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Al-Jazi Foot
Société

Al-Jazi quoi ?

Le 6 décembre 2011, Al-Jazeera (ou Jazira pour les intimes) rentre dans la danse de l’attribution des droits télé de la Ligue des Champions, jusqu’à présent détenus par TF1 et Canal+. Pour les passionnés de curling ou ceux qui ne jurent que par « les valeurs de l’ovalie » — le rugby quoi —, la Champions League en VO c’est le top of the top du football européen. Pendant huit mois, les trente-deux meilleures équipes européennes se livrent une lutte sans merci pour régner sur le vieux continent. Outre la gloire — pour un footeux, remporter la CL, c’est aussi beau qu’une coupe du monde — une telle compétition c’est aussi l’occasion de remplir les caisses des clubs grâce aux juteux droits télé que l’UEFA (l’instance dirigeante du football européen) distribue en fonction de leurs performances dans la compétition. À titre informatif, l’UEFA balance plus de 750 millions d’euros chaque année aux Real Madrid, Manchester United et autres Milan AC ; le vainqueur de la coupe aux grandes oreilles — comme Mickey ouais c’est marrant — pouvant récolter à lui seul plus de 30 millions d’euros.
Tous les quatre ans les droits sont renégociés entre l’UEFA et les chaines de télé intéressées. Des appels d’offre sont lancés, et les plus généreux raflent la mise. Problème, cette année un petit nouveau coiffé de son keffieh est venu bouleverser le game : les Qataris d’Al-Jazira Sport. Jusqu’ici TF1 et Canal+ se partageaient les lots mis en jeu: TF1 récupérait les 13 premiers choix dont la finale, pendant que Canal+ raflait le reste (133 matchs, plus des émissions spéciales).
Côté qatarien on n’a pas pour habitude de s’embarrasser avec des histoires d’argent. Alors si Canal+ proposait 31 millions pour ses 4 lots habituels, les Qataris ont posé 60 millions sur la table. Le double, en toute décontraction. Bertrand Méheut — PDG de la télé du Plus — essayait de camoufler l’échec avec des « oh mais vous savez le foot n’est qu’un élément parmi d’autres de notre offre ». Ouais, pas à nous Bertrand. Humiliation suprême, Charles Biétry, ex-directeur des Sports chez Canal viré comme un malpropre en 1998, prenait la tête d’Al-Jazeera Sports France. Belle quenelle glissée à son ex-employeur. Pour sauver la face, et éviter de virer la ribambelle de consultants sportifs qui officient sur Canal — sachant que chaque ex-entraineur de Ligue 1, ou pseudo international français aussi mauvais soient-ils avec un sifflet, un ballon ou un micro peuvent postuler à un poste chez Canal, ça fait un sacré nombre — Méheut a ramassé les miettes en piquant le lot historique de TF1.
Résultats des courses, les soirées Champions League vont coûter un peu plus cher que la Domino’s pizza à 7€99 du mardi soir. Il faudra s’abonner soit à Al-Jazira soit à Canal+ pour se régaler devant les exploits de Benzema et ses copains.
Cette information faisait en fait écho à une précédente brève qui est passée un peu plus inaperçue. La même Al-Jazira s’était offert un petit lot de matchs de Ligue 1 — le championnat français qui nous offre parfois des petits bijoux comme un succulent Dijon – Valenciennes au stade Gaston-Gérard —, et ce pour 90 millions d’euros. Les emplettes des Qatariens font en réalité partie d’un dessein bien plus grand.
Petit rappel : si vous étiez sur une autre planète l’été dernier, le PSG — club de la capitale, éternel prétendant à devenir un « grand d’Europe »  — a été racheté par les mêmes Qatariens via Qatar Sport Investment. L’objectif est donc simple: promouvoir le club et le football français en France mais aussi dans tout le Moyen-Orient par le biais du championnat de France et la Ligue des Champions à laquelle le PSG participera l’année prochaine, sauf cataclysme. Effectivement, le Qatar accueillera sous 45 degrés le Mondial 2022, donc il est urgent de s’y mettre pour essayer d’insuffler la passion du football dans une région pas particulièrement portée sur le ballon, mais prometteuse puisque 65% de la population a moins de 25 ans.
Cependant Al-Jazira ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Plus ambitieux, Al-Jazira Sport pourrait jeter son dévolu sur la retransmission des Euro 2012 (Polo-Ukraine) et 2016 (France) diffusés en règle générale sur TF1 et M6.
Petit à petit, Al-Jazira vient grignoter le peu de sport retransmis gratuitement qui survivait sur les chaines gratuites. La question n’est pas tant de savoir si l’action d’Al-Jazira est légitime étant donné que de tels rachats profitent au football français dans son ensemble, et qu’il est normal que le plus offrant récolte son dû. En effet, le résultat est le même avec Canal+ qu’Al-Jazira : le foot quitte la sphère du gratuit. Que les matches de Ligue des Champions se retrouvent sur les chaines payantes est somme toute la conséquence attendue d’une compétition qui se place dans une logique purement économique ; certains clubs — comme l’Olympique Lyonnais — frisant la banqueroute en cas de non-qualification. Mais que des compétitions comme l’Euro mettant aux prises les équipes nationales du continent échappent peu à peu aux chaines gratuites semble être un dévoiement non souhaitable. Effectivement, le football et le sport en général ne peut se résumer à une affaire de gros sous. La télévision reste aujourd’hui le seul moyen de vivre ensemble — pour un pays — un moment de communion que seul le sport peut nous offrir. Il serait dommage que certains soient privés de ce spectacle parce que certaines chaines auraient failli à leur mission.
 
PAL

Bourse-metro-station
Société

Nous indigner ?

 
Ces attentats à la morosité ne seront certainement pas passés inaperçus auprès des usagers du métro parisien. Et, plutôt que de saluer la prouesse technique de ce « terrorisme comique » ou de retracer la généalogie des démonstrations indignées, nous allons nous contenter de « lire » ces opérations de braconnage qui, pour ne pas être subliminales, ne sont pas moins ambigües.
La première illustration est la plus délicate à interpréter. Elle se heurte rapidement à un public sceptique et à la surprise où elle fonde son artifice. Son message est trop plausible, trop rigoureusement semblable aux messages parodiés pour que le spectateur juge de son sérieux sans appel. En fait, ce premier habillage mime les pompes et les tournures du discours officiel pour en usurper la crédibilité ; il pastiche les formes plastiques et rhétoriques de la communication institutionnelle pour en récolter la légitimité – donc le pouvoir. En somme, la reproduction du ton attendu en pareilles occasions suffit à ce que la supercherie du costume opère. Les plaisantins sont grimés ; les énonciateurs sont confondus. Or, cette dangereuse confusion, cette impossibilité à se rassurer est, en définitive, la condition du guet-apens émotionnel – cette embuscade conative – où les larrons veulent surprendre leurs spectateurs. Pour renverser la situation en leur faveur, pour séduire, ils ont besoin que les certitudes chancellent…
Les illustrations suivantes concluent la plaisanterie et aboutissent aux sourires convoités. Nous ne nous attarderons pas sur les derniers messages. Nous supposerons toutefois que la dérive du registre employé est une métaphore du déclin financier condamné… En revanche, les trois discours pris ensemble révèlent une forme de protestation originale. En effet, la guérilla discrète et sarcastique est ici préférée aux démonstrations débordantes de revendications agressives, impératives et sans nuances qui se discréditent en même temps que le système fustigé. Les chenapans reprennent à leur compte le fameux « divertir pour instruire » et appliquent à leurs revendications les dernières vogues de la communication publicitaire, mêlant morale et humour. La complicité subtile et pédagogique devient donc le mode de contestation privilégié des pirates anonymes face à un régime impuissant à se renverser spontanément… Ne laissant à ces chevaliers blancs – pourfendeurs des ordres sourds et sclérosés – que les ressources de la révolution civique – cette indignation clémente.
 
Antoine Bonino

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science po
Société

Sciences Po fait du ménage

Le fleuron de l’éducation française, Sciences Po vient de supprimer son épreuve de culture générale. LA grande école par excellence a décidé de réformer les modalités du concours d’entrée dans le sens d’une discrimination positive. Après l’admission de bacheliers issus de ZEP sur dossier, Richard Descoings souhaite par cette mesure « diversifier » le recrutement et miser davantage sur la personnalité des élèves. Magister dixit.
La nouvelle se répand comme une trainée de poudre. Véritable institution, symbole de l’éducation française et d’une certaine élite, la décision de Science Po suscite des réactions partagées. Certains parlent de révolution, d’autres d’évolutions.
Du côté de Sciences Po, on avance qu’on ne recrute pas des copies mais des individualités. D’autres disent que l’épreuve de culture générale semble l’épreuve la moins utile, et surtout comment peut-on prétendre en avoir une à l’âge de 17 ans ? D’autres, véritables défenseurs et porte-parole de la culture se disent atterrés. La France, terre de nos aïeux philosophes, berceau des lumières supprime une partie de notre patrimoine.
L’apocope « Sciences Po » a gagné en notoriété à l’étranger. Presque un symbole à part entière de l’identité française, comme le foie gras, le champagne et la haute couture, elle rivalise avec les grandes universités américaines, anglaises et asiatiques. Bien que sa place fluctue dans les classements mondiaux, elle reste suffisamment appréciée des élites pour rassurer notre chauvinisme.  In fine, quelle image dorénavant pour Sciences Po et l’éducation française à l’étranger ? Les français toujours connus pour leur héritage culturel, leurs racines sur le vieux continent, souvent un brin arrogant quand il s’agit de leur culture générale risquent de se sentir démunis. Quand on interroge les étudiants étrangers en séjour d’études à Sciences Po, ceux-ci vantent la manière française d’étudier et de vivre, l’expérience d’un point de vue universitaire mais surtout culturel ! Et la culture générale en fait partie. Toute la communication renforce cette image galvanisante du mythe français, du « vieux pays », de la vieille démocratie. La France toujours vue comme active dans la participation à la construction européenne avec une vocation universaliste en matière de droit de l’homme vient de faire une croix sur ce qui faisait son charme à l’étranger. En faisant ce choix, il semble que la culture G jusque là portée aux nues vient d’être reléguée au second rang. Bien plus qu’une simple réforme de grande école, c’est un véritable coup de pied dans la fourmilière, c’est revenir sur ce qui, pendant des années était le graal de la nomenclatura française mais aussi remettre en cause l’image bien ancrée à l’étranger de notre « appétence » pour la culture.
Bien sûr, l’archaïsme n’est pas une solution, il est évident qu’il est important de miser sur les personnalités et d’autres facteurs que les compétences intellectuelles, mais fallait-il aller jusqu’à supprimer l’épreuve de culture G ? Réforme et non suppression n’aurait-il pas suffit ?
 
Rébecca Bouteveille

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LOL Project
Société

Jacques n’a rien dit, il a ri

 
Naissance d’une idée
 
L’abréviation anglaise de « laughing out loud » (mort de rire) est très rapidement devenue l’expression favorite des jeunes internautes. Aujourd’hui elle est passée dans le langage courant de l’internet et s’utilise presque davantage comme une ponctuation que comme une expression véhiculant un sens : « lol » diminue l’aspect sérieux d’un discours qui pourrait sembler trop blessant.
Mais c’est bien la première signification de ce mot qui a inspiré deux hommes, un jour de Septembre 2009. William Lafarge, directeur de création d’une agence marketing pour de grandes marques, et David Ken, photographe, en viennent à parler de la captation d’un instant précis, unique, à travers la photographie. Automatiquement l’exemple du rire leur paraît le plus parlant, car quoi de plus éphémère qu’un fou rire ou qu’un éclat de rire ? Ils songent alors à prendre une série de photos de personnes en plein fou rire et d’en faire une exposition. Mais après tout, pourquoi se cantonner à une seule galerie temporaire alors que la France a tant besoin de rire au milieu de cette crise économique sans précédent et du danger de la grippe aviaire ? Non, ce qu’il fallait, c’était une action qui dure, un réel projet.
 
LOL Project
 
L’idée de base du LOL Project n’est donc pas commerciale, elle ne vend aucun produit. Out les jolies filles aux dents parfaitement alignées qui tiennent un tube de dentifrice ! Sur ces affiches, on voit des enfants, des adolescents, des adultes, des un peu plus qu’adultes, des personnes âgées, des personnes très âgées, des garçons et des filles, des gens de toutes les couleurs de peau… Et toujours, des rires. Le principe est simple : on s’inscrit sur le site, puis lorsque le LOL Project passe dans notre ville, on signe un papier pour le droit à l’image, on se fait prendre en photo et l’on se retrouve sur le site internet du projet. C’est tout.
On aurait pu croire qu’un projet pareil, sans commercialisation de produit, sans valeur monétaire, allait s’essouffler en quelques mois pour ne donner que de jolies photos de profil sur facebook et une petite exposition parisienne. Or depuis plus de deux ans, ce projet n’a cessé de gagner en importance, passant de Paris à la France entière grâce à la tournée de 2011, de quelques photos de proches ou de voisins à des milliers de photos et encore d’avantage de spectateurs.
L’une des grandes forces du LOL Project est une campagne de communication basée sur un seul concept : faire sourire. Grâce aux réseaux sociaux, cette « viralité du sourire » (comme le nomme Gregory Pouy sur le site du LOL Project) s’est largement étendue et leur a permis des apparitions médiatiques plus variées sur le net, comme sur le site de Marianne. A travers le projet un peu fou « I LOL Paris », qui prévoit de couvrir tous les espaces affichables de la capitale, monuments compris, de gigantesques photos tirées de participants bénévoles du LOL Project, ce dernier a attiré les regards des internautes et des médias. Radios et télévisions nationales comme RTL, le JT de France 3 ou encore l’émission « Leurs secrets du bonheur » de France 2 se sont intéressées à cette action peu commune et ont largement étendu son champ d’action et ses possibilités.
Ainsi La création et la vente du livre du LOL Project, réunissant plus de 2000 rires sur quelques centaines de pages, ont également contribué à son implantation dans le paysage médiatique et ont permis de débloquer des fonds pour leurs projets majeurs : des journées de shooting photo dans des hôpitaux comme celui de Garches (dans le cadre de l’association « regarde la vie » au nom tout à fait approprié au projet), ou encore un mur LOL Project à l’hôpital Robert-Debré. Les visages souriants qui accueillent malades et visiteurs, médecins et personnel soignant, ont eu un réel impact d’abord sur les travailleurs et les malades de l’hôpital, mais aussi sur l’image du projet qui s’en est trouvée magnifiée.
 
Actualité
 
Aujourd’hui, grâce à son rayonnement notamment sur internet, le LOL Project bénéficie de davantage de fonds. Les dirigeants inscrivent également la ligne communicationnelle dans un projet plus large, de niveau mondial, comme le montrent les derniers trailers du LOL Project qui ont été traduits en Arménien, en Camerounais, en Mandarin et en Italien, ou encore leur shooting photo à Montréal. Tout laisse à penser que ce n’est qu’un début, et que cette formidable communication menée de main de maître permettra au LOL Project de faire sourire le monde à l’unisson.
 

LOL Project Trailer by David Ken on Vimeo.
 
Héloïse Hamard
Merci au LOL Project pour sa coopération !
Crédits photo et vidéo : ©LOL Project
 

Profil facebook faux d'Adam Barak Janvier 2012
Société

Avec ou sans drogue, la Timeline c’est toujours aussi inutile

Ou inversement….
Quand un annonceur décide de s’approprier le nouveau Facebook Timeline, ça donne ? Une campagne anti-drogue basée sur une asymétrie « avant/après » ou plutôt « avec/sans ». L’idée est bonne et originale mais selon moi inefficace ou du moins, mal exploitée (sans compter qu’il y a violation du règlement du réseau social en ce qui concerne les « faux » profils). Inefficace, dans une perspective préventive, j’entends ! C’est en revanche une bonne « pub » pour l’IADA (l’Israël Anti-Drug Authority), qui en est à la base. Pour les ignares (comme moi), sachez qu’il s’agit d’une organisation israélienne quasi-gouvernementale, sous la coupe du Premier Ministre, mise en place en 1988, chargée de mener une véritable guerre contre la drogue et, plus récemment, contre l’abus d’alcool. Pour ce faire, elle conçoit et coordonne des campagnes de prévention et de sensibilisation, facilite l’accès aux cures et aux divers traitements, aide au respect de la loi, mène des recherches sur le sujet.
J’invite ceux qui ne seraient pas encore tombés sur le faux profil d’Adam Barak, à y jeter un œil. Le concept est bien trouvé : pas de meilleur moyen pour toucher les principaux intéressés que de s’immiscer dans leur petit monde virtuel, mais cela aurait certainement pu être utilisé à meilleur escient. Pas de quoi engendrer une réelle prise de conscience, ni de quoi vous choquer. En réalité, sept photos se battent en duel sur cette ligne du temps, censée opposer un an d’une vie « avec » drogue à un an d’une vie « sans ». En ce qui me concerne, cela m’a (presque) fait sourire. Quoique ! Au final, s’il n’y a rien d’attrayant, ni de risible (j’en conviens) dans la vie du Adam drogué de gauche, celle de l’Adam clean de droite n’est pas plus folichonne. Au même titre que la saga des « Martine », Adam va au cinéma, Adam joue au basket, Adam s’habille, Adam est pris en photo dans son lit le matin. Mouais… On a vu mieux en matière de sensibilisation ! Le Adam « sans » aurait pu réaliser de grands projets, avoir un job intéressant, voyager. Non. Il ne lui arrive rien, à tel point qu’il semble avoir trouvé refuge dans la drogue ! De même que la vie du Adam « avec » est bien loin de la réalité d’un toxicomane. Seule trace de sa débauche : un bang (vide), des mégots de joints et un visage complètement tuméfié. D’ailleurs, à voir le résultat, le type a plutôt l’air d’un consommateur de crack ou de crystal meth et non de cannabis. Comble de la maladresse, une des légendes : « anyone got shit to burn? im running low… »*. Soyons réalistes, c’est un profil Facebook, et non un réseau de dealers.
En revanche, il faut souligner la dimension psychologique de l’initiative. La drogue est un calvaire pour votre entourage, détruit ceux qui vous aiment et vous enferme dans la solitude, alors que sans elle vous vivez d’amour et d’eau fraîche, vous avez une vie sociale, des amis (pas toujours !). C’est tout de même un peu léger. Finalement, seuls ceux qui ont été confrontés à une telle situation dans leur entourage, avec un proche, saisiront toute l’ampleur de ce message. Or, le jeune collégien ou lycéen tenté par ses amis, sa curiosité ou la peur de paraître ringard, n’y verra aucune mise en garde effrayante, aucun frein réel.
Alors pourquoi ne pas être allé plus loin dans le parallèle ? Pourquoi ne pas en avoir montré plus ? Pour des raisons de mœurs, sûrement. Évidemment, à chaque société, à chaque communauté, sa propre jauge du politiquement correct, du honteux, du dégradant, du vice.
Or, si la campagne s’était adressée à une culture « occidentale », aurait-il fallu être plus trash pour autant ? Ce n’est pas si évident. De nos jours, plus c’est « gore », plus c’est drôle. À l’instar des images choc des paquets de cigarettes, que les buralistes d’Ile-de-France soupçonnaient de devenir « les nouvelles vignettes Panini », il n’est pas certain que cette campagne aurait eu de toute façon les effets escomptés.
Alors, oui, nous entendrons certainement parler de ce « détournement de Timeline », mais pour ce qui est de la problématique de fond ? Pas sûr, parce que la réalité est beaucoup plus complexe que ce schéma binaire bien trop simpliste.

 
Harmony Suard
 
* “quelqu’un a de quoi fumer? j’ai presque plus rien…”  

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JWT Trends pour 2012
Société

Retour vers la future année 2012

 
Pour débuter cette nouvelle année, je vous propose, une fois remis de votre cuite d’hier soir, de découvrir les prévisions en matière de tendances pour l’année 2012. C’est la période vous me direz ! Tout le monde y va de son petit rapport, de sorte que l’on ne sait plus à quel saint se vouer. Après avoir procédé à un choix quasi cornélien, je me suis penché sur celui de l’agence américaine JWT.
En effet cela fait près de 7 ans que l’agence publie chaque année un cahier développé par  leur bureau de recherche JWT Intelligence à l’aide d’études quantitatives et qualitatives tenues durant l’année.  C’est donc début décembre que le rapport annuel a fait son apparition, à la fois en print et en digital avec un slideshare et une vidéo teaser de 2 minutes que je vous invite à visionner ci-dessous :
 

 
Parce que tout le monde n’est pas bilingue en anglais et que la synthèse d’idées, parfois complexes, n’est pas toujours accessible, je suggère de se prêter à une petite réflexion sur chacun des concepts abordés dans cette animation.
 
Navigating the new normal // Chérie j’ai rétréci les gosses
Restons sur le sujet de l’accessibilité avec cette première tendance et sa signature pas si évidente.  Loin de moi l’idée de vous en fournir une traduction exacte, cependant il semble pertinent d’y associer l’ouverture. Celle-ci s’opèrera au niveau de l’entrée de gamme grâce à des marketeurs prêts à jouer sur des mini prix et des mini tailles. Autant dire que l’on aura bientôt tout en miniature dans notre cuisine. De quoi reconstituer une vraie maison de poupées !
 
Live a little // Un peu de « laisser-aller » n’a jamais tué personne
Les consommateurs trouveront leur compte dans le tout miniature, car en cette année 2012 difficile, ils vont s’accorder plus de plaisir mais à petites doses. Marre de se serrer la ceinture, de courir le matin, de manger sain et d’être un saint !
 
Generation go // La génération entrepreneuriale
Pendant ce temps, les jeunes, contrairement à ce que l’on peut penser, ne vont pas se tourner les pouces. Face à un marché du travail gelé et bouché, ils n’ont plus d’autre choix que de créer leurs propres opportunités. Cette année va voir fleurir des start-up qui vont peut être, à leur façon, relancer l’économie. Qui sait ?
 
The rise of shared value // Synergie et valeurs pour tous
Avant de s’inquiéter de la montée en puissance des start-up, les entreprises vont surtout s’inquiéter de leur image citoyenne. Renflouer les associations ne suffit plus, il faut maintenant intégrer des problématiques sociales à son business model.  Mais si les entreprises doivent sauver le monde, qui va sauver les entreprises ? Super-État ?
 
Food as the new eco-issue // Manger mieux pour dormir mieux
Les entreprises ne seront pas les seules à mettre la main à la pâte. Les consommateurs vont faire plus attention à leurs choix de nourritures et à ce qu’ils peuvent entrainer comme conséquences pour l’environnement. Les marques vont trouver de nouveaux moyens d’inciter à une consommation toujours plus responsable.
 
Marriage optional // Le mariage, c’est en option ?
Plus responsables en matière d’alimentation mais pas forcément quand on en vient à l’engagement suprême. Des femmes, de par le monde, redéfinissent le concept du « happily ever after » a.k.a.* « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». De toute façon, depuis que la valise à roulettes existe à quoi bon se marier ?
 
Reengineering randomness // Laisser le hasard faire les choses
On contrôle tout, si bien que plus rien ne nous étonne. On se constitue un monde personnalisé pour marquer notre individualité. On se renferme sur soi jusqu’à devenir soi-même plus étroit d’esprit. Cette année sera celle de l’ouverture à une vie faite de découvertes aléatoires et de points de vue divergents, synonymes de « nouveau souffle ».
 
Screened interactions // Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle ?
L’écran s’incrustera partout ! Dans les tables de restaurants, dans les murs, dans les panneaux publicitaires… Le tactile prendra le pouvoir en faisant de chaque écran un pur outil interactif afin de découvrir, commander, acheter, et cela partout, sans oublier, tout le temps.
 
Celebrating aging // L’âge rend plus sage
C’est officiel, on vit plus longtemps qu’avant ! Les mentalités vis à vis de l’âge vont s’en trouver changées. Nous allons y voir les bons côtés et redéfinir à quel moment on devient véritablement « vieux ». Quand vieillir devient « cool »…
 
Objectifying objects // L’objet « objet »
Dans un monde de plus en plus digital, des objets de tous les jours comme les cartes de vœux (c’est la saison) ou les cartes postales disparaissent au profit de leur équivalent numérique. Cependant, les consommateurs sont en demande de matérialité. Un objet que l’on puisse toucher, faire tourner et, pourquoi pas, coller à son frigo.
 
Maintenant vous savez à quoi vous en tenir pour 2012 !
 
Marion Mons
 
Sources :
JWTIntelligence
Slideshare Trends 2012
*c’est-à-dire.

La Barbe au Petit Journal de Canal+ en décembre 2011
Société

Des féministes à barbe, une communication barbante

Le 9 décembre dernier, le collectif La Barbe était invité sur le plateau du Petit Journal. La Barbe est un groupe de féministes dont le but est de dénoncer « la domination des hommes dans les hautes sphères du pouvoir, dans tous les secteurs de la vie professionnelle, politique, culturelle et sociale »*. Pour cela, La Barbe préconise l’action : leurs activistes (des femmes, donc) se rendent dans des lieux majoritairement occupés par des hommes, en arborant une barbe. Leur but est de déranger et de rendre visible l’inégalité sexuelle qui réside encore dans bien des domaines.
Une action pacifique et plutôt louable, donc, car basée sur une vraie constatation : l’égalité hommes-femmes est encore loin d’être établie !
Pourtant, lorsque deux activistes du groupe La Barbe sont invitées sur le plateau du Petit Journal de Yann Barthès, cela se conclut par un échec médiatique et communicationnel évident.
Retour sur l’interview du 9 décembre :

Pas besoin d’être un génie en communication pour remarquer que Céline et Amélie, les deux représentantes de La Barbe ce jour-là n’étaient absolument pas préparées, et qu’en matière d’image, elles ont plutôt raté leur coup.
Pourquoi ?
Tout d’abord parce qu’elles sont visiblement mal à l’aise, face à un Yann Barthès que personnellement j’ai pourtant trouvé assez accueillant. Ensuite, en plus d’être agressives et sur la défensive, leurs arguments ne sont pas convaincants : elles utilisent des statistiques fausses, se montrent évasives lorsque Yann Barthès leur demande ce qu’elles attendraient d’un cabinet de la République constitué de 83,3 % de femmes, au lieu  de répondre que les féministes ne souhaitent pas obtenir une majorité de femmes, mais une égalité 50/50 entre les sexes. Quand Yann Barthès leur demande pourquoi elles ne s’attaquent pas au Front National qui, à l’exception de sa présidente, est constitué exclusivement d’hommes, elles se rétractent et parlent d’un « non-sujet », nous laissant sur notre faim. Qu’est-ce qu’un non-sujet ? Pourquoi La Barbe ne s’intéresse pas au Front National ? Le doute flotte. Enfin, elles citent le rapport Reiser sur la place des femmes dans les médias sans l’expliquer, ce qui aurait pourtant permis de prouver qu’elles ne se basent pas que sur du vent pour justifier leurs actions.
A la fin de l’interview, Yann Barthès leur demande « Pouvez-vous dire [aux hommes] que vous n’avez rien contre eux ? », leur donnant ainsi l’occasion d’expliquer qu’elles demandent simplement que l’inégalité hommes-femmes soit réellement reconnue et que quelque chose soit fait, l’occasion de se montrer enfin sous un jour positif. Mais non, rien n’y fait, la question obtient une réponse une fois de plus agressive, digne d’un enfant de 5 ans qui rétorquerait « j’te cause plus » ou « même pas vrai » à une question qui le dérange.
Bref, les personnes qui ont vu cette émission et qui n’étaient pas sensibilisées aux idées du féminisme ont dû se dire que c’était une bande de filles agressives, qui se battent contre du vent et sans un fond de réflexion. Ce n’est évidemment pas le cas. Il suffit de jeter un coup d’œil au site internet de La Barbe pour comprendre que leur action est justifiée et fondée (elles y expliquent notamment pourquoi elles ne veulent pas s’attaquer au Front National).
Ce petit évènement médiatique nous montre combien un communicant peut faire du tort à ce qu’il représente. Les deux interviewées ont en effet donné une mauvaise image de leur collectif, à un moment d’audience et de visibilité nationale élevée, idéal pour montrer posément leurs idées, leurs revendications, pour faire parler d’elles d’une bonne manière.
Cela prouve une fois de plus à quel point la communication est nécessaire et doit être un élément pensé, qu’on ne peut pas laisser au hasard. Quelque soit la structure, l’entreprise, la marque ou l’association, qu’elle ait de bonnes idées ou non, elle n’est rien si elle n’est pas accompagnée d’un discours positif et valorisant qui la rend visible et appréciable.
Depuis le 9 décembre, cette interview a fait couler beaucoup d’encre, notamment sur les réseaux sociaux, et le collectif a eu l’occasion de s’expliquer sur plusieurs blogs. Il est simplement dommage que La Barbe n’ait pas su montrer un visage positif plus tôt, et on espère qu’elles auront retenu la leçon : qu’on le veuille ou non, on n’est rien sans communication.
 
Claire Sarfati
Sources :
Site internet du collectif La Barbe
Canal+
Crédits photo :
Site internet La Barbe

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Société

Jacques a dit que le cadeau idéal était un smartphone

Je ne sais pas si vous le savez mais, dernièrement, Jacques a dit qu’il fallait avoir un smartphone. Bizarrement, je ne serais pas étonnée de savoir que nombreux sont ceux d’entre vous qui ont pu déballer un merveilleux IPhone 4S le soir de Noël, au pied du sapin. Pour autant, cet article n’a pas pour but de débattre du fait de savoir si l’IPhone est un smartphone mieux que les autres (Noël c’est la saison des clémentines, pas celle des pommes !) mais bien de se demander ce que révèle cet engouement actuel pour cet outil qui, sans être tout à fait un ordinateur, n’est pas non plus complètement un téléphone. En effet, force est de constater que les Smartphones sont partout, entre toutes les mains et que mis à part quelques réfractaires, personne n’y trouve rien à redire.
A première vue, cela semble être une avancée logique : on fait des progrès, on découvre de nouvelles technologies, on cherche à être plus fonctionnel et donc multitâche : avènement du Smartphone. C’est comme le passage du minitel à l’ordinateur finalement. Les applis se multiplient, et nombreuses sont celles qui se révèlent véritablement utiles. Cependant, ce nouvel outil pose aussi de vraies questions de société.

 
A-t-on besoin de ce contact permanent avec le monde ?
 
Je m’explique. Désormais on a accès avec son téléphone à : ses sms, ses mails, son Facebook, son tweeter, You tube et j’en passe. Le smartphone devient alors un outil de plus, une clé supplémentaire d’entrée dans une vie virtuelle, une vie parallèle qui se développe en ligne et qui est dotée d’une certaine réalité. Les barrières s’effondrent et entrer dans cette sphère devient aussi simple que de se lever le matin et prendre son petit-déjeuner (souvent avec son Smartphone d’ailleurs tiens !). Plus besoin d’ordinateur, rien que votre téléphone, petit, pratique à transporter et qu’on a par habitude toujours sur soi.
Merveilleux ? Je n’en suis pas si sûre. Avoir accès à l’information H 24, et pouvoir soi-même la diffuser en temps réel n’est sans doute pas un si grand bienfait pour l’humanité.  On se retrouve noyé sous une masse d’information plus ou moins utile, qu’il faut contrôler et filtrer.  Ainsi, « ce matin j’ai mangé une clémentine, parce que c’est Noël et Noël, c’est la saison des clémentines ! xD » se retrouve à égalité, au moins en terme de visibilité sur votre petit écran, avec « Alerte le Monde, l’iranienne Sakineh condamnée à la lapidation pourrait être pendue ». Et là, chose remarquable, on squeeze plus souvent la deuxième que la première que l’on s’empresse même de commenter (« Ouais mais les clémentines ça pue quand tu les épluches et puis si elles viennent d’Espagne tu contribue au réchauffement climatique ! »). Attention, je ne dis pas qu’il faudrait définir une sorte de « permis de s’exprimer » sur la toile, je dis seulement que multiplier et faciliter à ce point l’accès aux médias entraine sans doute une dérive consistant à communiquer sur tout et n’importe quoi au point de ne plus différencier l’information utile du simple spam et surtout de noyer la première sous le flot de la deuxième. Un smartphone, n’est-ce pas un moyen d’amplifier un phénomène en plein développement qui favorise l’interaction en soi plutôt que le débat de fond ?
 
Et la fonction téléphone dans tout ça ?
 
Mon deuxième souci avec le smartphone concerne la fonction téléphone. J’ai découvert il y a peu qu’il n’était pas si simple de trouver un forfait appels illimités ! Pour l’obtenir  (et que le terme « illimité » signifie encore quelque chose), on se trouve obligé de récupérer internet en prime. Et à votre avis, que faut-il pour pouvoir profiter correctement de cette offre (que vous devez quand même payer 24 mois) : un smartphone ! Alors certes, ce smartphone dispose de quelques applis utiles mais j’ai bien peur d’exploser encore régulièrement le crédit appel de ce téléphone qui n’en est plus vraiment un puisque pas vraiment conçu pour ça.
A quand la mise en place de call-conférences, visio-conférences et j’en passe à prix abordable dans les abonnements ? Finalement, le développement de produits tels que le smartphone est le fruit de choix qui ont un impact sociétal. A l’heure actuelle, il semblerait donc qu’on insiste davantage sur le relationnel de groupe, sur l’importance de partager avec le plus grand nombre que sur les relations plus personnelles, sans doute plus profondes, qui se développent elles, davantage au moyen d’outils comme… le téléphone par exemple.
(Ci-dessous la pub M6 Mobile, forfaits abordables, illustre le propos me semble-t-il)

Je m’arrête là, c’est Noël et je vais manger des clémentines. Alors je profite du temps qu’il me reste à être connectée pour vous souhaiter de Joyeuses Fêtes !
 
Justine Jadaud
 
Crédits photo : ©Banksy

Sapin de Noël aux Galeries Lafayette par Ghislain Sillaume
Société

Merry Christmas – Buon Natale – God Jul

En ce jour de Noël, je propose de faire un petit retour sur ces 15 derniers jours de consommation à outrance digne des fantasmes des « shopaholics » les plus folles. Vous vous êtes, tout comme moi j’imagine, frottés aux foules envahissantes de magasins autrefois tant aimés, jusqu’à vous demander si tout ce qui se dit sur le pouvoir d’achat en baisse des français n’est pas que « foutaises ». Pardonnez-moi l’expression, les courses de Noël ont eu raison de mes manières.
Pour en revenir donc à ce fameux pouvoir d’achat, il semblerait pourtant qu’il ait rarement été aussi bas. Si on en croit le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), les Français se serrent la ceinture face à la crise et sont déjà un tiers à déclarer « consommer moins pour faire des économies ». Sauf…pour la période de Noël car après l’effort, le réconfort !
Dès le foie gras et la dinde digérés, les soucis reprennent avec l’annonce, toujours selon le Crédoc, d’une année 2012 d’autant plus difficile. Alors que certains ménages vont voir leur pouvoir d’achat continuer de reculer en moyenne de 0,3%, d’autres vont se rendre sur ebay pour revendre fissa des cadeaux pas encore tout à fait déballés. C’est un moyen comme un autre d’arrondir des fins de mois difficiles (pour 8,7% des revendeurs concernés) en se débarrassant d’un cadeau déplaisant (25%), ou bien qu’ils ont déjà (17%), ou encore dont ils n’ont pas l’usage (23%).
Cela, PriceMinister l’a bien compris et l’encourage :

 
Enfin, la revente de cadeaux risque tout de même de ne pas suffire à couvrir les frais surtout quand on a encore ceux des fêtes à amortir. On établit une liste des heureux acquéreurs, on fixe un budget de 96,60€*, on s’arrache les cheveux à trouver des idées de cadeaux qui rentrent dans celui-ci et on se jette dans la mêlée des centres commerciaux et autres galeries légendaires. Bien sûr, on dépense toujours plus que prévu et on rentre en se disant « l’année prochaine, je commande tout sur internet un mois avant ! ».
C’est très en vogue d’ailleurs ! Les foyers français ont dédié 22,3% de leurs dépenses en cadeaux à des achats sur la toile cette année et cela ne cesse d’augmenter, surtout avec la montée en puissance des smartphones. De plus, acheter sur internet, c’est aussi économiser jusqu’à 13% sur le panier de Noël, pour les consommateurs  les plus avisés. Reste que l’on est toujours nombreux à s’entasser en magasins et que cette année l’on pouvait même y passer le début des festivités en faisant ses derniers achats le samedi 24 décembre.
Alors pourquoi le fait-on ? En dehors des grands fanatiques de cette période, où loupiottes se mêlent à des décorations carrément ringardes, on est tout de même nombreux à voir en ces courses une corvée, comme le laisse penser cette question lancinante que l’on entend dans toutes les bouches : « et toi, tu as fini d’acheter tes cadeaux ? », sans parler du soupir, de désespoir ou de soulagement, qui s’ensuit.
On le fait sans doute car c’est aujourd’hui un passage obligatoire, un rite sociologique, et la simple idée de ne rien acheter est presque absurde. Tout d’abord, un échange unilatéral engendrerait un silence gênant, remettant en cause les bases du troc selon lesquelles un cadeau en appelle un autre en retour. Puis, de ce silence naîtrait un effet boule de neige, totalement approprié à la saison, électrisant l’atmosphère afin que le reste des réjouissances soit définitivement gâché.
Enfin, ceci n’est que mon humble avis.
Sur ce, bonnes fêtes tout de même !
 
Marion Mons
 Sources :
LSA
CREDOC
Crédits photos :
©Ghislain Sillaume
*Selon une étude Kelkoo et le Centre for Retail Research (CRR).

Société

Tu n'elle, tue elle, tu née elle – La suite

 
DEUXIEME PARTIE
 
La seconde partie de cet article était la fin de ma démonstration. Elle vous racontait comment Juan Pablo, le héros du roman El tunel d’Ernesto Sabato tuait la femme de sa vie, parce qu’il ne supportait qu’elle lui échappe, et il vous proposait de lire la métaphore du tunnel comme celle des dangers de l’incommunication. La phrase espagnole disait « j’avais vu cette jeune femme et j’avais naïvement cru qu’elle venait d’un autre tunnel parallèle au mien, alors qu’en réalité, elle appartenait au vaste monde, au monde sans limite de ceux qui ne vivent pas dans des tunnels ». Et je vous expliquais que Madame Boutin vivait dans un tunnel, dangereusement fermé sur les évidences les plus flagrantes, sur le bon sens même, malgré son statut de femme politique.

A la place, je vous propose une anecdote, qui parlera d’elle-même et qui illustrera les dangers du tunnel. Jeudi 15 décembre 2011, à 19h30, je me suis rendue au tabac en face de chez moi. « L’Aquarium », 230 boulevard Voltaire 75011 PARIS – pour un maximum de transparence. L’Aquarium a la caractéristique charmante des tabacs et cafés parisiens d’être particulièrement désagréable, agressif parfois, mais c’est Paris, c’est comme ça : on râle et on oublie. Cependant depuis quelques mois, ce tabac avait embauché cette jeune femme au sourire franc, et à l’accent du sud, à l’amabilité exemplaire ; elle avait rendue mes deux dernières visites presque agréables. Les deux fois pourtant, derrière la toute petite fenêtre de son comptoir, elle m’avait prise pour un homme : « Bonjour Monsieur ! … OH PARDON ! Mademoiselle, Madame, mademoi… Je suis désolée, pardon, pardon, pardon, que puis-je vous servir ? Encore désolée… Je suis une idiote, pardon… » . Moi, emmitouflée sous mon bonnet, ma capuche, mon casque audio, mon écharpe, dans mon gros manteau en cuir (que j’ai acheté au rayon homme en plus), je lui souris, je lui pardonne bien sûr, et nous rions.

Ce jeudi 15 décembre, à 19h30, je suis rentrée, et elle n’était pas derrière le comptoir,  il y avait un homme à la place, un des propriétaires : « Bonjour, un paquet de *** light s’il-vous-plaît », et il m’a dévisagée. Alors elle est arrivée, je lui ai répété ma commande, et il m’a coupée : « Tu es un homme ou une femme ? ». Elle a eu un rire gênée : « Arrête, la pauvre, je me suis déjà trompée… ». Il a pris une lampe torche, et l’a braquée sur mon visage : « Tu es un homme ou une femme ? ». J’ai répondu que j’étais une femme, et j’ai demandé poliment si ça posait un quelque espèce de problème. Il m’a regardée à la lumière de sa lampe, et a confirmé : « Mais oui, tu es une femme… ». Il a reposé la lampe ; elle m’a servie mon paquet et encaissé l’argent en se mordant les lèvres.
– Donc si tu es une femme, ça ne te dérangerait pas de sortir avec un homme, c’est ça ? a-t-il rajouté.
– Et si c’était le cas, ai-je répondu, ça poserait un problème ?
– Non, comme ça, j’essaye juste de te prouver quelque chose là, tu vois… »

J’essaye encore de comprendre ce qu’il cherchait à me démontrer, peut-être que vous, chers lecteurs, avez la réponse. Pour moi, derrière la fenêtre de son comptoir, il était dans son tunnel, et il ne m’a pas vue : il m’a aperçue, au travers du prisme de ses valeurs, et de ses idées. Il n’a pas vu l’Autre en moi, il a vu le contenu impropre de ses principes. Il n’a pas pensé à l’impolitesse de sa « démonstration », il n’a même pas pensé à la dimension si peu commerciale de son geste, il n’a vue que ma silhouette dans sa fenêtre, la forme de moi-même, moulée dans son égocentrisme, dans son idéologie niaise, fermé sur lui-même.

Cette histoire n’a malheureusement rien d’extraordinaire : pour beaucoup de personnes, afficher une ambiguïté sexuelle dans son style vestimentaire conduit à l’incompréhension la plus totale, malgré la liberté grandissante accordée aux citoyens concernant leur apparence. La question de la frontière entre les genres reste un tabou indépassé et indépassable dans la plupart des démocraties occidentales. Cependant, il est très rare que cette incompréhension s’exprime de manière aussi directe,  dans une situation si peu familière, et sans la moindre petite parcelle de réflexivité (pourquoi poser ces questions à une cliente complètement inconnue, juste pour « prouver » quelque chose ?) : tu nais elle, mais tu restes sens cesse confrontée au tunnel des autres. Alors que pour tout le monde, partout, la limite de la pensée devrait être Autrui.
La prochaine fois que vous irez chercher vos cigarettes, mettez vos seins sur le comptoir mesdames, votre sexe sur le comptoir messieurs : l’humanité avance à l’obscurité de sa lampe policière.
 
Marine Gianfermi

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