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16 ans et enceinte
Société

De la téléréalité à la natalité

 
Voilà une nouvelle qui devrait enchanter  les parents américains ! Si l’on en croit les résultats d’une enquête menée par deux économistes du NBER (National Bureau of Economic Research) de Chicago, la téléréalité n’aurait pas que des désavantages et serait même un excellent vecteur de sensibilisation.
Relayée par le très sérieux New York Times dans un article paru le 13 janvier dernier, cette étude établit une corrélation entre  la réduction rapide et significative du nombre de grossesses précoces dans certaines régions des Etats-Unis et les records d’audimat réalisés par MTV dans ces mêmes  régions. Depuis le lancement de sa série phare « 16 and pregnant »  (16 ans et enceinte) en 2009, la chaîne la plus plébiscitée par les ados aurait permis d’éviter plus de 20 000 naissances non désirées par la seule influence de son programme.
Le pitch de cette émission qui attire plus de 3 millions de téléspectateurs par épisode?  Une immersion si réaliste dans le quotidien de jeunes américaines tombées enceintes par accident qu’elle en deviendrait presque intrusive. Parents au bord de la crise de nerfs, petits-copains absents, manque de sommeil et problèmes financiers, rien n’est épargné à ces anciennes cheerleaders aujourd’hui dépitées par leurs vergetures.  On s’émeut et surtout, l’on apprend des erreurs de la jolie Mackenzie. Elle qui refusait de prendre la pilule par peur de grossir est aujourd’hui surnommée «  la baleine » par ses camarades de lycée. On s’insurge et plus encore, l’on compatit au tragique destin de ce pauvre Josh contraint d’arrêter le rodéo pour trouver un travail alimentaire alors même qu’il peine à retenir la date prévue pour l’accouchement de sa copine.
Si le contenu d’un tel programme peut prêter à sourire, il n’en est pas moins digne d’intérêt. Quoi qu’en disent les mauvaises langues, l’enregistrement des taux records de tweets  et de recherches Google ayant trait à la contraception coïncide avec les horaires de diffusion du programme.
Interrogée sur la question, Sarah S. Brown, directrice générale du programme américain de prévention de la grossesse chez les adolescentes, s’enflamme et déclare «  Les gens n’ont simplement pas conscience de l’impact qu’ont les médias d’influence sur les jeunes ! ».
Aux vues des vagues de fanatisme que suscitent certaines émissions, on est nécessairement tenté de lui donner raison…
Le plus étonnant dans cette histoire ? Le show,  longtemps critiqué par les progressistes qui l’accusaient de prêcher la bonne parole républicaine à travers un discours censé diaboliser l’avortement et encenser la merveilleuse expérience de la maternité, fait désormais la joie… de ses principaux détracteurs !
S’il est vrai que les adolescentes ayant participé à l’émission sont devenues de véritables stars outre Atlantique, ce qui pourrait inciter les téléspectatrices à suivre leur exemple, elles ne font pas figures  de modèles pour autant. Farrah Abraham, qui a connu la gloire le temps d’une sextape, suit désormais une « Thérapie de couple » dans une émission éponyme diffusée sur VH1. Janelle Evans fait davantage la Une des tabloïds que celle des grands magazines et la presse à scandale qui se délecte de ses problèmes d’addiction ne manque pas de médiatiser la moindre de ses arrestations. Quant à Kaylin Lowry, qui regrette de n’avoir jamais obtenu son baccalauréat, elle profite de ses apparitions publiques pour rappeler combien élever un enfant est difficile quand on n’en a ni la maturité, ni les moyens.
Loin d’encourager les jeunes américaines à devenir mère et avoir beaucoup d’enfants, « 16 and pregnant » fait davantage office de « cautionary tale » (avertissement) que de « fairytale » (conte de fées) pour reprendre une expression chère à  nos amis anglo-saxons.
Quel meilleur moyen en effet de sensibiliser la jeunesse aux conséquences de rapports non protégés si ce n’est en leur montrant la réalité à laquelle d’autres ados ont été confrontés avant eux? « Ça pourrait très bien m’arriver » semblent se dire des milliers d’adolescents peu enthousiasmés à l’idée de devoir un jour assumer pareilles responsabilités.  Même âge, même vie ;  scotchés à leurs écrans, les téléspectateurs ne pourraient se sentir plus proches des personnages de leur show télévisé. Le processus d’identification fonctionne et va jusqu’à briser certains tabous, déliant les langues et incitant les jeunes à parler librement de contraception.
Offrir du divertissement aux ados pour les inciter à se protéger ? Encore fallait-il y penser !
Si  les résultats de l’étude menée par les économistes de NBER sont à manipuler avec précaution, ils ont le mérite de poser la question de l’influence des médias sur notre quotidien. Les créateurs de  « 16 and pregnant » n’avaient rien planifié et c’est sans doute la raison du succès de leur programme en matière de prévention. La morale de cette success story à l’américaine ? Le miroir de la réalité se révèle plus efficace qu’un discours moralisateur ou préfabriqué.
Faut-il pour autant  envisager la téléréalité comme un nouveau moyen de communication à visée pédagogique ? A méditer.
 
 Marine Bryszkowski
Sources
NYTimes
NBER
Grazia
Wikipédia

Médiapart
Société

MEDIAPART ET LES AUTRES (PART 2/2)

 
Hier nous avons vu comment le modèle industriel de masse permit à la presse française de conquérir les foules et de connaître ce faisant, son âge d’or de 1870 à 1939. Néanmoins, celui-ci ne fonctionne plus aussi bien aujourd’hui. Les chiffres de diffusion payée se sont effondrés depuis 1947, suite à la diminution du lectorat des titres explicitement destinés aux classes populaires d’une part, et à la baisse de l’attrait des annonceurs pour la presse écrite.

Aux antipodes de ce système, Mediapart refuse d’accueillir une quelconque forme de publicité, ne perçoit aucune subvention étatique, et son capital est aux mains des seuls journalistes qui y participent. Le site ne vit que des recettes générées par les abonnements de ses lecteurs qui représentent 95% de son chiffre d’affaire (le reste vient de la vente de contenus à l’unité), loin devant les 20% de moyenne de ses concurrents.
Il aura fallu trois ans au site pour devenir rentable. En 2013, le site a dégagé plus d’un million d’euros de bénéfices, pour un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, là où Libération essuie une perte nette de 1,3 millions d’euros. Faut-il pour autant en conclure à l’obsolescence du modèle girardien ? Pas sûr.
Quoiqu’il en soit, Mediapart estime – à raison – tirer de cette situation, une indépendance sans pareille, et c’est sur cette dimension que s’axe l’ensemble de la communication du site, comme on peut le remarquer dans leur dernière campagne.

Viralité antisystème conjoncturellement maximisée
Intitulée « A qui appartient votre journal ? » cette campagne se compose d’un spot radio, et d’un spot TV de 30 secondes qui seront tous deux diffusés à partir du 16 janvier, et pour une durée de trois semaines.
Toutefois si la date de départ de ladite est campagne est officiellement fixée le 16 janvier, quelques prémices avaient été publiées dès le 13 janvier sur Vine via un compte Twitter crée pour l’occasion.
Le support Vine a été manié avec adresse. Jusque-là les marques qui ont eu recours à ce support l’ont essentiellement fait sous l’angle du brand-content. A l’inverse TBWA est parvenu à se servir des six maigres secondes que lui offrait ce support pour faire passer un authentique message publicitaire.
« Mediapart est à part et l’assume ». Déjà en 2008, deux mois après son lancement, le ton était le même. Mais le discours est aujourd’hui mieux maîtrisé, et surtout ce-même discours est aujourd’hui susceptible d’avoir un impact beaucoup plus important, tant en terme de mémorisation et d’augmentation du capital sympathie du média, qu’en terme de viralité.
La conjoncture aidant, la sensibilité du public aux messages militants, un brin antisystème, est accrue. Leclerc, MAIF, Free, ou encore Intermarché l’ont d’ailleurs bien compris. Toutefois la différence en matière d’information, c’est que cette-dernière se prête bien plus volontiers au partage. Ce partage, conçu par l’internaute comme un geste citoyen, conscient et revendicatif, le met à l’aise, lui donne l’impression d’agir contre les maux de sa société. On peut donc s’attendre à une certaine viralité de cette campagne, qui a par ailleurs avoir été conçue dans cette optique, comme le rappelle Mediapart :
« Pour vous qui êtes attachés à ce journal, à ses contenus de qualité, à ses espaces participatifs, à l’indépendance qui réunit ici journalistes et lecteurs, et à notre succès collectif au nom de cette indépendance, cette campagne est aussi la vôtre. N’hésitez pas à vous en emparer (…) nous n’avons pas d’autre moyen de nous faire connaître que le soutien de nos lecteurs, l’abonné faisant l’abonné par sa recommandation auprès de nouveaux lecteurs potentiels. Une page spécifique est donc dédiée sur Internet à cette campagne pour que vous puissiez la partager auprès de vos amis, relations et parents ».
Reste maintenant à savoir si Mediapart parviendra à atteindre l’objectif (affiché) qui était le sien avec cette campagne : passer de 83.000 abonnés à plus de 100.000, pour « mettre Mediapart définitivement à l’abri des aléas et des accidents ».
 
Teymour Bourial
Sources :
I. Chupin, N. Hubé, N. Kaciaf, Histoire politique et économique des médias en France, Repères, 2012
Direction du Développement des Médias
Le Figaro
Le Figaro
Communiqué Médiapart 2008
Mediapart
Mediapart

Médiapart
Société

MEDIAPART ET LES AUTRES (PART 1/2)

 
Parce qu’en son absence, le peuple souverain ne peut pas décider de manière éclairée, la liberté de la presse est une donnée cruciale qui conditionne la validité de tout régime qui se veut démocratique.
Placés sous la tutelle des pouvoirs politiques à travers toute l’Europe dès la naissance du premier périodique au monde à Anvers en 1605, les organes de presse manifestèrent très tôt une forte volonté d’émancipation. Ce mouvement qui naquit au Royaume-Uni, où il fut rapidement couronné de succès, ne tarda pas à gagner la France.
Censure étatique contre autocensure
Garantie par l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, et organisée par la célèbre loi du 29 juillet 1881, cette liberté se définit comme la « libre communication des pensées et des opinions ». Elle offre ainsi à chacun, le droit de faire entendre et publier ses idées, sans risquer d’être inquiété pour cela.
Cette loi offre donc a priori une garantie d’indépendance à l’égard des pouvoirs publics. Or ils ne sont pas les seuls à pouvoir entraver le jeu de la liberté de la presse. Les « puissances d’argent », parce que souvent propriétaires de titres de presse, ou acheteuses d’espaces publicitaires en leur sein, représentent elles aussi a priori une menace potentielle pour cette liberté dont découle deux grands périls : l’autocensure et la concentration. Des réglementations anti-concentration ont pourtant été élaborées, mais toutes ont jusque-là été allégrement contournées.
Le problème de l’autocensure n’est aujourd’hui toujours pas résolu, peut-être est-il même plus grave que jamais tant la situation financière très délicate des titres de presse quotidienne nationale, les dissuade de toute initiative informative pouvant conduire à la perte d’un annonceur.
Le risque de partialité est lui aussi toujours maintenu, de par le fait que les propriétaires des titres soient encore souvent des investisseurs ayant des activités annexes. C’est le cas d’Edouard de Rothschild propriétaire de Libération, tout comme celui de Serge Dassault propriétaire du Figaro.
Mediapart et les autres
Lancé il y a maintenant six ans, le site d’information en ligne Mediapart part en croisade – main dans la main avec TBWA Corporate – pour défendre l’indépendance de l’information, mise à mal par la vénalité de ses concurrents, lesquels seraient – à en croire le site d’information – soumis, dans leur traitement de l’actualité, aux pressions politico-financières inhérentes à leur modèle économique.
Ce modèle, c’est celui né à la moitié du XIXe siècle celui de la presse industrielle de masse ; celui d’Emile de Girardin, de Moïse Millaud, de Jules Mirès, de Robert Hersant et de Jean Prouvost pour ne citer qu’eux.
Fondé par Emile de Girardin en 1836, La Presse fut le premier titre à l’adopter. Le journal y est vendu en dessous de son prix de revient, le déficit étant alors comblé par la vente d’espace publicitaire au sein de la publication. Il découle ensuite naturellement de cette baisse du prix de vente, une augmentation du lectorat, de laquelle naît tout aussi naturellement une augmentation du prix des espaces publicitaires au sein du journal. C’est ce mouvement qui a entraîné la mutation de ces espaces initialement occupés par de petites annonces entre particuliers, qui furent ensuite investis par des commerçants et des industriels, pour devenir « réclame », puis « publicité ».
C’est à cette même époque que l’on date l’entrée du « grand capital » dans le secteur de la presse, et la constitution des premiers grands groupes de presse qui accompagna ce phénomène. La foulée d’innovations techniques qui apparaissent à cette époque y est pour beaucoup. Très vite, certaines deviennent cruciales pour la survie des titres, qui ne disposent toutefois pas du capital nécessaire pour en faire l’acquisition, et doivent donc faire appels à des investisseurs. Riches banquiers et industriels s’offrent alors des titres de presse, dans une optique de rentabilité, tant économique que de réputation. La presse industrielle de masse était née.
 
Teymour Bourial
Références  :
Aeropagitica, discours de John Milton au Parlement pour la liberté « d’imprimer sans autorisation préalable, ni censure », 1644
 Chupin, N. Hubé, N. Kaciaf, Histoire politique et économique des médias en France, Repères, 2012
F. Balle,Les médias, PUF, Que sais-je ?, 2012.

ARTE
Société

1914 : Dernières nouvelles

 
Adepte des webproductions et active sur les réseaux sociaux, Arte propose à ses téléspectateurs des immersions dans des univers à part.
Après La fabrique à candidat, un jeu où l’on crée le chancelier idéal à l’Allemagne  et son partenariat avec le « jeu documentaire » Fort Mcmoney de David Dufresne (un serious game sur l’industrie pétrolière au Canada), Arte lance en cette année centenaire de la Première Guerre Mondiale 1914 : Dernières nouvelles.

Tous les jours, le site Internet de Arte nous propose une photo et plusieurs articles retraçant le quotidien d’il y a 100 ans, une idée qui apporte une nouvelle vision de la guerre et de la vie d’antan. Pour la chaîne franco-allemande, ce dispositif est un teasing sur de futurs documentaires et permet d’associer le Web à ses programmes.
Arte apparaît comme la chaîne de télévision qui intègre le mieux le numérique dans sa stratégie. Ainsi, pour la série Real Humans (l’histoire d’un futur où humains et robots humanoïdes vivent ensemble), la chaîne avait créé une fausse boutique en ligne de robots : quand Internet devient prolongement de la télévision.
 
Pierre Halin
Sources :
Arte.tv
Future.arte.tv
1914derniesnouvelles.arte;tv

Schumacher presse journalisme
Société

Schumacher, ou l’histoire d’un journalisme à deux vitesses

 
Cela ne vous aura sans doute pas échappé, Michael Schumacher est hospitalisé depuis le 29 décembre au CHU de Grenoble à la suite d’un grave accident de ski. Maintenu dans un coma artificiel et souffrant d’un traumatisme crânien, son état est jugé critique, quoique stable.
Alors que les circonstances et les responsabilités de l’accident font l’objet de nombreux débats, des voix commencent à s’élever contre la couverture médiatique sans précédent de l’évènement.

Dérives
Les médias du monde entier font en effet le pied de grue face au bâtiment où Schumi est interné. Mais faute de mieux, les télévisions rediffusent en boucle les mêmes images, à savoir celles des fans du pilote ou encore du panneau « urgence », comme l’a bien montré Le Petit Journal du lundi 06 janvier. Comble du paradoxe, elles obtiennent toutes leurs infos uniquement par les agences de presse.
Alors, dans cette véritable course au « visuel », certains journalistes outrepassent les limites et tentent de se déplacer dans l’hôpital au-delà de la salle de presse. L’un d’entre eux s’est même déguisé en prêtre pour tromper les agents de sécurité, révélant ainsi une absence de limite dans la poursuite du sensationnel.
Un journalisme « peopolisant » l’anecdotique qui pose la question de la limite entre investigation et intrusion dans la vie privée de la famille de Schumacher, loin d’être sereine face à l’acharnement médiatique. Dans un communiqué, son épouse a appelé les médias à quitter l’hôpital de Grenoble : « S’il vous plait, aidez-nous dans le combat que nous menons avec Michael. Il me parait important que vous soulagiez les médecins et l’hôpital afin qu’ils puissent travailler en paix. S’il vous plait, faites confiance à leurs communiqués et quittez l’hôpital. S’il vous plait, laissez aussi notre famille en paix ». Une demande qui a été relayée par les médias, mais qui ne semble pourtant pas avoir été entendue.
Certains fans ont également manifesté leur mécontentement envers ce journalisme intrusif, comme Monique Neyret il y a quelques jours : « On a l’impression que vous, les journalistes, vous attendez tous qu’il soit mort, et que votre but est simplement d’être celui qui annoncera la nouvelle en premier ». Une phrase qui en dit long sur un malaise dans la perception du journalisme aujourd’hui.
Le journalisme en péril ?
Finalement, ce que l’on retrouve surtout dans cette affaire, c’est cet éternel journalisme à sensation, avec ici une recette qui ne peut que marcher : une star, du sport, un accident, un risque de mort… tous les ingrédients sont réunis pour capter au mieux l’attention de l’audience. Car c’est bien de cela dont il s’agit : une course à l’audience. Néanmoins, le journalisme à sensation n’est pas totalement contre-nature si l’on considère le fait que la presse de masse est née dans l’avènement du fait divers.
Mais le fait est que ce journalisme n’est aujourd’hui plus réservé qu’aux magazines people et à la presse tabloïd, mais concerne bien la grande majorité de nos médias, y compris les JT et autres journaux d’information qui s’en défendent.
La couverture médiatique autour de l’accident de Schumacher rappelle par exemple celle de la naissance du « royal baby », avec des journalistes campant nuit et jour devant la maternité et des images, là encore, rediffusées en boucle. Idem avec la couverture médiatique actuelle autour de l’affaire Dieudonné.
Finalement, le journalisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui semble faire l’amalgame entre information et évènement. La sacro-sainte actualité est devenue proprement événementielle, et le journaliste n’est plus un spectateur engagé qui restitue des faits et tente de les expliquer, mais un simple témoin attestant d’une évènementialité. Un rôle qui, semble-t-il, lui donne le droit de dépasser toutes les limites de l’intimité et de la vie privée.
En témoignent les chaines d’information en continu, qui ont la possibilité de traiter des sujets de fond mais qui se contentent bien souvent de JT qui s’enchainent et se ressemblent, à grand renfort d’interviews d’experts – entrecoupés par des « priorités au direct » ayant rarement un véritable intérêt au regard de leur contenu.
Mais peut-être ne faut-il pas tomber dans le piège du regret systématique d’un « âge d’or du journalisme d’information », qui existe toujours dans certains médias d’une qualité indiscutable.
Beaucoup d’ONG se battent par ailleurs pour la liberté de la presse et de l’information, tels que Reporters Sans Frontières, mais aussi beaucoup de journalistes, et ce parfois au péril de leur vie : selon la Fédération Internationale des Journalistes, 108 d’entre eux ont ainsi été tués dans le monde en 2013.
Un chiffre ambivalent, alarmant d’une part car représentatif de la difficulté de l’exercice journalistique aujourd’hui, mais qui nous rappelle en même temps que la promesse du journalisme est toujours tenue : informer, tout simplement.
 
Clarisse Roussel
Sources :
Canalplus.fr
LeMonde.fr (1)
LeMonde.fr (2)
Lexpressiondz.com
Crédits photos :
Une – DL/C.A
LeJDD.fr

1
Taxis manifestation
Société

Taxis : dérapage incontrôlé ?

 
Retour sur les multiples raisons de la grogne des taxis et regard sur les conséquences des dérapages des manifestations de lundi.
Augmentation de la TVA, concurrents de plus en plus variés, les taxis ont la vie dure et subissent une crise technologique qui remet le pouvoir de décision entre les mains du client via son smartphone. Se retrouvant souvent en situation de précarité, les chauffeurs ont du mal à faire face à la souplesse et à l’innovation dont font preuve leurs concurrents. En tant que profession réglementée, ils sont contraints par de nombreuses normes, notamment de contrôle de qualité, auxquelles ne sont pas soumis les VTC.
Le mouvement a cependant pris des dimensions plus graves aux regards des dérapages lors des manifestations. Ainsi, on dénote deux types de violence :
1. Des taxis non-grévistes ont fait les frais des jets de pierres de certains de leurs confrères, érodant l’aspect collectif censé être porté par l’acte de manifestation.
2. L’attaque d’un VTC dans la matinée est venue compléter ce tableau de chasse. Véritable désastre communicationnel pour les taxis grévistes, elle a permis à leurs concurrents de récupérer la parole médiatique en étant naturellement positionnés comme victimes, et dans le cas du chauffeur du VTC en question, comme un héros puisqu’il a défendu ses clients et cherché à les éloigner du danger.
En plus de rendre compte du peu de cohésion de la profession dans ses revendications, ces deux aspects très négatifs sont venus ternir un peu plus encore l’image des chauffeurs de taxis. Image d’une profession qui aurait plutôt eu besoin d’une réhabilitation dans l’esprit de ses clients que de ce coup peu éclatant (si ce n’est en morceaux de verre).
 
Lorraine de Montenay
Sources :
LeMonde.fr (1)
LeMonde.fr (2)
Liberation.fr
LesEchos.fr

Société

CES 2014 : la communication Homme-Machine à l’honneur

 
Mardi 7 Janvier s’est ouvert à Las Vegas le Consumer Electronic Show (CES), le rendez-vous incontournable des marques et start-up high-tech. Magnétoscopes, caméscopes, CD, TV Plasma, Blu-Ray…tous ont été présentés pour la première fois dans ce salon qui a lieu tous les ans depuis 1967..
Cette année, malgré l’absence remarquée de quelques unes des grandes figures du secteur, Google, Apple, Amazon ou Microsoft qui préfèrent privilégier l’organisation d’événements individuels (Keynotes), il n’en reste pas moins une occasion pour certaines start-up de briller par leur créativité.
Pour cette édition, 40% des stands concernent les objets connectés. Ils sont au centre de toutes les attentions depuis quelque temps. En effet, L’Internet des choses (Internet of Things) est un secteur en pleine croissance, il représenterait plus de 5 Milliards de dollars à partir de 2015.
Vous aimeriez que votre plante vous dise qu’elle a soif, que votre fourchette vous signale que vous mangez trop vite ou même comment avoir un cycle de sommeil optimal ou de quelle manière vous brosser les dents plus efficacement ? Les objets intelligents sont là pour cela. Le principe est globalement le même pour tous : un objet ordinaire du quotidien est repensé de manière à être connecté à Internet pour pouvoir rassembler des données qu’il sera possible de consulter sur votre terminal afin de vous renseigner sur vos pratiques ou améliorer votre quotidien.

Les produits les plus en vogue pour l’instant restent ceux liés au bien-être et à la santé avec l’objectif à chaque fois d’améliorer l’usage de l’objet et de mieux l’adapter au mode de vie actuel.
Ce qui peut apparaître à première vue comme de simples gadgets représente pour beaucoup la technologie de demain, d’où la mobilisation de nombreuses entreprises européennes qui ne souhaitent surtout pas rater le tournant de l’Internet Of Things. Le nombre de ces objets aurait déjà atteint 15 Milliards d’unités et celui-ci devrait doubler d’ici 2020, de quoi garantir de belles perspectives pour le secteur.

Ces dispositifs sont rendus autonomes grâce aux données que nous leur confions volontairement. Celles-ci circulent dans le monde parallèle du Cloud, stockées dans des data centers un peu partout dans le monde. Et si la question de la protection des données personnelles commence à soulever des interrogations, les acteurs du secteur s’empressent déjà de rassurer en insistant sur la fiabilité de leurs procédures de sécurité et sur la possibilité « d’anonymiser » les informations s’ils venaient à les partager.
Ceci dit, cette tendance nous impose inévitablement de penser notre rapport à l’objet dans sa quotidienté vécue, encore plus avec l’objet connecté celui-ci étant décrit comme intelligent.
Si le gain en efficacité peut être appréciable, il pose néanmoins la question de savoir si l’objet devenait intelligent, est-ce l’homme dépendant de ce dernier qui le serait moins ? The Internet of things serait-il le début d’une sorte d’infantilisation au profit de la technologie ? Jean Baudrillard semblait le dire déjà dans Le Système Des Objets  en 1968 : « Le spectacle de la machine qui produit du sens, dispense l’homme de penser ». Par ailleurs, dans le cas d’une défaillance de la machine, l’homme devrait pouvoir reprendre la main, en sera t-il toujours capable ?
On peut dire que l’on assiste véritablement à une mutation qui viendra renégocier le statut de l’objet et l’importance ou la confiance qu’on lui accorde. Néanmoins, le sentiment partagé d’hyper-connectivité qui semble déjà susciter quelques réserves et les récents événements d’exploitation commerciale ou piratage des données personnelles sont autant de raisons qui peuvent  venir enrayer l’avènement de l’ère du « tout connecté ».
 
Salma Bouazza
Sources
Libération
LeMonde

Dieudonné faisant la quenelle
Société

Une quenelle indigeste ?

Cherchez dans le dictionnaire et vous verrez que la quenelle est « une boulette légèrement allongée. » Cherchez dans l’actualité et vous verrez que cette boulette est un dérapage à la mode qui ne cesse de grossir.
Un arrière-goût amer
La quenelle est le plat du moment, sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit.
Créée il y a une dizaine d’années par l’humoriste Dieudonné, elle serait une sorte de bras d’honneur contre les médias et les gens de pouvoir qui lui ont peu à peu tourné le dos. Plus largement, il s’agirait donc d’un signe de contestation antisystème très imagé, visant à dire : « Voyez ce qu’on vous met dans le c**. » Mais au-delà de cette simple marque de protestation, la paternité de ce geste nourrit beaucoup d’autres interprétations, certains y voyant un véritable salut hitlérien inversé. Car si l’humoriste se garde bien d’en donner le sens précis, on ne peut oublier que la critique du système qu’il développe dans ses spectacles se fonde essentiellement sur une dénonciation d’un prétendu lobby juif au pouvoir. Par ailleurs, la quenelle qu’il réalise lui-même en 2009 sur l’affiche du parti antisioniste pour les élections Européennes, comme celle faite par Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen en octobre dernier, sont autant d’éléments qui ajoutent à l’ambiguïté du geste.
Et c’est justement cette ambiguïté qui en fait l’inquiétant succès.
Les ingrédients du succès
Comme en témoigne tout dernièrement la quenelle faite par Nicolas Anelka lors de la célébration d’un but en Premier League anglaise, le succès médiatique de ce geste est en grande partie dû au fait que de nombreuses personnalités le réalisent.  Mais si certains, à l’image du footballeur, l’assument pleinement comme geste de soutien à Dieudonné et comme critique du système, beaucoup semblent bien être victimes d’une manipulation. C’est justement là que joue à plein le côté pernicieux de l’ambiguïté de ce geste. Difficile en effet de penser que des garçons comme Teddy Riner ou Tony Parker aient pu le réaliser en ayant à l’esprit ses relents antisémites. Pourtant, les exemples se multiplient et les photos réapparaissent en nombre sur la toile, touchant bien souvent, et de manière très habile, des personnalités très appréciées des Français, telles qu’Omar Sy ou Jean-Marie Bigard. Yann Barthès lui-même vient d’en être victime, et a dû s’empresser de stipuler qu’il avait réalisé ce geste en juillet 2012 à la demande d’un inconnu, sans en comprendre le sens.
Un plat populaire ou populiste ?
C’est justement le rôle de ces « inconnus », citoyens lambda, qui constitue la deuxième clé essentielle du succès de la quenelle. Peu à peu, et controverse faisant, le geste est en effet devenu un véritable effet de mode au sein d’une frange toujours plus élargie de la population. On a ainsi vu des quenelles faites par des employés du parc Astérix, des pompiers, des militaires, ou encore des étudiants, lors de nombreuses photos de classe. Ce dernier exemple est le plus inquiétant, puisqu’il semble que ce phénomène soit devenu une sorte de jeu, de défi à l’autorité, chez les populations les plus jeunes. La quenelle faite par des adolescents lors d’une photo avec Manuel Valls montre d’ailleurs que l’on assiste désormais à une sorte de concours, dont la mise en place des quenelles d’or par Dieudonné et les  félicitations sur sa page Facebook sont les récompenses.
Plus largement, cela n’est pas sans rappeler des gestes analogues, comme le W des rappeurs de la côte ouest américaine qui a souvent été repris comme effet de style, sans penser qu’il était en même temps le signe d’une vraie guerre de gangs. C’est donc bien la diffusion massive de la quenelle, souvent par simple mimétisme, qui est aujourd’hui problématique ; car là encore, il demeure très difficile de différencier ceux qui en font un signe de ralliement idéologique, de ceux qui la voient comme une provocation souvent potache. Cette tendance, et les amalgames qu’elle draine se nourrissent alors d’une contestation forte à l’égard du pouvoir, conjointement à la montée des partis extrémistes.
Une recette atypique
Ce qui est sûr c’est que cette histoire représente un phénomène communicationnel tout à fait atypique car en apparence totalement contradictoire. Celui-ci joue en effet à la fois sur une opacité quasi-totale quant à la signification du geste, et sur une diffusion parfaitement maîtrisée, grâce notamment à l’usage des réseaux sociaux et du très actif blog Dieudosphère. Le maître mot de cette communication est donc l’ambiguïté, sous-tendue par un fort imaginaire nourri de clichés divers et souvent flous. L’effet de mode et l’attrait pour un geste à la fois simple à effectuer et synonyme de provocation masquée viennent compléter la recette de ce succès.
C’est pourquoi, même si le Gouvernement tente d’interdire les spectacles de Dieudonné, le phénomène sera très dur à endiguer, car il se nourrit précisément du rejet des dirigeants, de leurs mesures, et d’un prétendu « système » en place.
Ce qui est sûr, c’est que d’une quenelle à l’autre, il s’agit toujours d’un plat dont on ne connaît pas vraiment la composition, mais dont les odeurs sont souvent dérangeantes.
 
Grégoire Larrieu
Sources
L’internaute
PagefacebookdeDieudonné

Société

Jacques a dit : digitalisons le e-commerce !

 
En juin 2011, l’assemblée générale de la FEVAD (Fédération  e-commerce et Vente à Distance) organise un débat de fond : quel avenir pour le e-commerce ? Les quelques 250 experts renommés et porte-paroles apportent des conclusions globales sur le devenir du commerce électronique et sur ses acteurs : les acteurs centraux du e-commerce (Google, Amazon, Apple) disposant de barrières solides à l’entrée sont, en principe, assurés de durer, lorsque l’apparition d’acteurs passagers (Groupon, Facebook, Twitter…) dans le domaine soulève plus de questions quant à leur durabilité. Au regard de ce débat lié à des plateformes digitales, la protection des données centralise aussi les interrogations : quel est le rôle de l’utilisateur ? Toutes les enquêtes le montrent, en 2011 les utilisateurs adoptent des comportements et des usages nouveaux, liés à la fois à l’évolution des sites et à l’adoption de nouvelles technologies, mais aux retombées encore floues.
 Et le commerce physique? Toujours selon cette assemblée, le commerce physique n’est pas voué à disparaitre, mais le e-commerce contribue d’une manière qui lui est propre à développer les marques et à renforcer les émotions liées à l’acte d’achat chez le consommateur, principes au cœur de sa réussite. Deux ans après, où se situe le commerce électronique ?
En 2013, les choses semblent s’être accélérées pour le e-commerce : frontières brouillées, et désintermédiation toujours plus poussée. Et les premières victimes sont les points de vente physiques : contraints de déposer le bilan, Virgin et Surcouf sont des exemples significatifs. Avec les comparateurs en ligne, les consommateurs sont par exemple dans la capacité de mettre en concurrence les enseignes. Thèse d’un consommateur tout-puissant ? C’est l’idée centrale du VRM (Vendor Relationship Management ), plateforme fournissant au consommateur des outils pour gérer ses relations avec les marques, une sorte d’outils CRM inversé qui lui permet de choisir les informations qu’il partage. Dans les faits, la réappropriation de ses données est plutôt compliquée. Mais les marques sont averties : pour contourner ces possibilités offertes au consommateur, elles redoublent d’imagination et multiplient les canaux. En 2013 donc, « personnalisation » et « émotion » ont ainsi été au centre des préoccupations des acteurs du commerce électronique et de façon surprenante : en investissant les espaces physiques !

Dans cette optique et avec le plébiscite des écrans tactiles par les consommateurs, les nouvelles plateformes et applications digitales se multiplient pour faire de la vente une expérience globale : l’application Bondsy, par exemple, ambitionne de devenir le « nouveau Ebay de l’ère “Instagram”. L’application entend repenser l’achat et la vente online en la réservant uniquement au réseau d’amis de ses utilisateurs, sous forme de troc. Toujours plus innovant, la start-up finlandaise Uniqul rend possible, via une tablette équipée de détecteurs biométriques, la synchronisation du visage du client en grande surface. Celui-ci, une fois identifié, appuie sur un bouton pour valider le paiement. Le principe de reconnaissance faciale a aussi été testée par Mondelez (biscuits Oreo) : des détecteurs, installés dans les rayons, identifient l’âge et le sexe du consommateur et la marque réceptionne les données pour réagir immédiatement avec un coupon de réduction ou une pub personnalisée. Dans la même lignée, la start-up russe Synqera permet, avec ses écrans tactiles installés aux caisses, une détection en temps réel des émotions faciales des clients une fois leurs courses terminées. Ensuite, la somme d’informations récupérées produit des publicités personnalisées et permet à fabricants et distributeurs de persuader les consommateurs qu’ils « ont besoin » de tel ou tel produit… Inquiétant ?

La Russie ne s’arrête pas là et propose un e-paiement par les réseaux sociaux, via l’application Instabank : chaque client reçoit une carte bancaire virtuelle et peut y créditer son argent réel pour simplifier ses paiements en ligne et envoyer de l’argent à ses « amis » Facebook s’il le souhaite. Ingénieux quand on sait qu’il y aura 10 milliards de téléphones connectés d’ici 2016… Plus récemment, la main et même le doigt ont été mis à l’honneur dans la simplification du processus d’achat : le « Secret HandShake », qui permet de payer ses achats avec de simples mouvements de main, ou encore le « Finger Scanner » qui se porte comme un dé à coudre, indique le prix de chaque produit et permet de réduire le temps de scannage de chaque achat.
Chacune de ces tentatives, souvent au stade expérimental, assure que les logiciels utilisés ne reconnaissent pas de données essentielles, tels que les visages ; et que les images des clients ne sont pas conservées. Alors que le Big Data fait beaucoup parler de lui, ces affirmations laissent un peu sceptique. Réinventer le processus d’achat oui, mais dans le respect de nos données ? Au commerce digital de jouer.
Céline Repoux
Sources :
FEVAD

L’Expansion
Les Echos Business

Journal du Net

Influencia
Crédits Photos:
Commerce Digital
Tesco

Société

Walt Disney retourné dans sa tombe

 
Si Walt Disney était encore en vie, il serait sans doute ravi de voir que la compagnie qu’il a fondée continue à produire des dessins animés à succès près de 50 ans après sa mort. Le dernier en date, La Princesse des Glaces, est encore un succès et trône sur le box-office américain en prenant la première place devant des concurrents tels que Le Hobbit : La désolation de Smaug et Hunger Games – L’Embrasement.
Peut-être aurait-il également aimé se voir en héros du biopic Saving Mr. Banks, qui lui est consacré car dans ce film sorti en 2013, le célèbre entrepreneur américain est incarné par Tom Hanks et montré sous un jour plutôt flatteur : on ne le montre jamais en train de fumer par exemple. De plus, le film a reçu une critique positive et Emma Thompson a même été récompensée pour son rôle d’un prix de la meilleur actrice décerné par la National Board of Review.
Néanmoins si Walt Disney était encore en vie, il est peu probable qu’il ait apprécié la mauvaise presse que lui a faite Meryl Streep lors de la cérémonie new yorkaise de remise des prix de la NBR. En effet, l’actrice ne s’est pas contentée d’une louange de sa collègue lors de son discours, elle a profité de ses 9 minutes de prise de parole pour qualifier Walt Disney de « sexiste sectaire », d’antisémite et dénoncer l’image flatteuse que le biopic donne de lui.
Geste déplacé ou engagé ? A vous de trancher. Cet audacieux discours se révèle en tout cas une opération de communication réussie car l’affaire n’a pas fini de faire parler d’elle.
Alexia Maynart
Sources :
Theguardian.com
Lemonde.fr
Image :
Gala.fr