rêverie collective que l’exploit de François Gabart, le vainqueur, a transformée en fantasme national.
 
Ces héros qui communiquent : la fabrique de mythes
Le périple de ces Conquistadores contemporains, aux compétences techniques et informatiques incroyables, a fasciné un demi-million de passionnés rassemblés sur la course en ligne Virtual Regata, mobilisé plus de 900 000 personnes au Sables-d’Olonne  venues acclamer leurs champions, généré plus de 650 000 ouvertures de session de lecture sur le flux vidéo du site officiel de la course à l’arrivée du vainqueur le 27 janvier.
Pour cette nouvelle édition, chacun des bateaux avait embarqué une caméra, ce qui a profondément renforcé l’intérêt pour cette course, permettant un flux d’images ininterrompu.  « Probablement que l’image est la nouvelle écriture du large. »  explique Kito de Pavant (Groupe Bel, abandon quelques heures après le départ). Au travers de résumés quotidiens, on a assisté lors de cette édition du Vendée à une véritable sérialisation du temps  réel. « Il semble que la voile, ou du moins le Vendée Globe, soit définitivement rentrée dans un processus de « sportification ». Ce barbarisme désigne ces sports qui ne l’étaient pas complètement, mais le sont devenus et sont totalement intégrés à la culture de la webcam et des réseaux sociaux» avance Cardon, sociologue et spécialiste des images. Le récit du large nous est désormais livré bien avant que les marins reviennent à terre, un virement de bord à la fois progressif et  incroyable pour ceux qui, avant, attendaient au ponton le récit d’une épopée inédite délivrée par les navigateurs, seuls détenteurs des péripéties de leurs traversées.
 
La parole suspendue
« Le silence est la condition de la parole. » écrivait le philosophe JB Pontalis. L’image, comme la performance, parle d’elle-même sans que le marin ait besoin d’en évoquer les contours. Le récit du large serait voué au romanesque et à la rhétorique de la parole suspendue. Suspendre le temps du discours comme pour laisser vibrer les rafales de vent dans les voiles et les vagues sur la coque. L’indicible du large suggérait- il que la rationalité de la parole doive céder le pas à la poésie de l’image? Ou au contraire, l’image « prêt-à-consommer » dissout-elle le mythe et la dimension romanesque de l’écrit ? Peut-on faire confiance à ce récit imagé, livré et produit par le héros lui-même ? La construction du mythe, issue de la fabrique audiovisuelle, ne serait qu’une illusion, dans la mesure  où « le marin donne à voir ce qui peut nourrir la couverture de la course. Mais il peut aussi en cacher une partie », sourit Kito de Pavant. En effet, suivant de près la stratégie de son mentor Michel Desjoyeaux, Gabart a préféré ne pas révéler le problème technique qu’il a rencontré dès le début de la course avec la pompe à injection de son hydrogénérateur de secours, une turbine permettant de faire de l’électricité avec le déplacement de l’eau et du bateau.
 
La Paris-matchisation des vainqueurs : une rafale médiatique inédite
Cette édition du Vendée Globe aura été la plus rapide (78j 02h 16min) mais également la plus couverte par la presse qui s’est appliquée à construire cette admiration que suscitent les marins du Vendée Globe. Le philosophe Laurent de Sutter expliquait dans Libération : « L’admiration est une étrange émotion. Elle consiste à ressentir comme un bien le fait qu’il y ait  plus grand que soi. (…) Puisque nos héros, dans le cas des stars, nous semblent de plus en plus fabriqués, nous préférons nous tourner vers ceux qui restent, à nos yeux, porteur d’une aura d’authenticité. » Mais quand bien même nos derniers héros seraient ces marins à l’allure authentique, il semblerait que cette édition aurait également annoncé le processus irrémédiable de « peopolisation », ou de « paris-matchisation » de ces figures mythiques. En témoigne le numéro hebdomadaire de Paris-Match du 30 janvier, où figure en couverture la famille Gabart enfin réunie avec François, Henriette et Hugo (tel Ulysse, Pénélope et Télémaque) sous le titre «  Le Petit Prince des Océans ».
Pour poursuivre sur cette vague homérique, voici comment la présentatrice de France 2, Catherine Ceylac, accueillit Gabart et Le Cléac’h (dauphin du Vendée) sur le plateau de Thé ou Café le 9 février dernier :
« Nous avons deux invités, alors vraiment des invités, euh très performants. Ce sont des héros. Vous en avez entendu parler, nécessairement, vous les avez déjà peut-être vu, déjà entendu, mais je pense qu’ils vont nous dire des choses différentes. Ce sont nos héros du Vendée Globe : c’est François Gabart et Armel Le Cléac’h. (…) et je me suis dit en le voyant (Gabart) dans les coulisses, en fait, il est normal le garçon! On imaginait un surhomme, 2,20m, 100kg. »
 La présentatrice entendait peut-être par « dire des choses différentes » des révélations sur la libido des deux marins durant la course quand elle leur a posé sobrement la question « Pratiquez-vous l’onanisme en mer ? », qu’elle a dû traduire de façon plus explicite aux jeunes hommes qui ne comprenaient pas le terme biblique employé pour parler de masturbation. On peut se demander si cette question a véritablement sa place sur une chaîne du service public et plus encore dans un média généraliste de masse.
Cette médiatisation s’éloigne du personnage silencieux, rugueux, de la figure littéraire, comme avait pu l’incarner Tabarly et comme l’incarne toujours Francis Joyon (qui avait été victime d’un accident en mer suite à son refus d’accoster à Brest à son arrivée de la traversée de l’Atlantique pour éviter les journalistes et les fans). Ces jeunes navigateurs, charismatiques et hypercommuniquants, ont dû affronter des océans déchaînés et des tempêtes indomptables. Mais c’est en passant la ligne d’arrivée qu’ils se seront confrontés à la plus redoutable des intempéries : la rafale médiatique.
Pendant ce temps, les retombées médiatiques de cette Odyssée ont été évaluées à près de 145 millions d’euros. Double performance : sportive et médiatique ; qui devient ainsi mythique.
 
Margaux. Le Joubioux – envoyée très spéciale  du Celsa Voile aux Sables-d’Olonne.
                    
Le Celsa voile est l’association de voile du Celsa qui rassemble une quinzaine d’étudiants engagés dans la 45eme édition de la Course Croisière EDHEC. Cet évènement sportif étudiant se déroulera à Brest en Avril, et sera l’occasion de porter les couleurs et les valeurs de leur école sur l’eau, aux manœuvres d’un Dufour 34, ainsi qu’à terre lors de tournois sportifs. Si vous souhaitez soutenir le Celsa Voile, n’hésitez pas à rejoindre l’équipe sur Facebook et à nous contacter par mail celsa.voile@gmail.com
 
 
Sources :
-Libération- articles du journaliste sportif Jean Louis Le Touzet
– Emission du Thé ou Café sur France 2
– Le site officiel du Vendée Globe
 

Société

Un peu trop Norman activités…

 
Le 30 janvier 2013 signe la sortie de Pas très normales activités, réalisé par Maurice Barthélémy, ex-Robin des Bois, et dont l’acteur vedette est Norman Thavaud. Avec ou sans patronyme, vous connaissez tous Norman. C’est le petit malin qui fait des vidéos sur le net depuis quelques années déjà, et qui rencontre, il faut le dire, un certain succès dans le domaine (plus de 200 millions de vues sur sa chaîne youtube, il n’y a pas de quoi en rougir). On s’attendait donc à ce que Norman, très mis en avant pour la promo du film, soit brillant, étincelant, ou au moins drôle à l’écran. Que nenni, les critiques négatives fusent, et le jeune Youtuber de 25 ans n’échappe pas aux affres de l’acharnement médiatique.
Laissons de côté les critiques sur le potentiel humoristique de la chose, puisqu’il appartient à la subjectivité de chacun d’en juger, contentons nous de nous concentrer sur les critiques, qui, à mon avis, apparaissent comme les plus pertinentes et les plus justifiées. J’en retiendrai surtout une : un problème de format. Si Norman est un as de la saynète dans son salon pour nous parler de la très fameuse « génération Y », dont lui et la majorité de ses fans font partie, il aurait été judicieux de ne pas reproduire ce format au cinéma, encore moins pour un long métrage. Que je vous explique : le film consiste à un scénario très simple, un jeune couple dans une maison très isolée, avec un pervers et un muet. Mais ce qui frappe est surtout l’omniprésence de Norman, filmant ses propres aventures et reproduisant ainsi le format qui lui a valu son succès. En résulte forcément un film complètement décousu, une sorte de patchwork de vidéos plus ou moins drôles, qui ne convient pas à la plupart de ses spectateurs.
Donc, avouons-le, c’est un raté. La communication n’est pas la même sur youtube que sur un écran de cinéma (une évidence qui n’a pas l’air d’en être une avec Pas très normales activités), et l’erreur a sans doute été de vouloir trop miser sur Norman et sur son socle de popularité déjà solide. La preuve dans cette bande-annonce du film :

C’est bien simple, on ne voit que lui. L’objectif sans doute : attirer les abonnés de sa chaîne youtube au cinéma, et leur donner ce qu’ils attendent, du Norman en long, en large et en travers. Mais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué est rarement une bonne idée, et pour cause, les fanatiques de Norman fait des vidéos n’ont pas nécessairement adhéré au film (et c’est un euphémisme). La preuve en est de leurs multiples commentaires sur Internet. Là où en effet, le film n’a pas fait de flop, c’est sur la profusion des feedbacks. Les anti-Norman contre les pro-Norman s’opposent et se répondent dans des termes pas toujours élégants ni tout à fait raisonnés parlant plus de l’image de Norman que du film en lui-même. Pour ceux qui comme moi, adorent lire les commentaires des youtubers, allez voir c’est un plaisir. Cela dit on ne peut leur en vouloir quand la promotion du film visait surtout à faire la promotion du jeune acteur, on peut dès lors dire que tout cela a échoué.
D’autant plus que les critiques sur le comportement de Norman vont également bon train. Aurait-il pris la grosse tête ? On a en effet l’impression qu’il fuit les interviews et se dispense de répondre aux critiques avec une attitude nonchalante, qui, loin de les faire taire, ne fait que les amplifier et n’assure pas vraiment une hausse de sa popularité. Le web-humoriste qui gardait un lien pourtant très fort avec les internautes, en répondant à leur demande et en leur fournissant des vidéos sketchs qui correspondaient à leurs attentes, semble se détacher de ses fans. Cependant, nous pouvons aussi voir ici une lacune en matière d’accoutumance aux médias. Si le jeune homme maîtrise la sphère 2.0, il n’en a pas moins du mal à faire face à la télévision et au cinéma. Peut-être n’a-t-il pas pris « le melon », mais il en a l’air ; il s’en excuse parfois, en expliquant qu’il a du mal à se faire à sa nouvelle notoriété, et qu’il est difficile de faire face à l’ampleur des projets qu’on lui propose. Son apparition sur Canal+ en avril 2012 avait déjà soulevé les interrogations des internautes, notamment parce qu’il faisait un signe « west coast » à la caméra sans raison apparente. Ses apparitions télévisées, comme celle de Touche pas à mon poste se soldent toujours par une foule de critiques négatives, même de la part de ses fans, à l’instar de la plupart des journalistes.
La notoriété de Norman s’est faite grâce à un format particulier de média et elle apparaissait alors comme justifiée. Mais dès lors que le jeune homme s’aventure au-delà de ses limites, comme ont pu le faire les deux protagonistes de Dix minutes à perdre avec Shitcom sur Canal+, le résultat n’est pas bon et lui nuit particulièrement. Un problème d’adaptation sans doute qu’on ne pourrait lui reprocher s’il ne s’y aventurait pas.
Moralité :
Si ton succès tu veux garder,
En voulant à tout toucher,
Apprends à te renouveler !
 
Noémie Sanquer
Sources :
L’Express
Première
Sens Critique
Francebienvenue02.com
Jeuxvideo.com

Société

Air France s’attaque au low cost

 
« Avec les prix minis, Air France vous rapproche »
Après une montée en gamme lancée en octobre avec une nouvelle offre destinée aux clients voyageant en Business et en Premium Economy, Air France, réputé haut-de-gamme et élégant, lance une nouvelle offre « Mini » afin de concurrencer les compagnies low cost. Depuis quelques mois en effet, l’affichage placardé dans le métro parisien propose de rapprocher les gens à prix minis. La compagnie propose des billets à partir de 49 euros pour 58 destinations en France, en Europe et dans le bassin méditerranéen. Pour cela, elle s’est fondée sur le résultat d’une étude montrant que pour 60% des clients, le prix est un facteur déterminant dans le choix de voyage. L’objectif est donc d’assurer plus d’accessibilité et plus de visibilité à la marque, afin que ceux qui ne prenaient plus l’avion le reprennent à nouveau grâce à ces tarifs plus abordables. Aussi la marque cherche-t-elle à élargir sa clientèle. Les billets sont vendus pour des vols courts et moyen-courrier au départ de Paris-Orly, Marseille, Nice et Toulouse, et peuvent être réservés depuis le 7 janvier. L’offre “Mini” ne permet pas d’enregistrer de bagages. Le succès a été au rendez-vous puisque le site Air France était déjà saturé lors du lancement de l’offre. Alexandre de Juniac, PDG d’Air France, souligne qu’elle est destinée à améliorer les résultats de la compagnie.

Hop ! La nouvelle marque low cost d’Air France
En plus de cette nouvelle offre, Air France lance sa nouvelle marque Hop ! . Dans le secteur très concurrentiel du transport aérien, la compagnie française cherche à surpasser les compagnies low cost rivales avec près de 530 vols par jour. Hop ! est né de la fusion des filiales Britair, Regional et Airlinair, un peu à la manière d’une marque ombrelle des offres low cost d’Air France. A partir du 31 mars, Hop ! proposera une tarification nouvelle, avec une offre commerciale à trois niveaux : Basic (sans bagage), Basic Plus et Maxi Flex (avec possibilité de changement d’horaire). Plus on réserve à l’avance, moins c’est cher. Lionel Guérin, nouveau directeur de Hop !, explique qu’il s’agit d’inventer un nouveau modèle commercial en rupture, le but étant de développer le concept d’un “transport mobile, rapide, au plus près des gens et qui offre plus de service(…). L’’avantage de Hop ! ce sera la fréquence des vols, le maillage du territoire et le nombre des destinations proposé”. Il précise en outre que la différence principale de Hop ! avec les autres compagnies low cost réside dans la possibilité de faire un aller-retour dans la journée. Une campagne de communication de 2 millions d’euros accompagnera le lancement de la nouvelle marque.

La promesse de Hop ! se positionne en rupture avec les codes traditionnels de l’aérien ; c’est l’agence H qui a été chargée de la campagne de lancement. Celle-ci présente l’avion comme le trait d’union entre deux businessmen, entre un enfant et ses grands parents ou encore entre un golfeur et son caddie. La campagne se décline à travers la presse, l’affichage (du 4 au 19 février), la radio, sur internet et sur les réseaux sociaux. L’univers graphique en 3D de la campagne diffère de manière radicale de la communication dans les secteurs de l’aérien. D’après l’agence H, le nom Hop! évoque « la rapidité, l’agilité, le rebond. Accolé à un point d’exclamation penché, qui symbolise le décollage d’un avion, Hop ! marque sa volonté d’être toujours en mouvement. » Le logo de la marque a été créé par l’agence Brandimage et apparaît sur les 98 appareils. La signature « faire un saut d’une région à l’autre » quant à elle met en avant la simplicité.

Cependant on peut émettre quelques réserves à l’encontre de cette campagne sur le plan communicationnel. En effet, d’aucuns ne manquent pas de faire remarquer sur les réseaux sociaux que sur le visuel principal de la campagne, un enfant embarque seul, dans un avion en « plastique », et la grand-mère aborde un air soucieux… Tous ces éléments ne sont pas des plus rassurants pour un voyageur anxieux. D’autre part, le nom « Hop ! » se veut synonyme de mobilité, de simplicité et d’action ; mais pour beaucoup cette onomatopée reste empreinte d’une connotation « cheap » qui contraste avec les campagnes d’habitude plus raffinées et élégantes de la compagnie.

Air France et la communication
Les publicités Air France sont bien connues, de même que la signature « Faire du ciel le plus bel endroit de la terre ». Petite analyse des campagnes Air France en général : la compagnie cultive une image hédoniste et sophistiquée elle apparaît comme ce qu’Alain Roussel appelle un « concentré de la France » – à savoir un art de vivre, de l’élégance et du raffinement. Les visuels constituent généralement de véritables odes à la sérénité : de fait, le voyage est assimilé à un moment magique. Air France développe une nouvelle conception du voyage, mettant l’accent sur le plaisir et non plus sur le transport. De plus, il s’agit d’installer le passager au centre du discours de la compagnie, qui se veut à son service ; néanmoins la cible réelle se compose principalement de businessmen. Une originalité des campagnes Air France par rapport aux autres compagnies aériennes tient au fait que, si le passager est constamment présent, il n’est jamais mis en scène dans l’avion. On observe un lien permanent entre ce qui se passe sur terre et dans l’air. Aussi la compagnie française se place-t-elle dans une logique d’espace, de respiration et d’élégance.
La publicité « L’Envol » a notamment marqué les esprits : il s’agit d’un spot-film sorti en Septembre 2011 qui constitue une véritable métaphore poétique. Le chorégraphe Angelin Preljocaj y met en scène les danseurs Benjamin Millepied (vu dans « Black Swan ») et Virginie Caussin, qui évoluent avec grâce sur un immense miroir reflétant un ciel pur. De fait, c’est dans le désert d’Ouarzazate qu’a été installé pendant une semaine un miroir gigantesque – 400 mètres carrés – pour les besoins du spot, réalisé sans effets spéciaux. Les codes graphiques (le bleu, le blanc) et créatifs (la délicatesse des mouvements) permettent d’identifier la marque dès les premières secondes du film. Aussi les danseurs évoluent-ils en toute confiance entre ciel et terre, à travers une métaphore poétique de l’envol, du transport et de l’abandon sur le Concerto pour piano n° 23 de Mozart. François Brousse, directeur de la communication d’Air France, explique jouer sur le registre de la métaphore « car montrer le produit, c’est-à-dire l’espace confiné d’un avion, des sièges à peu près identiques à ceux de la concurrence, n’a pas grand intérêt ».

Air France propose avec « l’Envol » une magnifique publicité qui joue sur l’émotion du spectateur. Le soin apporté à l’image et l’esthétique tire la compagnie vers le très haut de gamme. La campagne avait en effet pour but de faire face à des enjeux de poids : écart de compétitivité croissant avec ses principaux concurrents, alourdissement de la dette, gel des embauches, etc.
Avec Hop !, Air France se démarque donc très clairement de ses campagnes précédentes et se positionne en rupture par rapport à son univers traditionnel. Ce passage d’une atmosphère onirique et éthérée à une ambiance bien plus triviale jouant sur le registre du dessin animé-pâte à modeler saura-t-il convaincre les consommateurs ? Il se pourrait bien que les habitués d’Air France n’adhèrent pas pleinement à ce virement low cost. Reste à savoir si la nouvelle campagne relèvera le défi d’un élargissement effectif de la clientèle.
 
Clara de Sorbay
Sources :
Air France
Ac-noumea.nc
France Bleu
Le Monde
E-marketing.fr, ici et là.
Minterdial.fr
Le Point
Crédits photo : © Air France

Société

Tout ce que l’on peut rater en lisant le journal…

 
Les journaux sont-ils toujours aussi puissants ? Le public est-il toujours aussi réceptif à la presse écrite ? Que penser de l’essor des versions numériques face aux versions papier ? En réalité, où en est la presse écrite aujourd’hui ?
Alors que le monde consomme de plus en plus d’écrans, une vidéo voit le jour sur Youtube, le 20 décembre 2012, pour tenter de raviver la flamme et l’importance de cette presse écrite dans les consciences : « 6 things you can miss while reading a newspaper ».
Elle est le résultat d’une alliance entre Newspapers Work et Duval Guillaume Modem – élu Agence de l’année 2012 – qui se sont fixés pour but de prouver de quoi les journaux sont capables. La campagne a démarré à la rentrée, dans le sillage de la publication des chiffres du Centre d’Information sur les Médias, et tente progressivement de nous convaincre par des actions concrètes. L’objectif est clair, donner encore plus de puissance à la presse quotidienne.
A l’origine, il y a cet accord commun des éditeurs de journaux belges qui se sont réunis pour créer cette plate-forme marketing, Newspapers Work, afin de promouvoir les valeurs et les forces de leur média en général et des éditions papier en particulier. Leurs missions et leur ligne éthique sont explicitement présentées :

Prouver le pouvoir de la presse écrite
Voir un homme en feu perturberait-il votre lecture ? Quid de votre chauffeur enlevant son pantalon ?
C’est autour de ce type d’exemples que cette vidéo se construit pour illustrer la puissance des journaux imprimés et leur effet sur leurs lecteurs. Dès les premières secondes, le cadre et la question sont posés : « Les journaux sont-ils capables de retenir l’attention de leurs lecteurs ? »

Pour tester cette hypothèse, trois publicitaires ont reçu une voiture avec chauffeur et un journal : Sigrid Van Den Houte de Telenet, Walter Torfs de BNP Paribas et Yves de Voeght de Coca-Cola. Malgré la série de situations improbables à l’extérieur de la voiture, comme un homme en costume d’ours au volant d’une décapotable, un astronaute qui traverse la rue, ou encore un motard déguisé en indien, le trio ne lève pas les yeux du journal…
« Attirer l’attention des gens et la retenir ? C’est ce que font les journaux. » conclut la vidéo, fière d’avoir démontré la capacité unique de la presse écrite à capter et maintenir la concentration de tous. Sur le site, le propos est affiché noir sur blanc : « Promettre, c’est bien. Prouver, c’est mieux. Beaucoup mieux. Voilà pourquoi Newspapers Work, ne veut pas EXPLIQUER la force des journaux, mais bien la PROUVER. »
Alors que toute l’introduction de l’œuvre Que sont les médias ? de Rémy Rieffel tente de relativiser la mythologie qui existe autour du « pouvoir des médias » tant décrié qu’admiré, la presse écrite belge sort ici ses griffes et s’impose sur la scène virale pour défendre cette fameuse force des quotidiens…
La forme de mini documentaire est ici très pertinente et offre une illustration du concept de dépublicitarisation : à l’instar de la télé-réalité, voire d’une caméra cachée, avec toute sa dimension intimiste et son impression d’images « volées », voire « dévoilées », qui parle au public, le message n’en est que plus clair. Dans la continuité de son succès viral avec « Unlock the 007 in you » ou « A dramatic surprise on a quiet square », l’agence Duval Guillaume utilise le théâtre de la rue pour s’adonner à ses expériences presque sociales et démontrer son propos. Il s’agit bien de faire la promotion – de manière subtile et quasiment niée – d’un objet de culture qui, dans les consciences collectives, est habituellement détaché du monde économique de la publicité.
Un coup de maître
A l’heure du grand débat sur le financement des médias, particulièrement de la presse écrite, quoi de mieux qu’une alliance avec le monde du marketing pour se redonner un petit coup de peps ?
Lorsque des journaux subissent la crise de manière radicale, à l’image du quotidien espagnol El Pais et son plan social foudroyant, ou encore la disparition de France-Soir, des partenariats et projets originaux voient le jour, comme cette campagne. Malgré le paradoxe que peut susciter l’union entre les lois du marketing et l’univers de la presse, cette vidéo semble vouloir prouver que l’un peut soutenir l’autre, par le concept de Newspapers Work mais aussi par l’alliance avec Duval Guillaume. Il ne s’agit plus de commenter cette illusion que les médias ne s’inscrivent pas dans une logique économique ni de critiquer l’interdépendance entre les journaux et la publicité, mais bien de revenir à l’essence même de la presse. Car Newspapers Work défend une approche qui coupe court au débat en dédiabolisant le rapport aux annonceurs : les quotidiens offrent finalement bien plus qu’une grande audience, ils renforcent l’impact qualitatif des campagnes publicitaires elles-mêmes.
Est-ce vraiment crédible ?
L’argument principal est critiquable : n’existe-t-il aucun autre moyen de capter l’attention des gens de manière aussi efficace ? Nos trois publicitaires ne seraient-ils pas tout autant captivés par un film par exemple ? Ou plus encore, seraient-ils tout aussi attentifs au même journal sur une tablette numérique ? Avec l’essor de cette numérisation de la presse, il y a la question du contenu face à la forme : est-ce le fond et sa qualité qui retiennent l’attention ou bien le rapport avec cette presse papier ? L’exemple des journaux gratuits, qui captivent tout aussi bien leurs lecteurs le matin dans le métro, légitime la réflexion sur la relation particulière avec la presse écrite alors que le contenu est largement critiquable en matière de qualité.
Un autre débat est soulevé par de nombreuses critiques sur Internet, autour d’une mise en scène beaucoup trop tirée par les cheveux pour être crédible. De plus, le choix des sujets de l’expérience accentue l’impression de fausseté : ce sont des publicitaires, qui semblent plus aptes à être concentrés sur des journaux de par leur environnement, leur métier et leurs centres d’intérêt… Un lecteur lambda dans les mêmes conditions serait-il toujours aussi fasciné par un quotidien ?
 
Laura Lalvée
Sources :
Newspaperswork.be
Telerama
Business Insider