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Société

Quand la mode descend dans la rue

 
Germanophone et féru-e de mode, peut-être avez-vous eu la chance de feuilleter l’édition allemande de Vogue du mois dernier. Si oui, vous avez sûrement remarqué certaines photographies d’un goût douteux. Si non, ce qui est parfaitement compréhensible, voici de quoi vous mettre à la page.

On retrouve donc dans cette édition d’octobre 2012 une série de photographies prises dans les rues de New York par Sebastian Kim. Sur le papier glacé, les mannequins posent de manière volontairement négligée devant les enseignes les plus luxueuses. Les magasins Prada et Céline servent alors d’arrière-plan à une mise en scène de la précarité de sans domiciles fixes. Fort heureusement pour la sensibilité des lecteurs, elles restent très bien habillées. Une mannequin fait la manche en lançant un regard glamour et mystérieux. Une autre exhibe ses sacs haute-couture en s’appuyant sur un caddie rempli de canettes de Coca Cola recyclées. Pauvres, mais élégantes d’abord !
L’extrême pauvreté est un sujet tabou. Et la mêler au luxe, ça fait parler. La campagne est de mauvais goût, certes. Mais la démarche artistique aurait pu être intéressante, si elle avait servi à dénoncer la précarité… Mais non. Il semble que Vogue, et le luxe en général, préfèrent jouer la carte de la légèreté et profiter du buzz créé par la mode version SDF.
Les magazines français n’échappent pas à cette tendance. Prenons le magazine de mode Antidote qui, l’an dernier, publiait une série de photos du même genre. Seulement, dans ce cas, le cadre se veut beaucoup plus réaliste.

Cheveux crêpés, cartons en guise de lit, tous les éléments de la caricature sont là. La ligne du politiquement correct est allègrement franchie ; il faut savoir choquer et  faire parler de soi. Peu importe que les critiques soient positives ou non, l’essentiel est de faire du bruit.
Au delà du simple shooting photo, la précarité inspire aussi les créateurs. En2009, l’allemand Patrick Mohr faisait défiler des sans domiciles fixes aux côtés des mannequins professionnels. Un an plus tard, Vivienne Westwood dévoilait la collection « Homeless chic ». Voyez par vous mêmes :

La mode sait être drôle, elle sait aussi être vulgaire et choquante. Peut-être devrait-elle apprendre à trouver le juste milieu entre créativité et respect de l’autre.
 
Khady So
Sources :
Le site du Spiegel
Buzzfeed.com

Société

L’Impossible.fr, une autre presse

 
En mars 2012, un nouveau venu s’installe dans nos kiosques à journaux. Il ressemble à ces anciens feuillets que l’on cachait sous le manteau. Son nom, L’Impossible, son fondateur, Michel Butel. Et déjà, tout est dit. Vingt ans jour pour jour après la disparition de L’Autre Journal, ce « mook » mensuel singulier reprend de son prédécesseur cette conviction que la presse peut être une œuvre d’art, c’est à dire un espace de liberté et de création. Ainsi, Michel Butel fait appel dans L’Impossible à des écrivains, des poètes, des photographes et des dessinateurs. Des amis et des passionnés, qui s’imposent non pas comme des journalistes, mais comme des artistes dont les idées et les combats s’illustrent par un ton en marge des formulations étriquées de la presse française.

Attaché au papier, seul véritable véhicule de l’émotion de la lecture, Michel Butel et sa rédaction revoient pourtant leur position et lancent le 23 novembre 2012 le site internet (nouvelle version) du journal. On y retrouve certains articles des précédents numéros, des textes de Michel Butel, et bien sûr, la possibilité de s’abonner ou de recevoir en pdf le journal, pour 3 euros. Dans ses billets, la rédaction n’hésite pas à dévoiler les logiques marchandes qui entourent la production du journal, à l’inverse de nombreuses publications qui préfèrent régler dans l’ombre leurs différents. Le combat de L’Impossible contre Presstalis est dévoilé au grand jour: David se dresse contre Goliath et réclame son gain. Et pour cause, le distributeur en crise n’a tout simplement pas distribué à la date prévue le premier numéro, engrangeant de fortes pertes pour un journal indépendant qui bénéficiait d’une forte médiatisation pour sa naissance. Pire, la première messagerie de presse française retient encore une partie du capital de la vente des premiers numéros, une prise en otage désespérée pour un réseau qui connaît en ce moment la fuite de nombreux éditeurs. Michel Butel évoque cette affaire dans son appel aux dons, justifiant par l’indépendance (face aux régies) du journal le recours au mécénat et à la vente de parts de son capital.
Contrairement à sa lecture papier, assez indigeste pour des yeux amateurs, le site de L’Impossible brille par sa clarté. Nouveau rendez-vous d’une communauté peut-être moins parisienne et plus diversifiée, L’Impossible se découvre aussi sur Facebook, dont la page témoigne fièrement de plus de 7000 fans à ce jour. Il se crée un sentiment particulier à la lecture de ce journal, un instant poétique. À la fois un acte subversif envers notre presse si homogène et protocolaire, et l’impression de renouer avec un modèle ancien, celui des écrivains-journalistes.
Une belle preuve que l’utopie peut parfois coïncider avec la réalité, qu’un projet éditorial peut se dresser comme un pont entre le monde littéraire et intellectuel de ses contributeurs, et la vie numérique et connectée d’une bonne partie de ses lecteurs.
Fort de son succès, L’Impossible annonce la création d’un hebdomadaire nommé Encore, plus proche de l’actualité, et qui verra le jour à la fin du mois de janvier.
 
Clémentine Malgras
Sources
Interview Michel Butel et Laeticia Bianchi pour Télérama : http://www.telerama.fr/medias/michel-butel-l-impossible-et-laetitia-bianchi-le-tigre-tant-que-le-desir-existe-nos-journaux-survivront,87363.php
Site du journal : http://www.limpossible.fr/
Pour suivre le fondateur sur Twitter : @michelbutel
Et le journal sur Facebook : https://www.facebook.com/limpossible.journal?fref=ts

Société

Twitter, land of the dead ?

Le temps où l’on croyait naïvement que Twitter allait révolutionner nos pratiques numériques et sociales semble désormais révolu.
Quand la plateforme de microblogging a entamé son ascendance populaire auprès du commun des mortels, les retours étaient assez dithyrambiques. D’un côté, il y avait ceux, pragmatiques, qui considéraient Twitter comme un nouveau joujou à la mode, un concept sympathique mais un service finalement assez futile ; de l’autre, ceux qui ne tarissaient pas d’éloge sur ce nouveau média révolutionnaire, prêt à déboulonner les statues des tyrans et à porter la réflexion et la raison 2.0. au firmament du vingt et unième siècle.
Souvenez-vous, c’était en 2010, et Biz Stone, le directeur créatif de Twitter, déclarait lors d’une conférence à San Francisco: «Twitter ce n’est pas le triomphe de la technologie. C’est le triomphe de l’humanité.» Rien que ça.
On ne peut pas reprocher aux créateurs de Twitter d’avoir vu les choses en grand ; après tout, Steve Jobs et Mark Zuckerberg avaient aussi à leur façon l’intention de révolutionner le monde. Cependant, il y a une chose pour laquelle ils sont à blâmer : leur attentisme face à l’irruption – certes progressive –  de la sphère marchande dans le petit monde des gazouillis.
Et quand je parle de sphère marchande, je ne parle pas que de ces bots insupportables qui vous « follow » parce que ça leur fait de la pub : en effet, le fait que les entreprises intègrent dorénavant les médias numériques dans leur communication n’est pas si terrifiant, et, d’un point de vue économique et stratégique, c’est tout à fait compréhensible.
Non, ce qui est réellement révoltant dans tout cela, c’est que le fameux adage « avec de l’argent, tout s’achète » s’applique aussi à nos échanges de gazouillis. Qu’on se mette bien d’accord, pour moi, pauvre hère, la tentation de la célébrité n’existe quasiment pas. Mais je dois bien reconnaître que même moi je ne peux m’empêcher de tiquer quand je vois que l’un de mes followers, roturier de la célébrité numérique lui aussi, affiche une centaine d’abonnés de plus que moi.
 Ainsi, Twitter apparaît aussi comme un espace de compétition, où le personnal branding atteint des sommets de virtuosité. Et dans le cas de vraies personnalités, le constat n’est que plus criant. Dans le but d’atteindre des résultats mirifiques (mais surtout très virtuels) ils sont nombreux à recourir à des pratiques peu scrupuleuses via le marché noir du Web : journalistes, stars de la chanson, hommes politiques, nouvelles start-ups et même personnalités de la télé-réalité, tous achètent auprès de revendeurs spéciaux des followers, humains ou non.
Comme l’explique Seth Stevenson dans son article sur le site de Slate[1], il existe deux types d’abonnés que l’on peut acheter : ceux que l’on appelle les « abonnés cibles », qui sont de vraies personnes et que les sociétés de marketing s’évertuent à identifier par leurs intérêts pour qu’ils vous suivent ; ceux qui posent vraiment problème sont les « abonnés fantômes », qui en réalité sont de faux comptes créés gérés par des machines, et qui ont d’ailleurs l’intelligence de machines, à savoir qu’ils ne sont efficaces que dans la limite des actions pour lesquelles ils ont été programmés. Ces comptes fantômes, ces zombies virtuels, ne servent en réalité qu’à gonfler le nombre de followers affichés sur le profil : si vous comptiez vous faire plus d’amis et vous voir retweeté toute la journée, c’est râpé. Ce sont des fantômes au sens premier du terme : ils sont transparents et inactifs, donc inintéressants si l’on considère l’utilité première de Twitter, qui est de promouvoir l’interaction et l’interactivité.
On peut se procurer plusieurs milliers de nouveaux abonnés pour une somme tout à fait modique. Mais on l’a bien vu, cette stratégie n’est utile que pour venir gonfler des statistiques somme toute assez superficiels. Superficiels, pas tant que ça en fait…Twitter le reconnaît plus ou moins ouvertement, mais le nombre de followers fait partie des critères qui font que certains comptes vous sont suggérés dans un cadre à gauche de votre écran.
Et c’est là que le bât blesse : la réaction de l’équipe de direction du réseau social est pour le moins étonnante. Bien que le développement d’un tel marché noir soit en totale contradiction avec les règles d’utilisations du média, Twitter laisse couler et se montre plutôt indulgent envers ces comptes fantômes qui pourrissent le réseau. Les comptes sont peu souvent repérés et supprimés, et d’ailleurs on parle officiellement de « comptes inactifs ». Les vendeurs d’abonnés, pas inquiétés le moins du monde, continuent leur business ouvertement, et même, comble du comble, en s’affichant sur Twitter.
Résultat, Twitter se transforme peu à peu en un combat de coqs géant pour qui aura le plus d’abonnés. Dans la continuité d’un éternel débat entre l’être et le paraître, il semble que les aspirations de ce pauvre Biz et de ses comparses soient devenues trop utopiques pour une société comme la notre.
 
Laura Garnier

[1]   « Je me suis acheté 27.000 followers sur Twitter », publié le 17/10/2012

Société

Bonjour Madame, quelle est votre fleur préférée ?

 
Torses nus, souriants et enjôleurs, cinq jeunes Apollons interpellent la passante : « Bonjour Madame, quelle est votre fleur préférée ? »
Surprenante et malicieuse, la nouvelle campagne de l’Office Hollandais des Fleurs met à l’honneur une large sélection de mâles – pardon, de fleurs – à offrir ou se faire offrir. C’est dans un jardin édénique que les séduisants garçons se font un plaisir de vous guider à travers des allées fleuries et ensoleillées. Il y en a pour tous les goûts : du blondinet frisé au grand musclor  à la peau d’ébène en passant par le beau gosse à la barbe de trois jours –sans oublier bien sûr l’incontournable brun aux yeux bleus. Accessoirement, cinq bouquets sont à l’affiche, qui mettent à l’honneur le Gerbera, la rose, le Freesia, la Gloriosa, le Lisianthus et l’Amaryllis.
Contre la morosité ambiante, c’est au moyen d’importants investissements médias que l’Office Hollandais des Fleurs compte remettre ces dernières au goût du jour. Du 8 au 21 octobre, au Royaume-Uni comme en France, des millions de voyageurs ont croisé quotidiennement dans le métro les affiches publicitaires déclinées en cinq visuels colorés et gais.
Horticulture et séduction
La campagne invite chacun à se rendre sur la page www.lajoiedesfleurs.fr afin de choisir sa fleur préférée. Là, avec de charmants gazouillis d’oiseaux en fond sonore, la cliente se voit chaleureusement accueillie par les fameux « gars », plus avenants et charmeurs que jamais. Dans une ambiance joyeuse et humoristique, ces derniers l’accompagnent étape par étape dans le choix de sa fleur préférée, avec force clins d’œil et moues aguicheuses. L’idée est de donner le sentiment d’un accueil personnalisé et unique : le client-roi pénétrant dans l’univers de la serre est reçu avec moult empressement : « Bonjour très chère, et bienvenue dans ma serre où je cultive quelques-unes des fleurs vedettes de la saison. »
Il s’agit d’assurer une visibilité maximum de la campagne aussi bien par affichage que via internet. Les réseaux sociaux, notamment Facebook, sont mis à contribution par le biais d’un jeu-concours, où les participants sont invités à trouver la fleur préférée de leurs proches, pour peut-être gagner un bouquet de ces fameuses fleurs. Et afin d’accroitre l’impact de la campagne, de nombreux fleuristes sont invités à participer à l’opération et sont fournis en matériel promotionnel dans le but d’attirer le public. De fait, l’opération « Ma fleur préférée » s’illustre avant tout comme une campagne de notoriété et d’image, l’objectif étant à terme de faire vendre des fleurs.
Mais cette campagne se distingue par son originalité, laquelle s’exprime dans le décalage entre l’univers traditionnellement plus conventionnel des fleurs et l’aspect sexy de la mise en scène des « gars ». Habituellement, les fleuristes tendent à communiquer sur des messages plus convenus ou pratiques, mettant en avant la facilité de la commande « en 2 clics », la rapidité de la livraison ou encore l’idée-cadeau pour la fête des grands-mères. Ici, la campagne s’adresse d’abord à celle qui désire des fleurs – et seulement de manière indirecte à celui/celle qui offre : pour une fois, ce n’est pas l’aspect commercial qui est mis en avant. En outre, la campagne met l’accent sur l’originalité : composer un bouquet, ce n’est plus simplement acheter un ensemble pré-fait et anonyme, c’est exprimer sa créativité et sa personnalité ! Car comme le susurre la voix de la vidéo, « leur beauté [celle des fleurs, pas seulement celle des « gars »] est originale et unique » – et donc la cliente aussi. CQFD.
Des fleurs pour illuminer le quotidien
A l’arrivée de l’automne donc, les fleurs deviennent le centre des intérêts et des sujets de conversation. Contre le temps maussade et la grisaille environnante, rien de tel qu’une bouffée de bonne humeur agrémentée d’une dose d’humour, servie par cette opération « Ma fleur préférée », dont la tonalité colorée et enjouée égaie les murs gris du métro.
Bon à savoir pour ceux qui projettent d’offrir un bouquet : à chaque fleur est rattachée une symbolique particulière liée aux couleurs notamment – gare donc aux choix de composition ! Plus une couleur est pâle et plus le sentiment se veut léger et discret, tandis que les couleurs vives traduisent au contraire l’intensité de l’émotion. Les messages et les significations varient aussi en fonction des types de fleur : une rose rouge exprime une passion ardente et un désir charnel, quand la violette exprime un amour pudique et timide. A bon entendeur…
 
Clara de Sorbay
Sources :
Agora Floris
Le Monde
Wikipedia
Lien :
LaJoieDesFleurs

Société

700 mots de polémique

 
En à peine plus de 700 mots, tout y passe : l’économie, la politique, la société, la psychologie…
700 mots d’un article du Point avec un certain retentissement, sobrement intitulé : « Jeux vidéo : permis de tuer ». Au moins la couleur est annoncée.
Si l’on analyse l’article, on observe qu’en 700 mots sont abordés pléthore de sujets polémiques autour du thème de la violence vidéoludique. Et, heureuse coïncidence, les joueurs sont aussi souvent une population jeune, au fait des nouvelles technologies, active sur les réseaux, et prompte à réagir pour se défendre.
Cet article, moins qu’une charge violente, est en réalité un excellent buzz, puisque les mécontents relaient l’information bien plus vite et avec bien plus de force que des lecteurs satisfaits. Au bout du compte, Le Point fait parler de lui et amasse une quantité étonnante de commentaires sous l’article en question (120 en quelques heures, pour la plupart longs et appliqués). Autant de commentaires c’est autant de temps passé sur le site du Point, autant de clics, autant d’arguments convaincants pour les annonceurs.
La polémique : générateur de trafic, et ça, c’est tout bon.
À l’heure où les médias pâtissent d’une méfiance grandissante des publics, à l’heure où leur crédit est en berne, peut-on se permettre de torpiller ainsi la fameuse éthique journalistique ? Quid des recherches, des analyses, du sérieux, de l’objectivité ?
Distinguons les conséquences à long terme et à court terme. Dans le cas présent, l’immédiat s’avèrera sûrement rémunérateur, et le bénéfice d’audience peut-être non négligeable. Mais au temps long, les choses semblent moins évidentes : c’est tout un contrat tacite qui vole en éclat ; et gageons que ce ne soit pas un pari gagnant par les temps qui courent.
Le mélange des genres n’est pas toujours bénéfique ; en l’occurrence il est catastrophique parce qu’il contribue à décrédibiliser le travail d’analyse que sont supposés faire les medias. On ne se lassera pas de répéter que la plupart d’entre eux ont besoin des annonceurs pour vivre et continuer à produire du contenu, que l’achat au numéro ou les abonnements ne suffisent pas, que les annonceurs sont souvent vitaux ; mais si le lectorat, seul, n’est pas toujours suffisant pour attirer des annonceurs, il est certain que l’absence de lectorat n’en attire aucun.
Cet article, loin d’être le seul de son espèce, est symptomatique des maux du modèle économique des médias traditionnels. Il marque, comme d’autres avant lui, un processus lent de déclin d’un système qui survit  sans parvenir à se réinventer.
Informer et attirer des annonceurs ne sont pas inconciliables, pourvu que l’un ne se fasse pas aux dépends de l’autre.
 
Oscar Dassetto
Crédits photo : © DR

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Société

Jacques a dit : tweetez !

 
Mardi 23 Octobre avait lieu la “soirée Bref” au Grand Rex. Le rendez-vous était donné pour suivre en direct la soirée à 20h précises sur le site de Canal +. Et pourtant, cinq minutes, 10 minutes passent et toujours rien. Enfin, pas vraiment. Pendant une demi heure étaient affichés sur l’écran de la salle de cinéma et sur nos petits écrans d’ordinateur des tweets envoyés par les spectateurs, après avoir été soigneusement sélectionnés.
Vous pensez sûrement : rien d’étonnant. Désormais Twitter a gagné sa place dans les médias, si bien qu’il paraît naturel de commenter en temps et en heure ce que vous voyez. Ce n’était pourtant pas gagné au départ, comme toujours la France est en retard sur ce point. En 2011, il est déjà fréquent de voir des émissions étrangères intégrer l’oiseau bleu, comme aux Etats Unis ou au Canada. En France, le CSA a établi des règles très strictes. Il est interdit de publier le nom de Facebook ou de Twitter. Les chaînes de télévision doivent être prudentes, d’où la prolifération uniquement des « hashtags » dans les émissions les plus populaires et interactives. Mais la contamination des médias français par Twitter devient davantage visible depuis peu. Les deux émissions C dans l’air (France 5) et Mots croisés (France 2) tournent déjà autour des commentaires Internet. Mais avec avec Danse avec les stars 2012 (TF1), les tweets font partie intégrante du scénario et l’arrivée de la chaîne D8 devrait changer la donne. On voit aussi avec Canal + que les sites Internet des chaînes font librement siffler l’oiseau bleu. On ne patiente pas seulement en Tweets pendant “la soirée Bref”, sur leur page d’accueil Internet, on peut apercevoir une sélection de tweets humoristiques commentant l’émission du Grand Journal. Et c’est sans compter leur rubrique spéciale « tweets en clair ». Twitter contamine aussi bien le média télévision que son prolongement dans la sphère Internet.
En fait, cette prolifération de Twitter pourrait bien être le symptôme d’une contagion plus générale, celle de la « logique du commentaire » qui prend de plus en plus de place dans le processus de production d’un média. Désormais, pour qu’un programme fonctionne, pour qu’il soit regardé, il faut qu’il soit commenté. Plus un lancement d’émission de télévision qui ne s’appuie sur un dispositif social TV, généralement assuré par Twitter. Il est maintenant impensable de créer une émission sans compte Twitter afin de partager des informations exclusives, des photos, etc. Le but étant de fidéliser les spectateurs et de compter sur le bouche à oreille digital. Il faut dire que l’enjeu est de taille : la France compte 7 millions de twittos, tous susceptibles de relayer des informations précieuses.
L’apparition des tweets sur les écrans n’est que la partie émergente du “phénomène commentaire”. Prenez Secret Story. Tout ce qui est passé à la télévision est sélectionné à des fins de commentaires : les “engueulades”, les coups de blues des candidats. Que le spectateur soit content ou non, il est un spectateur. C’est bien avec l’apparition du Loft sur les écrans en 2001 que s’est terminée l’ère de la « télévision uniquement pour plaire aux Français ». Dorénavant, il faut faire le buzz.
Il faut savoir qu’aujourd’hui, le fait qu’une émission soit relayée sur Internet intéresse de plus en plus les annonceurs. Il est plus alléchant pour eux d’être associé à un « programme qui fait le buzz ». Evidemment, cela leur permet une plus grande visibilité. On peut alors comprendre pourquoi la télévision, en mal de ressources financières, chercher à incorporer Twitter. Ce dernier participerait à la légitimation des programmes au près des annonceurs. De son côté, selon son PDG Dick Costolo, le site a pour principaux objectifs de soutenir la croissance de ses utilisateurs et d’encourager l’activité des ses usagers. Deux objectifs particulièrement bien servis par l’apparition et le développement de tweets à la télévision. La « logique du commentaire » est donc bien aussi le fait d’une rencontre entre deux intérêts économiques compatibles. Le buzz fait vendre.
À un nouveau modèle économique correspond un nouveau spectateur. Ce dernier semblerait de plus en plus attiré par l’interactivité croissante des émissions. Désormais, il s’agit d’être celui sélectionné pour que son tweet passe à la télévision. Peut-être cela répond-il à un besoin de « devenir quelqu’un », ou en tout cas, un spectateur particulier parmi la masse.
Reste à savoir lequel des deux est dépendant de l’autre ? A priori Twitter ne ferait pas le poids avec ses quelques millions de comptes contre les dizaines de milliers de spectateurs quotidiens de la télévision. Mais dorénavant, une émission télé ne se fait plus sans Twitter. Les twittos, leaders d’opinion, ont une influence certaine.
 
Camille Sohier
 

Société

Sécuriser des courants d'air

 
S’il y a bien une chose dont internet ne s’accommode pas, c’est la sécurité ; en témoigne la récente vague d’indignations qui a agité les médias et les internautes concernant une hypothétique fuite de messages privés dans les fils d’actualité – publics – des utilisateurs de Facebook. En témoigne également cette étude menée par Havas Media sur les « Déconnectés 2.0 », selon laquelle 35 % des internautes considèreraient « l’insuffisance de la protection des données personnelles comme un frein à l’utilisation d’internet ».
De fait, un internaute est chaque jour confronté à une inscription qui requiert le saint des saints, le sésame : la combinaison identifiant/mot de passe. Passons sur le fait que le protocole utilisé dans la majorité des cas pour encrypter ces données – pour le moins sensibles – soit obsolète depuis sept à huit ans, mettons également de côté le fait que beaucoup de sites web stockent aujourd’hui les identifiants et mots de passe de leurs utilisateurs sans chiffrement aucun.
Restent alors des utilisateurs dont le réflexe demeure d’utiliser des identifiants simples et, pis que tout, d’utiliser les mêmes quels que soit le site en question : c’est alors autant de dominos, un maillon donnant accès à toute la chaîne. Pour exemple, en mai 2012, un jeune américain dénommé Chris Chaney a piraté des dizaines de boîtes mails de stars hollywoodiennes. Sa technique ? Celle d’un hacker ultra-brillant, doté de connaissances pointues dans les systèmes d’information ? Loin s’en faut. Il lui a suffi d’une unique adresse mail, et d’en retrouver le code grâce aux fameuses questions secrètes (dont les réponses se trouvent dans n’importe quel magazine people…) : il a paramétré le compte pour recevoir automatiquement tous les messages qui y étaient émis ou reçus, et a pu accéder à un répertoire complet d’autres comptes où s’infiltrer.
Mais, à la source, le premier problème est la confiance que l’on octroie à ces services en ligne : une start-up dérisoire pourrait trouver alléchant de vendre son carnet d’adresse pour renflouer ses caisses. Et quant aux mastodontes, tels que l’IEEE, les multiples scandales sur la fuite d’identifiants ne sont pas pour nous rassurer.
Au petit jeu de la sécurité sur internet, Macintosh a longtemps fait figure d’exception : pas de virus, pas d’infection, une sécurité optimale. On lui a volontiers opposé les déboires de Windows, perclus de virus.
Mais à l’heure où le Mac représente près de 12 % des ordinateurs et où l’iPhone représente 17 % des smartphones dans le monde, les attaques se multiplient contre le système d’Apple. Et là où Microsoft a acquis un savoir-faire et une expertise dans le domaine, Apple se trouve démuni, tant sur la plan technique que sur celui de la communication.
C’est en effet l’un de ses arguments-phares qui s’effondre, et la réaction de la première valorisation boursière au monde n’est pas pour accroître sa crédibilité : après la découverte du virus Flashback infectant 600 000 ordinateurs, il a fallu plus d’un mois à la firme pour proposer un correctif. Plusieurs éditeurs d’antivirus l’avaient devancé, de deux semaines pour le plus réactif.
Mais les acteurs de l’internet et des nouvelles technologies savent à quoi s’en tenir : rares sont ceux qui s’aventurent à communiquer sur la sécurité qu’ils proposent. Un exemple parlant ? La page d’accueil du Cloud (service de stockage en ligne) de Google, « Google Drive », vante l’accessibilité du service, la possibilité de partager ce que l’on y stocke, l’espace disponible, la facilité de collaboration autour d’un document…  Un absent, vous dites ? En effet, quid de la protection des documents ainsi mis en ligne ? Ne cherchez plus : le nom « Google » passe pour être une caution suffisante dans ce domaine. Pour être tout à fait honnête, Google aborde bien la question de la sécurité, avec cet argument : si votre ordinateur vient à imploser, pas de panique, tout est en ligne. Voilà tout. Rappelons qu’il n’a fallu que quelques heures au FBI pour saisir les serveurs de Megaupload (et donc leur contenu).
Le premier des risques aujourd’hui est la banalisation : l’illusion de sécurité diminue la vigilance des internautes, rentrer un mot de passe et un identifiant (couramment identiques pour plusieurs services) suffit souvent à nous faire croire que l’on possède l’unique clef d’une porte infranchissable ; sans penser une seconde à ceux qui s’introduisent par la porte de derrière, et sans s’imaginer que le propriétaire pourrait être demain celui qui ouvrira grand les fenêtres. Ajoutons que la multiplication des achats sur internet, donc la diffusion des données bancaires, tend à rendre la fuite de données personnelles nettement plus rentable. Enfin, on soulignera qu’a contrario, et à défaut d’éduquer les utilisateurs, une société comme Amazon ne manque pas d’ingéniosité pour s’assurer un contrôle total et sans partage sur ses livres électroniques, au point de pouvoir les effacer sur votre liseuse, et ce sans vous en avertir. Deux poids, deux mesures ?
 
Oscar Dassetto

 

Société

Google, ce grand méchant

 
Les fondements de l’affaire
 
Il est indéniable qu’aujourd’hui la presse française traverse une crise sans précédent. Le développement d’Internet et de la presse gratuite sont autant de facteurs explicatifs de la diminution du nombre de ventes des quotidiens(1). Le modèle économique de la presse tente tant bien que mal de s’adapter aux nouvelles exigences.
En 2010, le chiffre d’affaires publicitaire de la presse en ligne est estimé à 250 millions d’euros. Google, lui, annonce avoir gagné 1,2 milliard d’euros, uniquement en France. La presse française s’insurge : un tel bénéfice proviendrait de la publicité située dans l’onglet « actualités » du premier moteur de recherche mondial. On lui reproche de gagner de l’argent sur le dos d’une presse française en perte de financement. En effet, Google envoie les internautes directement vers l’actualité recherchée. Les publicités situées sur la page d’accueil des journaux, celles qui sont les plus rentables, sont de ce fait évitées.
L’Association de la presse d’Information Politique et Générale (IPG) regroupe les journaux les plus touchés par ce problème de référencement. S’inspirant d’une initiative allemande, l’IPG a émis un projet  de loi qui pousserait Google à reverser une grande partie de ses bénéfices à la presse française.
Mais les choses prennent vite une ampleur politique lorsque le gouvernement déclare vouloir prendre le projet en considération.
 

Un rapport de force inédit
 
Jusqu’ici les différends entre Géants d’Internet et Gouvernements s’étaient réglés en faveur de ces derniers. A l’instar de l’Union Européenne qui avait fait pression sur Facebook à cause de la protection des données personnelles.
Or, dans ce conflit économique et politique, Google refuse le consensus. La société californienne – dont le slogan est  don’t be evil  (Ne soyez pas malveillant)- menace tout simplement de désindexer l’ensemble de la presse française de son onglet « Actualités ».  Le moteur de recherche légitime sa posture au nom de la liberté d’Internet et de l’accès libre à l’information.
Cette posture  ne profite pas à Google, pourtant dominant dans ce rapport de force. En effet, l’entreprise renvoie une très mauvaise image  en tenant tête à un gouvernement. Et cette posture négative s’ajoute à un déficit de notoriété déjà très largement entamé par diverses polémiques entre la compagnie américaine et les utilisateurs. Comme les différends à propos des problèmes de confidentialité(2).
Le Géant a su se rendre indispensable ne serait-ce que par le fait qu’il se soit développé parallèlement à la démocratisation des usages d’Internet. Désormais intégré aux navigateurs Internet, il  n’a pas besoin de campagnes publicitaires massives pour être omniprésent.  Par conséquent, Google ne fait parler de lui qu’à chaque fois qu’il est lié à une polémique. Ce qui a tendance à ternir fortement son image. Sa communication semble ainsi être réduite aux annonces émises pour répondre aux conflits qui le mettent en cause. La pente dans laquelle la société de la Silicon Valley s’engage est dangereuse : menacer de censurer la presse française, qu’elle puisse le faire ou non, pourrait avoir un impact extrêmement négatif sur sa réputation.
 

La réaction de Google augmente le déficit d’image des géants d’Internet
 
Nous pouvons voir qu’il y a eu un glissement du regard posé sur les géants d’Internet ces dernières années. Ils sont désormais en perte de légitimité. Ils ne sont plus vus comme participant à une certaine utopie d’Internet. Celle qui fut construite à coup d’idées et d’actions instaurant une impression de liberté totale pour l’internaute. Ils sont aujourd’hui vus avec suspicion, notamment à cause de leur politique de traitement des données personnelles.
Leur communication fondée sur leur omniprésence sur Internet et dans le monde physique  est largement contrecarrée par des scandales mettant à mal leur image de protecteurs d’Internet. Il est donc intéressant de voir que c’est justement ainsi que Google se présente lorsqu’il répond au projet de loi française. Une censure de la presse française devient la seule réponse possible face à l’établissement d’une loi d’ordre économique taxant le moteur de recherche. Ainsi, paradoxalement, en prônant une posture de défense de l’idéal d’accès gratuit à l’information, Google dégage l’idée contraire, bien malgré lui. Cette menace de censure est éloignée de la légitimité de la demande de la presse française.
Encore une fois, l’image du Géant est dégradée, car cela le place irrémédiablement dans le camp des méchants, ceux qui veulent justement prendre le contrôle d’Internet.
 

Arthur Guillôme

(1) Sur une base 100, la distribution annuelle de quotidiens payants a baissé de quinze points entre 2001 et 2011 (chiffres OJD).
(2) Problème central et majeur qui n’est pas encore réglé comme le montre le dernier rapport de la CNIL.

Sources :
OWNI
Télérama
Les Ecrans

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Société

Jacques a dit : les chaises sont comme Facebook

 
En ce moment, Jacques nous dit que  « Les chaises sont comme Facebook »
On admettra que sur le coup tout cela laisse un peu perplexe !
Cette précieuse information n’est autre que le message délivré par la toute première campagne publicitaire du célèbre réseau social. Elle a suscité beaucoup de réactions sur Internet mais pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, Facebook propose, depuis le 4 octobre dernier, de partager un très beau clip d’une minute et demi à la gloire des objets de tous les jours, des éléments qui nous lient : les sonnettes, les pistes de danse, le basketball…
« The things that connect us », c’est d’abord la représentation d’un monde paisible, où tout le monde s’aime et partage. Mais c’est surtout un message, et quel message ! Les chaises sont comme Facebook.
Audacieuse, ridicule, absurde, exagérée… la formule ne laisse pas indifférent.
En capitalisant sur le symbolisme, Facebook se réaffirme comme un partenaire du quotidien , fédérateur, créateur de lien et gardien de valeurs essentielles telles que  l’amitié, l’amour, la fraternité…  Souvenez-vous du slogan d’origine :
« Facebook vous permet de rester en contact avec les personnes qui comptent dans votre vie ».
Cette démarche inédite de l’entreprise américaine interroge sa place auprès du public. Aujourd’hui plus que jamais, celle-ci reste ambiguë. Entreprise ? Outil ? Réseau ? Média? L’hyperprésence du site Internet a tendance à masquer son identité ou du moins à la rendre floue.
Facebook, qui profite certainement de ces zones d’ombre, se trouve aujourd’hui à une étape décisive de son histoire. Cette campagne officielle semble définir le positionnement adopté par le média. Après une actualité mouvementée (une entrée en bourse décevante, des tentatives hasardeuses pour séduire les investisseurs et un scandale touchant au tabou de la confidentialité), la rentrée  est l’occasion de soigner image et cote de popularité.

Pour ce faire, la marque Facebook nous raconte des histoires.
Le réseau nous dit qu’il est un média sans dire qu’il est un média. Lorsque l’on regarde cette vidéo attentivement, on remarque rapidement une absence totale des dispositifs de communication modernes. Ordinateurs, mobiles, écrans sont proscrits. Le spot effectue une série de métaphores in absentia qui viennent minimiser la présence des NTIC mais sont tout autant de références aux media au sens premier du terme.  Le mot et le logo Facebook n’apparaissent respectivement qu’une seule fois.
Pendant longtemps, les concepts marketings ont seriné combien la répétition de la marque ou du produit avaient leur importance dans la publicité. Ici tout est dans la substitution. Cette vidéo ce n’est pas l’histoire du média Facebook, c’est une histoire des hommes et des objets. Presque à la manière d’un récit mythologique, elle nous raconte, nous explique pourquoi tous ces objets sont là, et dans quels maux universels ils trouvent leur origine :
« L’univers : il est vaste et sombre ce qui nous fait nous demander si nous sommes seuls. Alors peut-être que si nous construisons toutes ces choses c’est pour nous rappeler que nous ne le sommes pas. »
Pour qualifier la stratégie adoptée par le réseau : des histoires et non pas une.  Le storytelling n’est pas seulement au centre de ce clip ; il est au cœur de toute la stratégie de visibilité déployée par Facebook. En août 2012, le réseau social lançait www.facebookstories.com, une plateforme indépendante destinée à recueillir et diffuser les récits de personnes utilisant Facebook de manière extraordinaire. C’est à ce jour le seul site Internet – en dehors du réseau – où la marque communique sur elle-même.
Là encore, le propos est ambitieux. Un mot d’ordre : viralité.
Tout en masquant son hyperprésence, le réseau se présente comme un point de contact. Plus d’un milliard d’individus forment désormais l’immense constellation qu’est Facebook. La marque illustre cela par le néologisme « virality » ou la capacité de pouvoir toucher différemment les individus, immédiatement et en tout lieu :
« We’re tackling a phenomenon that dense network of connections creates: the ability for an idea, a song, a picture — anything — to spread nearly anywhere, nearly immediately ».
Jacques ne sait pas si les chaises sont comme Facebook. Mais une chose est sûre, le réseau veut s’imposer durablement comme un médiateur, le ciment qui unit les individus en dedans et, – comme l’illustre par exemple sa participation à la gay pride de San Francisco  – en dehors du média.
 
Esther Pondy

le cliché de Gérard Julien durant la manif Alliance Vita à Marseille
Société

Papa trouve un slogan, Maman fait la banderole…

 
Sur les réseaux sociaux et les journaux en ligne le débat est lancé. Ou plutôt que le débat, c’est la fustigation de manifestations qui fait rage.
Les militants et membres de l’association Alliance Vita, créée en 1993 par la célèbrissime Christine Boutin, particulièrement réputée pour ses prises de positions radicales sur des sujets allant de l’avortement au Pacs en passant par un avis expert sur les causes du 11 septembre, ont choisis de reprendre le titre d’une chanson du Soldat Rose pour illustrer leur revendications récentes. « Un papa, une maman : on ne ment pas aux enfants », un slogan explicite pour des revendications que nous n’allons pas ici remettre en cause. Essayons de nous limiter à porter un regard le plus objectif possible, sur le phénomène communicationnel lancé par les manifestants et sur les réseaux sociaux. Un échec, un bide et de l’autre côté du miroir un succès croissant auquel doivent faire face les militants contre le projet de loi du mariage pour tous initialement prévu pour novembre.
Des “mêlées symbolisant un œuf”, selon l’organisation, ont été formées avant de s’ouvrir pour laisser sortir un jeune portant des ailes, sur lesquelles figuraient les mots “papa” et “maman”. Alors oui un effort créatif a été produit, dans 75 villes de France la chorégraphie a été reprise simultanément. Une mise en scène qui ne fait pas tout à fait l’unanimité, un homme en latex qui vacille entre un groupe rose (les mamans) et un groupe sombre, vert bouteille (les papas), un oiseau qui cherche à prendre son envol grâce aux soutien de son papa et de sa maman qui scandent à tour de rôle « papa, papa… », « maman, maman… » le tout sur fond de “Mamma mia” de Queen, et Abba. Une anecdote qui fait sourire. Et c’est précisément ce à quoi doivent faire face les anti-mariage et adoption pour tous, une reprise spontanée des marqueurs qu’ils souhaitaient mettre en jeu. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #unpapaunemaman n’a pas desservi bien longtemps la cause de l’association Alliance Vita, il est repris instantanément par leurs opposants et la plupart du temps c’est le second degré qui prime. Les internautes sympathisants de la cause gay et favorables au projet de loi du mariage pour tous, réutilisent le hashtag pour discréditer et tourner en ridicule leurs opposants. Une stratégie payante qui reste pourtant spontanée contrairement à l’initiative lancée par Alliance Vita. Retournement de situation, le sérieux et le ton grave voir alarmiste des militants contre la nouvelle loi se font baffer par les utilisateurs des réseaux sociaux.
Pour le plaisir, voici un tweet à titre d’exemple « à l’origine #unpapaunemaman devait être #UnPapaQuiCoucheAvecLaBonneUneMamanQuiBaiseLeProfDeTennis, mais c’était trop long ».
Il n’y a pas que ça qui déstabilise la stratégie de l’association. C’est au cœur même de leur mouvement que les manifestants ont été le plus déstabilisés. Pendant la manifestation scénarisée, à Marseille, deux jeunes filles de 17 et 19 ans se sont embrassées pendant de longues minutes afin de montrer le plus spontanément du monde, leur soutien à la cause gay, et de ce fait, leur opposition aux manifestants d’Alliance Vita. Le cliché pris par Gérard Julien, photographe de l’AFP, fait déjà le tour de l’Europe et du monde sur internet par le biais des réseau sociaux. La spontanéité des jeunes filles concorde avec les mouvements d’internautes sympathisants de la cause homosexuelle. Dés sa parution sur Tweeter, l’image est ré-expédiée plus de 2000 fois, sans compter les re-tweets… Un joli pied de nez à une organisation bien rodée, une manifestation numériquement très forte au départ, que quelques secondes savamment partagées par deux personnes auront suffi à déséquilibrer. Certains journalistes la comparent déjà à la photographie de Robert Doisneau, « Le Baiser de l’hôtel de ville ». Une symbolique puissante qui suscite l’émoi sur les réseau sociaux, et n’a pas fini de perturber les récalcitrants au mariage pour tous.
 
Margot F.
Vidéo bonus, Le Petit Journal du 24/10/2012
Sources :
Europe1.fr
Twitter
LeNouvelObs.fr
LePoint.fr
Crédits photo : © Gérard Julien / AFP