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Merci pour tout, Stan

« Excelsior ! »

Personne n’ignore qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, pourtant peu de gens sauraient attribuer cette phrase à une autre voix que celle de l’Oncle Ben dans le film Spider-Man (2002). Bien que l’origine de cette phrase soit trouble, il ne fait aucun doute que c’est Stanley Lieber, dit Stan Lee, qui l’a fait passer dans la culture populaire au travers du premier « Comic-book » Spider-Man, publié en 1962.

Stan Lee est en effet le créateur des super-héros les plus connus, comme Iron-Man, Hulk, les X-Men ou encore les Quatre Fantastiques, et ses nombreuses apparitions à l’écran dans les films Marvel ont révélé son visage au grand public. Ce 12 novembre 2018, s’est éteint à 95 ans l’un des pères fondateurs de l’univers Marvel, et la nouvelle de sa mort a été un coup de tonnerre dans le ciel serein des fans de héros, aussi bien de Marvel que de DC. Son apport au monde des super-héros est si incontestable que même les plus farouches adversaires de Marvel, DC Comics, ont rendu hommage au génie sur Twitter : « Il a changé le regard que nous portions sur les héros, et les comics modernes porteront toujours sa marque indélébile ». Cela force le respect !

Stan « the Man », créateur et acteur de Stan Lee

Image de Stan Lee dans Big hero 6

 

Dans les heures et les jours qui ont suivi sa mort, les réseaux sociaux ont subi un véritable raz-de-marée de photos, de messages de respect, d’admiration pour son œuvre et surtout d’accablement. Quoi de plus normal pour accompagner le décès d’un des personnages les plus appréciés de l’univers Marvel ? Car, s’il était le co-créateur de ses super-héros, son style et ses multiples « cameos » (des apparitions furtives de personnalités connues dans un film) ont transformé l’image de Stan Lee : la frontière entre la fiction et la réalité était quasi-inexistante pour lui. Il jouait son propre personnage dans des films comme Fantastic Four : Rise of the Silver Surfer (2007), et sa popularité excédait parfois celle de ses créations. Au fil des commentaires sur Facebook autant que sur Twitter ou bien Youtube, de très nombreux internautes suggèrent que Marvel ne sera plus jamais comme lorsque Stan Lee était encore là, et que les films n’auront plus la même saveur sans sa présence, un peu comme Apple sans Steve Jobs ou Queen sans Freddie Mercury. Plus qu’un auteur ou inventeur, Stan Lee était l’incarnation de la marque Marvel, incarnation au sens littéral aussi bien que figuré. Il l’avait bien précisé dans le documentaire sur son histoire : « Je ne rêvais pas de faire des comics étant enfant. Je voulais être acteur ». Créateur hors-pair de héros, son plus grand chef-d’œuvre restera peut-être celui qu’il a travaillé tout au long de sa carrière : lui-même.

Un hommage et une reconnaissance

Stan the Man n’était pas applaudi que par ses fans, mais aussi par la communauté artistique des États-Unis. Il reçut divers prix et récompenses comme la médaille nationale des arts américains, ou son étoile sur le Hall of Fame. Sa mort a été couverte par des journaux internationaux comme Le Monde, The Huffington Post, et le fait même qu’ils l’évoquent montre combien les « comics » sont à prendre au sérieux. Personne ne peut nier l’importance des héros pour une société, et Stan Lee a reconstruit, à l’image du vieil Homère, le panthéon des héros occidentaux, en transformant par exemple l’ancien Ulysse aux milles ruses en Tony Stark, l’industriel ingénieux. L’omniprésence des articles sur sa mort, dont celui-ci, révèle à quel point l’art de Stan Lee a influencé notre imaginaire, et il sera difficile de trouver mieux que la formule d’André Malraux pour exprimer notre morosité devant sa mort : « Le tombeau des héros est le cœur des vivants ».

Martin Monnot

Sources :

http://www.slate.fr/story/169815/stan-lee-mort-marvel-comics-createur-necrologies-legende-super-heros

https://cdn2us.denofgeek.com/sites/denofgeekus/files/styles/main_wide/public/2017/11/stan-lee-big-hero-6.jpg?itok=vHslktwg

https://en.wikipedia.org/wiki/Stan_Lee

Merci pour tout, Stan

« Excelsior ! »

Personne n’ignore qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, pourtant peu de gens sauraient attribuer cette phrase à une autre voix que celle de l’Oncle Ben dans le film Spider-Man (2002). Bien que l’origine de cette phrase soit trouble, il ne fait aucun doute que c’est Stanley Lieber, dit Stan Lee, qui l’a fait passer dans la culture populaire au travers du premier « Comic-book » Spider-Man, publié en 1962.

Stan Lee est en effet le créateur des super-héros les plus connus, comme Iron-Man, Hulk, les X-Men ou encore les Quatre Fantastiques, et ses nombreuses apparitions à l’écran dans les films Marvel ont révélé son visage au grand public. Ce 12 novembre 2018, s’est éteint à 95 ans l’un des pères fondateurs de l’univers Marvel, et la nouvelle de sa mort a été un coup de tonnerre dans le ciel serein des fans de héros, aussi bien de Marvel que de DC. Son apport au monde des super-héros est si incontestable que même les plus farouches adversaires de Marvel, DC Comics, ont rendu hommage au génie sur Twitter : « Il a changé le regard que nous portions sur les héros, et les comics modernes porteront toujours sa marque indélébile ». Cela force le respect !

Stan « the Man », créateur et acteur de Stan Lee

Image de Stan Lee dans Big hero 6

 

Dans les heures et les jours qui ont suivi sa mort, les réseaux sociaux ont subi un véritable raz-de-marée de photos, de messages de respect, d’admiration pour son œuvre et surtout d’accablement. Quoi de plus normal pour accompagner le décès d’un des personnages les plus appréciés de l’univers Marvel ? Car, s’il était le co-créateur de ses super-héros, son style et ses multiples « cameos » (des apparitions furtives de personnalités connues dans un film) ont transformé l’image de Stan Lee : la frontière entre la fiction et la réalité était quasi-inexistante pour lui. Il jouait son propre personnage dans des films comme Fantastic Four : Rise of the Silver Surfer (2007), et sa popularité excédait parfois celle de ses créations. Au fil des commentaires sur Facebook autant que sur Twitter ou bien Youtube, de très nombreux internautes suggèrent que Marvel ne sera plus jamais comme lorsque Stan Lee était encore là, et que les films n’auront plus la même saveur sans sa présence, un peu comme Apple sans Steve Jobs ou Queen sans Freddie Mercury. Plus qu’un auteur ou inventeur, Stan Lee était l’incarnation de la marque Marvel, incarnation au sens littéral aussi bien que figuré. Il l’avait bien précisé dans le documentaire sur son histoire : « Je ne rêvais pas de faire des comics étant enfant. Je voulais être acteur ». Créateur hors-pair de héros, son plus grand chef-d’œuvre restera peut-être celui qu’il a travaillé tout au long de sa carrière : lui-même.

Un hommage et une reconnaissance

Stan the Man n’était pas applaudi que par ses fans, mais aussi par la communauté artistique des États-Unis. Il reçut divers prix et récompenses comme la médaille nationale des arts américains, ou son étoile sur le Hall of Fame. Sa mort a été couverte par des journaux internationaux comme Le Monde, The Huffington Post, et le fait même qu’ils l’évoquent montre combien les « comics » sont à prendre au sérieux. Personne ne peut nier l’importance des héros pour une société, et Stan Lee a reconstruit, à l’image du vieil Homère, le panthéon des héros occidentaux, en transformant par exemple l’ancien Ulysse aux milles ruses en Tony Stark, l’industriel ingénieux. L’omniprésence des articles sur sa mort, dont celui-ci, révèle à quel point l’art de Stan Lee a influencé notre imaginaire, et il sera difficile de trouver mieux que la formule d’André Malraux pour exprimer notre morosité devant sa mort : « Le tombeau des héros est le cœur des vivants ».

Martin Monnot

Sources :

http://www.slate.fr/story/169815/stan-lee-mort-marvel-comics-createur-necrologies-legende-super-heros

https://cdn2us.denofgeek.com/sites/denofgeekus/files/styles/main_wide/public/2017/11/stan-lee-big-hero-6.jpg?itok=vHslktwg

https://en.wikipedia.org/wiki/Stan_Lee

Les péchés de la communication : Une construction médiatique du Pape François

Au mois d’août 2018, l’Eglise catholique semblait voir sa flamme pontificale vaciller pour la toute première fois depuis l’arrivée à sa tête du bien-aimé pape François. Les propos tenus par le saint homme à l’égard des enfants homosexuels ont fait scandale et entraîné rapidement un plan de communication de crise de la part du Vatican.

En 2013, Benoît XVI faisait acte de renonciation et s’imposait alors comme le premier pape de l’histoire à ne pas mener son règne jusqu’à la mort. En réaction, le pape François est élu peu de temps après, dispensant dès son intronisation un message d’évangile : retour à la simplicité et à l’humilité religieuse mais aussi exploration des frontières du monde et de la foi pour y faire briller la lumière de l’Eglise. Cinq années plus tard, qu’en est-il du rayonnement de l’église catholique à travers le monde ?

Une image bienveillante et moderne ?

Le pape François semble avant tout se faire le chantre d’une théologie plus tempérée que ses prédécesseurs. Le message est clair et stable dans chacune de ses interventions publiques : il appelle à la tolérance, la compréhension et la prière. Et cela semble fonctionner : selon un sondage mondial publié par WIN/Gallup International en 2016, le pape serait actuellement le leader le plus aimé au monde.
A plusieurs reprises, il condamne le jugement hâtif et le fanatisme, allant jusqu’à donner, en décembre 2015, une leçon de communication aux journalistes catholiques à travers un communiqué lourd de sens. Les principaux péchés de la communication y sont ainsi désignés par le pape : désinformation, calomnie, diffamation mais aussi saturation. Il s’agit alors de résister, selon ses mots, à la tentation de « manipuler la réalité ».
C’est la première fois qu’un pape s’adresse en ces termes au public et ses propos trouvent une grande résonance communicationnelle. L’Eglise catholique, pour une organisation millénaire, se montre réactive dans son traitement des nouveaux dispositifs de communication et des changements de paradigme qui y sont liés. Ainsi, son discours se fait résolument moderne, si bien qu’on y retrouve des messages déplorant une société dominée par l’angoisse de la vitesse, par le sensationnalisme, l’émotion surchauffée, au détriment de la précision et de l’exhaustivité.
L’expression du pouvoir pastoral catholique – au sens foucaldien – sait ainsi, à la manière d’une marque, trouver sa cible. Afin de faire subsister la foi dans une hypermodernité, il est question de proposer d’autres façons de parvenir au « salut ». Guider les brebis égarées nécessite d’appliquer de véritables stratégies marketing. C’est savoir entrer dans la tête du consommateur d’espérances qui devient primordial. Il n’est alors pas étonnant de constater les choix de l’Eglise en matière de communication : le 5 juillet 2018 était élu à la tête du dicastère de communication du Vatican le journaliste Paolo Ruffini, premier laïc à prendre la tête d’un organe de la curie romaine. Ce dernier aurait notamment été promu pour ses compétences managériales en ressources humaines, une approche définitivement pragmatique qui n’est pas sans rappeler une certaine politique macronienne.

Paolo RUFFINI, ex-directeur de la chaîne de télévision des évêques italiens TV 2000 et nouveau directeur de la communication du Vatican

Le pape, les gays et la psychiatrie

Si L’Eglise actuelle semble se démarquer en termes de complexification des problématiques liées au sexe, il semble néanmoins qu’elle ait une grande peine à exorciser ses vieux démons. Interrogé fin août sur la démarche à adopter face aux comportements homosexuels des enfants dans le cadre familial, le pape s’est mis en état de disgrâce en opposant une communication d’habitude résolument moderne à des propos d’une maladresse atavique et médiévale.
Le conseil d’un recours à la psychiatrie a provoqué un tollé immédiat sur Internet et entraîné précisément ce contre quoi la communication de l’Eglise veut lutter : le sensationnalisme immédiat. C’est pourtant un mot qui semble tout droit surgit du passé, prononcé par automatisme, « comme une sorte de réflexe pavlovien » selon Olivier Pirot. Cette confusion ramène au conservatisme de l’Eglise et à son manque d’actualité sur la question LGBTQI+, ce qui vient l’opposer directement et avec paradoxe à la stratégie de communication qu’elle emploie aujourd’hui. Une Eglise catholique moderne, certes, mais pas sur tous les tableaux…

Le pape François et Wim Wenders lors du tournage de son dernier documentaire

Alors comment analyser la communication vaticane sinon comme imparfaite, fragile et divisée ? Le réalisateur Wim Wenders raconte avoir pu, lors de la réalisation de son dernier film « Le Pape François, un homme de parole », jouir d’une totale liberté quant à ce qu’il souhaitait y montrer. Si le cinéaste reste chrétien de confession, il a abandonné l’Eglise catholique en 1968 et ne l’a jamais plus considérée. Il s’agit alors, selon ses mots, de laisser voir, sans propagande ou manipulation, le seul leader mondial engagé dans une révolution morale pour le « bien commun ».
Si le pape a encore des progrès à faire en matière de communication, il semble pourtant qu’elle reste, ici, diablement efficace.

Jules Mahé

SOURCES

Büttgen Philippe, « Théologie politique et pouvoir pastoral », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2007/5 (62e année), p. 1129-1154. URL : https://www.cairn.info/revue-annales-2007-5.htm-page-1129.htm

Les secrets de la communication du pape François

https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/08/27/le-pape-les-homosexuels-et-la-psychiatrie_5346756_3214.html

https://www.lepoint.fr/societe/propos-du-pape-sur-l-homosexualite-la-presse-crie-au-scandale-28-08-2018-2246234_23.php

https://www.telerama.fr/cinema/wim-wenders-le-pape-francois-nest-pas-une-commande-de-leglise-catholique-ni-un-film-de-propagande,n5809795.php

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Paolo-Ruffini-journaliste-laic-tete-communication-Vatican-2018-07-05-1200952826

PHOTOS

https://www.famillechretienne.fr/eglise/pape-et-vatican/wim-wenders-realiser-ce-film-avec-le-pape-francois-m-a-vraiment-bouleverse-241871
https://www.lepoint.fr/societe/a-quoi-joue-le-pape-francois-05-04-2018-2208215_23.php

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Paolo-Ruffini-journaliste-laic-tete-communication-Vatican-2018-07-05-1200952826

THE DREAM GAP PROJECT : BARBIE, REINE DE L’APPROPRIATION

Janvier 2016. Le groupe Mattel annonce dans le Time Magazine la commercialisation de trois nouvelles silhouettes, « petite », « tall » et « curvy », pour la fameuse figurine de sa marque Barbie. L’objectif :  ne plus ancrer dans l’imaginaire des petites filles un idéal physique inatteignable. Au début du mois d’octobre 2018, dans la continuité de ce changement de positionnement et d’image amorcé par une diversification de ses produits, la marque passe au niveau supérieur en lançant le « Dream Gap project », une initiative mondiale visant à combattre les préjugés sexistes et à apporter aux filles dès le plus jeune âge les ressources nécessaires pour croire en leurs rêves. Initiative tout à fait noble, du moins, à première vue.

La science en renfort

Le Dream Gap, c’est « le fossé qui sépare les filles de leur réel potentiel. A partir de l’âge de 5 ans, les filles cessent de croire qu’elles peuvent être présidentes, scientifiques, astronautes, grands penseurs, ingénieures ou PDG » expose Barbie, par l’intermédiaire de plusieurs fillettes dans le spot «You can be anything » réalisé par l’agence BBDO San Francisco. La marque s’engage à mettre en œuvre des dispositifs variés pour remédier à cette « inégalité du rêve ». Spot de sensibilisation, contenus digitaux inspirants, nouvelles figurines ; jusqu’ici, rien de bien surprenant pour une marque qui a fait le choix de l’engagement.
 

 
La grande particularité du projet Dream Gap, au sein de ce repositionnement, est la volonté de créer une corrélation directe et concrète entre le monde fantaisiste qu’induisent les jouets, les imaginaires qui peuvent leurs être associés et la vie réelle, le quotidien et le futur des consommatrices de Barbie. La marque prend la décision de financer un programme de recherche de deux ans en collaboration avec Andrei Cimpian, professeur en psychologie à l’Université de New York et à terme, d’étendre cette coopération à d’autres centres de recherche. Pour la vice-présidente et directrice générale de Barbie, la vocation première du Dream Gap project est « d’exploiter les plates-formes mondiales de Barbie pour sensibiliser la société à la discrimination fondée sur le sexe et inciter les sympathisants des filles à se joindre à nous ».
 

Gare au gavage

Par ce projet de financement de la recherche, Barbie se positionne en nouvelle ambassadrice de la lutte contre les stéréotypes sexistes… cela résonnerait presque tel un oxymore. Bien que la marque ait mis en place depuis plusieurs années une stratégie de rebranding extrême, la représentation de la Barbie comme figurine longiligne, bien éloignée de la réalité des femmes et de leurs combats actuels, reste encore profondément ancrée dans l’imaginaire collectif et une tentative de changement de perception aussi radicale et même brutale pourrait s’avérer rapidement contre-productive. En souhaitant contrer les sous-entendus sémiotiques véhiculés par l’un de ses produits phares, Mattel sème le doute sur sa légitimité mais surtout sur sa sincérité ; d’autant que la santé économique de Barbie bat de l’aile, ce qui n’est plus un mystère.

L’engagement est un positionnement à utiliser avec précaution et davantage encore quand il tend à devenir, si ce n’est déjà le cas, LA « stratégie » privilégiée par les marques. Spots au pathos sur-travaillé sur fond de musiques prenantes ou émouvantes, images et tons graves, témoignages poignants, storytelling touchants … l’insufflation de questionnements éthiques et sociétaux dans les campagnes de communication n’en finissent plus. Car les marques l’ont bien compris, et peut-être un peu trop : les consommateurs évoluent dans une ère de revendications et de lutte. Depuis l’affaire Harvey Weinstein et le phénomène #MeToo, la bataille féministe revient sur le devant de la scène, plus puissante que jamais, au point de parfois être mise à toutes les sauces et pour n’importe quel prétexte.
En tant que grande tendance du moment, les « récupérations engagées » s’appliquent finalement à toutes formes et à tous les genres de combats. Souvenons-nous de la campagne « Dans les rues », réalisée par Glen Luchford en février 2018 pour la marque Gucci, faisant explicitement écho à mai 68 ; qui, rappelons-le, est une lutte principalement étudiante et ouvrière s’insurgeant contre le capitalisme et le consumérisme. Choix « intriguant » pour une marque qui commercialise des produits pour lesquels il faut débourser un SMIC…
 

 
Au-delà du fait que les marques qui font ces choix stratégiques s’exposent à des ambivalences abruptes (leur patrimoine, leur histoire ou leur image ne s’y prêtant pas forcément), le risque sur le long terme serait de discréditer l’essence même de ces luttes, à force d’appropriations mal placées.
 
Le Dream Gap project de Barbie interpelle nécessairement ; le fossé entre image perçue et image véhiculée semble si abyssal que l’on pourrait presque se demander si l’indignation n’était pas une réaction recherchée. Ou alors, serait-ce une impulsion désespérée, conséquence de l’instinct de survie d’une marque qui se rapproche lentement mais dangereusement du bord du précipice ? Mais prudence, les consommateurs ne sont pas dupes, la parade de l’engagement ne sera pas éternelle.
 
Elisa Le Breton
 
Sources :

 
Crédits photos :

  • Chicago Tribune
  • Life with my little

(In)communication européenne : comment repenser la crise ?

À l’initiative de l’association Cels’Agora (Celsa), des spécialistes de l’Union Européenne et des professionnels de la communication seront réunis le 7 novembre 2018 pour parler de « L’Incommunication Européenne », lors d’un colloque gratuit et ouvert à tous. Avant de réserver vos places grâce au lien en bas de page, cet article vous propose de soulever en quelques minutes certains enjeux de cette communication institutionnelle, en reprenant le programme de l’événement.

14h – Introduction

L’Union Européenne est « unie dans la diversité ». C’est du moins sa devise qui, depuis sa première utilisation en 2000, semble peu à peu perdre son sens. La montée de l’euroscepticisme, le Brexit ou le cas italien montrent que la diversité peut entraver le sentiment d’appartenance au groupe européen. Ce groupe, c’est 510 millions de citoyens pour 28 pays différents (en comptant le Royaume-Uni). Comment prouver que cette diversité peut être féconde ? C’est précisément ce que l’Union Européenne n’a pas réussi à faire pour le moment. Selon Cels’agora : « L’Union Européenne n’arrive pas à mobiliser les populations. Elle peine à s’éloigner d’un jargon technocratique, ce qui nuit à sa volonté de transparence ». La communication européenne est opaque, ne séduit pas, alors qu’elle est l’un des principaux outils en mesure de redonner un souffle au projet européen.

14h15 – Informer n’est pas communiquer : l’incommunication européenne

De fait, parler d’incommunication européenne, c’est dire que l’UE n’existe pas à l’échelle des citoyens. Dans un monde où l’ensemble de l’information se diffuse presque sans contrôle avec Internet, « l’enjeu est moins de partager ce que l’on a en commun que d’apprendre à gérer les différences qui nous séparent » pour reprendre les termes employés dans Informer n’est pas Communiquer de Dominique Wolton, premier intervenant du colloque et théoricien de la notion d’incommunication.

L’incommunication, c’est synthétiquement l’incapacité à mettre en œuvre cette cohabitation. Dans le cas de l’UE, c’est laisser la diversité d’informations et d’opinions se développer en opposition les unes aux autres. Par l’incommunication, cette Europe se condamne à rester une succession de couches culturelles incapables de former une identité commune.

Le problème n’est donc pas de caractère informationnel, mais communicationnel : les messages se diffusent mais ne se rencontrent pas. Le philosophe Jean-Marc Ferry, défend justement le besoin d’une « culture publique commune » : permettre le débat public européen pour donner un sens à son idéal démocratique. En laissant ses détracteurs et défenseurs s’affronter sans cadre, elle détériore le lien entre ses citoyens et elle-même : l’incommunication entraîne une contestation inévitable de l’institution.

15h20 – Quel rapport des citoyens à l’Union ? L’opinion publique à l’échelle européenne

Ce malaise entre les citoyens et l’UE se ressent notamment lorsque l’institution est mise directement en cause, lors de référendums ou d’élections. D’une part, la contestation peut être très virulente, comme l’a montré le « non » français au référendum sur la constitution européenne de 2005, mais, surtout, le taux de participation y est souvent bas et tend à diminuer avec le temps.

Taux de participation aux élections européennes de 1979 à 2014

Au-delà donc de la contestation, plutôt naturelle, il y a un phénomène de désintéressement progressif vis-à-vis de l’institution.

Dans les discours, l’Europe devient alors surtout une entité administrative obscure, plutôt qu’une réelle union fédératrice. Les fake news sur le coût de l’Europe pour les citoyens britanniques pendant le Brexit, ou les propos anti-européens du ministre italien Mattéo Salvini, témoignent de la facilité à faire de l’institution un acteur illégitime et dangereux.

L’UE étant presque incapable d’être active dans sa communication, son image auprès des citoyens se construit à l’échelle nationale : les avis des personnalités politiques locales sont plus largement diffusés et susceptibles d’influencer l’opinion des citoyens dans chaque pays. Or une telle démarche entraîne au minimum 28 visions différentes de l’Europe, sans outils pour les faire cohabiter.

15h45 – l’Union Européenne : 60 ans d’incommunication ? État des lieux et bilan

Si les intervenants se chargeront de dresser un bilan plus élaboré, l’actualité peut nous révéler certains aspects de ces 60 années d’incommunication. Le 22 octobre 2018, l’Élysée a fait savoir que la commémoration du 11 novembre, en présence des chefs d’état français et allemand, n’aura pas « une dimension trop militaire ». Cela a déclenché les foudres d’une partie des réseaux sociaux, entre autres avec l’idée que la victoire française ne doit pas être minimisée.

61 ans après le traité de Rome, le fait qu’une célébration franco-allemande de la Grande Guerre prenne la forme d’un deuil commun face à l’hécatombe européenne, plutôt que celle d’une affirmation martiale de la victoire française choque. Il n’y a presque pas pour l’instant d’histoire commune européenne, l’histoire se pense toujours du point de vue des nations. Populariser l’histoire de l’Europe, c’est d’ailleurs un des quatre grands chantiers que Dominique Wolton suggérait pour revitaliser le projet européen.

16h45 – Pause

Pourquoi ne pas profiter de cette pause pour regarder la page de l’association ?

17h15 – Quelle communication pour l’Union Européenne ? Puis 17h35 : Quelle communication pour l’Europe de demain ?

À partir d’ici, ce n’est plus de mon ressort. Vous avez eu l’avis subjectif d’un étudiant, je ne peux que vous encourager à aller au colloque pour approfondir toutes ces questions et débattre avec des professionnels de la question. Si vous ne pouvez pas y aller ; discutez, débattez et pensez la communication européenne sur toutes les plateformes : que vous soyez pour ou contre, vous participerez à sa construction en permettant la cohabitation des idées.

18h35 – Conclusion

Pour conclure, voici les dernières infos pratiques :

– 7 novembre 2018, 14-19h

– 31 rue Peclet 75015, Paris (Mairie du XVème arrondissement de Paris)

– Lien billetterie : https://www.eventbrite.fr/e/billets-lincommunication-europeenne-colloque-51722255659?aff=ebdssbdestsearch&fbclid=IwAR1ynB1GOQ9QIA9YLIjmY6x61beVl7zQT24E92zkyjk6YftwGfpbckmGKv4

– Lien page Cels’agora : https://www.facebook.com/Celsagora-316761842159398/?eid=ARA8FeshmZV1ipugKVFk4Kk3hgBe8b2UXlDwuSZ2R1FOIeR6duJxxChkXU_txyK6QSlKy0B_8Rj03nLI

Bibliographie :

  • Dominique Wolton. Informer n’est pas communiquer. CNRS Éditions, 2009. 978-2-271-06820-0.
  • Michael Malherbe. « La communication peut-elle relancer l’Union Européenne ? ». lacomeuropeenne.fr. 1er octobre 2018. Consulté le 26/10/2018.
  • Edouard de Mareschal. « 11 novembre : l’Élysée ne veut pas de célébration trop « militaire » de l’armistice ». Le Figaro. 22 octobre 2018. Consulté le 23/10/2018.
  • Michael Malherbe. « Comment réduire l’incommunication entre les Européens ? ». lacomeuropeenne.fr. 16 octobre 2017. Consulté le 26/10/2018.

Crédits photo :

Les réseaux sociaux : promotion ou lutte contre l’homophobie en France ?

Paris élue la ville la plus gay friendly du monde par la plateforme d’hébergement et de réseautage social réservée aux hommes gays MisterB&B… ? Pourtant, un rassemblement contre l’homophobie s’est tenu ce dimanche 21 octobre. N’est-ce pas là tout le paradoxe du problème sociétal qu’est l’homophobie en France ? La lutte est au cœur de tous les débats à l’heure où les médias oscillent entre libération de la parole et censure.

Une scène politique partagée entre progrès et restriction

L’ouverture du mariage aux couples homosexuels, consacrée par la loi Taubira de mai 2013 a été un des fers de lance du gouvernement Hollande en terme de politique sociétale. Cette loi s’inscrivait dans un continuum d’avancées avec notamment la mise en place en 1999 du PACS.1 Cette ouverture des droits de la communauté LGBT+2 apparaît alors comme synonyme d’espoir dans la lutte contre l’homophobie et la reconnaissance de celle-ci à l’échelle nationale.

Cependant, de nombreuses zones d’ombre demeurent en termes d’égalité : les personnes homosexuelles ne bénéficient pas des mêmes droits. L’élargissement du don du sang aux personnes homosexuelles a été rejeté par la majorité parlementaire ce jeudi 11 octobre ; les homosexuels dont les rapports remonteraient à moins d’un an se voient ainsi exclus de cet acte citoyen.

Le débat sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes témoigne également d’un va-et-vient décisionnel des politiques lorsqu’il s’agit de l’élargissement des droits des LGBT+. Pourtant, la société semblait prête ; en témoigne un sondage de l’IFOP selon lequel six français sur dix seraient favorables à cette réforme.

Cet élargissement a d’abord été une promesse de campagne de l’actuel Président, Emmanuel Macron, puis a été retardé dans le débat car jugé non prioritaire. La Ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a finalement assuré, ce dimanche 21 octobre sur RTL, que ce projet serait intégré dans la loi bioéthique. La progression des droits de la communauté LGBT+ semble encore diviser la scène politique.

La communauté LGBT+ face à la violence

L’agression le 17 octobre du Président de l’association Urgence Homophobie, Guillaume Mélanie, est révélateur de la réalité de la situation des homosexuels en France. L’issue du sondage de l’IFOP, paru le 27 juin 2018 affiche des chiffres préoccupants : un homosexuel sur deux affirme avoir déjà été victime d’actes homophobes et plus d’un sur six avoir subi une agression physique à caractère homophobe.

Ce vent de rejet de la communauté LGTB+ revêt différentes formes. La récente détérioration de passages piétons arborant les couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de cette communauté, ne semble pas faire exception. Sous l’initiative de la Mairie de Paris, ceux-ci avaient en effet fait leur apparition lors de la Marche des Fiertés. La vague de haine est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte déjà peu favorable à l’acceptation de la communauté LGBT+. Faut-il rappeler à cet égard les propos douteux tenus par le candidat à la Mairie de Paris Marcel Campion, face à Ian Brossat sur LCI, faisant l’amalgame entre homosexualité et sida, ce mercredi 17 octobre… ?

Face à la multiplication des agressions à caractère homophobe et la remise en lumière sur les scènes médiatique et politique de la situation homosexuelle, la communauté LGBT+ a organisé un grand rassemblement contre l’homophobie dimanche 21 octobre. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi souhaité réagir face à la montée des actes homophobes et manifester leur ras-le-bol. Si cela témoigne d’un désir de changement, les chiffres recensant le nombre de personnes présentes lors de ce rassemblement en disent long sur la gravité de la situation.

Twitter : épicentre de la lutte ou zone d’expression haineuse ?

Twitter est un réseau social sur lequel la communauté LGBT+ a la possibilité de s’exprimer face aux actes homophobes et permet à quiconque d’afficher son soutien à la cause. La plateforme donne ainsi une voix aux minorités et permet de relayer des informations à une large audience. C’est pourquoi, nombreuses sont les victimes ayant opté pour la dénonciation par la médiatisation et la monstration. Des photos des visages ravagés par les blessures se propagent sur les réseaux sociaux, comme s’il s’agissait de l’ultime recours pour lutter contre l’homophobie et la recrudescence des agressions homophobes.

En effet, même si Twitter est un puissant moyen d’expression pour les communautés minoritaires, la plateforme sert aussi la diffusion d’idéaux homophobes. L’homophobie se développe sur le réseau qui devient dès lors un puissant outil de libération… de la parole haineuse. Des propos vis-à-vis desquels Twitter s’est d’ailleurs vu reprocher un certain laxisme.

Twitter est-il donc véritablement l’outil idéal pour faire progresser cette lutte ? Ce réseau social peut offrir l’opportunité aux homosexuels d’afficher les discriminations et les injustices dont ils sont victimes mais il les expose par ailleurs à l’agressivité et aux propos homophobes d’internautes hostiles. Comme tout moyen communicationnel, Twitter a une portée très large, mais est-il efficace pour changer la réalité dans le fond ?
Antoine AZEU

1 (Pacte Civil de Solidarité)
2 (lesbiennes (L), gays (G), bisexuels (B) trans (T) et nouvelles identités (+))
Bibliographie :
–       Sondage IFOP “Observatoire LGBT+” [https://www.ifop.com/publication/observatoire-lgbt/] 27/06/2018, consulté le 22/10/2018
–       Sondage IFOP paru sur LaCroix [https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/Bioethique-quen-disent-Francais-2018-01-03-1200903245?from_univers=lacroix] 03/01/2018, consulté le 22/10/2018
Crédits photo :
–       Compte Twitter de François de Rugy (@FdeRugy)
–       Charles Platiau (REUTERS)
–       Benoit Tessier (REUTERS)
–       Capture d’écran Tweet de SOS Homophobie (@SOShomophobie)
–       Capture d’écran d’un Tweet à caractère homophobe

La « glottophobie » ou la normalisation de l’accent parisien

« Mais qu’esseuh-que ça veut direuh ? » balance Jean-Luc Mélenchon à une journaliste toulousaine à l’accent apparemment trop prononcé pour être compris. La polémique n’attend pas,  les médias s’emparent de l’altercation et crient à la « glottophobie ». Ni une ni deux, une députée La République en marche, Laetitia Avia, annonce le soir même sa proposition de loi visant à lutter contre les discriminations linguistiques (la proposition a été abandonnée depuis).

Ces événements du jeudi 18 octobre mettent en évidence un problème sous-jacent : l’absence quasi complète d’accents dans le paysage médiatique français.

La « glottophobie », une discrimination par la prononciation

C’est le sociolinguiste Philippe Blanchet qui conceptualise, en 2016, le terme « glottophobie » pour désigner les « discriminations linguistiques de toutes sortes ». Ainsi, la glottophobie est le fait de se moquer des accents ou habitudes de langages qui diffèrent des nôtres. Pour lui, « l’accent, qu’il soit mosellan, ch’ti, du Sud, parisien ou encore banlieusard » est « partie intégrante de l’identité de nombreux Français ». Par conséquent, il est évident qu’aucun accent ne doit être considéré meilleur qu’un autre.

Paris, capitale ancestrale de l’accent

Cette discrimination inavouée est à interroger : qui se moque de qui ? La réponse semble évidente : c’est Paris qui détient le bon « savoir prononcer ». Cette hégémonie de l’accent parisien date d’avant la Révolution. Les élites de la capitale portaient la « bonne parole », celle de la connaissance et de la culture, et se distinguaient ainsi des simples citoyens. Leur prononciation est devenue une norme, un idéal à diffuser.

Les médias sont-ils glottophobes ?

Autre époque mais même combat : de nos jours Paris détient toujours la palme du « bon langage ». Les médias nationaux participent grandement à la standardisation de l’accent parisien. En effet, les journalistes que l’on entend à la radio ou à la télévision n’ont jamais d’accents localisables (autre que celui de Paris). La production des médias audiovisuels français est centralisée; de ce fait les chaînes nationales détiennent le monopole de la diffusion d’une norme de langage. Cette hégémonie exclut toute une partie de la population du paysage médiatique.

Plusieurs étudiants en journalisme confessent vouloir diminuer voire effacer leurs accents afin d’augmenter leurs opportunités de carrière dans l’audiovisuel. Les journalistes qui le gardent sont souvent relégués à la couverture d’évènements sportifs ou de l’actualité culinaire, là où leurs accents réveillent un imaginaire qui attire le téléspectateur ou l’auditeur.

Cette discrimination à l’embauche est totalement assumée comme le démontre la déclaration de Pascal Doucet-bon, directeur délégué de l’information de France Télévisions sur Arte Radio: « Un journaliste perpignanais avec un accent à couper au couteau, s’il arrive à la télévision, ben non, je ne vais pas le prendre. Et je vais vous dire: je défendrai même l’idée de ne pas le prendre parce qu’on ne comprend pas ce qu’il raconte. »

Des accents qui font vendre

A l’inverse, ce mécanisme d’homogénéisation des prises de parole est bénéfique à certains programmes. Les Chti’s ou Les Marseillais, émissions de téléréalité, reposent justement sur la localité des candidats. Ceux-ci s’expriment avec l’accent et les expressions de leurs régions originaires. Les téléspectateurs peuvent alors s’identifier et se laisser séduire par le capital sympathie de ces individus qui parlent comme eux, chose si rare à la télévision.

Il en va de même pour la publicité. Les accents contribuent à créer un univers autour de la marque. Dans ses publicités pour l’huile d’olive, Puget met en scène des cigales, du romarin et surtout l’accent du sud. Ce dernier sert à légitimer le produit, à le rendre authentique.

Morgane AUBIN
SOURCES :
P.Boula de Mareüil, La diversité des accents français, Pour la science. (https://www.pourlascience.fr/sd/linguistique/la-diversite-des-accents-en-francais-7734.php)
La France n’aime pas ses accents, France Info.
(https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/l-actu-des-regions/la-france-n-aime-pas-ses-accents_1731581.html)
M. Belin, Trois questions sur la “glottophobie”, la discrimination à l’accent, Europe 1.
(http://www.europe1.fr/societe/trois-questions-sur-la-glottophobie-la-discrimination-a-laccent-3782987)
Glottophobie, Wikipédia.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Glottophobie )
V. Tuaillon, Pourquoi les journalistes ont tous cet accent ridicule, Arte Radio.
(https://www.arteradio.com/son/61658634/et_la_c_est_le_drame )
PHOTOS :
Photo de couverture par James Coleman sur Unsplash

Millennials et publicité, le début de la fin ?

Ah les millennials…pas un seul mois, pas une seule semaine, pas une seule journée sans qu’une revue spécialisée (ou non) nous énonce les diverses spécificités consuméristes et autres singularités disruptives de cette cible fantasmée par les annonceurs depuis déjà quelques années. Agences, clients, tous les vendent comme une strate de la population à part entière, aux particularités diverses et aux aspirations différentes de leurs ainés. Avec une telle pression sur les épaules de cette génération de tous les superlatifs, les annonceurs et autres agences de communication s’évertuent à comprendre cette cible si complexe et volatile. Mais pour quelle efficacité ? Leur altérité est-elle assez importante pour qu’elle vaille un traitement si passionné ?

Le millennial ou la cible fantasmée

Mais avant tout qu’est-ce que cette notion quelque peu galvaudée et fourre-tout que sont les millennials ? Selon l’agence de tendances Peclers Paris il s’agit principalement des personnes nées entre 1980 et 2000, constituant ainsi les générations Y (nées jusqu’en 1995) et Z (nées après 1995). Cette couche de la population – fascinante pour les marques de par leur grand potentiel de consommation – est vantée comme étant celle qui changera le monde, qui « disruptera », qui réinventera la société et donc mériterait toutes les attentions des professionnels du marketing et autres publicitaires.

     

Évidemment générations Y et Z sont et font l’avenir de demain, ce qui peut sembler logique au vu de leur jeunesse (la génération des baby-boomers n’était-elle pas également l’avenir de la France post mai 1968 ?). Néanmoins sont-ils si différents de leurs ainés ? On peut en douter. Certes des différences existent, mais celle-ci restent infimes du point de vue de leur consommation. Les millennials font plus attention à ce qu’ils consomment, respectent plus l’environnement, aiment savoir ce qu’ils achètent etc. Mais tout ce chapelet d’ »insights » n’est-il pas plus ou moins inhérent à l’ensemble de la population ? N’est-ce pas le résultat d’un changement de paradigme sociétal plus global, emportant avec lui bien plus qu’une simple génération née entre 1980 et 2000 ? L’utilisation des réseaux sociaux, d’internet et des nouvelles technologies en général, sont le réel point de rupture, la réelle et tangible distinction que l’on peut faire entre l’ancienne et la nouvelle génération. Les insights fondateurs des meilleures campagnes sont universels et immuables, ils sont les besoins, les vérités que tout le monde reconnaît sans difficulté et qui ne ciblent aucune couche, strate ou génération particulières.

Vous avez dit génération anti-pub ?

Le marketing aime les millennials, mais les millennials (paraît-il) n’aiment pas le marketing. On dit d’eux qu’ils détestent la publicité, qu’ils ne peuvent la voir en peinture et que leur proposer du contenu publicitaire serait comme donner de la confiture aux cochons, ce qui est faux ou tout du moins grandement réfutable.

Grand amateur d’adblocker devant l’éternel (63% des français de moins de 35 ans ont déjà eu recours à un adblocker)*, ils ont une perception et une consommation de la publicité différente de leurs aînés. En effet selon une étude Launchleap de 2017 portant sur les 18-35 ans les millennials détesteraient la publicité display, trop intrusive et s’immisçant dans la vie privée, notamment via la technique de retargeting. Ainsi le couperet tomberait : la pub n’aurait plus la côte auprès des jeunes.
Une assertion
largement contredite par une étude « dimension » pour KANTAR MEDIA, arguant que 47% des utilisateurs d’adblocker ne seraient pas dérangés par la publicité, certains iraient même plus loin en disant l’apprécier. De plus l’étude démontre le désir durable des 18-35 ans d’observer des publicités à la fois plus pertinentes et plus créatives. Une forte demande s’exprimant principalement par le truchement de la création publicitaire télévisuelle. En effet, bien que vouée à la désuétude lors de l’avènement du digital, la télévision reste le seul média capable d’insuffler tout le pouvoir émotionnel de la publicité. Elle est un vrai vecteur d’engagement auprès des cibles comme le prouve les dernières campagnes de l’agence Romance pour Intermarché ou encore TBWA pour Super U.
Dorénavant
, les agences n’hésitent plus à faire des formats longs diffusés en access prime time pour raconter une histoire sensible, sans parler du produit ou du service de la marque (la dernière campagne SPEEDY par Les gros mots est un bon exemple). Ainsi tout est sujet à l’émotion, véritable moteur de la publicité, et pour la faire passer au plus grand nombre, le format télévisuel reste roi. En bref les millennials ne sont en aucun cas réfractaires à la publicité, au contraire, ils savent l’apprécier lorsqu’on leur propose un contenu innovant et une expérience publicitaire attractive.

Le discours méta comme nouvelle arme publicitaire

Comment alors proposer un contenu disruptif et attractif aux millennials ? Plusieurs réponses sont possibles comme la co-création publicitaire ou le crowdsourcing. Néanmoins nous nous arrêterons aujourd’hui sur un autre phénomène : la méta-publicité.
Cette dernière désigne
une mise en abyme de la création publicitaire ou pour faire plus simple une publicité traitant elle-même de publicité.

Observée depuis maintenant quelques années, la méta-publicité jouit d’un certain succès auprès des consommateurs, mais pourquoi ? Nous pourrions avancer que la jeunesse actuelle, nourrie à la publicité depuis sa plus tendre enfance, pense déceler, décrypter les moindres ficelles et enjeux du marketing. Cette génération voit la publicité comme une sorte de « mal nécessaire », et si elle doit être abreuvée de publicité, alors celle-ci se doit d’être créative, innovante, disruptive, émotionnelle…bref qu’elle casse les codes et qu’elle soit agréable à l’œil. Parce qu’ils connaissent les rouages de la pub et leurs enjeux économiques, cette jeune génération n’est pas dupe et se caractérise par l’intelligence du petit malin dont parlait avec brio l’écrivain et essayiste slovène Slavoj Zikek. Est un petit malin celui qui n’est pas dupe, celui qui sait ce qui se trame sous les discours de façade et qui agit avec impertinence (comme Yann Barthès dans Quotidien). Ainsi pour faire sourire, pour ajouter une connivence nécessaire à leur message, la publicité se devra donc de rire d’elle-même, d’en montrer les offs et les dessous parfois peu reluisants. Elle se met en scène et fait tomber les masques. Sous le vernis et la spectacularisation du produit se cache un univers moins glorieux fait d’enjeux de pouvoirs, d’impératifs économiques et parfois de mauvaises idées. Alors, pourquoi le montrer ? Cette méta-publicité aura pour effet d’impliquer le consommateur, de le rendre complice. Ce dernier aura forcément une opinion plus favorable qu’une réclame où on lui impose un vernis qu’il trouve surfait et erroné. Cette pratique s’adresse principalement à des annonceurs aux produits ou services déjà largement identifiés, qui n’ont plus à convaincre. C’est alors à la mise en scène et au discours méta de faire briller le produit et non l’inverse. Cette posture discursive pourrait apparaître comme réservée à une élite publicitaire ou plutôt à des annonceurs en mal de campagnes ambitieuses et ROIste, ce qui fut le cas pour le super bowl ces dernières années notamment avec Drake et T-mobil en 2016, ou pour le lessivier Tide cette année.

https://www.youtube.com/watch?v=doP7xKdGOKs
Une pratique pour gros budgets donc mais qui pourrait se démocratiser à grands pas et rentrer dans les mœurs publicitaires d’annonceurs moins prestigieux.
Néanmoins ce discours possède ses limites propres
. Si tous les annonceurs se mettaient à réaliser de telles publicités, quel serait l’intérêt d’en produire ? Tout le travail réalisé perdrait de sa force originale et créative. Ces nouvelles performances publicitaires pourraient également tirer leur succès d’une injonction quasi-unanime de la société à la transparence. Traversant l’ensemble des domaines professionnels et publics, ce « diktat » n’en finit pas de s’imposer en publicité, pour le plus grand bonheur des afficionados de pubs créatives et loufoques.

Martin Blanchet

 

Sources 

Données TGI Kantar Media

Benjamin Adler, La pub déchiffre mal les millennials, Influencia, le 06/03/2017

Bruno Trentini, Entre publicité et méta-publicité : déplacement et artialisation, 2009

Marianne Tournery, Millennials & adblocking : vous avez dit génération anti-pub ? Erreur…, 14/11/2017

Delphine Le Goff, Tout est méta, Stratégies, le 14/04/2015

Crédits photo

photo 1: geomarketing
photo 2 : le courrier

Fausses nouvelles

« Ce n’est pas une crise, c’est un changement de monde » écrit Michel Serres. L’expression fake news est apparue dans les années 90 dans les médias américains. Alors qu’elle était cantonnée à des débats spécifiques, cette expression s’est retrouvée sous les feux de la rampe en 2016, lors de la campagne de Donald Trump. S’il a été largement commenté, relayé et discuté, ce syntagme garde des contours flous qui paraissent difficiles à circonscrire. Le dictionnaire britannique Collin’s l’a d’ailleurs élu mot de l’année 2017 et le définit de la manière suivante : « une fausse information, souvent sensationnelle, diffusée en tant qu’actualité ». Le terme recouvre ainsi une diversité de pratiques et d’intentions. Il existe une variété de cas de fake news, dont nous ne donnerons ici que deux exemples. Dans un premier temps nous pouvons identifier les fake news délibérées, motivées par un intérêt mercantile : le cas des deux adolescents macédoniens qui ont mis sur pied un site propageant des fake news en vue de drainer du trafic web et ainsi engranger des profits liés aux revenus publicitaires illustre cette catégorie. Par ailleurs, il existe aussi une autre catégorie de fake news, plus menaçante pour nos sociétés modernes et qui semble figer la définition, les fake news intentionnelles derrière lesquelles se cache un discours idéologique construit dans le but d’influencer la prise de décision et “l’opinion publique”.
La désinformation n’est pas un phénomène récent : les mensonges éhontés font partie du discours politique depuis l’Antiquité grecque et romaine. Ainsi, les livres de Procope de Césarée recèlent de premières traces de « fake news » : cet historien byzantin du VIe siècle avait truffé d’informations douteuses son Histoire secrète de l’empereur Justinien pour nuire à la réputation de ce dernier. Pendant les cinq siècles qui suivirent l’invention de Gutenberg, la page imprimée a été le moyen d’information dominant : les informations circulaient sous ce format, aux coûts élevés, ce qui pouvait renforcer l’impression de lire des exactitudes. Toutefois, ces vérités émanaient de ce que l’on appelle l’establishment, journalistes ou hommes politiques étaient les seuls à pouvoir s’exprimer librement dans l’espace public. Le pouvoir de ces gatekeepers, qu’ils exerçaient sur la sélection de l’information et de leur diffusion, d’user de la rareté pour introduire des règles de sélection et de hiérarchisation propres à leurs mondes professionnels et à leurs prismes. La représentation du monde qu’ils livraient au public, sans retour possible, n’a cessé de se voir contestée en raison des oublis, des exclusions et des déformations qu’ils produisaient. Vingt-cinq ans après l’apparition des premiers sites internet, le nombre d’auteurs rivalise aujourd’hui avec le nombre de lecteurs. La démocratisation de l’accès au web a ainsi permis à de nombreuses voix de faire irruption dans un espace public, dont elles étaient exclues du fait d’un contrôle de l’information par les professions des médias, dont les habitudes professionnelles accordent peu d’importance aux sources d’informations “alternatives” (militantes, politiques, associatives). La suppression de ces barrières coïncide avec un effritement de la confiance accordée aux instances de médiation entre le pouvoir étatique et le peuple, médias comme partis politiques, tel que l’ont révélé les résultats des enquêtes d’opinion. La crise de la représentation qui touche ces intermédiaires, considérés comme les socles d’une démocratie par certains universitaires, a pu prendre racine dans le terreau Internet et conduit à une mutation de la médiation qui se retrouve aujourd’hui sur les réseaux sociaux.
De la sorte, il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui de publier des informations mensongères qui sont immédiatement reprises et passent pour des vérités, un smartphone suffit. Les mécanismes de création et de propagation sont complexes, mais signalons ici l’un des principaux germes de la vitesse et l’étendue de la propagation de ces fake news, qui réside dans la psychologie humaine, au sein de nos biais cognitifs, culturels et psychologiques et orientent notre réception des informations. Certains de nos biais cognitifs d’abord, n’ont rien à voir avec les plateformes sociales, mais se voient renforcés par leur utilisation. Tandis que d’autres sont reliés au numérique et à ses plateformes, avec un lien de causalité directe. Par ailleurs, deux constantes sociologiques sont primordiales dans la circulation des fake news : la spirale du silence et la tyrannie des agissants. La première se base sur le constat que l’humain est sensible à son environnement social. Si ses opinions se retrouvent à contre-courant de l’opinion publique, véhiculée par les médias de masse ou les plateformes numériques, l’individu, face à la crainte de se retrouver isolé dans son environnement social, aura tendance à taire son avis. Le second phénomène renvoie à l’idée que l’égalité a priori s’effrite face à la mesure de nos actes, entre ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas. Ainsi, Internet accorde une forte primauté à ceux qui font, engendrant une tyrannie des agissants. Les caractéristiques propres du média Internet, avec ses conséquences (chambres d’écho et viralité), permettent de la sorte la prégnance de ce phénomène qui accélère les possibles spirales du silence, permettant parfois de faire basculer l’opinion. A l’échelle d’une plateforme, s’ajoute une troisième composante, celle des audiences invisibles. Il est impossible, sur une plateforme, de savoir à qui s’adressent les messages émis par un utilisateur lambda et ce, pour deux raisons : on ne peut pas prévoir qui sera derrière son écran au moment de la réception du message, et le déterminisme algorithmique va surexposer certains messages et en minorer d’autres. Il convient de noter que les biais sociologiques évoqués précédemment s’appuient sur un fondement anthropologique, celui de la pensée tribale. Ce mode de fonctionnement cognitif postule que la plupart de nos intuitions sont acquises socialement et associées aux valeurs de notre tribu, ou endogroupe : nous développons alors une méfiance intuitive qui tourne facilement à la haine envers ceux qui font partie de l’exogroupe. La polarisation des opinions et la virulence des fake news découlent principalement de cette caractéristique. Il s’agit donc de la variable anthropologique de la bulle de filtre, l’autre versant est constitué par les différents déterminismes et dispositifs algorithmiques.
Si ces modifications du rapport à l’information opèrent à l’échelle du groupe, c’est au niveau individuel que s’ajoutent des heuristiques de jugement, définies comme un raccourci cognitif utilisé par les individus afin de simplifier leurs opérations mentales dans le but de répondre aux exigences de l’environnement. Ces heuristiques se mettent en place selon notre humeur, ainsi, la joie et la colère vont favoriser notre recours mental à ces simplifications. Le modèle économique des plateformes a pour seul et unique projet de nous rendre plus réceptifs aux différentes sollicitations publicitaires, d’où l’intérêt de Facebook d’affiner son algorithme pour modifier notre humeur. Dans la pléthore d’heuristiques qui nous gouvernent, le biais de confirmation est l’un des plus prégnants sur les plateformes puisqu’il est la cause et l’origine de la prétendue bulle de filtres. Si chacun aura tendance à privilégier les informations, vraies comme fausses, qui le conforte dans sa vision du monde, une couche algorithmique vient dédoubler le phénomène puisque les plateformes s’appuient sur nos traces pour prévoir de nous exposer à des contenus qui permettent de corroborer ladite vision du monde. Un internaute qui crée de l’engagement sur des fake news se verra ainsi, par récursivité, proposer encore plus de contenus du même type. Le biais d’ancrage influence également notre perception, elle désigne la difficulté de se départir d’une première impression, comme une prime à l’antériorité. Sur les moteurs de recherche, ce biais s’applique aux premiers résultats affichés. Sur les réseaux sociaux, ce biais agit d’une manière différente mais plus importante puisque l’information qui nous est présentée est souvent celle qui bénéficie de la plus forte viralité au sein de la plateforme, et par conséquent moins fiable en tout cas celle qui bénéficie des biais évoqués précédemment.
Le principal pilier de la diffusion des fake news tient au régime de vérité sur lequel est bâtie la plateforme. Foucault, dans un numéro de politique-Hebdo de 1976, parlait en ces termes du régime de vérité : « Chaque société a son régime de vérité, sa politique générale de la vérité: c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité ; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai”. La plateforme de Facebook a été conçue pour divertir et vendre, non pour informer. Or, pour arriver à ses fins, ledit dispositif se doit d’émouvoir, et les informations les plus partagées sont celles qui justement émeuvent. En ce sens, dans le but de constituer une audience segmentable à volonté au service de la publicité, Facebook a besoin de contenus suscitant l’engagement, l’engagement étant la valeur, le régime de vérité de la plateforme, au vu de son modèle commercial.  Ainsi, pour Facebook, ce n’est ni la popularité, ni la « vérifiabilité » (comme Wikipédia) qui importe, mais l’engagement. Les fake news, par leur nature sensationnelle, sont donc le carburant idéal de l’engagement. Le clickbait n’est donc que la conséquence structurelle de la raison d’être de Facebook. La complexité du régime de vérité s’établit sur plusieurs niveaux, si le premier est celui du déterminisme algorithmique, le second se retrouve au sein de la volonté commerciale et de la culture des membres du conseil d’administration de la plateforme, qui se répercute ensuite sur les ingénieurs chargés d’ajuster les algorithmes. Le troisième niveau, le plus déterminant, se trouve au niveau de l’actionnariat et des sources principales de financement de la plateforme. L’idéologie libertarienne, (issue du libéralisme qui prône au sein d’un système de propriété et de marché universel, la liberté individuelle en tant que droit naturel) qui irrigue la Silicon Valley depuis ses débuts se conjugue de la sorte à un actionnariat qui cherche avant-tout à préserver ses intérêts pour former un projet politique et vision du monde. Un projet dont l’algorithme est au mieux la réverbération, au pire l’ustensile. On retrouve ainsi le même problème que dans les médias traditionnels : une concentration du pouvoir au main de quelques oligarques milliardaires. Une enquête du Guardian a ainsi montré le rôle joué par Robert Mercer, décrit comme le « Big Data Billlionnaire », dans la campagne victorieuse de Trump et du Brexit, en tant que principal investisseur de Cambridge Analytica. Cette société s’est spécialisée dans la collecte de données sur divers réseaux sociaux et dans l’établissement de profils ultra-(ultra)-pointus : il leur suffit alors de personnaliser au maximum les messages politiques que l’on fait apparaître dans le newsfeed des électeurs pour tenter de les influencer. Il s’agit donc d’un réseau industriel de manipulation de l’information contre laquelle « l’éducation aux médias » ne pourra pas rivaliser.
Les évolutions technologiques qui ont cours préfigurent d’un futur encore plus menaçant pour la stabilité de nos sociétés. L’effondrement de la valeur de preuve de tout type de document ou de publication qui s’est constitué avec l’arrivée des fake news risque de connaître une accélération certaine au vu des progrès réalisés par les technologies de l’artefact, concomitants de l’essor de l’intelligence artificielle. Ces dispositifs ont été défini par Olivier Ertzscheid comme “des systèmes socio-techniques capables de créer des représentations volontairement altérées et artificielles de la réalité dans une recherche (une « mimesis ») de la vraisemblance”. Selon lui, il ne peut y avoir de société sans documents ayant valeur de preuve ; et il ne peut y avoir de valeur de preuve sans intégrité documentaire. Les progrès réalisés par les technologies de face swapping font déjà circuler des vidéos qui font dire des choses à Barack Obama des choses qu’il n’a jamais dites. En parallèle, l’expansion progressive des logiciels de rédaction automatique d’articles, pour l’instant cantonnés à des champs comme l’information immobilière ou financière, font craindre le pire à la futuriste des médias Amy Webb. Selon elle, des articles générés par ordinateur et basés sur les sentiments et l’émotion pourraient devenir la norme. En 2016 déjà, une expérience conduite sur une population d’étudiants concluait que “les sujets évaluent les articles écrits par des robots comme plus crédibles et meilleurs en termes d’expertise journalistique que les articles rédigés par des humains”. Hannah Arendt décrivait en 1973 et avec une acuité tout contemporaine l’effet dévastateur de la propagande : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce qu’il vous plaît. »
Eric Scherrer, Directeur de la prospective chez FranceTV : “J’ai une certitude : les fake news constituent un danger majeur pour la démocratie. C’est un des phénomènes les plus disruptifs qui soient arrivés à nos sociétés.”
Anonyme
Sources :

  • Le JDD, le 30 décembre 2012, Interview de Michel Serres
  • Dictionnaire Collin’s 2017
  • Michel Foucault, Politique Hebdo 1976
  • Hannah Arendt, La crise de la culture

 Crédit photo : Le Huffington Post

Pourquoi camoufle-t-on nos prisons ?

Les récentes grèves qui ont fortement entravé le fonctionnement quotidien des prisons françaises ont été l’occasion d’un coup de projecteur sur notre système carcéral. En effet, souvent excentrées, les prisons sont -si ce n’est oubliées- pour le moins peu porteuses d’intérêt pour l’opinion publique. Quand on sait l’importance qu’avait la publicité de la répression dans l’histoire, il est intéressant de se pencher sur ce processus de camouflage de la sanction, donc des prisons en France.
Historiquement, la répression s’est souvent tenue en place publique. Il s’agissait, outre de punir le coupable d’une infraction, de faire acte de dissuasion auprès de la population qui assistait à la punition. De plus, il permettait à l’Etat de montrer son pouvoir d’autorité. Nous pouvons aujourd’hui noter le processus de dé-publicitarisation du fait pénitentiaire en France. Néanmoins, l’agencement et l’organisation des prisons reviennent sur le devant de la scène, du fait des enjeux de radicalisation des détenus. Avant d’être exilées, la prison et la sanction prenaient place au cœur des villes. Par exemple, la sanction du pilori, utilisée dès le Moyen-Age, permettait d’exposer le contrevenant en place publique afin de le montrer en exemple à ses concitoyens pour dissuader de commettre toute infraction. Comme le souligne Michel Foucault, dans Surveiller et Punir : « Sur lui (sur son corps) l’acte de justice doit être lisible par tous. » Le pouvoir en place affirmait ses fonctions régaliennes de justice, montrait par la punition et la détention ses capacités. Plus tard, les grandes prisons étaient elles aussi situées en plein cœur des villes, comme la Bastille. Les prisons sont de plus en plus cachées et excentrées à mesure que le pouvoir se nie à afficher clairement ses fonctions punitives.

La rupture se situe à la fin du XVIIIe siècle, en 1795, avec les premières déportations au Bagne en Guyane. La volonté du Directoire d’exiler les révolutionnaires est alors limpide : il faut que les gens les oublient, que l’on en finisse avec la Révolution. La sanction doit dès lors s’effectuer loin des citoyens, qui ne peuvent alors plus s’identifier ou défendre les prisonniers. La prise de la Bastille de 1789 a montré que les Français peuvent s’allier contre le pouvoir pour mettre fin à un régime jugé oppressif.
 
Si les prisons n’ont jamais totalement quitté la métropole, ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale que le Bagne a définitivement fermé ses portes. Pour autant, les prisons nouvellement construites n’ont pas repris leur place historique au cœur des villes. La répression ne pouvait plus être publique, car le processus de dissuasion n’est plus jugé nécessaire. De plus, les faits d’engorgement des villes ne leur permettaient pas d’accueillir de telles infrastructures en leur sein. Et les citadins auraient eu quelques angoisses à vivre à quelques mètres de grands délinquants. Ainsi, une nouvelle organisation de la surveillance pénitentiaire est mise en place. Les détenus n’étant plus exilés sur une île, il s’agit de ne pas les laisser s’enfuir pour autant. Le panoptisme, théorisé par Jeremy Bentham et repris plus tard en France par Michel Foucault, s’applique à la surveillance carcérale (lire en ce sens l’excellent article de Martin Blanchet Les nouvelles formes de l’expression de soi sur LinkedIn). Mais placer les prisons dans des lieux reculés est décidé sans considération de leur famille, qui peut peiner à les visiter. La marginalisation géographique exacerbe leur marginalisation sociale : ils sont hors de la société et de ses interactions au sens propre comme figuré.
 
Dans Surveiller et Punir, Michel Foucault dresse une critique sans concession de l’emprisonnement, qui peut expliquer également le phénomène de dé-publicitarisation des prisons. En effet, pour Foucault : « il y a honte à punir ». Cette « honte à punir » explique le peu de plaisir qu’ont les autorités à le faire de manière visible. Cela n’est pas sans cohérence avec la défiance de Foucault pour le système carcéral, lui qui juge que « la prison est dangereuse, quand elle n’est pas inutile ».
 
Les récentes mobilisations des gardiens de prison à une large échelle nationale pour protester contre leurs conditions de travail, notamment du fait de tensions croissantes avec les détenus, a le mérite de braquer les projecteurs sur notre système pénitentiaire. Trois défis majeurs sont ici mis en exergue. D’abord le nombre de places limitées dans nos prisons, qui occasionnent une surpopulation carcérale et donc des tensions multipliées entre détenus qui sont littéralement entassés. Ensuite le nombre limité de gardien et de moyens mis à leur disposition pour les surveiller. Enfin, le problème nouveau de la radicalisation de certains détenus et le nécessaire isolement de ceux qui les endoctrinent.

 
De fait, la prison n’a plus, et n’a plus besoin d’avoir un rôle dissuasif envers la population. Cependant, elle conserve deux rôles primordiaux. Un rôle d’éducation, pour les détenus en capacité d’être réinsérés dans la société civile sans retomber dans la délinquance et/ou la criminalité. C’est le rôle majeur de la prison actuelle et il doit être valorisé. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’une certaine catégorie de détenus particulièrement dangereux doit être traitée différemment pour ne pas leur permettre d’étendre leur emprise.
 
Toute la difficulté des prisons réside dans le double rôle qu’elles se donnent, celui de la punition qui provoque logiquement un désamour de l’Etat, et celui de la réinsertion qui demande une volonté de retourner dans la vie civile. Cette double mission peut sembler ambiguë et difficile à appréhender pour les incarcérés.
Inès Fière et Robin Labouérie
Sources :

Crédits photos :

  1. Publicité Amnesty International, produite par Leo Burnett Poland, par Pawel Heinze, Krzysztof Iwinski, Pawel Wojtak et Maciek Porebski.
  2. Pilori des Halles, gravure ancienne.
  3. Jean-Paul Pélissier, Reuters.