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Affiche We Are Reputation
Société

We Are Reputation

« Plus cruel que la guerre le vice s’est abattu sur Rome et venge l’univers vaincu »
Juvénal

Ces derniers jours quelques espaces publicitaires du métro ont accueilli cette affiche de l’entreprise We are Reputation.com. Elle a la particularité d’employer une œuvre d’art (ce qui se fait rare dans les publicités qui ne font pas la promotion de musées). L’œuvre s’intitule Les Romains de la décadence, et a été réalisée par Thomas Couture en 1847. La question qu’on choisit de se poser face à cette affiche est : quelle place aujourd’hui a la culture, que nous appellerons ici « classique », dans la publicité, et dans les médias ? Quelle relation avons-nous aujourd’hui avec elle, au quotidien ? Pour alimenter cette réflexion j’ai pu poser quelques questions à Cécile Istin, responsable de ce projet de gestion de l’e-reputation des professionnels et des particuliers, qui a eu la gentillesse de m’accorder un entretien.
La méthode d’analyse à employer pour cette affiche est un peu compliquée ; en effet, l’image possède deux niveaux : celui d’abord de l’œuvre d’art, puis celui de l’œuvre dans le cadre publicitaire. C’est pourquoi on peut examiner de plus près le texte qui l’encadre. La première chose qui nous frappe est le parallélisme entre les deux phrases de légende en haut, construit autour d’une répétition : « Heureusement pour ». Ce balancement est accentué par le fait que chacune de ses phrases est elle-même divisée en deux, et que  l’opposition entre le noir et le blanc partage et structure l’affiche. Cette bipolarité générale donne une impression de maîtrise et de contrôle de l’image, mais aussi une impression de fort contraste. On retrouve dans cette esthétique l’idée que m’a présentée Cécile Istin selon laquelle chaque homme a une part de bon et de moins bon en soi ; une ambivalence dont il est préférable de contrôler la visibilité. L’encadrement publicitaire s’appuie également sur un jeu de pronoms : « pour eux » se positionne en parallèle de « pour vous », et l’entreprise s’exprime à la première personne du pluriel – en faisant écho à son propre nom. On voit ici le lien que tisse ce cadre, entre le passé de la Rome antique, le client, et l’entreprise, dans l’idée qu’un changement est survenu depuis ce temps, que l’entreprise peut nous aider à gérer, comme une sorte de médiateur qui pourrait nous aider à conserver une part de la simplicité des romains, tout en s’en protégeant.
Le reste du cadre publicitaire fonctionne en majorité sur une logique d’implicite. Le premier se trouve entre les deux premières phrases ; entre « Internet n’existait pas », et « nous avons la solution », se glisse en effet l’idée que depuis Internet est devenu une pratique courante et un outil commun de diffusion de l’information et que cela constitue un danger. Cette ellipse, le lecteur doit s’arrêter trente secondes sur l’affiche pour la combler, car le non-dit « Internet est apparu » contraste avec ce qu’il y a de plus lisible dans l’ensemble: l’image.
On observe donc une tension (un contraste ou une distance) dans le rapport du présent (publicitaire) au passé (culturel). L’œuvre d’art sert l’énonciation publicitaire et s’en éloigne en même temps, par son histoire, son sujet et son statut même d’œuvre picturale.
On retrouve ce même effet lorsqu’on en vient à étudier le tableau de Couture, tel qui nous est présenté par le cadre publicitaire. Il apparaît comme lointain et distant au sein de l’affiche même (elle est séparée du cadre par un léger ombrage), puis par son éloignement historique et culturel : en plus d’avoir été peint au XIXème siècle, il est sensé représenter les mœurs de la Rome décadente. Thomas Couture l’a d’ailleurs réalisé dans l’idée de dénoncer aussi bien la décadence des romains que celle des français sous la monarchie de juillet. Tant et si bien que ses contemporains appelaient ce tableau « Les Français de la décadence ». Il inclut donc également une distance critique, qu’on peut lire, au sein même du tableau, dans le regard accusateur des deux personnages à droite, et dans la manifeste souffrance du jeune homme tout à gauche (à eux trois, ils retracent encore un cadre de lecture critique, à l’intérieur même du tableau). Est-ce que le choix de cette œuvre est donc une approche critique de notre société aussi ? L’intention de cette campagne de communication, selon Cécile Istin, est davantage de critiquer l’insouciance des utilisateurs du web (si critique il doit y avoir), plutôt qu’un fait social. Elle et ses collègues conçoivent cette affiche comme une sorte de campagne de sensibilisation aux dangers de la toile.
On remarque donc qu’on peut se projeter dans cette toile (picturale), s’y reconnaître. En effet, bien que la nécessité de lire le tableau cible un certain public, il n’en reste pas moins qu’on y trouve facilement des points communs avec notre actualité. Le sentiment d’une grande abondance et d’une intensité, visible dans le symbole de la jarre renversée devant, et dans la force des mouvements et des drapés dans l’ensemble du tableau, ainsi que cet abandon à la sensualité et aux plaisirs, sont des choses présentes également dans notre société. Mais le plus important c’est que dans ce choix de description, le peintre a choisi de mettre en scène la décadence, de la « spectaculariser ». Cette femme qui nous regarde au premier plan, point central du tableau, choisit pour nous une posture de lecture et de réception très ambivalente : l’esthétisme des corps, des mouvements, des couleurs, semblent presque valoriser cette décadence, et on ne sait plus si on doit lire dans son regard et dans son abandon face à son public, une invitation à y participer ou la tristesse de son état. C’est là que réside la force de cette œuvre, et le principal point commun avec notre actualité : la mise en scène de l’intime sur les réseaux sociaux rejoint cette exacte même notion. Finalement, dans une discrète mise en abyme,  le tableau lui-même devient contenu médiatique avec la présence de la souris d’ordinateur en bas de l’affiche. Cécile Istin a confié qu’à un moment, ils avaient même pensé tagguer les personnages de la composition, comme on pourrait le faire sur Facebook, mais qu’ils s’en étaient abstenus pour ne pas « dénaturer » l’œuvre.
Cette simple remarque montre à quel point l’art  peut conquérir sa propre autonomie dans un média hybride et complexe comme celui du support publicitaire. En fin de compte, ce qui plaît dans cette publicité, ce qui fait son humour et sa légèreté, c’est précisément ce décalage et cette tension qu’on aime à ressentir et à vivre, vis à vis d’une œuvre à laquelle on adhère et qu’on rejette à la fois.
 
Marine Gianfermi

Merci beaucoup à Cécile Istin pour l’interview accordée. Pour plus d’informations sur l’offre faisant l’objet de cette campagne ou sur l’offre en e-reputation, rendez-vous sur We Are Reputation.com
Lien vers Les Romains de la décadence

Pinterest Image 1
Société

Pinterest, mode d’emploi

Palo Alto. Californie.
Non, ce n’est pas du collège invisible, ni de Paul Watzlavick ou de Gregory Bateson dont il s’agit mais d’une jeune Start-up : Pinterest. Relativement méconnu, surtout en France, Pinterest est pourtant le réseau social qui monte. En termes de sources de trafic, les résultats de janvier le placent au-dessus de Google + et LinkedIn.
Retour sur un site qui se retrouve propulsé dans la cour des grands.
D’abord, comment ça marche ?
 
Basé sur un principe de curation, Pinterest propose de sélectionner, d’éditorialiser et de partager du contenu. Images, vidéos,  voilà ce que les utilisateurs de Pinterest punaisent ou épinglent sur leur tableau en liège virtuel. À l’image du Facebook Wall, ce site ressemble à une sorte d’album photo social sans limitation de stockage. Pinterest rend aisée la sauvegarde de certaines trouvailles et permet de les partager avec les « pinners » qui vous suivent. Les internautes peuvent ainsi partager différents types de contenus, classés par catégories : photos, déco, mode, lectures, voyages; et les recommander à leurs amis.  Simple mais efficace, ce phénomène est d’autant plus impressionnant qu’il n’est pas ouvert à tout le monde. L’accès est en effet réservé et fonctionne sur un système d’invitation. Seuls les happy few pourront s’adonner au plaisir de « piner » et « repiner ». Eh oui, parce qu’à chaque réseau social son vocabulaire. On abandonne le « like » et le « poke » de Facebook et on se met au pin (épingler).
Pinterest emprunte les attributs et caractéristiques de ses aïeux. Il se présente à la manière d’un « tableau d’annonce », dans la poursuite du « like » de Facebook. Avec les images publiées, c’est par exemple un sens de la mode que l’on veut partager ou une appétence particulière pour le jardinage. Les images parlent d’elles-mêmes, elles sont à l’image de l’identité que l’on cherche à véhiculer. Dans la même logique que Twitter et Facebook, « j’affirme qui je suis » par ce que je publie. Les centres d’intérêts et le contenu sont créateurs d’identité. Pinterest dit lui-même être investi d’une mission : relier le monde entier à travers les choses intéressantes que les gens ont en commun. Pinterest poursuit donc cet idéal de la grande communauté de partage, celle qui met en avant ce qui rassemble et non ce qui sépare. On retrouve également avec ce site une volonté de faire « être ensemble », caractéristique des médias selon Wolton. Sa logique de flux, avec une actualité en temps réel des personnes abonnées, le rapproche de Twitter. Les contenus, abondants et divers, et les multiples rubriques correspondent bien à cette économie de l’attention. Le site essaye d’entretenir une relation privilégiée avec les pinteresters au travers d’une offre pléthorique. Par ailleurs, le site a tout compris en adoptant un modèle qui permet aux utilisateurs d’être émetteurs et producteurs. Liberté, autonomie, facilité, indépendance, les internautes sont ravis. Ils peuvent y chiner la perle, la bonne idée ou le bon plan. À chacun d’y trouver son utilité.
Avec sa profusion d’images, Pinterest s’apparente à un véritable écrin publicitaire, idéal pour le placement de produit. Les sites qui s’appuient sur Twitter, Facebook ou Google + pour partager des liens et générer du trafic vers leur site web vont-ils désormais se tourner vers Pinterest ? Une chose est sûre, Pinterest a tout d’un grand.
 
Rébecca Bouteveille
Crédits photo : Pinterest.com

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nfl-dollars
Société

Super Bol

Dans la nuit de dimanche à lundi, il y avait ceux qui dormaient, puis les autres — masochistes sur les bords — qui enchainaient les canettes de Red Bull pour ne pas sombrer devant le Super Bowl. Depuis quelques saisons, W9 diffuse cette grande messe du football américain — sport totalement confidentiel de ce côté-ci de l’Atlantique — mais qui rassemble pas loin de 150 millions de téléspectateurs chez les Américains, véritable miracle étant donné le morcellement du paysage audiovisuel états-unien.
La NFL — petit nom donné au football US (National Football League) — est le sport numéro Uno au royaume d’Obama, et dont la finale est surtout l’occasion de se marrer entre amis autour d’ailes de poulet et devant le meilleur de la pub mondiale. Ce que l’on sait moins c’est que cette joyeuse petite sauterie qui opposait les Giants made in New-York et les Patriots de Boston — doux ennemis de la Côte Est — aurait pu ne jamais avoir lieu.
Flashback en mars 2011. Le 25 au matin la NFL cesse toute activité. Les propriétaires se mettent en grève pour cause d’un désaccord sur le CBA — en VO, Collective Bargaining Agreement, en VF, l’accord syndical qui lie joueurs et propriétaires sur les conditions salariales et contractuelles de la ligue. Pour faire simple, quand les propriétaires se mettent en grève la saison s’arrête puisqu’ils sont aussi détenteurs des stades et employeurs de tous les soldats qui font tourner la League.
En NBA — la National Basketball Association — on a aussi vécu le même problème pendant l’été 2011. Début juin, les Dallas Mavericks sont sacrés champions, mais quelques semaines plus tard l’ambiance retombe assez sèchement. Même problème que chez les cousins du foot US, les joueurs et proprios ne trouvent pas d’accord sur la répartition des revenus tirés de la ligue — répartition définie par le CBA.
Alors en NBA comme en NFL, le « lockout » est décrété. Littéralement, les joueurs se trouvent « enfermés dehors ». Les entrainements et matches ne peuvent avoir lieu puisque les salles restent closes tant qu’un accord ne sera pas trouvé sur les répartitions de la juteuse manne financière qui découle du basket et du foot US.
Côté NFL, aucun matche n’a été annulé puisqu’un accord a pu être trouvé avant le début de la saison. Mais pour les amoureux de la gonfle orange, l’attente fut bien plus longue et préoccupante.
David Stern — le NBA Commissioner, en gros le patron de la Ligue — annonce le 28 octobre que les deux premières semaines de la saison (censée commencer début novembre) sont annulées étant donnée l’absence d’accord et l’affolante apathie qui entoure les débats. Finalement ce seront près de  deux mois de compétition qui seront supprimés. Le 26 novembre, après des centaines d’heures de réunion, l’intervention d’un médiateur envoyé par Washington et des millions de dollars envolés, un nouveau CBA a pu être signé. La saison commencera le jour de Noël, histoire de faire oublier aux fans les mois de chamailleries.
De juillet à fin novembre, les LeBron James et autres Chris Paul se sont étripés avec les propriétaires sur la répartition des gains que rapporte la ligue. Jusqu’ici les joueurs récupéraient 57% du gâteau et les proprios se partageaient le reste. Cependant il apparaissait assez clairement qu’un tel accord ne pouvait plus durer puisque les propriétaires clamaient perdre énormément d’argent. Les joueurs eux faisaient la sourde oreille avec une ligne de défense unique : sans eux, pas de spectacle ni de ligue.
Alors pendant 5 longs mois, les fans ont vu des joueurs multi-millionnaires batailler pour quelques 5 ou 6 misérables pourcentages — donc une bouchée de pain rapporté à leurs revenus qui s’élèvent pour les plus talentueux à 20 millions de dollars par saison. Les principaux sites de basket reprenaient tous en coeur le même refrain « Qu’ils nous rendent notre sport favori, et qu’ils arrêtent de pinailler pour si peu ». Ainsi nombreux étaient ceux à se dire littéralement dégoutés par l’attitude de leurs idoles, les plus virulents n’hésitant pas à appeler à un boycott en cas de reprise de la saison. Ainsi d’importantes pertes en termes d’audience étaient à prévoir lorsque le basket daignera reprendre.
Le mois dernier les chiffres des premières audiences sont tombés. Résultats accablants pour les fans excédés il y a quelques semaines de ça : la NBA et la NFL sont encore plus populaires post-lockout. Dans le LA Times, Helene Eliott a pu observer que les salles NBA étaient plus pleines cette année que l’année passée et que les audiences télé avaient elles-aussi augmenté — sur la même période.
Le Super Bowl a réalisé dimanche dernier les meilleures audiences de son histoire. Que ce soit en NFL ou en NBA, les fans semblent donc touchés d’une amnésie profonde quand on repense aux réactions ulcérées qui tapissaient Twitter et la rubrique commentaires d’ESPN.
Apparemment les fans viennent de donner le feu vert aux responsables des deux ligues majeures — NBA et NFL — pour se comporter comme ils l’entendent, en tout cas dans l’irrespect total du public — public qui fait d’ailleurs vivre tout ce beau monde. Les fans avaient pourtant là l’occasion de montrer qu’ils étaient — eux et eux seuls — ceux qui faisaient tourner ce cercle vertueux, véritable machine à billets vert. Mais apparemment le spectacle offert par le basketball et le football américain fait oublier toutes les péripéties. Ainsi ces chiffres actent une amnésie certaine du fan de sport qui avait enfin le pouvoir de réclamer son dû pour sa passion — essence indispensable du moteur rugissant de l’industrie sportive.
 
PAL

Photo tirée de The Book Of Mormon, comédie musicale de Broadway
Société

My name is Jeff Decker I am a sculptor for Harley Davidson and… I'm a Mormon.

 
Aucun parti pris politique ni jugement sur la religion mormone n’est revendiqué.
 
L’image mormone dans les médias : entre parodies, caricatures, campagnes politique et publicitaire :
 
Bien qu’elle ne représente que 2% de la population, établie majoritairement dans l’Utah, la communauté mormone ne cesse d’être mise sur le devant de la scène. Les candidatures aux primaires républicaines de Mitt Romney et Jon Huntsman, la série télévisée Big Love et plus récemment une comédie musicale co-écrite par les auteurs de South Park n’ont de cesse de rendre les Mormons plus présents dans la sphère médiatique.
 
Meet the Mormons :
 
L’Eglise Fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours prend naissance au XIXe siècle, sur le territoire américain même. Leur fondateur, Joseph Smith, aurait gravé sur des assiettes en or un texte en égyptien ancien, racontant comment Jésus serait revenu, il y a plus de 1 500 ans, prêcher la bonne foi aux américains. Ce testament aurait été déterré par Smith après que l’ange Moroni lui eût révélé l’endroit où il se cachait.
Beaucoup de choses ont été dites sur les Mormons. On leur reproche notamment d’être polygames, comme la série Big Love se plaît à le montrer. En effet, le personnage principal, Bob, entretient des liaisons officielles avec trois femmes différentes. Pourtant la pratique de la polygamie, auparavant revendiquée comme respectant la volonté divine, a été abandonnée dès 1890. Les Mormons se débattent avec ce stéréotype qui leur colle à la peau, c’est pourquoi Mitt Romney s’est bien appliqué à préciser qu’à soixante ans, il n’a connu qu’une femme, rencontrée au lycée et devenue mère de ses enfants.
Le rapport qu’entretiennent les américains avec la communauté mormone n’est pas nécessairement hostile, mais tient à fréquemment tourner en dérision leurs valeurs et croyances. Le fait que 10% des revenus de chacun des membres reviennent à l’Eglise et les appellations en vigueur au sein de leur hiérarchie les font aisément passer pour une organisation sectaire. Le président est nommé Prophète, et est secondé par deux Conseillers et douze Apôtres.
Selon un article paru dans The Economist, il paraît étrange que les Mormons peinent à se faire comprendre dans la société américaine puisqu’ils partagent le passé et les valeurs d’un héritage qui a profondément influencé l’esprit américain. Les Mormons aussi ont été pionniers, s’exilant à Great Salt Lake (actuel Utah) pour assurer leur liberté de culte. Le mormonisme est même la seule religion à être née sur le sol américain et à être, donc, influencée par les valeurs du continent. Ils se définissent comme patriotiques, dévoués au service public et croient en l’origine divine de la Constitution des Etats d’Amérique. Aucun désaccord sur ce plan. Les Mormons soutiennent l’entrepreunariat, l’audace et le libéralisme (l’autorité doit s’exercer au seul sein de la famille ou de la communauté) et estiment qu’il est de leur devoir de propager leurs idées par le biais de missions à l’étranger. Enfin ils valorisent le travail, le mariage et les familles nombreuses. Le cœur de leur philosophie s’enracine dans l’idéal du self-improvement, quoi de plus américain ? Ils jouissent même d’une excellente réputation en tant que citoyens modèles, il faut dire que lorsqu’on interdit la consommation de cigarettes, d’alcool et même de café, difficile de se laisser déborder par un tempérament de feu. Le work ethic mormon semble parfaitement adapté à la vie moderne. Harvard est principalement fréquenté par les trois M : les McKinsey, les militaires et les Mormons. Wall Street et la CIA en recrutent souvent. Pour finir, quand seulement 2% de la population est mormone, 3% des membres du Congrès sont mormons. Si US et mormons ont des valeurs communes, pourquoi l’éventualité de retrouver un membre de l’Eglise Fondamentaliste à la tête du pays laisse-t-elle aussi dubitatif ?
 
I’m Gabe, I’m a Mormon.
 
Le problème, c’est que le Mormonisme est le dernier né des religions et est particulièrement fermé, ce manque de communication et de racines ne convaint pas, pire il nourrit le scepticisme. C’est pourquoi l’année dernière, l’Eglise mormone a décidé de lancer une campagne vidéo pour revendiquer sa « normalité » et son enracinement dans la culture américaine – il s’agissait également de limiter le scandale qu’avait suscité le financement d’une campagne anti-gay par la communauté mormone. Une série de vidéos met en scène des jeunes surfeuses, des pères athlètes, des mères débordées mais souriantes et blogueuses, des maris qui font de la Harley Davidson… des personnes lambda qui nous paraissent, à nous européens, faites de carton pâte tant elles débordent de bons sentiments, mais qui n’en semblent pas moins correspondre à l’average American citizen. Ce speech finit par délivrer son message-cible, leitmotiv de la campagne : « and I’m a Mormon ».
 
Forget Hipsters, Get The Mormon Look[1] ?
 
Il est indéniable qu’en lançant cette campagne (très vite parodiée par des you-tubers concluant leur présentation par un « and I’m a Moron »[2]), l’Eglise Fondamentaliste cherche à donner un coup de frais à l’image que véhicule sa communauté, donnant ainsi la parole au mormon-rocker Brandon Flowers, chanteur des Killers. A cette occasion, The New York Times est entré en contact avec la jeune communauté mormone pour en apprendre plus sur ces teetotallers et leur manière de concilier la fougue de leur âge avec la rigueur de leur foi. Mini jupe, alcool, tatouage et barbe sont interdites – rassurez-vous, la fine moustache est autorisée et si votre peau ne supporte pas le passage de la lame vous pourrez bénéficier d’un laissez-pousser, « the beard card ».
 
Lola Kah
 
Sources :
Campagne « I’m a Mormon »
The Economist, When The Saints Come Marching in – Can a Mormon Get in The White House
New York Times, Young Mormons Find Ways To Be Hip
South Park, « All About The Mormons »
 

Crédits photo :
© The Book Of Mormon, comédie musicale de Broadway.
 

[1] « Get The Mormon Look » parodie le célèbre slogan de Rimmel, marque de cosmétiques anglaise : « Get The London Look ».
[2] Moron = bouffon.

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Campagne du Bon Marché pour les TBM par Les Ouvriers du Paradis
Société

The Mistaken Identity

On le sait tous, enfin tous ceux qui ont vu le chef d’œuvre cinématographique The Social Network, Facebook est né d’une envie de vengeance et de valeurs peu catholiques. Alors quoi de plus étonnant que l’usage parfois « détourné » que l’on en fait maintenant ? Dans une vision du monde toute rose, Facebook ne serait qu’un réseau destiné à nous réunir en toute convivialité pour un pur moment d’amitié bien ordonnée. Seulement, une fois les lunettes de soleil hyper kitsh ôtées du pif on se rend vite compte qu’il n’en est rien. Sans tomber dans l’extrême malveillance, il me semblait intéressant de vous faire part d’une récente expérience.
Je ne vous apprends rien en vous disant que Facebook est la plateforme rêvée pour lancer des rumeurs en tout genre. Les statuts apparaissent depuis longtemps sur un fil d’actualité visible par tous les contacts (et parfois plus) mais cela ne fait que quelques mois que les statuts jugés les plus intéressants restent en haut de l’affiche afin d’être vus et revus par tous ceux qui auraient eu la malchance de ne pas les lire dès leurs postages. Les photos prennent de plus en plus d’importance. Celui qui a dit qu’une image valait un millier de mots devait être un fan des Motivational Pictures : ces fameuses photos que les gens se postent sur leurs wall respectifs entourées d’un cadre noir avec un message parfois moqueur, parfois blagueur.
J’aurais adoré que l’on m’explique le rapport entre le nom qui leur a été attribué – Motivational – et l’actuelle photo visible sur mon fil d’actualité d’une femme au fessier important se tenant devant une voiture conduite par un chien…
Enfin, je divague, mon but n’étant pas du tout de vous parler d’un chien très doué mais d’une simple expérience. Hier matin, la filière Marketing, Publicité, Communication du Celsa a été conviée à une conférence des plus intéressantes sur le Branding par le Groupe Medinge. Ce groupe, basé en Suède, est un Think-Tank ou laboratoire d’idées qui décerne chaque année les prix « Brands with a Conscience »*. Tout ça pour dire que nous étions entourés de têtes pensantes dont une qui a particulièrement attirée notre attention. Sur la base d’un quiproquo, une femme du nom de Brigitte Stepputis a été confondue avec Vivienne Westwood. Il semblerait que cette femme travaille pour la marque mais n’ayant été présentée que sous le nom de celle-ci, vous comprenez bien que nous ayons eu un doute. Sans compter que la ressemblance physique (de dos) était trompeuse. D’un élan enthousiaste, mes doigts font leur chemin sur le clavier pour partager au mieux cette information :

En quelques minutes seulement, mon statut a été liké plus de fois que mes derniers statuts mis ensemble (vous me direz, je suis pas bien populaire non plus). Alors que les likes augmentaient, le fait que personne ne remette en question la véracité de cette information me taraudait. En effet, il m’est apparu que de plus en plus de gens tendaient à croire naïvement ce qu’ils lisent sur Facebook. En dehors de la première dimension gossip du site – qui ne nous leurrons pas est aussi la raison de notre présence accrue – on peut également trouver celle de l’actualité, mais pas n’importe laquelle. L’internaute se plaçant en médiateur n’est pourtant jamais incité à prouver la véracité de ses propos. Bien au contraire, il a tendance à être instantanément cru car qu’en retirerait-il ? Surtout que dans un objectif de m’as-tu-vu, légitimé par le site, il serait bien mal venu de sa part de propager une information dite d’actualité qui soit fausse.
Ou bien, on peut se demander s’il est véritablement important que celle-ci soit véridique ou non, tant qu’elle alimente les débats… On en revient donc à la bonne vieille rumeur et à toutes les conséquences dévastatrices qu’elle peut engendrer. Sans tomber dans l’exagération, il faut reconnaître que la plupart restent gentillettes.
Il me fallait tout de même vous le dire, mon statut était faux !
Brigitte pardonne nous notre ignorance…
 
Marion Mons
Crédits photo : ©Le Bon Marché / Agence : Les Ouvriers du Paradis

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Casse de bijouterie, photo de 20 minutes
Société

Le fait divers, conte moderne.

Le 26 novembre 2011 à 18h, une bijouterie de Cannes est braquée par quatre individus lourdement armés. Le gérant de la boutique est abattu d’une balle dans la tête et les quatre braqueurs prennent la fuite.
Si je suis au courant de cette affaire et qu’elle a retenu mon attention, c’est tout simplement parce que ma mère habite en face de cette bijouterie. Cela fait un choc qu’un événement particulièrement violent soit survenu tout près de chez soi alors même qu’on a passé pour sa part une journée tout à fait banale. Lors d’un diner familial, un mois plus tard, j’ai été frappée par le fait que chaque membre de ma famille avait quelque chose de personnel à raconter par rapport à l’affaire. Ma mère était dans cette même bijouterie vingt-quatre heures plus tôt, ma belle-sœur est passée en voiture devant la boutique avec sa fille cinq minutes auparavant. Enfin, mon cousin trouvait que le frère de la victime – le co-gérant de la boutique – était plutôt « antipathique » et n’avait pas l’air assez triste de la mort de son frère lorsqu’il le croisa, une semaine plus tard, dans la rue …
S’il reste assez concevable que ce fait divers ait pu avoir sa place dans un diner à Cannes ; le fait qu’il ait été relayé par le journal de BFM TV, de RTL, dans plusieurs articles du Figaro et encore plus dans le Parisien (1er quotidien national d’information qui assume par ailleurs accorder une place centrale au fait divers dans ses colonnes-NDLR) m’a beaucoup plus surpris. On a ainsi pu retrouver à plusieurs reprises cette affaire dans la rubrique « Société » du Figaro, et encore ce Mercredi 25 janvier, son site internet publiait une « flash-actu » sur cette affaire. Pourtant le Figaro déclare lui même que se sont produits quasiment un braquage de bijouterie par jour en France en 2011 …
De nombreux observateurs critiquent les médias pour la grande importance qu’ils donnent à ces informations jugées sordides. Néanmoins, selon Philippe Madelin, «la presse est née de la fascination du récit du mal ». A tous ceux qui ont l’impression que les faits divers prennent de plus en plus d’importance dans le paysage médiatique, l’ancien journaliste et blogueur de Rue89 rappelle qu’à ses débuts, la presse faisait ses plus grosses ventes sur les scandales et faits divers à sensations, en scandant à la criée les titres les plus racoleurs possibles.
Seulement, les temps ont changé. La mise en ligne de contenu journalistique sur le web, la multiplication de brèves ou « flash-actus » et donc la possibilité de choisir l’information qui nous intéresse et de la commenter nous ont fait passer d’une consommation médiatique unilatérale à l’ère du consommateur-acteur. Ainsi, on aurait pu croire que la préoccupation du public pour le fait divers allait décroitre. Or, il n’en est rien. Les enquêtes de satisfaction le prouvent, le fait divers intéresse toujours autant les gens. Pourquoi ?
Le fait divers, conte pour adulte ?
 
Au delà des poncifs souvent avancés pour expliquer ce phénomène (le voyeurisme naturel de l’être humain, le public qui se sentirait conforté dans le bonheur de sa propre existence au regard des drames qui touchent autrui) ; un des éléments de réponse peut être apporté par l’expression d’« émotion démocratique » théorisée par Christine Chevret. En effet, en informant du fait divers, les médias répertorient les écarts commis par certains par rapport aux normes sociétales. Les histoires tragiques de braquage, d’enlèvement, de viol, de meurtre relatées par les médias – qui répètent d’ailleurs souvent un même schéma – parlent toujours de la déviance d’un individu par rapport à la Loi. Au delà de la notion de crime, le fait divers brille par son caractère extraordinaire : il s’écarte de la banalité.
Derrière la fascination pour ce qui est inexpliqué, qui nous dépasse ou qui rappelle la fragilité et l’absurdité de la condition humaine, l’intérêt du public pour ce qui le choque pourrait être, en plus d’une catharsis médiatique, un besoin inconscient de moralisation. Le fait divers revêt en ce sens les mêmes oripeaux que le conte pour enfants. Choquer pour mieux instruire ; les personnages ne sont plus de jeunes adolescents mais bel et bien des adultes. Tout comme le conte, les faits divers abondent de personnages types : la jeune adolescente écervelée, le mari jaloux, la femme volage, le grand-père détraqué, etc..
Un miroir de la société
 
Ainsi, certains faits divers passionnent tellement l’opinion publique qu’ils finissent par aboutir à de véritables débats sociaux et nous incitent à mener une réflexion collective sur des thématiques souvent taboues, comme les violences conjugales (affaire Marie Trintignant en 2003) ou encore l’euthanasie (affaire Chantal Sébire en 2008).
A ce titre, la passion du public français pour le feuilleton DSK cet été 2011 a soulevé de nombreuses réactions sur la nature des relations hommes-femmes et la représentation de l’agression sexuelle dans la société. Une affaire d’une telle ampleur, lorsqu’elle est commentée et analysée par toute la société devient alors un véritable miroir de nos interactions sociales.
Finalement, il n’y a pas lieu de moraliser les médias en cherchant à déterminer si exposer les faits divers est une démarche bonne ou mauvaise. Ces affaires sont le reflet de notre société, autant pour l’événement qui se produit, que pour le choix de leur exposition par les médias. Les faits divers alimenteront toujours les médias, car ils font partie de notre humanité.
«Avec le fait divers, on est dans l’humain, le trop humain. » – Patrick Eveno, professeur en histoire des médias.
 
C.P
 
Crédits photo : ©20 minutes – ©BFMTV – ©Le Parisien

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Flashmob dans la rue
Société

Le flashmob : rite tribal dans un village planétaire?

« Il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude: jouir de la foule est un art; et celui-là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans son berceau le goût du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du voyage.» Charles Baudelaire, «Les Foules», Le Spleen de Paris.
Le bain de foule peut se révéler pour le poète un véritable voyage, une démarche artistique, comme s’il était poussé par une volonté de mêler sa solitude à la multitude.
Si je cite Baudelaire pour entamer mon article, ce n’est pas que pour faire une jolie captatio, tentant ainsi d’éveiller l’attention des littéraires. C’est parce que j’ai décidé d’écrire à propos du phénomène des flashmobs et que je trouve, aussi discutable cela soit-il, qu’il a une dimension éminemment poétique.
En effet, le flashmob (entendez: mobilisation éclair) se veut être un rassemblement de personnes dans un lieu public, effectuant d’un même élan des actions préétablies, avant de se disperser rapidement. Oui, une mobilisation éclair, quoi. Pour être antichronologique, je parlerai d’abord de la plus connue, datant du 8 septembre 2009.

Pour célébrer le lancement de la 24ème saison de son émission, Oprah Winfrey accueillait les Black Eyed Peas, interprétant leur nouveau titre «I Gotta Feeling» devant plus de 20 000 personnes. Jusque là, rien d’étonnant… Sauf qu’au son de ce tube voulu entraînant, une seule personne danse, au premier rang. Et là, dans un effet de cascade, le flashmob se met en route, avec d’abord dix autres personnes qui se déhanchent, puis cent. Puis mille. Jusqu’à ce que des milliers de gens dansent en rythme, coordonnant leurs mouvements devant une Oprah Winfrey plus qu’abasourdie. Je défie qui que ce soit de ne pas frissonner devant un tel exploit.
Mais qu’importe l’effet, la cause en est d’autant plus intéressante; car ce sont bien les réseaux sociaux qui sont à la base des flashmobs. Or, si nous sommes des êtres solitaires derrière les écrans, il est curieux de voir comment les réseaux peuvent amener les individus à se rassembler et, l’espace d’un court instant, à ne former plus qu’un seul et même mouvement. De la solitude à la multitude, c’est là que se situe le voyage.
Mais derrière cette poésie du rassemblement se lit une problématique communicationnelle forte. En effet, à moins que je ne sois obsédé par le cours de «Réseaux» que nous avons eu l’occasion d’avoir ce lundi au Celsa; il y a selon moi comme un écho au fantasme du «village planétaire» que l’on retrouve chez McLuhan. Selon cette théorie, les médias de masse auraient le pouvoir de fondre les micro-sociétés en une seule, constituant ainsi un «village global», une communauté partageant une même culture. Or prenons un nouvel exemple de flashmob, ayant cette fois-ci eu lieu en juin 2009 à l’occasion de la mort de Michael Jackson. Un grand nombre de mobilisations éclairs ont eu lieu dans des grandes villes du monde à l’instar de Chicago, Paris, Stockholm, Montréal ou encore Taipei; où la chorégraphie de «Beat It» a été réalisée simultanément par bon nombre de participants. Une telle démarche se veut en réalité être un «hommage» rendu à un défunt, faisant partie de notre culture à tous.

Dans cet exemple précis, on passe donc d’un réseau dit «social», dans lequel des communautés se sont mises d’accord sur Internet, à un réseau physique, où des gens rendent hommage à une même personnalité, en même temps, aux quatre coins du monde. N’est-ce pas là l’exacerbation de l’âge néo-tribal qu’observait déjà Marshall McLuhan avec la télévision; cette fois-ci rendu concret par la mise en pratique d’une «danse» commune?
Un nouvel exemple de ce déploiement d’une culture commune, plus récent cette fois, est la célébration du nouvel an chinois… à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, ce lundi 23 janvier.

C’est en effet l’agence W&Cie, à la tête de cet évènement, qui a permis de voir des danseurs en tenue de soirée exécuter un charleston autour d’un couple unifiant une chinoise et un français. Mélange des cultures à travers la danse, donc, la portée communicationnelle du flashmob n’a pas échappé aux agences.
Concluons que, par sa consistance poétique et communicationnelle, le flashmob est un pas de plus vers un brassage des cultures, par la danse.
D’ailleurs, n’oubliez pas de réviser les pas du prochain flashmob qui se déroulera au Parc Botanique de Bruxelles le 2 février prochain à 16h30, sur le rythme de la «Danse des canards»!

Lucas Vaquer
Crédits photo : ©Grenier aux nouvelles

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Teaser "The Bark Side" par Volkswagen célébrant le Big Game
Société

Il n'y a pas si longtemps dans une galaxie pas si lointaine…

Vous l’avez sûrement deviné, je vous parle de Volkswagen (vous allez croire que j’ai des actions chez eux à force). La marque automobile et son agence Deutsch Los Angeles continuent de nous étonner avec cette année un orchestre de toutous “so geek” !
A l’occasion du Super Bowl, Volkswagen sort à nouveau son sabre laser du jeu avec ce nouveau spot qui vient un an après le fameux “The Force”. Souvenez-vous (bien que je doute que cela vous soit difficile) d’un mini Dark Vador déterminé à faire bouger de multiples choses grâce au pouvoir de la force. Pour ceux qui l’aurait loupé (coincés dans une grotte ou en prison) :

Le spot de cette année ne semble pas destiné à faire le tour des télévisions mais bien du web. “The Bark Side” (joli le jeu de mot) est en effet un teaser en l’honneur du Big Game (première journée du 46ème Super Bowl) qui fait le buzz sur la toile avec déjà 6 704 869 vues depuis le 18 janvier sur Youtube uniquement ! Découvrons ensemble ce qui fait aboyer tout le monde :

Volkswagen n’aurait pas pu choisir mieux que Star Wars pour parler de la force et donc du pouvoir de l’ingénierie allemande (attention à ne pas tomber dans la métaphore fasciste cela dit). Le tout bien sûr avec humour et légèreté, on doit avouer que c’est vraiment bien joué !
 
Marion Mons

Exemple d'un troll 9gag
Société

Le Troll, sadisme et spectacle

Peut-être avez vous manqué ce concept du troll, peut-être ne trainez-vous pas, à vos heures perdues, où les neurones cherchent désespérément à se connecter, sur des sites comme 9gag, ou d’autres encore… Vous n’avez rien manqué d’essentiel, si ce n’est un phénomène social intéressant du web : le troll. Le troll est une figuration graphique de diverses tendances qui parcourent le web. Il s’agit de ces petites BD, ou de ces montages photo, qui visent à faire rire à travers la moquerie, l’ironie, voire un peu de sadisme (voir illustrations).
On retrouve les blagues qui portent sur notre infra-ordinaire, déjà exposées sur des sites comme VDM. Par exemple, les thèmes exposés les plus importants concernent la fameuse « friendzone »*, les situations à l’école, les conversations qu’on trouve sur les réseaux sociaux, les moments de tous les jours dans lesquels tout le monde se reconnaît avec une certaine autodérision. Mais c’est aussi la démocratisation de l’illustration de notre quotidien : à l’origine, ce sont les auteurs de bande dessinées plus ou moins amateurs qui ont lancés cette vogue dans les blogs d’illustrer des anecdotes et des routines. Avec le troll, tout le monde peut se mettre à cette illustration car l’exigence graphique et artistique est minime (comme on peut le constater sur les sites en lien), et cette simplicité séduit d’autant plus qu’elle fait appel à l’imagination. Dernière tendance présente dans cette tête au sourire moqueur : la Fashion Geek. On a vu depuis quelques années se développer la mode du « nerd », les grosses lunettes, le look faussement négligé, et la conviction ferme que tout ce qui touche à cet univers un peu codé et fermé est cool. Le troll, en soi, existe depuis très longtemps, mais ce n’est que maintenant qu’il devient populaire et qu’il est utilisé par divers type de publics, sur pratiquement tous les réseaux sociaux. (Il faut tout de même noter que le troll fait constamment référence à un « patrimoine geek » qu’il est nécessaire d’avoir pour comprendre les blagues : du Seigneur des anneaux, aux jeux vidéos des années 90, la culture est vaste).
La métaphysique du troll reste cependant mystérieuse… Au départ, « troller » c’est intervenir dans un forum ou sur un site d’échange pour énerver l’audience, produire un débat, créer du conflit, ou tout simplement pour provoquer l’hilarité des complices et un certain plaisir sadique. C’est de là que sont ensuite venus les dessins, comme pour mieux représenter une pratique tellement vaste qu’elle ne concerne plus nos seuls échanges en ligne, mais envahit notre quotidien. Mais pourquoi « troller » ? Quelles sont les motivations des « trolleurs » ? Il y a cette première évidence qui vient à l’esprit : « on rit toujours plus facilement du malheur des autres » ; mais dans notre société moderne pessimiste et quelque peu dépressive, cela va au-delà de ça : la moitié des trolls, en effet, verse dans l’autodérision. Il y a cette idée que n’importe qui peut scénariser son quotidien, le représenter, ou simplement créer un événement : que l’on dessine sur Paint la petite BD de sa vie, ou qu’on aille se moquer d’une population sur un site, on crée un événement, quelque chose à raconter, qui atteindra toujours une audience. On se donne à voir, et on s’illustre à travers un humour particulier, qui a ses codes, ses règles, ses symboles, son langage. Du même coup, on intègre aussi une communauté, on partage des valeurs, des pratiques (pour un exemple concret du pouvoir de 9gag, voir ici comment les utilisateurs ont spammé Nescafé pour venger un des leurs : Nescafail. C’est bien là tous les avantages des nouveaux médias…
Pour finir, je voudrais revenir à la dimension historique du phénomène : en fin de compte, quand on y pense, le trolleur a toujours existé. C’est par exemple, celui qui durant une prise de vue en direct au journal télévisé, va se mettre en arrière plan du journaliste pour faire des grands signes de mains, ou des grimaces. En réalité, si on devait rendre toute son innocence au geste, on pourrait dire simplement que le troll est une grimace à l’endroit où ne l’attend pas.
 
Marine Gianfermi
 
* la friendzone, c’est le statut atteint parfois auprès de la personne qui nous intéresse lorsqu’on échoue à la séduire. La phrase fatale, clôturant toutes tentatives, se résumant à un discret mais terrible : « Tu es un(e) super ami(e) ».

Publicité pour Yummypets représentant un chien triste de ne pas avoir son profil
Société

Jakadi qu’il fallait inscrire son minou sur Yummypets…

Il n’est pas véritablement le premier réseau social pour animaux, comme on a pu le lire ou l’entendre dans les médias. Yummypets arrive après Woopets, Zanibook, ou encore Mypety – autant de plateformes qui permettaient déjà aux internautes de créer une sorte de profil Facebook à leurs minous, toutous, et autres bêbêtes. En cela, il semble que l’agence de communication bordelaise Octopepper qui a lancé le projet ait plutôt réussi son coup : de nombreuses chaînes télévisions y ont consacré un mini reportage (pas très fouillé, puisque toutes ont présenté le réseau comme un concept absolument innovant), et l’information a également été relayée sur le web. Mais pourquoi 150 maîtres de plus chaque jour y inscrivent-ils leur Médor, et pourquoi cela a-t-il tant intéressé les médias ?
La plateforme de Yummypets est bien plus accueillante, plus séduisante que celle des réseaux concurrents – si l’on peut parler de concurrence. Le design est agréable, les diverses catégories apparaissent clairement et le tout semble très simple d’utilisation. Aucun internaute un peu familier des réseaux sociaux n’aurait de mal à comprendre comment l’utiliser, ni à s’approprier ses fonctionnalités. Le propriétaire, après avoir renseigné quelques informations personnelles, établit un profil pour son animal, exactement comme il l’aurait fait pour lui-même : pseudo, description, photos, etc. Les rubriques livres, émissions et films favoris, grâce auxquels nous nous caractérisons sur Facebook, ont été remplacées par « plats », « jouet préféré », « place préférée » ou encore « plus grosse bêtise »… Je vous passe les florilèges et vous laisse le soin d’aller voir par vous-même, les Curieux…
A côté de cela, les utilisateurs ont la possibilité de se faire des amis, ou encore de devenir fan d’autres animaux – de les « suivre », un peu comme sur Twitter. D’ailleurs, certains profils « privés » sont accessibles uniquement si l’on est inscrit sur Yummypets et que l’on suit l’animal en question. Restreindre les contenus visibles, ou augmenter la part d’invisible : une manière d’inciter les simples visiteurs curieux à s’inscrire… D’autant que le réseau social propose plusieurs fonctionnalités invitant les internautes à interagir, tel que le « cute or not cute », qui permet d’élire parmi deux toutous/minous/pioupious le plus mignon ; le nombre de participations s’élève déjà à 20 000. Les concepteurs organisent également chaque mois un concours photo à thème – en ce moment, c’est « le plus bébé du mois »… Le but de toutes ces manœuvres est bien évidemment d’augmenter le temps passé sur le réseau à chaque visite : aujourd’hui, les membres y restent en moyenne 15 minutes par jour ! Cela pourrait sembler peu, mais c’est déjà considérable compte tenu la jeunesse de Yummypets et le nombre encore assez réduit de membres et de fonctionnalités. Et le virus est amené à se propager grâce à la page Facebook et au compte Twitter dédiés au réseau, qui sont incroyablement bien animés.
Le potentiel du réseau social apparaît donc plutôt intéressant. Si pour l’instant les fondateurs d’Octopepper disent ne pas vouloir « monétiser très vite » – « on n’est pas des marchands d’animaux. On veut conserver l’affect. » –, le concept pourrait devenir rapidement rentable. Les entreprises exerçant dans le secteur animalier devraient y voir un support publicitaire formidable – quel meilleur endroit qu’une communauté complètement dingo des bêbêtes pour trouver de nouveaux clients ? –, et M. Glayrouse parle déjà de la mise en place éventuelle d’une boutique en ligne… Ingénieux. D’autant que l’application pour Iphone est prévue pour fin février…
Mais mettons entre parenthèses ce que Yummypets rapporte d’un point de vue stratégique et économique pour se pencher sur ce qu’il apporte aux utilisateurs. « On s’est dit que, comme ça, les gens allaient beaucoup plus se lâcher », déclare le concepteur. Et il n’avait pas tort : le réseau social animalier rapproche ses membres, et il les rapproche certainement plus que Facebook ou Twitter, sur lesquels ils s’efforcent souvent d’entretenir une certaine image, promouvant leur profil dans une logique de personal branding. Sur YP, les utilisateurs se permettent des réactions plus spontanées – plus « bêtes » aux deux sens du terme ! – parce qu’ils savent qu’ils sont entre eux, entre grands amateurs d’animaux, et qu’ils parlent et agissent de toute façon derrière le masque de leurs compagnons poilus. Non non non, ce n’est pas moi qui fait/dit cela, c’est Caramel, mon cochon d’Inde !
Si tout cela apparaît fort sympathique, et fort commode, il reste un risque important : celui de commencer à se voiler la face et vivre par procuration…
 
Elodie Dureu
Crédits photo : ©Yummypets