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Entretien avec Yves Winkin

L’équipe de FastNCurious s’est déplacée au Musée des Arts et Métiers pour rencontrer l’anthropologue de la communication et directeur du musée Yves WINKIN le 01/02/2017.
Cette visite s’inscrivait dans la poursuite d’une rencontre au CELSA, puisqu’il avait été invité du cours de Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) d’Olivier Aïm, responsable des licences au CELSA/Paris-Sorbonne. Il a accordé à FastNCurious un entretien exclusif.

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Entretien avec Yves Citton


 
Le CELSA / Paris-Sorbonne a reçu le philosophe suisse Yves CITTON le vendredi 3 novembre 2017.
Il a accordé à FastNCurious un entretien exclusif. A travers nos questions il revient sur son ouvrage Médiarchie, publié cette année chez Seuil, dans lequel il développe le concept éponyme. Il contribue ainsi à l’enrichissement du domaine des sciences de l’information et de la communication.
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Crédit vidéo :

Pôle audiovisuel de FastNCurious : Nathanaël Suaud  et Sacha Rolland
En collaboration avec Le Magnéto, association d’audiovisuel du CELSA.

Netflix présente : « Secrets de communication »

Protagoniste : La firme Netflix est un service de vidéo à la demande avec abonnement âgé de 20 ans. Elle comptait, aux dernières nouvelles, environ 900 000 clients en France, soit le premier SVOD dans l’hexagone et 93 millions d’abonnés dans le monde.

Synopsis : Tout sourit à Netflix qui connaît un succès mondial retentissant, notamment grâce à sa communication… Mais quel est son secret ?

Episode 1 : «L’insolence»

Netflix, c’est la chouchoute de la famille mais aussi la culottée qui se fait remarquer. Elle sait se donner en spectacle et fait même dans le politiquement incorrect, notamment par le newsjacking*. Ainsi, pendant la polémique du 49.3, Franck Underwood s’est permis d’envoyer un petit message sur Twitter à notre Manuel Valls national… Et il n’en était d’ailleurs pas à son coup d’essai.

Netflix n’hésite également pas à caresser la limite de l’illégalité. C’est avec des affiches sauvages dont les contenus incitaient eux-mêmes à se jouer des autorités que la firme a promu la saison 2 de Better Caul Saul dans les métropoles françaises.



Mais cette stratégie de communication, quelque peu osée, ne serait-elle pas le reflet même de l’identité de Netflix ? Effectivement, nous pourrions penser que des séries comme Sense8 ou Orange Is The New Black, qui ont une liberté de ton et de sujet, incarneraient cette culture d’entreprise qui se veut libre, jeune et branchée, à l’image du consommateur français de Netflix : un jeune adulte, urbain et suréquipé technologiquement.

Episode 2 : « L’incarnation »

Netflix, c’est aussi l’amie qui a un sens du storytelling digne de notre grand-mère. Et pour ne pas perdre l’attention de ses spectateurs, elle a compris qu’il fallait faire de nous des acteurs même de ses séries. C’est de cette manière qu’on a pu tester le Faceswap avec Daredevil ou découper les têtes de nos héros préférés pour les intégrer à nos Snaps. Ainsi, nous arrivons à une convergence entre deux mondes où la fiction rejoint la réalité pour coexister étroitement. Et cela n’est que le début puisque Netflix envisage de créer des séries dans lesquelles les spectateurs choisiraient le fin mot de l’histoire !



Episode 3 : «La connexion»

Netflix, c’est enfin la millennial qui gère Internet aussi bien que Pablo gère son business. Elle surfe sur les tendances social media, comme on l’a vu précédemment. Et tout ça, sans aucun lancement officiel, parce qu’elle sait que la vraie promotion se fera à travers ces chers réseaux sociaux, où le buzz équivaut à un passage télé sur TF1 le dimanche soir en prime-time, et par les utilisateurs qui incarnent les nouveaux ambassadeurs de la marque.

Spoiler : Netflix, c’est donc une communication originale, connectée et effrontée. Elle connaît les rouages des réseaux sociaux qui lui assurent un bouche à oreille qui contribue à son succès. Et un constat s’impose : on aime autant ses séries que sa communication qui lui fait écho.

Karine Lim

Netflix : from binge-watching to binge-communicating

Marque de fabrique de Netflix, le binge-watching est ce qui vous pousse à passer des heures, des nuits voire des semaines devant votre écran sans même vous en rendre compte ! Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas plus accro à Netflix, que Netflix n’est addict à sa propre communication.
Très en vogue depuis les quatre dernières années, l’expression « binge-watching » a été utilisée pour la première fois à la fin des années 90 pour caractériser la consommation frénétique de plusieurs épisodes d’une même série, en une seule séance. Si l’expression est aujourd’hui largement répandue, elle reste essentiellement réservée au fonctionnement de la plus importante plateforme de streaming à la demande dans le monde : Netflix.
 

Netflix : connu de tous, visible partout, tout le temps

« Netflix Swap », la dernière campagne de la firme, est fondée sur une forme de streetmarketing faramineux. Il s’agit d’affiches publicitaires disséminées dans toutes les grandes villes de France. Les utilisateurs de l’application Snapchat sont conviés à se photographier avec le héros d’une série Netflix, et à partager le résultat sur la toile. Avec cette campagne, la plateforme se met à la fois en scène dans le monde des réseaux sociaux, mais s’inscrit aussi dans le quotidien de chacun. Elle s’offre aux yeux de tous, tant dans la sphère privée que publique et ce, à tout instant.



De la promotion d’une image de marque à la diffusion d’un mode de vie

Le #NetflixNChill est le parfait exemple du passage d’une stratégie de communication à l’inscription de la marque dans le quotidien. Le hashtag a quitté la sphère du numérique pour s’inscrire dans le vocabulaire millenial. Désignant le binge-watching en général, l’expression est aussi synonyme de « Sex and Chill » et d’une forme de rendez-vous Tinder. Cette transposition résume à elle-seule le maître-mot de Netflix : s’installer dans tous les moments journaliers de chaque individu, afin d’en rythmer le quotidien.



L’image de Netflix : la construction d’un ensemble

Le déploiement stratégique de la communication de Netflix cible l’individu, par la conscience collective. D’abord, la communication de Netflix semble s’adresser à chacun, dans ce qu’il a de plus unique et ce qui le distingue de l’autre. La particularité de Netflix réside sans aucun doute dans la représentation des minorités dans ses séries. Contrairement à la plupart des productions télévisuelles à succès des grandes chaînes américaines comme Game of Thrones ou Big Bang Theory, les minorités sont non seulement représentées, mais aussi mises à l’honneur chez Netflix. Master of None, Sense 8, The Get Down sont des séries dont les héros appartiennent à des minorités ethniques et sexuelles diverses – loin des canons hollywoodiens.
Ainsi, par son éthique, Netflix fait le choix d’inclure toutes les minorités à ses programmes afin de diffuser l’image d’une plateforme accessible à chacun et qui s’adresse à tous. Enfin, Netflix rend l’individu acteur de sa communication. Récemment, la firme a par exemple annoncé vouloir inaugurer le début des séries interactives, « dont tu es le héros ». En devenant un comédien de la production, l’individu est placé au cœur de la communication de Netflix.
C’est donc sur ce dernier point que Netflix fait florès. Tel un refrain, Netflix fait répéter en chœur à ses usagers, l’idée d’un véritable projet en commun, dans lequel chaque individu pourra se retrouver.

Thibault Grison

 
Sources :
« Binge-watching: Netflix sait quelles séries vous rendent le plus accro », article de Slate publié le 08/06/2016 http://www.slate.fr/story/119075/binge-watching-series-accros-netflix
« Netflix vous propose un Faceswap avec ses héros », article de LaReclame.fr publié le 08/04/2016 http://lareclame.fr/darewin-netflix-netflixswap-151254
« Le vrai sens de l’expression «Netflix & Chill» pour les ados ricains », article de Libération, publié le 28/08/2015 http://www.liberation.fr/direct/element/le-vrai-sens-de-lexpressionnetflix-chill-pour-les-ados-ricains_16374/
« La question raciale dans les séries américaines : décryptage », article des Inrocks, publié le 05/12/2014 http://www.lesinrocks.com/2014/12/05/series/question-raciale-les-series-uspolitique-quota-permet-den-faire-moins-possible-11539654/
 
Crédits images :
http://lareclame.fr/darewin-netflix-netflixswap-151254
http://fusion.net/story/210659/netflix-and-chill-branded-condoms/
http://www.erenumerique.fr/wp-content/uploads/2016/06/netflix.jpg

Netflix : une communication "made in USA"

Lancé le 15 septembre 2014 en France, Netflix débarquait dans le paysage de la VOD (vidéo à la demande) avec pour ambition de chambouler le paysage vidéoludique français. Deux ans et demi plus tard et de nombreuses campagnes promotionnelles déployées, Netflix a-t-il réussi son pari d’américaniser la consommation de SVOD en France?

La démocratisation d’un service, l’accès à une vision de « l’American Way of Life »

Si les premiers mois qui ont suivi le lancement de Netflix ont été décevants, aussi bien en termes de nombre d’abonnés, que de richesse du catalogue proposé, le géant Américain n’a pas tardé à rencontrer le succès escompté. Une popularité qui s’est avant tout acquise via les réseaux sociaux et autour desquels la marque n’a pas hésité à faire la promotion de son service. Concours photo sur Instagram, teasing autour des nouvelles créations originales estampillées Netflix, création de trending topics sur Twitter grâce aux hashtags des différentes campagnes, filtres Snapchat inédits […] rien n’a été laissé au hasard.


Contagious, « Netflix / Fantasy Face Swap »,Contagious I/O, 9/05/2016

Mais au-delà de toutes ces actions de communication pour la plupart inédites, Netflix est rapidement devenu incontournable sur le marché de la VOD française grâce aux nombreux blockbusters américains qu’il propose : The Walking Dead, Narcos, Orange is the New Black et bien plus encore. Toutes ces séries américaines à succès, accessibles légalement et en très haute définition, ont contribué à faire de Netflix une porte d’entrée
vers « l’American way of life ». Si bien que la marque a su amener avec elle un univers, un mode de consommation signature, et sur lequel elle n’hésite pas à communiquer. Mais plus qu’une manière de consommer, Netflix a importé en France une manière de vivre, à l’américaine, avec ses tendances, ses expressions et ses habitudes. Le meilleur exemple reste le mot « chill », grâce auquel Netflix a clairement défini la manière de consommer son service. En témoigne la viralité de l’expression « netflix and chill » qui a envahi la sphère sociale américaine avant d’arriver en Europe, et qu’on pourrait traduire par « se retrouver devant Netflix et coucher ensemble ». Preuve que le géant Américain a américanisé notre société bien au-delà de la simple consommation de VOD.

JOURNALDEMONTREAL.COM, Des condoms «Netflix and Chill» maintenant offerts, 11/10/15

Une communication « made in USA » sur un marché principalement français

En arrivant sur le marché français de la VOD où ses concurrents ne sont autres que les principales chaînes du Paysage Audiovisuel Français (CanalPlay, My TF1 VOD, M6 VOD…), Netflix a amené avec lui une communication plus américaine, résolument sociale. En témoignent ses dernières campagnes d’affichage dans les rues de Paris auxquelles étaient mêlées une utilisation ingénieuse des réseaux sociaux, et notamment de l’application Snapchat, incontournable actuellement aux Etats-Unis. En créant ainsi une interaction avec ses utilisateurs, Netflix a cherché à importer le modèle communicationel outre-Atlantique, plus engageant et qui mise sur la tendance du consom’acteur.

« Souriez, vous êtes notés » – Episode « Nosedive », saison 3 de Black Mirror – BlackMirror

En utilisant les dernières fonctionnalités des réseaux sociaux, et en surfant sur les dernières tendances américaines, le géant Américain arrive à surprendre le grand public à chacune de ses nouvelles campagnes. En misant sur des moyens et des technologies qui n’ont pas été vus auparavant en France, Netflix a réussi là où d’autres services ont échoué : rendre la consommation de VOD ancrée dans notre quotidien avec ce petit côté américain qui plait toujours autant.

via GIPHY
Alexandre Schweitzer – Lola Delabays
Sources :
– Mademoiselle, « « Netflix and Chill », l’expression du moment pour pécho »Sarah Bocelli, 

– Le Point, « Netflix a-t-il remporté son pari français ? » Par Philippe Guedj, 
– E-marketing.fr, « [Décryptage] Netflix crève l’écran chez les 13-20 ans », Anne-Cécile Guillemot, le
– NextImpact, « Netflix arrive sur Twitter avec sept fois plus de followers que CanalPlay », David Legrand, jeudi 04 septembre 2014
– Pure Medias, « VOD et SVOD en France : MyTF1 VOD devant Orange et Netflix », Florian Guadalupe, vendredi 02 Décembre 2016

Crédits photos:

Nikopik, « Netflix : état des lieux 6 mois après son lancement en France »,Thomas Sagot, 11/03/15

Sociologie et communication: entretien avec Monique Pinçon-Charlot

Les Pinçon-Charlot (Monique et Michel) sont connus pour leurs travaux sur la grande bourgeoisie. Ils ont publié de nombreux ouvrages sur ce sujet notamment Les Ghettos du gotha, en 2007 et C’est quoi être riche ? en 2015.
 
 
 
 

 
 
 
 
Dans cette vidéo, Monique Pinçon-Charlot explique comment le couple de chercheurs a mis en valeur son travail. Cela passe notamment par la vulgarisation pour transmettre les résultats de leurs travaux au plus grand nombre.
Cette transmission est rendue possible par les médias – radio, presse puis dans un troisième temps, la télévision (qui n’existait pas encore lors de la parution de leurs trois premiers ouvrages). Monique Pinçon-Charlot rappelle qu’elle a même eu la chance de participer à On n’est pas couché.
Elle insiste sur la qualité de la transmission : « sur le fond, on ne fait pas de concessions », quel que soit le support, dit-elle.
Spécialiste de la classe bourgeoise, elle rappelle une de ses grandes caractéristique : « il n’y a jamais quelque chose qui cloche. » Si vous voulez un appartement, vous aurez l’appartement qu’il vous faut. Autrement dit, c’est dans cet accès illimité à des biens recherchés par tous que se crée dans un premier temps la « violence » dont Monique Pinçon-Charlot a dédié un ouvrage en 2013.
Elle explique ne pas avoir eu de problèmes pour étudier le mode de vie de ces personnes. Sauf quand ils ont publié Le président des riches, car, dit-elle, on touchait au « sacré », c’est à dire aux intérêts économiques.
 

FastNCurious remercie Monique Pinçon-Charlot de nous avoir accordé cette entrevue, et Olivia Foli pour avoir organisé la conférence qui l’a précédée. 

Virginie Descoutures est docteur en sociologie, spécialiste de la famille et du genre. Elle est l’auteure de Les mères lesbiennes (2010) et d’ouvrages collectifs: Sous les sciences sociales, le genre (2010) & Mariages et homosexualité dans le monde (2008).

Cet entretien est divisé en trois parties, d’abord Virginie Descoutures nous parle du rôle de la communication dans son travail de sociologue. Elle souligne l’importance des outils de communication pour rendre visible les travaux de recherche. Elle explique qu’en tant que fonctionnaires, les chercheurs se doivent de fournir des traces de leurs travaux aux citoyens.

Virginie Descoutures parle ensuite de l’utilisation des moyens de communication en faveur de l’égalité. Elle explique que de nombreuses campagnes sont pensées pour l’égalité. Elle-même utilise des objets de communication pour illustrer ses propres cours « une affiche, un média, ça dit des choses ». Ces supports permettent de déconstruire des normes, des préjugés. Elle revient sur la possibilité d’attribuer le nom des deux parents aux enfants et dit :  « Je suis assez surprise qu’il n’y ait aucune campagne du gouvernement, de l’Etat qui permette de rendre compte du dispositif légal qui permet qu’il y ait plus d’égalité entre les hommes et les femmes. » Et elle termine en disant que cela relève des pouvoirs publics, pas du métier de sociologue.

Sur l’emballement médiatique autour du Mariage pour Tous, Virginie Descoutures trouve que « le débat a manqué de débat » et que « c’est la première fois que des gens vont dans la rue, vont manifester, pour interdire des droits à d’autres […] cela témoigne d’un moment réactionnaire. » Et cet engouement révèle l’importance du mariage en tant qu’institution.

L’équipe de FastNCurious tient à remercier Virginie Descoutures et Olivia Foli qui nous a permis de réaliser cet entretien.

Sociologue du travail, directrice de recherche émérite au CNRS, Danièle Linhart est l’auteure de nombreux ouvrages sur le monde du travail comme L’Appel de la sirène, ou l’accoutumance au travail (Sycomore, 1981), Le Torticolis de l’autruche. L’éternelle modernisation des entreprises françaises (Seuil, 1991) et La Comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale (Èrès, 2015).
 

Au cours de cet entretien, Danièle Linhart répond à trois questions. D’abord elle explique comment les nouvelles technologies de l’information et de la communication affectent le métier de sociologue. La littérature grise a disparu des travaux de recherche dit-elle. Et il y a un travail de « valorisation de la recherche » à faire de façon à ce que les travaux de recherche sortent des tiroirs où ils sont trop souvent confinés.
Danièle Linhart souligne aussi que l’influence réelle des salariés sur l’entreprise est souvent surestimée. Les ressources humaines montrent l’entreprise comme une structure qui veille sur les salariés, sur un mode un peu paternaliste mais au final les pratiques de l’entreprise sont souvent élaborées sans eux.
Dans les ONG, il y a parfois une gestion perverse des salariés « il y a utilisation de la finalité sociale comme alibi pour faire passer des méthodes de gestion qui sont extrêmement calquées sur celles du privé qu’on a tendance à critiquer parce qu’assez impitoyables et assez difficiles à vivre. »
L’équipe de FastNCurious tient à remercier Danièle Linhart et Olivia Foli qui nous a permis de réaliser cet entretien.
Source : 
L’entreprise de dépossession, La Vie des Idées.  

Daniel Bougnoux parle communication, politique et terrorisme avec FastNCurious

Daniel Bougnoux, chercheur en sciences de l’information et de la communication (SIC), est l’auteur d’ouvrages majeurs dans la discipline comme La crise de la représentation et son Introduction aux sciences de la communication.

Dans cette entretien divisé en trois parties, il nous parle des SIC, du terrorisme et de sa médiadépendance et enfin de communication politique.

 

D. Bougnoux qualifie les SIC de « randonnée critique » il explique qu’il y a dans les SIC une volonté de s’écarter de la méthodologie tracée par d’autres disciplines. « Il y a la volonté de se confronter au hasard des événements » et l’idée que tout est bon à prendre pour réfléchir.

« Nous sommes des sujets de mondes propres ». Chaque porteur est facteur de transmission, prélève sa dîme sur le message qu’il a reçu, c’est à dire, au passage, le transforme ». « Tout ça fait partie d’une médiologie ». La médiologie fédère de nombreuses études, elle analyse ce qu’un médium fait à un message.

 

Les médias agissent comme une « caisse de résonance » des actes terroristes. Ils propagent l’onde de choc des actes terroristes. « Il y a médiadépendance du terrorisme et les médias trouvent un effet d’audience pernicieux dans les actes terroristes ».

Le journaliste va t’il relayer simplement ces actes ou alors utiliser un langage de prise de distance ? « Le propre de la terreur c’est qu’on n’a plus aucun recul, on a la face contre terre. » « Les messages sont reçus et traités par des sujets d’information qui doivent rester critiques, » ils doivent les élaborer en les recevant.

 

 

En 1996, Daniel Bougnoux écrit une Lettre à Alain Juppé. Il revient ici sur son contenu et l’éclaire à la lumière de la situation politique actuelle.

« Il [Juppé] avait une vision descendante de la politique où le chef d’Etat ou de gouvernement était en position d’avoir à expliquer des mesures, et les autres à les appliquer ou à les enregistrer. » « C’est une conscience que la raison est distribuée et non pas incarnée dans le chef et que la raison étant distribuée, seule une forme minimale de participation et de communication horizontale peut faire émerger des solutions éminemment politiques ».

Un message a de moins en moins de chance d’arriver dans la tête des gens de la même façon pour tous à cause de la multiplication des mondes propres.

« Le costume de chef de guerre de Francois Hollande lui va bien et il va bien, en général, à un chef d’Etat. » Cela peut rassembler la nation et faire du bien au pouvoir en place. « il y a actuellement un moment d’émotion qui rend le corps social moins fracturé qu’auparavant ». « Mais on sait à quel point ces états sont métastables ».

FastNCurious remercie Oliver Aïm qui nous a permis de réaliser cet entretien.

En une soirée, le 13 novembre dernier, les attaques de l’Etat islamique (EI) à Paris ont tué 130 personnes. Depuis 1980, 57 victimes d’attentats étaient à déplorer en France. Tout est dit. En janvier, la liberté d’expression, la laïcité, l’intégration, l’éducation avaient nourri les débats. Cette fois, la pensée s’est figée. Le mode opératoire a été sophistiqué. Il a synchronisé assassinats à bout portant et prise d’otage de plusieurs heures, ce dans des lieux différents et emblématiques de notre art de vivre. La mise en scène qui en a résulté rappelle à quel point le terrorisme se donne toujours en tant qu’hybride entre violence et communication. Elle souligne aussi, désormais, la propension de ce « spectacle » à s’inscrire dans notre système informationnel en continu. Outre la dimension communicationnelle dont elles sont donc porteuses, ces actions terroristes peuvent se concevoir comme le marqueur de deux mécanismes de redimensionnement simultanés et interdépendants : d’une part un décloisonnement géographique entre «  ici » et « là-bas », d’autre part une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas sans poser question.
En consacrant le continuum opérationnel entre « ici » et « là-bas », c’est-à-dire entre nos terrasses de café ou salles de concert et la géopolitique du Moyen-Orient, l’EI a exhibé sa marque de fabrique. Deux points sont ici essentiels. Premièrement, cette violence nomade, interne-externe aux Etats, située entre guerre de religions, d’intérêt et de civilisation, plonge ses racines dans tous les comptes non soldés des colonisations et prédations des empires qui se sont succédé et confrontés dans la région depuis l’Empire Ottoman. Deuxièmement, en pariant à la fois sur la radicalisation des populations d’origine arabo-musulmanes en Occident (et surtout en France) et sur un djihad de proximité contre tous les régimes « apostats » de la région, l’EI capitalise aussi sur la tendance répétée des grandes puissances à sous-estimer la capacité phénoménale du terrorisme islamiste à s’adapter à l’Histoire, à muter tel un virus (car l’EI n’est pas Al Qaida). D’autant qu’aucune des aventures militaires entreprises depuis 35 ans (de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 aux actuelles frappes aériennes en Syrie et en Irak) ne s’est jamais accompagnée du moindre projet politique crédible et constructif à l’attention des populations. Ensuite, la force d’attraction de l’EI conçu comme utopie, et son prestige auprès de ses cibles se nourrissent en permanence de deux processus : d’un côté une lutte militaire héroïque contre les aviations les plus puissantes du monde et de l’autre la « perte de sens » qui affecterait nos sociétés consuméristes et oublieuses de toute transcendance. En ce sens, l’irruption de la figure du kamikaze est porteuse un message : donner à sa propre mort un sens que sa vie n’aura jamais. C’est donc une combinatoire inédite qui confère au terrorisme de l’EI sa média génie macabre : un socle territorial irako-syrien à partir duquel une mystique de la conquête et une vision eschatologique de l’Histoire font que commettre des attentats à l’étranger signifie à la fois riposte militaire et propagande.
Pierre Nora a parlé récemment d’une « signification historique géante » dépassant la « péripétie ». Il est vrai que la profonde blessure collective infligée à notre démocratie induit une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas anodins au sein de notre société où le « nous » s’est fragilisé. La tension est inhérente à la rencontre entre Etat de droit et état d’urgence ; le lien est ténu entre désordre sécuritaire et désordre électoral. Alors que dire de la proclamation répétée d’un état de « guerre » par François Hollande ? D’ordinaire, toute crise appelle de la part des politiques des discours régulateurs qui oscillent entre logiques d’identification (émotion, pathos…) et stratégies de distanciation (rationalité, explication…). Si ces discours parviennent à construire une relation avec le public, ils vivifient l’image du politique. D’autant que les institutions de la Vème République y sont propices. L’embellie sondagière de l’Elysée le montre. Pourtant, la sociologie du terrorisme de l’EI évoquée plus haut ne peut que rendre très illusoire cette performance communicationnelle, car il est impossible de contrôler durablement l’interprétation qui sera faite (dans l’opinion, dans les médias) des tensions fatales qui sont à l’œuvre entre deuil et guerre, entre Etat de droit / état d’urgence. Surtout si d’autres actes se produisent.

Isabelle Le Breton
Maître de conférences au CELSA

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