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Société

Jacques a dit : « Triez de plaisir »

 
« Et si vous pimentiez vos relations avec les déchets ? Découvrez les plaisirs du tri sans complexe » Voilà la promesse de la nouvelle campagne de sensibilisation au tri sélectif lancée par la métropole d’Angers. Revisitant le Kamasutra en 12 positions de recyclage, lejustetri.fr cherche à capter spécifiquement l’attention des étudiants, très présents dans la ville, pour donner enfin un côté “sexy” au tri des déchets.
 
Sexe et communication, ça marche à tous les coups ?
Utiliser les connotations sexuelles pour convaincre, ce n’est pas nouveau. Déjà en 1939, dans Le viol des foules par la propagande politique, Serge Tchakhotine mettait en évidence la manière dont l’utilisation des pulsions pouvait servir une cause idéologique, et parmi elles il comptait la pulsion sexuelle.
À présent employé de manière beaucoup moins subversive, le sexe reste un ressort de communication fréquemment utilisé. Et quoi de mieux quand il s’agit de toucher la cible spécifique des jeunes, cette espèce mutante en permanence livrée à un déferlement hormonal incontrôlable ? En effet, comme l’affirme sans complexe Olivia Dansette, responsable de fabrication à Liner Communication, l’agence qui a réalisé cette campagne : “Le plaisir sexuel est l’une des préoccupations des jeunes, c’est bien connu. Nous avons donc proposé une campagne décalée et ludique, qui devrait permettre de les interpeller plus facilement.”
Une assimilation qui paraît un peu simpliste. Mais se défendant de tout côté scabreux, cette opération n’aurait que pour but d’enclencher le dialogue avec les jeunes. Le site Internet s’accompagne en effet d’une tournée au contact des étudiants dans les principales universités angevines avec, au programme, théâtre de rue (le “Trishow”), distributions de badges et de tracts informatifs…
 
Un site Internet difficilement recyclable
Toutefois, au-delà des petits jeux et tests extrêmement bien conçus et interactifs, on regrette tout de même un peu que l’information n’aille pas jusqu’au bout de sa mission. Impossible par exemple de récupérer sur le site Internet un petit récapitulatif des bons gestes à adopter, qui en gardant un ton humoristique aurait pu être placé facilement sur le frigo des étudiants. À vouloir jouer sur le ludique à tout prix, lejustetri.fr constitue donc un outil de sensibilisation selon moi trop éphémère, négligeant le fait que c’est devant sa poubelle que l’on se retrouve désarçonné à devoir trier, plutôt que devant son écran d’ordinateur.
 
Un enjeu d’image pour la métropole d’Angers
Mais au-delà du tri sélectif, il ne faut pas oublier le retentissement que peut avoir une telle campagne pour Angers et sa métropole. 
Avec des campagnes telles que « Je veux Metz » ou encore « L’Aisne it’s open », les villes et agglomérations rivalisent d’originalité pour attirer les jeunes talents.
Ainsi pour Angers Loire Métropole, capitale européenne du développement durable, cette campagne est aussi un enjeu d’image pour se montrer comme une ville dynamique et innovante, afin de continuer à attirer des étudiants mais également de jeunes actifs.
Les petites vidéos proposées sur le site sont d’ailleurs astucieusement tournées dans des lieux touristiques de la ville d’Angers, tel un placement de produit discret. De même, cette opération est lancée stratégiquement un mois avant “Made in Angers”, le gros évènement annuel qui vise à promouvoir l’économie angevine et ses filières stratégiques, dont bien évidemment le développement durable.

Judicaëlle Moussier

Société

Graph Search m'a tuer

 
Le 15 Janvier dernier, Facebook présentait sa nouvelle fonctionnalité : le Graph Search. L’idée est simple. L’internaute peut y rechercher à peu près tout et n’importe quoi mais de manière très précise. La base de données ? Tout ce que nous aimons, toutes les pages que nous suivons, nos photos, les endroits où nous nous sommes géolocalisés… Il est disponible en version béta uniquement pour les utilisateurs anglais qui se sont inscrits sur la page dédiée. Mais la nouveauté fait déjà polémique en France et interroge : pourquoi Facebook lance-t-il un tel produit à ce moment précis alors qu’il fait toujours l’objet de polémiques sur ses critères de confidentialité ? Analyse.
La nécessité de révolutionner Facebook
Il faut dire que Facebook a connu des jours meilleurs. Toujours empêtré dans une polémique ou deux sur la confidentialité des donnés, il génère de plus en plus de méfiance de la part des utilisateurs. Rappelez vous à cet égard cette étrange polémique sur les messages privés soit disant rendus publics.
Aux États-Unis, une étude récente montre que la population se lasse de plus en plus du réseau. 61 % des utilisateurs interrogés ont confessé s’être déconnectés plusieurs semaines. Manque de temps, perte d’intérêt… On s’ennuie de plus en plus sur Facebook. C’est un problème car le réseau est de moins en moins vu comme un outil incontournable. Et parallèlement, d’autres réseaux comme Pinterest, Google+ et surtout Twitter montent de plus en plus. La concurrence est rude.
L’âge d’or de Facebook est derrière lui. C’est compréhensible : le temps de la découverte est fini. On ne ressent plus l’excitation de la nouveauté, l’impression d’être sur un site Internet à la pointe de la modernité quand on s’y connecte, contrairement à ce qu’il était en France en 2008/2009.
Nuançons : le réseau reste toujours extrêmement fréquenté, c’est indéniable. Le géant semble à l’heure qu’il est, inébranlable. Voir Facebook fermer un jour reste, actuellement, du domaine de la science-fiction. Mais pour éviter une perte d’utilisateurs conséquente qui arrivera un jour si rien ne se passe, Facebook décide d’innover. Le Graph Search dans ce contexte est une révolution qu’il fallait faire pour que le roi des réseaux ne perde pas sa première place.
Le Graph Search est une bombe à retardement
Mais il pose d’énormes problèmes. Et cela pourrait très vite dégénérer.
Il y a, bien sûr, l’éternel problème de la confidentialité du réseau. Car pour l’instant la nouvelle fonctionnalité devrait être étendue pour tous les utilisateurs. Tout ce que nous avons publié et aimé depuis notre inscription pourra faire l’objet d’une recherche. Le problème de Facebook est situé dans la communication qu’il fait autour de la confidentialité. Leur credo en la matière pourrait être le suivant : « vous pouvez tout rendre privé, c’est disponible mais il faut chercher. » La communication autour de ces paramètres existe, une page a été dédiée au moteur mais il faut aller les chercher. On peut donc rendre nos likes et nos photos privés, on peut éviter de se géolocaliser à tout va.
Le Like au cœur du réseau social
Mais franchement, à quoi ça sert ? Si on décide de ne plus partager nos photos et nos likes, qu’est ce qui différencie Facebook d’une plate-forme de mail ? Les photos peuvent certes être gérées par d’autres réseaux. Mais l’interrogation est surtout de mise pour le service des likes, existant depuis le 9 Février 2009. Voilà sans doute la seule et unique énorme révolution faite par Facebook. Le bouton est devenu l’essence du réseau.
Véritable outil d’interaction, ce dispositif recouvre désormais énormément d’usages. Je vous recommande la lecture de ce bel article proposant une typologie des différents likes. Qui voudrait rendre privés ses likes dans ce contexte ? A quoi ça servirait de liker juste pour soi ?
Pourtant souvenons-nous : à l’origine le like ne recouvrait pas autant d’usages. Je me rappelle surtout de cette mode courant 2010 qui visait à liker à peu près tout et n’importe quoi, si possible des pages pratiquant la dérision et l’humour noir pour faire rire les amis. J’ai ainsi redécouvert que j’avais aimé par exemple « monter dans la voiture d’un inconnu en sortant de l’école » (32 623 fans actuellement), une page douteuse appelée « moi, mes problèmes je les règle avec une scie et des sacs plastiques » (70 704 fans) ou encore le très moyen « Chérie, n’oublie pas ta pilule, on n’a plus de place dans le congélateur » (89 447 fans).
Or ces likes du passé, enfouis tout au fond de ma Timeline remonteront à la surface avec le Graph Search et mon e-réputation en prendra un coup.
Mais le problème est bien plus profond et plus grave : le moteur deviendra l’outil de stalking ultime, le meilleur moyen de découvrir des dossiers croustillants sur vos amis. Mais votre boss, lui, pourra faire la même chose si vous avez fait l’erreur de l’ajouter ou si vous aimez la page de l’entreprise pour laquelle vous travaillez. Ainsi, le Community Manager pourra s’il le veut venir fouiner et découvrir des choses qui pourraient ressortir au mauvais moment. Et pour les activistes de pays dictatoriaux ? On pourra très vite vérifier quelles sont les personnes qui ont aimé il y a quelques années telle ou telle organisation révolutionnaire.
Le Graph Search rend visible l’invisible
Il y a de manière peut être plus anecdotique un autre problème posé par  le Graph Search. Il est nouveau en ce qu’il propose de manière publique un outil de tri de toutes nos données. Mais cet outil n’est pas nouveau. Il est utilisé depuis longtemps par le réseau pour vendre nos données à des entreprises dans le but de créer des publicités extrêmement ciblées. Le problème est que l’outil va rendre publique une méthode de tri qui était jusqu’ici invisible. Les utilisateurs pourraient se rendre compte de ce que sont réellement le ciblage publicitaire, l’ampleur de sa précision et de notre vulnérabilité. Attirer l’attention sur une méthode qui existe mais pour laquelle une politique de l’autruche existe – du côté des utilisateurs – n’est peut être pas la meilleure des idées. Mais c’est un effet secondaire qui pourrait très vite porter un énorme préjudice au réseau.
Le Graph Search pourrait donc vite devenir une bombe à retardement pour Facebook.
On a souvent comparé Facebook à Big Brother. Cette fois, véritablement, la comparaison a lieu d’être. Et si Facebook ne communique pas plus et ne prend pas ces problèmes en compte, ça risque de se passer très mal.
 
Arthur Guillôme
Sources
Le Cercle – Les Échos
20 Minutes
Le Figaro Blogs

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Société

Ghost in town

 
Vous le savez, nos militaires sont au Mali. Le marché local de Bamako était plaisant, mais le reste était encore mieux, ils sont montés au Nord assez rapidement. L’AFP suivait attentivement leur travail. Les photos sont belles, pas de doutes là-dessus. Une a cependant attiré l’attention de tous les bien-pensants.

Ils sont arrivés en foule et trop heureux de pouvoir assouvir leur critique, ils ont souhaité donner une bonne leçon de morale en convoquant de très beaux parallèles entre le domaine du jeux-vidéo, la guerre et le code de conduite d’un soldat. Tout cela en levant haut la pancarte du politiquement correct. Aubaine incroyable et angle d’attaque inespéré : cette photo a su enflammer les débats sur la sphère internet.  Se tenant debout, les mains croisées, le soldat est entouré d’un halo de lumière traversant le nuage de poussière. À sa gauche, un canon de 155 apporte une ligne de fuite qui renforce la profondeur de l’image, tandis que quelques soldats  au second plan apportent le contexte du cliché. Il n’y a pas de doute, l’image semble irréelle, sortie tout droit de Photoshop ou composée par le dernier moteur 3D d’un FPS [1]. Cependant, la photographie n’est qu’une partie de la réalité, elle se focalise, recadre, transforme la scène en proposant un point de vue nécessairement subjectif.
Régis Debray, dans Vie et mort de l’image, analyse la puissance de l’image et son autorité : « La preuve par l’image annule les discours et les pouvoirs. Car l’effet de réalité, optimal sur l’écran vidéo est piégé. Car sans cause. Devant ces images en direct et en temps réel, je passe spontanément de l’autre côté de l’écran, dans le réel enregistré. L’image alors s’abolit comme image fabriquée, la présence pseudo-naturelle se nie comme représentation. Là est la mystification. » Ici se tient la justification de toutes les attaques contre ce militaire… Il est si facile de constater sans analyser. Cette volonté de lancer le bad-buzz, semble ici s’être habilement transformée en un soudain déficit de curiosité. Que se passait-il derrière le photographe ? Pourquoi ce foulard est-il porté ? Quelle est l’histoire de cet objet ? Ici la photographie devient unique, simple, facile. Tronquer ainsi la réalité amène cette impérieuse critique qui semble avoir assailli les grands médias. Le débat fut créé sur ce que l’on a vu, et non sur ce que l’on a su.
Recentrons-nous sur les faits. Un hélicoptère décolle derrière le photographe. Cependant le Mali semble être soumis à une poussière plus importante que dans mon 17m² selon Slate : (http://www.slateafrique.com/82443/mali-bamako-meteo-brume-poussi%C3%A8re). De là, des notions de physiques élémentaires nous amènent à croire que les particules sont soumises à des forces incroyables étant donnés les 4800 chevaux du EC725. Le foulard que porte le militaire français est inspiré du jeu Call Of Duty MWII, dans lequel un personnage, Ghost, porte ce foulard. Un foulard qui est un incontournable chez tous les soldats du monde entier, un look badass pour des jeunes recrues pas très à l’aise quand il s’agit de vider un chargeur de 5.56mm. (Disponible sur ebay : http://cgi.ebay.fr/BALACLAVA-MASK-SKULL-SKELETON-GHOST-CALL-OF-DUTY-MODERN-WARFARE-MW3-BLACK-OPS-/160798987312?pt=FR_Jeux_Vid%C3%A9o&hash=item25705dd430)
Le buzz est donc né rapidement, sans connaître, sans comprendre. Le centre de gestion de crise du ministère a vite réagi en annonçant punitions et « flicage ». Nul regard n’est objectif, nul regard n’est omniscient et personne ne peut connaître le contexte au premier coup d’œil. Le questionnement est légitime, la critique ne l’est pas. Un tel escamotage d’indignations a voulu supprimer la méta-photographie en se focalisant sur un élément loin de la situation. Le fossé entre la symbolique du foulard et la dure réalité d’un conflit armé est trop grand pour oser le parallèle. Une telle illusion épistémologique souligne une sorte d’hallucination contemplative du monde moderne qui se concentre sur le détail en oubliant l’objet lui-même. Finalement beaucoup de bruit pour pas grand chose.
Cet homme au centre de la photographie est un militaire, qui porte un fusil d’assaut, un objet destiné à tuer le plus efficacement possible, le canon à sa gauche a une puissance de 7 millions de joules, la scène se déroule sur un terrain d’opération extérieure, ceci est une guerre.
 
Emmanuel de Watrigant

[1] First Person Shooter : jeu en vue subjective.

Société

Le canapé a fait un bébé tout seul

 
Si vous prenez régulièrement le métro parisien, sans doute avez-vous déjà croisé les « nouvelles » publicités Shurgard. Placardées depuis 6 mois sur le carrelage blanc des voiries, dessinées par l’agence très en vogue du moment « The Crew », elles vantent sur papier glacé les mérites du stockage. Shurgard en effet est une entreprise dite de « self-storage » qui loue des espaces, des box afin d’y placer tous les meubles et/ou objets (utiles ou inutiles) qui prennent de la place et qu’on ne peut gérer momentanément. Pour une surface de stockage allant de 1m2 à 100m2, et ce pour la durée que l’on veut, le concept est simple, personnalisé et sécurisé grâce au loyer mensuel. Garder sans jeter, ou jeter sans garder, la différence est mince et pourtant Shurgard la rend ici évidente avec des prints d’affichage autant colorés qu’épurés où l’humour se taille une grande part de marché.
En dessous d’une moto cylindrée se promènent ces mots « 85 000 km, 130 546 mouches, 3 nanas. » En dessous d’un vieux canapé marron en revanche, on y trouve ceux-ci : « 543 films d’action. 352 films d’amour. Un bébé. » Il faut dire que Shurgard ne s’adresse pas aux minimalistes et fétichistes du désencombrement, la cible est toute autre : ceux qui cultivent une éternelle nostalgie et prêchent un retour mélancolique vers le passé. Shurgard, à travers un chiasme où s’inversent et s’échangent les rapports de pouvoir entre l’homme et l’objet, met en place une rhétorique du temps perdu. Explications.
L’homme prend le pouvoir sur les objets …
Shurgard a choisi de jouer sur le fait qu’il soit difficile de se débarrasser des objets qui ont une valeur sentimentale. Son slogan ne trompe pas : « Vos biens ont une histoire. Stockez-les chez Shurgard. » Pourtant, au-delà de l’impossibilité de se défaire de l’ancien, Shurgard ne va pas tant dans le pathos en cultivant le « avant, c’était mieux ! » L’entreprise préfère plutôt jouer sur une note positive en permettant à l’homme d’accroître sa puissance au delà de ses capacités. Je m’explique.
Entre le choix cornélien qui impose à l’homme de décider entre conserver un objet qui lui est cher (mais qui l’encombre au point de plus pouvoir circuler dans son appartement) et le jeter, Shurgard propose une alternative qui évite la confrontation : l’achat d’espace. Contre la frontière matérielle qui s’oppose à cette volonté de l’homme de tout posséder, Shurgard se positionne comme le « plus » qui s’ajoute, le bonus, le joker qui permet à l’homme de dépasser ses limites. En exagérant, on pourrait presque dire que l’Homme brave la Nature avec Shurgard ; vers la quête de la colonisation d’espace, l’homme qui a de plus en plus besoin de s’étendre et d’étendre ses possessions fabrique des terre-pleins maritimes : c’est dans cette même lignée que s’aligne Shurgard.
… Vraiment ?
MAIS avant tout, si on s’intéresse au contenu visuel du print au lieu de ses symboles, on remarque plutôt la déchéance de l’homme non pas ici face à la machine (Shurgard ne se revendique pas marxiste) mais face à l’objet personnifié à tel point qu’il en dépasse son référent : l’homme. En situation d’inversion carnavalesque, l’homme se retrouve instrumentalisé au service des attributs de l’objet. Plutôt que la toute puissance de l’homme, Shurgard évoque dans ses publicités l’homme pantin à travers une personnification extrême des objets : inversion miroir où l’objet devient la personne et où l’humain devient simple objet instrumentalisé. Le « bébé » ou les « nanas » du canapé ou du scooter ne semblent juste être que des options voire des pions. L’objet-roi devient humain, possédant une histoire, un parcours de vie et étant l’auteur d’actions. L’homme passif s’incline alors devant cet objet devenu « injetable » par sa trop grande valeur et le stocke chez Shurgard …
Le pari est réussi. Dans une entreprise de stockage où l’Objet est au cœur du business et fait vivre les hommes, le porter en haut de l’autel (au détriment d’une dévaluation de l’homme) peut avoir deux symboliques : vouloir relativiser la toute puissance de l’homme de la même manière que ces fameux tableaux intitulés « les Vanités » ET rendre grâce à l’objet sans lequel les hommes ne seraient pas grand chose. Vers une ode à l’objet ?
Avec Shurgard, le tandem homme-machine revisité avec humour fonctionne avec brio.
 
Claire Lacombe
Crédits photo : © The Crew/Shurgard

Société

Jacques a dit : achète-toi une vie

Ou la commercialisation de l’exceptionnel
Et l’anecdote insolite de la semaine est : la demande en mariage d’un Parisien à sa belle, au moyen d’un film tourné… dans l’Espace. La mise en scène repose sur l’envoi d’un ballon météorologique affichant une photo du couple et ladite demande écrite. Cerise sur le gâteau nuptial, sa blonde décrocherait un record, à savoir « la première femme de l’Histoire à avoir été demandée en mariage dans l’Espace ». Quitter le commun terrestre pour atteindre une autre dimension, c’est bien ce qui s’appelle sortir du lot. On touche ici le paroxysme de la recherche de distinction, que supposent les déclarations valentinesques du fameux 14 février. Pléthore d’offres sont évidemment faites pour aider les amoureux à marquer le coup. Ce qu’il y a d’amusant dans l’histoire, quoique légèrement navrant, c’est la commercialisation de l’exceptionnel, organisée autour de la parole amoureuse, censée être unique et propre à l’histoire de chacun.
De fait, un SMS semble trop froid et impersonnel. Il rappelle la banalité du quotidien. La lettre se démarque alors par son petit côté désuet, ou cérémoniel. Pourquoi cependant s’embêter à noircir brouillon sur brouillon ? La société de consommation, par définition, vous mâche le travail. En effet l’un des ressorts majeurs de tout business est de simplifier la vie du consommateur. On la lui livre en kit, comme les meubles Ikea. Dans le cas présent, voici un florilège des propositions écloses récemment, sans égard parfois pour le bon goût…ou le bon sens : la Poste édite ainsi un timbre spécifique à l’occasion de la Saint-Valentin, et ne se gêne pas pour épuiser le filon, avec timbre et carte postale personnalisables depuis son Smartphone. Du côté des applications justement, on trouve de tout. Prenez Angela et Tom par exemple, qui vous crée de mignonnes petites cartes, où “La Saint-Valentin d’Angela” met en scène une chatte et son prétendant, Tom, dans diverses situations, “à partager entre amoureux, par e-mail ou MMS.” Un couple de matous virtuels se fait donc l’intermédiaire de vos sentiments amoureux. Le comble de l’absurde est atteint par l’application iThinkOfYou, qui propose différents outils de communication instantanée comme un chat privé ou l’envoi de mots doux agrémentés d’animations “afin de rappeler à n’importe quel moment de la journée à la personne qu’on aime que l’on pense à elle”…que le Smartphone pense à elle, oui !
Quant à la demande en mariage, parole amoureuse solennelle par excellence, le site apoteosurprise.com tient la gageure de magnifier ce moment inimaginable, magistral et magique… à deux doigts de détrôner Marraine la bonne fée. C’est ce même site – né il y a six ans- qui organise l’expédition spatiale de la demande en mariage le 14 février prochain. Toute attention amoureuse est digne d’être spectaculaire, le créateur du concept, “véritable professionnel de la déclaration d’amour” selon ses propres termes, l’a bien compris. Cette parole est devenue un enjeu, une sorte d’examen à réussir si l’on s’en réfère à ses explications : les hommes [sont] démunis lorsque approch[e] l’instant fatidique et redouté de demander la main de leur bien-aimée”. Tout de même, 80% des femmes sont déçues par la demande en mariage qu’elles ont reçue ! Un vrai challenge à relever, somme toute exclusivement masculin. Le créateur de l’entreprise se réjouit, en sauveur de l’humanité, de proposer un “catalogue enchanteur” dans lequel il a “conçu 30 scénarios romantiques clé-en-main” (une vie en kit on vous dit). L’amoureux pourra tirer toute la gloire qu’il veut de sa pseudo-initiative, puisque l’intervention d’Apoteosurprise restera de l’ordre du secret professionnel. “Tout est étudié et élaboré de façon à ce que le créatif et le romantique, aux yeux de votre amoureux(se), ce soit VOUS.” Rien de tel en effet pour la solidité du couple que de bâtir leur mariage sur un mensonge. L’engagement mutuel est une affaire sérieuse, c’est pourquoi il a concocté pour ses ouailles un cocktail explosif disneylando-scientifique.
Car le meilleur est à venir : « L’un de mes secrets est de savoir créer, pour chaque scénario, un véritable pic d’émotions, expertise que j’ai développée avec le concours de psychosociologues spécialistes de la relation de couple. (…) Pour provoquer un tel sommet se sensations, chaque scénario doit comporter 3 étapes émotionnelles : une étape suspense, qui suscite, chez votre partenaire, un état d’appréhension et d’excitation devant l’inconnu qui s’annonce, une étape romantique, qui soulage votre bien-aimé(e), détourne son attention et relâche sa vigilance (c’est parce qu’il y a eu une 1ère étape suspense qu’une sorte de “bulle” romantique se crée lors de cette 2ème étape), et, enfin, l’apothéose, qui, au moment adéquat, offre à votre dulciné(e) une avalanche d’émotions digne des plus grands films d’Hollywood ! »
 
Sans commentaire.
Sibylle Rousselot
 
Sources

http://www.metrofrance.com/metro-plus/saint-valentin-une-photo-pour-un-timbre-personnalise/mmaD!6WV9n6a8Bb7B6/
http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Saint-Valentin.-Il-fera-sa-demande-de-mariage-dans-l-Espace_6346-2158447-fils-tous_filDMA.Htm
http://www.apoteosurprise.com/quisommesnous.htm

Blackberry
Société

Vendre la peau de l’ours (canadien) ?

Au terme de deux ans de difficulté, l’entreprise anciennement nommée RIM, rebaptisée BlackBerry à l’occasion, a présenté le 30 janvier la nouvelle version de son système d’exploitation (OS, pour Operating System), BlackBerry10, qui équipe d’ores et déjà deux nouveaux terminaux, le Z10 et le Q10.
Comment la firme, leader incontesté des smartphones il y a encore 3 ans, en grande difficulté face à la montée en puissance de Samsung et d’Apple, a-t-elle mis en scène son retour et pour quel résultat ?
La question est d’importance, parce que c’est une bonne part de l’avenir de BlackBerry qui s’est jouée dans la présentation du 30 janvier, du moins pour ce qui est de sa portée symbolique.
C’était une présentation du directeur général Thorsten Heins, retransmise sur internet en direct, une présentation telle que les a popularisées Steve Jobs sous le nom de keynote ; un exercice dans lequel on a pu voir Xavier Niel au lancement de Free Mobile et plus récemment Stéphane Richard pour la mise sur le marché de la nouvelle Livebox.
Pour BlackBerry, il s’agissait de rassurer d’une part les marchés, de l’autre les utilisateurs, sur sa capacité à être à la pointe de l’innovation et d’assurer le service fiable qui a beaucoup contribué à son succès premier. Il s’agissait également de montrer que l’on avait pris acte des déboires de ces deux dernières années, et de redonner à BlackBerry une unité, une cohésion lui permettant de reconquérir les marchés.
En ce sens, la prestation de Thorsten Heins a été exemplaire : il n’a eu de cesse de saluer et de remercier ses quelques 12 000 collaborateurs. De même la décision de donner un nom unique à l’entreprise, à sa marque et à son système d’exploitation est une façon exemplaire de mobiliser autour d’un objet unique : BlackBerry. On a pourtant senti le directeur général peu à l’aise dans cet exercice particulier, inséparable désormais de toute annonce relative aux nouvelles technologies.
C’est que l’image de BlackBerry a toujours été du côté de la discrétion, comme il se doit pour une marque dont le marché principal a été l’entreprise : rien à voir avec le charisme d’un Steve Jobs ou, plus tonitruant, d’un Xavier Niel.
Un lourd travail a été accompli pour moderniser des terminaux et un OS largement distancés par ses concurrents : des photographies de piètre qualité, une navigation internet bien en deçà de ce qui est proposé aujourd’hui, un catalogue d’applications bien trop pauvres face aux 700 000 applications d’Apple ou au 800 000 d’Androïd… Autant de points critiques sur lesquels BlackBerry a insisté au cours de cette présentation. Rattraper le temps perdu, parfaire le présent, anticiper l’avenir, tels étaient les mots d’ordre : le clavier, tactile dans le cas Z10, physique pour le Q10, a fait l’objet d’un soin particulier en tant qu’étendard de la marque, mais on a pu découvrir des fonctionnalités intéressantes comme le partage d’écran au cours d’un appel vidéo, toute une panoplie de gestes pour interagir avec son terminal, ou encore la possibilité d’accéder à ses messages sans avoir à repasser par un menu centralisé.
À noter également, l’intégration poussée de Twitter, Facebook ou encore LinkedIn, désormais réunis avec les mails et les sms.
On a retrouvé dans cette présentation tous les gènes de BlackBerry : la rigueur, la fiabilité, l’efficacité, mais également une certaine vision de l’avenir sur nos smartphones.
Par ailleurs, émanait de cette présentation un parfum de sincérité : un peu du relatif inconfort de Thorsten Heins et beaucoup de cette belle marque aujourd’hui acculée qui a joué sa dernière carte.
Mais dans ce monde technologique où les évolutions sont fulgurantes et les déclins tout autant, il serait mal avisé de vendre la peau de l’ours (canadien), d’autant que BlackBerry10 et ses deux terminaux sont alléchants, et anticipent la grande versatilité que l’on exige déjà de nos appareils en termes de manipulation, d’usages et d’efficacité.
Parce que c’est toujours un crève-cœur de voir partir à la dérive une belle entreprise, on ne peut que lui souhaiter une année 2013 dynamique, qui, à l’image de son nouveau baptême, tirera un trait définitif sur le passé.

Oscar Dassetto

CRÉDIT PHOTO Justin Sullivan/Getty Images

Société

Briques racistes

 
Jabba The (Dead) Terrorist
Dans la foulée de Django Unchained, voici que de nouvelles (et succulentes) accusations de racisme viennent frapper un grand nom de la culture mainstream.
Il était prévisible que l’usage répété du mot « nègre » dans un film de Quentin Tarantino soit voué à faire des remous. En revanche, il y avait plus de quoi créer la surprise le 19 janvier, lorsque Lego a été visé par une plainte de la Communauté Culturelle des Turques d’Autriche, à la fois dans leur pays mais également en Allemagne et en Turquie.
Quel était donc le grief de la communauté ? Le set « Star Wars 9516 » sorti l’été dernier et représentant le palais de Jabba the Hutt de Star Wars VI « Le Retour du Jedi ».

Les plaignants voyaient en effet une nette incitation à la haine raciale dans la structure du jouet et dans son packaging, avec en bloc : une architecture reproduisant à l’identique (sic) celle de Hagia Sophia (Sainte Sophie) à Istanbul, une tour de garde qui ne pouvait être que l’un des quatre minarets de la même Grande Mosquée et un mercenaire alien placé au sommet de la tour et étant à l’évidence une grossière caricature d’un muezzin à l’heure de la prière. La Communauté Culturelle poursuivait en mettant en garde contre un amalgame potentiel par les enfants entre les musulmans et les criminels sadiques habitant le palais de Jabba – le jouet étant conçu pour les 9-14 ans. On se retiendra de demander quelles conséquences ils associent au film lui-même sur la jeunesse d’hier, Star Wars VI montrant un palais nettement plus réaliste et frappant.

Probablement en raison d’une certaine perplexité, Lego a mis cinq jours à réagir pour finalement délivrer un communiqué le 24 janvier. On y lit en substance et sans grande surprise que la marque n’a jamais compté offenser qui que ce soit, que le palais ne représente que des personnages fictionnels, etc.
Déjà vu
Le communiqué ne faisait nulle mention du possible retrait du set, sans doute à cause du côté anecdotique de l’évènement. Mais, il n’en est pas toujours ainsi. On se souvient des cas de Resident Evil 5 (Capcom, 2009) et Thor (Paramount et Marvel, 2011).
Le premier avait subi les foudres du New Black Panthers Party américain, car la séquelle de la célèbre série de jeux de zombies se déroulait en Afrique, menant à la dénonciation d’ « un Blanc qui tue des Noirs en Afrique ». Malgré une communication de crise réactive, Capcom avait fini par régler la question en ajoutant une héroïne d’origine africaine, qui visiblement n’avait pour sa part rien de choquant dans sa pratique du massacre vidéoludique.

Thor avait quant à lui souffert d’une méfiance semblable au moment de son annonce : une rumeur s’était répandue sur Internet et avançait que la mise en image des dieux nordiques serait une occasion d’exalter le « White Power ». Engageant Idris Elba, dans le rôle de l’être divin Heimdall pour couper court aux critiques, Marvel avait alors ouvert la porte à de nouvelles joyeusetés. Cette fois, le coup était venu de divers groupuscules néo-nazis américains. Ces derniers clamaient que « Marvel continue sa campagne radicale, anti-blanche » en engageant un acteur à la peau noire (lequel ne s’était d’ailleurs pas gêné pour mettre cette accusation en charpie). Au reste, l’offensive continue encore à ce jour en parallèle de la production de Black Panther, nouveau film de super-héros cette fois sans aucun rapport avec l’organisation éponyme.

Jeunesse en danger
Tout cela étant dit, ne mélangeons pas tout. La Communauté Culturelle Turque a été alertée par les craintes sans doute sincères d’un père de famille autrichien. Il avait initialement reçu le jouet de sa sœur pour son fils et l’avait considéré dans cette optique. Rien à voir donc avec l’hystérie néo-nazie vue plus haut. En outre, la crise relativement récente autour de Innocence of Muslims est probablement une raison, parfaitement compréhensible au demeurant, de cette paranoïa.
Il est en revanche remarquable que les producteurs et exploitants de licences fictionnelles aient de plus en plus à se dépêtrer d’amalgames immédiats et faciles et par suite, de condamnations contradictoires. Quentin Tarantino lui-même se défendait avec cet argument dans son interview pour Slate. Il remarquait en effet que The Legend Of Nigger Charley (1972), traitant de l’esclavage comme Django Unchained, avait à l’époque été boudé pour ne pas être allé assez loin dans la dénonciation. On observe la même inversion absurde que pour le cas de Marvel, à tel point que la promotion de ce type de productions semble maintenant devoir prendre en compte la moindre interprétation déplacée.
Alors, comment éviter des Flops plus ou moins graves, comme ceux que nous avons passés en revue ? Il est évident que le classique « il s’agit d’une œuvre de fiction » n’a plus beaucoup d’efficacité. L’interconnectivité d’Internet est certes incontrôlable par les marques, mais elle ne peut être le seul coupable. Le bouche à oreille fonctionnait tout aussi bien par le passé pour créer des effets d’indignation. Mais ce sont les causes de ces indignations qui prennent des formes inédites : les jouets, le jeu vidéo…
Les exploitants de licences fictionnelles sont peut-être face à un choix draconien : aplanir leur propos et leur créativité selon une logique inexorable, ou devenir assez tentaculaires sur les réseaux pour pouvoir combattre de telles crises.
 
Léo Fauvel
Sources :
7sur7
Purepeople.com
Ozap.com
Le communiqué de la Communauté Culturelle des Turques d’Autriche

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Société

« Twitter pour les nuls », les leçons de Mario Monti

 
Avec Twitter, une barrière est tombée : le politique parait accessible. Nombre de responsables politiques ont désormais investi le terrain. On estime ainsi à 200 le nombre de comptes Twitter utilisés par des politiques.
Quand Twitter devient l’incontournable d’une campagne politique
Mario Monti a récemment décidé d’entrer dans le cercle de ces politiques « in ». En pleine campagne pour les législatives, télévisions, radios, réseaux sociaux, rien n’échappe à sa nouvelle stratégie de communication.
L’homme qui déclarait détester l’exercice des meetings politiques a trouvé l’alternative, en créant un compte sur Twitter (@senatoreMonti), actif depuis le mois de décembre, et qui a franchi la barre des 16 000 abonnés en seulement quatre jours.
Deux motivations principales sont apparues clairement :
Taxé d’homme sévère et austère, Monti a estimé que son apparition sur Twitter lui permettrait de troquer cette image contre celle d’un homme « cool », moderne, et par là, conquérir le vote des jeunes Italiens.
Deuxième motivation, l’envie irrépressible de se distinguer de son prédécesseur Berlusconi, réputé pour son mépris des nouveaux médias – et par la même occasion, s’émanciper de ces dits médias sur lesquels la main mise de Berlusconi n’est plus à démontrer.
Plus largement, les avantages perçus par les politiciens sont multiples :
– se faire connaître : la plupart des politiques sur Twitter sont des élus locaux, souvent absents des grands médias, à qui le réseau social permet une visibilité.
– la désintermédiation : s’adresser directement au peuple, sans passer par le filtre des médias. La prise de parole y est différente. Sur Twitter, on est à l’opposé du formatage du discours.
– Profiter de la vitesse de propagation de l’information et de l’instantanéité, par la diffusion en temps réel de son agenda, ses réflexions ou ses humeurs.
Monti a le tweet facile. Le jour de Noël, un premier message a salué sa propre action : «Ensemble nous avons sauvé l’Italie du désastre. A présent, on va rénover la politique. Se lamenter ne sert à rien, s’impliquer est utile. Relevons la politique ».
Dans cette dernière phrase, Monti a osé un jeu de mot, puisqu’en italien, « Saliamo » signifie autant « nous montons » que « nous salons ». Il veut donc à la fois relever le débat politique et mettre du sel dans ce dernier. La formule a plu, si bien qu’il l’a reprise dans un autre tweet « Ensemble, relevons la politique », et que ce terme lui est depuis largement attribué.

Le 5 janvier, il a même animé un “live” en direct intitulé “#Montilive” pour répondre aux questions des internautes.
N’est pas Twittos qui veut …
Quel a été l’impact de ce revirement ? Finalement, les effets escomptés n’ont pas eu lieu.
L’explication est d’abord numérique. Twitter reste globalement peu utilisé en Italie, notamment en politique ; on estime à seulement 6% le nombre d’utilisateurs italiens.
Par ailleurs, on lui a reproché d’avoir sélectionné les interlocuteurs de son “live” et d’avoir privilégié des journalistes ou des personnes influentes au détriment des citoyens, ce qui est contraire à l’esprit du réseau social.
Enfin, Monti s’est révélé être un piètre utilisateur du réseau social, renforçant l’image dont il avait voulu se débarrasser. En effet, après l’utilisation excessive de smileys et de ponctuation exacerbée (notamment un « WOW » très critiqué), cette surenchère d’émotion, trop décalée, lui a valu plus de moqueries que de reconnaissance. Un mauvais calcul d’image donc.
Un exemple qui relance les critiques concernant Twitter et les politiques
S’adresser directement aux citoyens peut être un atout, mais n’est pas toujours synonyme de meilleure communication politique.
Quelque soit l’utilisation de Twitter, pour que le message soit entendu, il faut qu’il soit repris. Si l’une de ses vertus est de jouer sur la désintermédiation, la parole n’y est pas complètement libérée des médias traditionnels. Les politiques n’y ont pas encore suffisamment d’autorité pour que leurs gazouillis se suffisent à eux-mêmes.
Pour Arnaud Mercier, professeur en sciences de l’information et de la communication, « Une partie des politiques inscrits sur Twitter le sont par mimétisme. Il faut en être parce que ça fait moderne mais certains ne savent pas eux-même pourquoi ils y vont » (Médias et Opinions Publique). C’est en effet l’une des règles d’or du tweet politique, règle à laquelle Monti, aux vues du décalage entre son image « Twitterienne » et celle que l’Italie connaît, semble avoir dérogé.
Enfin, l’instantanéité de Twitter a ses limites, et Monti les a testées récemment. Ainsi, vendredi 18 janvier, il s’est vu enterré en un rien de temps par un tweet funèbre « Mario Monti vient de nous quitter. RIP. ». La rumeur a immédiatement enflammé la Toile, appuyée par un nouveau tweet une heure plus tard : « Décès de Mario Monti, les proches de l’économiste confirment ». L’intox est reprise par quelques radios italiennes puis par des médias du monde entier. Ce n’est que tard dans la soirée de vendredi que le porte-parole de Monti a démenti.
Mario Monti l’aura compris, Twitter est une arme … qui peut se retourner contre son utilisateur.
 
Bénédicte Mano
Sources :
La Tribune
Technorati.com
Lalibre.be
Journalismes.info
Courrier International

Société

Jacques a dit : les nuages s'assombrissent

 
Nul ne peut ignorer l’ampleur qu’ont pris les réseaux et les données. On reconnaît aujourd’hui le Big data comme l’un des enjeux majeurs de la société numérique et de son économie. Les utilisateurs manipulent, s’échangent et créent des données mais celles-ci sont essentiellement traitées et détenues par des sociétés privées américaines à l’instar des géants que sont Google et Facebook.
Cette nouvelle économie est aussi vaste qu’elle est complexe. De nombreux acteurs aux profils bien différents s’y croisent. Google et Facebook, par exemple ont tous deux dû diversifier leurs activités de moteur de recherche et réseau social pour correspondre et s’adapter à ce nouvel univers dont ils ont aussi contribué à façonner les contours. Traitement, stockage, partage, transfert… L’industrie des données ouvre sur une multitude de métiers et d’acteurs que nous ne percevons qu’à travers de grands noms comme ceux qui viennent d’être cités mais dont il n’est pas aisé de saisir l’étendue.
La France et plus globalement l’Europe sont en retard dans cette industrie. À la rentrée 2012, deux géants des télécoms, SFR et Orange, annoncent qu’ils vont investir sur le marché du cloud. Une réaction qui se veut un peu tardive mais qui a le mérite de créer un bond de notoriété à ce marché qui prend de l’ampleur depuis déjà quelques années.
 
Le cloud : du schématique à l’abstrait

Le cloud est un service de stockage de données en ligne qui désigne un contenu dématérialisé rendu accessible depuis plusieurs ordinateurs et smartphones.
Le mot cloud est d’abord un terme graphique qui vient de la forme utilisée par les diagrammes pour représenter un ensemble disparates d’éléments. Ici, ces éléments sont les nombreux services du cloud computing.
Dans la pratique, il existe depuis très longtemps. À partir du moment où nous sauvegardons un document en l’envoyant sur une boîte e-mail par exemple nous faisons du stockage en ligne. Mais il ne s’agit que de l’un des multiples services compris dans ce nuage.

Depuis un moment l’image du cloud semble être activée à nouveau. Popularisée par l’iCloud d’Apple, la symbolique remotivée renvoie aujourd’hui à une autre dimension où pourraient être stockées nos données en toute légèreté. Les tablettes et autres smartphones seraient comme les fenêtres qui donnent sur cet univers souvent illustré par un ciel bleu, paisible malgré quelques petits nuages dans lesquels sont parfaitement bien rangés nos fichiers qui nous suivent en permanence.
 
L’ envers du cloud
Cet imaginaire qui est développé par les professionnels de l’image sont autant d’indicateurs des incertitudes qui règnent face à ce cloud dont on parle tant.
Le mot fait le buzz, l’image est claire, mais ne représente que très peu la réalité. Les datacenters, le lieu physique où se trouvent les données sont bien moins sympathiques et médiagéniques que le cloud. Le stockage prend de la place, le stockage coûte beaucoup en énergie, le stockage implique de faire confiance à l’entreprise qui traite les données, le stockage signifie la perte des données… Toutes ces inquiétudes justifiées ne sont que très rarement prises en compte par les acteurs dominants sur le marché. Il y a un véritable manque de transparence qui ne laisse aux consommateurs français que le choix de faire confiance et d’accepter les offres existantes les yeux fermés.

Avec le lancement de Numergy, une infrastructure fournissant de « l’énergie numérique » et de SFR business team, la première offre de service de cloud française pour les entreprises, SFR innove en intégrant ces inquiétudes grandissantes.
On parle de « cloud maîtrisé », de « cloud souverain » ou de « cloud à la française ». Cela traduit un effort remarquable pour redonner un cadre à ces limbes numériques. Des infrastructures françaises, un opérateur français, une entreprise française et le soutien financier de l’État français.
Esther Pondy

Société

Mega : le retour

 
C’était il y a près d’un an, le 20 janvier 2012. Le FBI fermait les portes du site qui représentait 4% de l’Internet, Megaupload. Conjointement, un raid mènera à l’interpellation de son propriétaire, Kim Dotcom, et à sa condamnation pour blanchiment d’argent, atteintes aux droits d’auteur, et actes de malveillance informatique. Ce n’était pas la première fois que Kim Shmitz, de son vrai nom était inquiété par la police pour ses actions remarquables et remarquées en ligne. Mais cette arrestation musclée dans son manoir d’Auckland en Nouvelle-Zélande a été pour lui un traumatisme. Tant et si bien que Dotcom a décidé d’organiser, d’orchestrer et de mettre en scène sa revanche.

 
Mega, ou la vengeance dans le spectacle
La date est bien évidemment restée. Le 20 janvier 2013, comme un pied de nez aux autorités, Kim Dotcom lance en fanfare la résurrection de ce qui est désigné comme « le nouveau Megaupload ». Et il faut reconnaître qu’outre sa mégalomanie, Mr Shmitz maitrise bien la communication de son nouveau bébé. Tout a commencé par une bannière sur son site, agrémenté d’une adresse qui ne pouvait qu’éveiller l’attention : kim.com/Mega.
Le teasing est maitrisé à la perfection : lorsque l’on passe la souris sur le bouton, on peut lire : « On January 20th, this button will change the world ». On nous propose également d’être tenu au courant des avancées du projets via une newsletter. Sur le facebook de Kim Dotcom, une cover picture affiche un compte à rebours jusqu’au lancement de ce mystérieux projet. Puis, peu à peu, souvent sur les réseaux sociaux, et Twitter que Kim affectionne particulièrement, des informations vont commencer à circuler. Mega sera bien le futur Megaupload. Ce que l’on sait en tout premier, ce sont les améliorations, avant même de connaître la nature du service : une clef que vous seul pourrez obtenir cryptera l’accès à vos données. Tous les types de fichiers pourront être stockés. Vous avez la possibilité de garder vos données pour vous si vous choisissez de garder la clef secrète. Bref, Kim prend des précautions : on ne l’aura pas deux fois.
 
Kim, le nouveau Steve Jobs ?
Puis la nature même du service nous parvient, à travers des captures d’écrans dévoilées presque comme lors d’une keynote à la presse par Kim.

Le service sera du cloud storage, un marché en plein développement actuellement, et Mega sera donc opposé à des géants comme Google Drive, ou Dropbox. Le cloud storage vous permet de stocker des fichiers et données sur un serveur, pour pouvoir ensuite les récupérer ou les utiliser à partir de n’importe quel ordinateur connecté à Internet. Mega offre donc à chacun de ses membres un espace de stockage de 50GO.
En parallèle, le matraquage continue sur les réseaux sociaux : le futur Mega est d’ores et déjà présenté comme le messie pour se cacher du Big Brother Internet, et sa sortie même est synonyme de beaucoup de réactions et tweets d’un revers pour ces grandes multinationales ou lobbies de l’industrie culturelle : MPAA (Motion Picture Association of America), RIAA (Recording Industry Association of America). C’était d’ailleurs elles qui avaient été attaquées par le groupe Anonymous, à la suite de l’annonce de la fermeture de Megaupload l’an dernier.
La cérémonie fut la plus grande mise en scène de la revanche : A mi-chemin entre concert, avec des artistes venus soutenir le projet de Dotcom, et conférence de presse en face d’un public. Jusque là tout ressemble à un lancement traditionnel. Mais le tout a été entrecoupé de reconstitutions du raid du FBI un an plutôt, avec Mr Shmitz dans le rôle de la victime bien évidemment.
Ensuite, les événements prirent une autre tournure. On cru d’abord assister au naufrage du projet tout juste mis à l’eau. Il fallut attendre 2 jours et demi avant que le site soit accessible, les problèmes d’accès se multiplièrent. Tant et si bien que Kim Dotcom dut prendre en charge un autre volet de son site : la communication de crise. Cela se fera via des informations données sur les réseaux sociaux, en incitant par exemple les futurs utilisateurs à se méfier de publication facebook qui leur promettait des accès « premium » au nouveau Mega, ces dernières étant fausses.
Mais une fois encore, le bateau (et son capitaine, souvent représenté comme un pirate) tint bon à travers la tempête et le beau temps arriva : 2 jours après son lancement, Mega déclarait avoir déjà récolté 2 millions de membres. Un diagramme a été publié la semaine dernière montrant l’envolée de Mega et la baisse inexorable de Dropbox, un de ses concurrents sur le marché du cloud storage.
Cependant, les ennemis cherchent toujours à sombrer le navire. La vidéo de la cérémonie de lancement a d’ores et déjà été supprimée de la chaine youtube suite à la demande de l’équivalent allemand de la SACEM, qui estimait que toutes les chansons utilisées lors de l’événement n’appartenaient pas totalement à Megaupload. Bref, le bras de fer entre le géant du net et les géants de l’industrie culturelle est loin d’être fini.
Clément Francfort