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affiche un village francais
Société

N'essayez pas de résister

 

Pour annoncer la diffusion de la cinquième saison de sa série Un village français, France 3 a sorti les grands moyens. C’est le moins que l’on puisse dire ; presse, spot publicitaire diffusé au cinéma, importante campagne d’affichage, rien ne semblait trop beau. Mais ce qui est particulièrement remarquable n’est pas tant l’aspect quantitatif de cette campagne que le ton décalé qui a été choisi.

Le spot publicitaire tout d’abord. Au cours de la vidéo, le spectateur a d’abord l’impression de se trouver devant un « simple » extrait d’épisode. On retrouve les personnages habituels, dans un décor et une ambiance tout à fait typiques. Mais alors que le jeune garçon pose une question brûlante quant au retour de son père prisonnier, son interlocuteur allemand s’adresse tout à coup au spectateur en lui conseillant de suivre la nouvelle saison pour enfin découvrir la réponse.

Mais surtout, ce sont les affiches qui sont les plus surprenantes. Elles sont signées par le responsable de marque de l’Agence Australie, Laura Maître, et ses deux créatifs, Jean-Philippe Ridon et Frédéric Debruycker. Trois différents modèles ont été conçus autour de trois slogans : « En 43, il y avait déjà du réseau », « Vous allez être occupés », « Vous allez devoir vous libérer ». Chacun d’entre eux est construit autour d’un jeu de mots qui permet de dresser un parallèle linguistique entre la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui. Les termes « réseau », « occupés » et « libérer » font ainsi référence à la France occupée puis libérée grâce (entre autres) aux réseaux de résistants. Mais ces mots renvoient aussi aux moyens de communication (réseaux sociaux par exemple) et emplois du temps (souvent chargés, d’où les expressions « se libérer » et « être occupé ») actuels. Dans le dossier de presse de la série, la chaîne explique avoir voulu s’appuyer sur le réalisme. La typographie choisie rappelle ainsi les messages que les résistants inscrivaient parfois sur les murs des villes occupées, en guise de contestation de l’occupation. Par ailleurs, on distingue en bas de chaque affiche les personnages principaux de la fiction, comme pour marquer la stabilité et la force de la série, la continuité de la nouvelle saison avec les précédentes.
Jusque là, on pourrait penser que France 3 a tout bon. Et pourtant. Si cette campagne de publicité a été majoritairement saluée (notamment par le site AlloCiné qui loue « l’audace » de la chaîne), c’était sans compter sur l’effroi des journalistes de Rue89. C’est sûr qu’en postant sur Twitter « Saison 6 : “ça gaze sur France 3” ? », Pascal Riché annonçait la couleur. S’il planait encore quelques doutes quant à la réception de la campagne par ces journalistes, le titre de leur article sur le sujet se charge de clarifier les choses : « Promo de France 3 : ‘Vous allez être occupés’… ou choqués ». Les reproches adressés à France 3 vont dans deux sens mais se rejoignent en un point : le manque de respect envers la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, le spot publicitaire dérange dans la mesure où il crée un suspens ludique jugé inapproprié au propos. De même, le décalage des affiches arrache un sourire qui ne serait pas de circonstance (d’où le jeu de mots volontairement plus malsain et inacceptable de Pascal Riché). C’est sûr que vu comme ça… Mais alors France 3 a-t-elle vraiment été trop loin ?
Cette campagne de publicité est-elle efficace ou dessert-elle le contenu de la série dont la grande qualité ne cesse d’être soulignée ?
De toute évidence, le ton adopté rend la démarche intrigante, attractive, moderne et dynamique. C’est une entreprise audacieuse et courageuse, qui tend à rompre avec l’image traditionnelle de France 3. De cette manière, la chaîne tente sûrement d’attirer un nouveau public, peut-être plus jeune, en tout cas plus nombreux. Face au nuage de publicités qui envahissent l’espace public, il est désormais essentiel de se distinguer pour espérer être efficace. La qualité du produit ne suffit pas toujours, les marques sont « condamnées » à être originales. Et n’est-il pas justement dans l’intérêt de la mémoire collective d’encourager le plus grand nombre à regarder ce genre de fiction historique de qualité, qui ne se contente pas de raconter l’histoire mais qui la problématise et la remet en perspective ? De la même façon, le spot publicitaire s’inscrit d’une certaine façon dans la logique de la série. L’interruption de la scène par l’acteur qui encourage le spectateur à suivre la série représente une certaine mise à distance. L’acteur et son personnage se dédoublent, ce qui rompt l’illusion et invite donc à prendre un certain recul sur la réflexion proposée par la fiction.
Ainsi, si la campagne est certes moins subtile que la série, elle reste efficace car originale, audacieuse, et tout de même bien pensée. Irrésistible.
 
Margaux Putavy
Sources
Rue89
Allociné

Société

Facebook et Snapchat : l'écart se creuse

 
Petit fantôme malicieux sur carré jaune : vous connaissez sans doute ce logo. Snapchat, application disponible sur les plateformes iOS et Android, connait une croissance fulgurante : 350 millions de « snaps », photos éphémères qui disparaissent une fois reçues, ont été envoyées en septembre, contre 200 millions en juin dernier. Pas de doute, Snapchat, grâce à sa forme hors norme, est désormais un support médiatique incontournable et fascinant.
Ainsi propulsé à une position clé du marché des réseaux sociaux, il n’est pas étonnant que Facebook, qui avait fait l’acquisition à prix d’or en 2012 d’Instagram, se soit intéressé à ce phénomène et ait tenté de racheter l’application Cependant, Snapchat décline le million de dollars que Facebook lui propose. Une simple application peut-elle se permettre de refuser une telle offre, de la part d’un des géants du marché international ? Que révèle cette prise de position sur notre société et les évolutions médiatiques à venir ?
Plus Snapchat échappe aux mains des puissants, plus il gagne en valeur, et tandis que la mémoire de Facebook refuse d’effacer la moindre information, avec Snapchat, toute preuve disparait en quelques secondes. Mais à travers le « snap », la puissance de l’image est réaffirmée dans sa positivité sans être jamais remise en question. Que cache ce désir d’indépendance : une incitation à de nouvelles formes de communication ou un énième passe-temps ?
 
Agnès Mascarou

Société

The Sevens by Secret Location : Mystère et boule de com'

 
Lorsque l’on entre, ou je dirais même plus, lorsque l’on pénètre dans le site de Secret Location, on ne comprend pas tout à fait ce qu’il est en train de se passer. Une vidéo s’affiche en plein écran sans que l’on n’ait rien demandé, et l’on est immédiatement plongé dans un film à l’univers insolite, mettant en scène une jeune fille et des formes géométriques qui gravitent mystérieusement autour d’elle. Puis l’on se retrouve à devoir, nous, simple visiteur, interagir avec ce personnage aux super-pouvoirs mystiques à travers des jeux, et ce sans trop saisir le pourquoi du comment. L’immersion est déstabilisante mais entière, l’atmosphère est inquiétante mais prenante. Le pari de Secret Location est réussi : le visiteur vit une implication psychologique et émotionnelle totale.

Et pourtant Secret Location n’est ni le nom d’un film, ni celui d’un jeu vidéo nouvelle génération. Il s’agit en réalité d’une agence de communication interactive basée à Toronto, devenue experte dans la création de supports interactifs pour développer l’image de ses clients. The Sevens, l’expérience interactive que l’on découvre sur le site Internet de l’agence a été conçue pour divertir et attirer l’attention du visiteur tout en faisant la démonstration de ses capacités à la fois techniques et d’innovation.
Tout a commencé il y a quatre ans lorsque James Milward, le président et fondateur de Secret Location, transforma le site web de l’agence en portfolio interactif, construisant ainsi une histoire dans laquelle le visiteur était happé. Les résultats ne se firent pas attendre : 120 000 personnes visitèrent le site web durant les trois premiers mois après sa mise en ligne. Mais les visiteurs crurent tous que le numéro de téléphone qui apparaissait faisait partie de l’histoire alors qu’il s’agissait simplement de celui de l’agence. Cette vaste erreur fut l’impulsion créatrice de The Sevens car elle permit à Milward de réaliser le potentiel qu’un numéro de téléphone pourrait engendrer dans une nouvelle version du site qui l’intégrerait, cette fois-ci volontairement, dans une expérience trans-média.
Milward a donc fait appel aux talents du scénariste et réalisateur José Avelino Gilles Corbett Lourenço pour concevoir The Sevens. L’experience commence avec la vue d’un homme assis à son bureau puis le bruit d’un téléphone qui sonne. Le visiteur est alors invité à cliquer sur ce téléphone, ce qui l’amène à suivre Julie, le personnage principal, une jeune fille visiblement dotée de pouvoirs surnaturels lui permettant de diriger à distance des formes géométriques holographiques. La narration est entrecoupée par trois fois de scènes interactives dans lesquelles le visiteur doit résoudre des énigmes. Tant qu’elles ne sont pas résolues, le film se répète en boucle, l’histoire tourne en rond. Dès lors que le visiteur résout le dernier palier de l’énigme, il est amené à utiliser son téléphone pour s’immerger davantage dans l’histoire et arriver à son dénouement.
Secret Location, avec ce site web inventif a su saisir les tendances communicationnelles d’aujourd’hui. Outre une technique finement maîtrisée avec l’intégration des jeux dans l’écran sans que le film ne s’interrompe, The Sevens propose surtout une sorte de mise en abîme intéressante. En effet, si la plupart des sites d’agences de communication se contentent tristement d’une simple sélection de travaux et d’une liste de renseignements, Secret Location a choisi de promouvoir son travail à travers un site, qui en lui-même est déjà une prouesse d’inventivité et une vitrine des talents de l’agence.
Par ailleurs, Secret Location surfe sur la vague des publicités interactives. Même si, pour la plupart, elles demeurent anecdotiques et sans véritable fond narratif, l’agence canadienne est allée plus loin qu’un basique storytelling, en impliquant émotionnellement le potentiel client le long d’une aventure immersive qui présente un véritable fil conducteur et une atmosphère bien à elle. De plus, l’approche pluri-média de l’agence s’inscrit elle aussi dans l’air du temps, et lui permet de rendre l’expérience encore plus vivante. Secret Location poursuit l’interactivité encore plus loin, puisque l’agence sortira chaque mois un nouvel épisode, imaginé à partir du feedback des visiteurs. Ces derniers sont en effet invités à partager sur le site leurs idées concernant le prochain chapitre. Il s’agit donc d’une expérience participative et temporalisée, à la manière d’une série TV, de quoi rendre le visiteur accroc!

Pour l’avenir, on peut imaginer que l’agence renforcera son approche transmédia en multipliant les supports médiatiques impliqués dans la narration, avec par exemple d’autres sites web, l’infiltration des réseaux sociaux voire même la création d’applications pour smartphones. Secret Location devra cependant veiller à ne pas perdre de vue l’utilité principale d’un site web, celle d’informer le visiteur de manière claire et efficace. Attention donc à ne pas trop complexifier le processus, car si l’expérience est innovante et originale, elle peut s’avérer déplaisante et laborieuse pour celui qui sera pressé ou qui n’arrivera pas à résoudre les énigmes.
Ce qui est certain c’est que l’agence a vu juste. En se spécialisant dans la communication interactive alliant jeu vidéo et film, elle se trouve au coeur d’une tendance communicationnelle en plein essor, qu’on pourrait nommer la “communication-expérience”. L’idée d’un univers immersif impliquant le visiteur jusqu’au cou permet de susciter chez celui-ci une émotion bien particulière : celle de se sentir unique, impliqué et surtout évadé. Secret Location a compris le désir du consommateur actuel, ce désir de s’élever du quotidien, et d’accéder au rêve, même lorsqu’il fait un simple acte de consommation. Le client d’aujourd’hui ne veut plus uniquement acheter, il veut être transporté, appartenir à une communauté et vivre une EXPERIENCE à part entière.
Hélène Carrera
Sources
Kesakoleblog
Thesecretlocation
Fasttocreate
Glossyinc

Société

Le bad buzz médiatique des « 343 salauds »

 
Quelques semaines avant qu’une proposition de loi sur la prostitution ne soit examinée à l’Assemblée Nationale, deux bad buzz médiatiques sont venus secouer la Toile.
Tout d’abord, c’est le magazine pourtant autoproclamé féministe Causette qui a provoqué un tollé notamment sur Twitter, avec son dossier de novembre qui propose « 55 raisons de résister à la tentation » du genre : « Parce que quitte à se taper une fille qui n’a pas envie, autant la violer, c’est moins cher (mollo, on déconne). »
C’est ensuite, et en adoptant la posture inverse, le magazine Causeur qui a provoqué les ires des féministes (et des autres). Les signataires pensaient sans doute connaître la recette d’une bonne campagne de pub en réutilisant des expressions historiques connues. Or ils se sont attaqués à deux symboles forts : le « Manifeste des 343 salopes » initié par Simone de Beauvoir en 1971 et le slogan de SOS Racisme « Touche pas à mon pote ».
Tandis que le syndicat des travailleurs sexuels (STRASS) et la sociologue Françoise Picq déclarent leur écœurement, le site propose aux simples internautes un droit de réponse avec l’injonction suivante : “Réponds à ton connard ! », il suffit pour cela de cliquer sur la photo dudit personnage pour lui « tweeter un mot doux ».
A la suite de ce malaise, certains de ces « salauds » sont déjà revenus sur leurs déclarations, comme Nicolas Bedos sur Twitter. Ces deux échecs de communication sont certes le signe qu’il y a un débat de fond à avoir sur la prostitution, mais aussi et surtout la preuve – s’il le fallait – qu’en matière de communication, il vaut mieux bien méditer à ce qu’on publie, que ce soit dans la presse ou sur Internet.
 
Lucie Detrain
Sources:
Le manifeste
Les tweets malheureux de Nicolas Bedos

Le Thigh Gap par Eleonore Péan
Société

Jacques a dit : Et mon thigh gap, tu l'aimes mon thigh gap ?

 
Le thigh gap, il y a celles qui l’ont… et celles qui le veulent. Véritable raz de marée depuis quelques mois sur les réseaux sociaux, on ne finit pas, sur la toile et ailleurs, de voir s’étaler photos, conseils, exercices minceur, mises en garde, ou encore bashing de la fameuse pratique. Chez les adolescentes, depuis plusieurs mois déjà, il est l’objectif suprême, le saint Graal. Les réseaux sociaux en sont le terrain de jeux privilégié : Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr, Pinterest, aucun n’échappe à la vague.
Le thigh gap dans son plus simple appareil

Communément décrit comme l’écart qui sépare le haut des cuisses en position debout (les pieds joints), on pourrait le placer sans céder aux raccourcis comme le descendant glamour de la lignée pro-ana, aux côtés de ses amis #Thinspiration, #Fitspiration ou encore #Ana-mia (comprenez Anorexia-Boulimia). Seulement voilà, derrière ce thigh gap se cachent des techniques qui relèvent, disons le clairement, de la torture. Parce qu’effectivement, manger des cotons imbibés de confiture ou des glaçons pour tromper la satiété, c’est donner une toute autre dimension au mot « originalité » ; pour autant, ça n’en reste pas moins une pratique qui mériterait d’être remise en question, de par sa singulière ressemblance avec les « astuces » des pro-ana. Sur Twitter, @Chiboui a beau dire qu’ « une fille anorexique c’est horriblement moche mais le thigh gap c’est trop beau », le chemin pour y arriver reste le même. On découvre d’ailleurs avec stupéfaction sur le même réseau que certaines continuent d’arborer leur poids en pseudo, tout en martelant des encouragements… dont elles sont les uniques destinataires.

Les réseaux sociaux, des nids d’épidémies ?
Sur Internet, plus question de se comparer à ses copines ; aujourd’hui sur Tumblr, c’est avec le mannequin le plus en vue du moment que vous entrez en rivalité. Cara Delevigne, Snejana Onopka, autant de comptes Twitter qui ont de quoi faire rêver des ados complexées à l’ère numérique de l’obsession de soi. Difficile alors de ne pas faire le rapprochement entre la publication régulière de ses photos (très) personnelles et l’exhibitionnisme. Non sexuel, peut être, mais un exhibitionnisme de groupe qui ancre un mouvement et imprime sa norme au reste des utilisatrices. Parce que toutes ces photos sont autant de potentiels déclencheurs pour les non initiées. Au début, il y a une photo, un idéal peut-être, une comparaison. Puis un complexe, une humiliation, une adhésion. Une adhésion qui pour certaines se révèle adopter une maladie comme mode de vie, une vie où l’on comptabilise chaque calorie ingérée, où l’on se pèse 10 fois par jour, où l’on s’enferme dans une quête dont le moteur ne tient qu’à un nombre de followers ébahis devants les résultats, mais incapables de vous raisonner. Un programme somme toute assez ahurissant, d’autant qu’il séduit des filles de plus en plus jeunes, n’excédant pas les 11 ou 12 printemps.
Et les réactions de la plèbe dans tout ça ?
Dans les médias, la pratique se retrouve largement décriée par les médecins, qui voient en cette quête de la minceur une porte ouverte à l’anorexie mentale. Ils rappellent d’ailleurs que cet attribut dépend en réalité de la morphologie de chacune – certaines, aussi minces soient elles, ne pourront jamais obtenir le précieux écart ! –
Sur les réseaux sociaux, rien n’y fait : ni les détracteurs, ni les tentatives des plateformes d’interdire certains hashtags ou mots clés, comme #anorexia ou #thinspiration. Un engagement qui mérite pourtant d’être salué, qu’il s’agisse d’une action sociale, ou simplement de la volonté de se protéger de l’image peu valorisante qu’apporte une telle publicité. Malheureusement, ces mesures n’auront su arrêter le phénomène, Internet ayant cette précieuse faculté de donner libre champ aux opprimés sur les forums périphériques, blogs perso, ou autres espaces difficiles à surveiller.
Chez les stars, Robyn Lawley, la célèbre mannequin australienne taille 42, a tiré la sonnette d’alarme cette semaine. Elle monte au créneau alors qu’il y a un peu moins d’un an, une photo d’elle en lingerie s’est retrouvée sur une page Facebook « Pro thigh gap ». Commentaires humiliants, insultes, autant de mots inacceptables qu’elle condamne dans une interview fin octobre 2013. Elle y déclare vouloir « des cuisses plus grosses et musclées […] nous voulons toutes des choses différentes, mais les femmes ont déjà suffisamment de pression pour avoir à subir en plus la pression d’avoir un thigh gap ».

Endiguer le phénomène, mais comment ?
Face à la dangerosité d’une telle mode et surtout à la vitrine que constituent les réseaux sociaux pour la diffuser, de quels outils disposons-nous ? En 2008, pour tenter d’enrayer le courant de l’anorexie, le Ministère de la Santé a signé une charte d’engagement volontaire et d’interdiction de l’apologie de l’anorexie sur Internet, sans plus d’effet que la campagne de pub qui avait mis en scène Isabelle Caro (décédée depuis) sous l’objectif d’Oliviero Toscani. Cette campagne de sensibilisation avait suscité un vif débat (publicité retirée de l’espace public à Milan car son affichage coïncidait avec la semaine de la Fashion Week), mais sans notable changement des mentalités.
En 2010, le CNRS s’est intéressé à son tour à l’incidence du réseau social sur l’épidémie des troubles alimentaires, en effectuant une étude sociologique comparative de sujets ana-mia en France et aux Etats Unis, à travers une restitution de leurs réseaux sociaux en ligne et hors ligne, en vue de la conception de campagnes d’information et de politiques d’intervention en matière de santé publique.
Quand on sait qu’en mars 2013, The Lancet a publié une étude prônant la stimulation cérébrale profonde – en d’autres termes, des électrodes dans le cerveau – comme traitement de l’anorexie, on redoute la suite. À mode extrême, solutions extrêmes ?
 
Eléonore Péan
Sources :
L’étude de l’Institut Interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain sur la sociabilité “Ana-Mia”
TheDailyBeast – Interview de Robyn Lawley
La Nouvelle Edition du Grand Journal du 29/10
L’étude parue sur The Lancet, revue scientifique médicale britannique
Photos :
Une – Journald-unerondeastucieuse
Photo Robyn Lawley – The Daily Beast

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Société

Va-t-on bientôt pouvoir tweeter son décollage?

 
Grande nouvelle pour les Américains : la FAA (Federal Aviation Administration) a rendu hier son verdict quant à une question qui se posait depuis quelques temps déjà. En effet, il sera désormais possible pour les passagers empruntant les compagnies aériennes américaines de pouvoir utiliser leur smartphone ou autres appareils électroniques (ordinateurs portables exclus) pendant le décollage et l’atterrissage de l’appareil.
Alors, pure magnanimité ou concession face à la pression de certains ? Pour beaucoup de consommateurs mais surtout pour les chefs de file du lobbying des fabricants d’électronique américains comme le géant Amazon, c’est une véritable avancée qui présente de nombreux avantages après tant d’années passées à tester la dangerosité de la chose en faisant, par exemple, « décoller des avions remplis de Kindle ». Finie, en effet, la frustration ressentie par les passagers ne pouvant pas utiliser ces appareils pendant le vol qui peut s’avérer long et ennuyeux.
Le fait qu’une telle contrainte soit à présent levée à des moments si anxiogènes représente un événement marquant qui présente toutefois quelques limites. S’il sera progressivement possible d’envoyer des fichiers par Bluetooth ou encore de jouer à des jeux, difficile cependant d’imaginer pouvoir utiliser Internet. De plus, il s’agira tout de même pour les passagers de se cantonner au mode avion, et de devoir accepter le fait que leur batterie se vide à une vitesse record.
Il n’est donc pas venu le temps des profils Facebook mis à jour en direct de la piste d’atterrissage.
La question reste à savoir pour combien de temps encore ?
 
Camille Gross

Société

Sophia Aram, rien ne va plus pour France 2

 
Le talkshow, animé par l’ex chroniqueuse de France Inter, est un fiasco. Dans sa longue chute aux enfers, l’émission entraîne outre un bashing acharné contre la personne de Sophia Aram, un coût très significatif pour France 2.
D’abord en direct, puis enregistré durant l’après-midi et remodelé à maintes reprises. Cela ne suffit toujours pas pour faire de ce talkshow « hybride », hésitant entre un stand-up amateur et une revue d’actualité bâclée : l’Access prime time espéré de cette rentrée 2013.
Les 943 000 téléspectateurs du 16 septembre, première de l’émission, se retrouvent en cercle restreint un mois plus tard à 386 000.
Comble de malchance ? Erreur de casting ? Irresponsabilité du Directeur de l’antenne et des programmes, Philippe Vilamitjana qui a été limogé cette semaine ?
L’inquiétude est telle que certains accusent cette émission d’être à l’origine d’un effet domino, entrainant une baisse d’audience jusqu’au journal de 20h.
Une situation financière délicate :
Cette inquiétude est d’autant plus légitime, qu’avec la suppression de la publicité après 20 heures, ce créneau est plus que stratégique pour France 2. L’Access prime time rapporte habituellement à France 2 près de 30% de ses recettes publicitaires.
Mais, depuis le désastre entrainé par l’émission de Sophia Aram, le compte n’y est plus. Ainsi, alors que TF1 se targue de vendre les 30 secondes de publicité après son Access prime time entre 14 400 et 26 800 euros, à la même heure sur France 2 le prix est au rabais, entre 4 900 et 7 400 euros.
« France Inter, ce n’est pas la France »
Sophia Aram propulsée comme anchorman de ce talk-show « à la française » ne semble pas être autant à l’aise que lorsqu’elle était chroniqueuse sur France Inter.
Vous vous souvenez ? Le bon temps où elle pouvait médire sur le Tout-Paris, et faire de ses lynchages radiophoniques une tribune personnelle, ce temps est désormais révolu.
Tout comme la radio, la télévision demande une expérience bien particulière afin de capter son public. Il faut faire preuve d’adaptabilité, gage de durée, mais surtout de succès. Et c’est bien là où Sophia Aram a failli à sa mission, comme le rappelait Laurent Ruquier « France Inter ce n’est pas la France, c’est à dire que France Inter, c’est Télérama, les Inrocks … A France 2 il faut pouvoir toucher un public beaucoup plus large ».
L’irresponsabilité de France 2 :
« Le bashing » que connaît Sophia Aram est justifiable et ce n’est pas pour déplaire à certains, l’arroseuse est enfin arrosée. Cette dernière est pourtant loin d’être la seule fautive. Anne Roumanoff avait déjà échoué l’année dernière sur le même créneau horaire. La candidature de Sophia Aram a été retenue après un grand nombre de refus de la part entre autres de Stéphane Bern, Ariane Massenet ou Flavie Flament.
Pourquoi un tel choix, de la part du désormais ex Directeur de l’antenne et des programmes, Philippe Vilamitjana ? A l’heure où l’ambiance est plus à la « planification », afin de répondre aux contraintes financières qui s’imposent à tous les opérateurs publics.
Combien ça coûte :
D’après l’Observatoire des subventions, l’émission couterait par semaine 70 000 euros, avec un contrat représentant 14 millions d’euros pour la société de production Morgane. Cependant, il existe une clause de sortie si l’émission ne rencontre pas son public. Cette clause de 3 à 6 mois impose une indemnité à la société de production qui s’élèverait aujourd’hui à 50%, de dédommagements sur le contrat initial, soit 7 millions d’euros selon le syndicat de l’audiovisuel public. Un montant exorbitant, surtout lorsqu’il s’agit de nos deniers publics !
Là où la télévision devrait divertir, c’est un échec. Là où le service public devrait être performant et doublement exemplaire sur ses investissements, c’est raté.
Dites « Stop ou encore » :
Cette semaine vient d’être nommé un nouveau Directeur de l’antenne et des programmes Thierry Thuillier, excellent professionnel de l’information, mais saura-t-il relever le défi d’une grille des programmes digne de l’audiovisuel public ?
A savoir plus proche de la ligne éditoriale de la BBC avec des programmes de qualité et de divertissement. Comme avait su le faire avec talent l’ancien Président de France Télévision et présentateur de «  Des Racines et des ailes », Patrick de Carolis. Il est nécessaire pour France 2 de s’éloigner de ces talk-shows « délirants » dignes de la télévision italienne.
Cher Monsieur Thuillier, outre le désastre financier qu’elle engendre, cette émission ne redonne pas le moral aux français, il est encore temps de réagir ! Comme le rappelait, si justement, Georges Pompidou, « arrêtons d’emmerder les Français » ! Faites ce geste de salut public : Dites « Stop ou encore ».
 
Romain Souchois
Sources :
Europe 1
Le Monde
L’Observatoire des subventions
Le Parisien
Photo à la Une :
Le Huffington Post

Société

BlackBerry Messenger : le coup de com de la dernière chance

 
Et non, aujourd’hui on ne parle plus de la chute du géant BlackBerry, mais du buzz inattendu de la firme canadienne qui a annoncé le lancement de son application BBM (BlackBerry Messenger) disponible pour les Smartphones Androïd et IPhone. Après un premier essai raté en Septembre, le constructeur a annoncé la reprise de son application avec plus de 10 millions de téléchargements en seulement 24h.

Les internautes n’ont pas eu à se faire prier pour prendre part à ce démarrage en force. Sans prévenir, les pages Facebook et autres fils d’actualité ont été envahis de postes pin BBM provoquant chez les internautes cet étrange sentiment de déjà vu. Sur Twitter, chacun y va de son commentaire critiquant tour à tour l’inutilité de l’application pour les téléphones androïdes et iPhone disposant déjà d’une quantité de messageries instantanées, ou encore  l’illégitimité du retour de BlackBerry considéré  comme dépassé.
Bien qu’au cœur des discussions, la firme canadienne n’aurait-elle pas vendu son âme au diable en voulant élargir sa communauté ? Les plus déçus sont les fidèles de la marque qui se voient désormais dans l’obligation d’ouvrir leurs  portes à de nouveaux utilisateurs de BBM appartenant à la concurrence. Néanmoins, malgré la critique dominante et le mécontentement général, chacun cède progressivement au mouvement et de plus en plus nombreux sont les adhérents.
Avec ce coup de com, il semblerait que BlackBerry soit revenu au devant de la scène. Mais malgré ce vent de fraicheur, l’avenir se présente incertain.
 
Filipine Guyonnaud

Société

Jacques a dit : Stop au massacre de la presse écrite

 
Tout commence en Juillet dernier, lorsque la Commission Européenne décide de ne pas renouveler l’appel d’offres pour la gestion du site multilingue Presseurop.eu qu’elle finance entièrement. En 2009, Courrier International avait contribué à la création de ce site unique en son genre[i], et en avait la gestion depuis 5 ans. C’est ce manque-à-gagner pour le magazine estimé à 2,5 millions d’euros par son président Antoine Laporte (soit 10% de son chiffre d’affaire) qui a entraîné, le 10 octobre dernier, l’annonce d’un plan de licenciement.
11 journalistes étaient dédiés au site Presseurop.eu au sein de la rédaction mais, sa fermeture[ii] ayant eue des conséquences sur le groupe tout entier (selon Antoine Laporte), 26 postes seraient concernés au total, correspondant au tiers de l’effectif du magazine, tous services confondus.
Pourtant, Courrier International est loin d’être mort : même si les ventes au numéro ont enregistré une baisse de 17% fin septembre 2013 par rapport à septembre 2012, le nombre d’abonnés est en hausse (+ 120 000 environ). Quant aux abonnés purement numériques, leur nombre a fait un bond de plus de 40% sur un an, atteignant le chiffre de 7000. Par ailleurs,  Antoine Laporte lui-même reconnait que « le journal est en bonne santé, les abonnements sont en hausse, la publicité est dans les clous du marché » et que « côté numérique, la publicité et les abonnements sont en croissance ».
Alors, pourquoi une telle décision a-t-elle été prise? Aucune annonce officielle n’est venue clarifier la position de la direction (rappelons que le magazine appartient au groupe Le Monde) malgré la grève générale qui a conduit à l’absence en kiosque d’un des derniers numéros (daté du 17 octobre). Cela faisait 23 ans que ce n’était pas arrivé ! Le mouvement de protestation a également conduit à la paralysie du site Internet ainsi que des comptes Twitter et Facebook de l’hebdomadaire pendant quelques jours.

Les fidèles du magazine se sont pourtant mobilisés en masse : des groupes de soutien ont été créés sur Facebook (10 000 « like » pour le plus important), des illustrations ont été envoyées par des dessinateurs du monde entier, et un hashtag dédié a même vu le jour sur Twitter (#SauverCourrier).
On pourrait rétorquer qu’il faut, pour qu’un journal payant puisse continuer à exister, qu’il apporte un point de vue, un commentaire ou un ton véritablement novateur sur l’actualité par rapport aux gratuits. Or, quel autre journal est mieux placé pour le faire que Courrier International? Pour le moins atypique dans le paysage médiatique français, il a la particularité de traduire et regrouper des articles issus du monde entier. Unique en son genre, il permet ainsi aux lecteurs d’adopter un point de vue différent sur des sujets pourtant actuels, tout en quittant l’actualité franco-française rabâchée dans le même temps partout ailleurs. Les salariés ne sont plus en grève depuis le 22 octobre dernier, même si aucun compromis ne semble avoir été trouvé.
Quelques jours plus tard, l’on apprenait grâce à l’AFP que Lagardère Active souhaite se séparer d’une dizaine de titres (dont Be, Auto Moto, Campagne et Décoration, Le Journal de la Maison, Maison & Travaux, Mon Jardin Ma Maison, Psychologies Magazine, Union, Première et Pariscope) pour recentrer son activité autour de ses marques phare : Elle, Paris Match et Télé 7 Jours entre autres. Ici, le chiffre fait froid dans le dos : 350 emplois sont menacés, puisque les magazines qui ne seront pas repris seront purement et simplement supprimés. Cette annonce a été suivie par une grève générale et à un arrêt de travail de la part des salariés, qui pourrait également mener à l’absence de certains titres en kiosque. Rappelons que Lagardère Active est le premier groupe de presse magazine en France et qu’il a réalisé en 2012 un chiffre d’affaire de 1,014 milliards d’euros.
Les hebdomadaires comme Courrier International et les magazines ne sont pas les seuls touchés, puisque Ouest France, premier quotidien national (avec 750 000 exemplaires) prévoit également de procéder à plus d’une centaine de suppressions de postes, sous forme de départs volontaires.
Toutes ces annonces s’inscrivent dans un contexte devenu malheureusement bien connu, puisqu’on parle de « crise de la presse » française mais aussi européenne –The Guardian, El Pais ou encore Frankfurter Rundschau sont en grande difficulté. Ainsi, il existait 30 quotidiens français jadis, il n’en reste que 7 aujourd’hui (avec la disparition l’année dernière de France Soir et de La Tribune).
Il faut donc plus que jamais nous interroger sur la nécessité de trouver un nouveau modèle économique viable pour l’ensemble de la presse écrite, quelle que soit sa périodicité. Les investissements doivent être nombreux : Ouest-France met actuellement en place un « laboratoire » d’une dizaine de personnes qui sera en charge du lancement de nouveaux produits sur la toile. Le quotidien souhaite aussi créer une « newsroom », afin que les informations puissent être reçues et circuler plus rapidement : la notion de temporalité est au cœur de la problématique actuelle. A l’heure où la multiplication des écrans et des supports de transmission de l’information dépasse tout ce que l’on aurait pu prévoir, il faut impérativement que tous les acteurs majeurs de la presse écrite s’adaptent au virage -pour le moins brutal- du digital et mettent en place des outils correspondants. Les enjeux sont énormes, et il en va de l’avenir de la presse tout entière.
 
Elsa Mahouche
Sources :
Huffingtonpost.fr
Lesechos.fr
Boursorama.com
Lacroix.com

Image de Une :
Joe Magee
 

[i] Presseurop.eu publie une sélection d’articles tirés de la presse européenne et internationale sur la politique, la société, l’économie, l’environnement, la culture et la perception de l’Union européenne dans le monde. Le site est éditorialement indépendant et fait partie d’un projet de la Commission européenne qui vise à créer des réseaux d’information européens multilingues sur les principaux supports (Internet, radio et télévision)

[ii] Sa fermeture effective prendra effet le 31 décembre 2013

Société

Vend bébé pour un Iphone… ou pas !

« Ca coûte un bras », disait l’autre. Un couple chinois est actuellement poursuivi par le tribunal de Shanghai pour avoir vendu aux enchères leur fille tout juste née pour faire l’acquisition d’un IPhone dernière génération et de chaussures de sports de marque.
Selon le Jiefang Daily les parents au chômage, appelés M. Teng et Mme Zhang, ont posté en ligne juin 2013 une annonce qui laissait entendre qu’ils se sépareraient de leur bébé contre 50,000 yuans (3600€). Après une grossesse cachée, un accouchement maison et une petite transaction, ils ont utilisé leur carte bancaire fraîchement créditée pour une série d’achats sur internet, ce qui a permis aux enquêteurs chinois de les retrouver facilement.
Ce qui interpelle, c’est bien l’achat de l’IPhone, et on ne manque pas de rappeler dans la presse cet autre fait divers sordide du jeune garçon chinois qui avait vendu son rein pour pouvoir s’acheter un IPhone 5. Rapprochement maladroit ? En effet, un lien de causalité étrange apparaît : le prix de vente l’IPhone pousserait les gens, et particulièrement les Chinois à commettre le pire. Plus ? En Chine un smartphone coûte en moyenne 75 euros contre 5288 yuan (652 euros) pour le 5s et 4488 yuan (553 euros) pour le 5c.
« La faute à Apple » ?
Rimond Leïla
Sources :
www.telegraph.co.uk
www.lexpress.fr
www.washingtontimes.com
www.lefigaro.fr
Images :
www.gizmodo.fr
www.lci.tf1.fr