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Edito

C’est qu’une question de temps…

Le 23 novembre, pendant que certains buvaient les paroles d’un penseur de l’homme, d’autres ont fait la queue au cinéma du coin pour voir « Time Out », le nouveau film d’Andrew Niccol, à qui l’on doit notamment Simone et Lord of War. Cet édito n’a pas pour but de faire une critique cinématographique, mais bien d’analyser ce synopsis de fiction pas si fictionnel. Alors, ce film est-il une triste métaphore ou le fruit de l’imagination d’un homme ? Car ne l’oublions pas : le cinéma, de par son statut de média, sert de reflet de la société, tant par le message qu’il émet que par la façon dont il est perçu et reçu.

Le synopsis

 
Tout commence par une injustice. N’est-ce pas toujours le cas ?

Nous voilà plongés dans un monde régi par le temps. Le temps comme monnaie. Le temps comme but à l’existence. Chaque être humain naît avec 25 ans de vie, mais dès sa vingt-cinquième bougie soufflée, voit un compteur se mettre en marche sur son avant-bras avec 365 jours de « crédit ». A partir de là, il faut gagner son pain ou son temps pour subvenir à ses besoins et ainsi, survivre. Car, comme si cela ne suffisait pas, chaque achat se fait par une déduction de ce temps. Ainsi, un café coûte 4 minutes, un trajet en bus coûte 2 heures, et une chambre d’hôtel pour une nuit coûte 2 mois. La suite logique des choses : les riches sont éternels alors que les pauvres vivent au jour le jour, s’entretuant pour quelques minutes.

La problématique du temps

 

Les rapports aux dialogues actuels sont assez apparents. Tout d’abord dans la quête d’une vie rallongée, voire éternelle. La médecine met aujourd’hui en place des techniques qui ont pour but de repousser l’inévitable et si possible en ne prenant pas une ride. Andrew Niccol apporte une solution avec l’impossibilité génétique de vieillir qui nous donne à voir des visages jeunes à jamais. L’âge véritable, de qui que ce soit, devient donc imperceptible : un père et sa fille, par exemple, sont facilement pris pour un couple. Pourquoi a-t-on si peur de vieillir ? Aujourd’hui, ne plus vieillir ne suffit pas, il s’agit de rajeunir. Comme le montrent plusieurs articles sur le sujet, des femmes toujours plus jeunes soumettent leurs visages au botox et placent la vieillesse en pire ennemi de la beauté.

Par ailleurs, le serment d’Hippocrate et l’innovation pharmaceutique ont perturbé l’ordre naturel des choses. On peut les tenir pour responsables, en partie, des difficiles discussions actuelles sur les retraites. En effet, qui va payer pour les personnes âgées alors qu’elles sont en supériorité numérique et gérer une possible surpopulation future ? Là aussi, le concept du film propose une alternative en instaurant le règne du plus fort. C’est la loi de la jungle : un concept qui pousse à l’individualisme induit par le capitalisme, un autre thème fort de l’analyse. Si les riches sont immortels, les pauvres doivent leur laisser la place sur terre donc pour diminuer leurs chances de survie, les taxes dans « les ghettos » sont augmentées chaque jour.

« Remember that time is money »

 

On en revient à l’idée du « temps c’est de l’argent », que l’on doit à Benjamin Franklin, un des pères fondateurs des États-Unis. Cette expression, symbole du capitalisme, n’a jamais été aussi vraie qu’ici. Car ce concept reflète particulièrement le régime américain qui, contrairement au régime français, prévoit peu d’aides sociales. En effet, un citoyen américain qui ne travaille pas jour et nuit, ou qui ne prend pas de grands risques, a très peu de chances  de faire carrière et ainsi faire fortune.

La critique du capitalisme est aussi très présente dans la mise en scène de la société de consommation. Chaque achat correspond à une « perte » de temps. Comment être plus clair ? Perdre du temps, c’est se tuer à petit feu. Donc par déduction pure : consommer, c’est faire le choix d’écourter sa vie. Cette idée est d’autant plus vraie lorsque les héros prennent un verre dans un bar ou achètent un paquet de cigarettes.

 

Enfin, pour conclure, on peut voir dans le film un message d’espoir avec le thème récurrent du don, institué entre deux poignées de mains, par des héros à la Bonnie and Clyde, perdus dans un Robin des Bois futuriste. Quand on sait que le film sort à la période de Noël, connue pour être la période des dons depuis les réductions d’impôts qui y sont associées, on peut se demander si c’est un simple hasard…

 
Marion Mons

Sarkozy et Merkel se font la biseCarla Bruni-Sarkozy aurait-elle du souci à se faire?

De nombreux journaux ont choisi cette semaine d’illustrer leur article, désormais rituel, sur La Crise – de l’euro, la dette qu’importe : tremblez !par la photographie d’un Nicolas Sarkozy et d’une Angela Merkel que l’on croirait sur le point de s’embrasser. L’initiative est sans doute la bienvenue en ces temps douloureux où l’on appelle les populations du monde entier à se « serrer la ceinture » (Nicolas Sarkozy, le 1er décembre 2011 au meeting UMP de Toulon), alors que les dirigeants n’ont rien d’autre à promettre que de la sueur, du sang et des larmes. Un peu de dérision, donc. Ce fut en outre l’occasion pour nos médias d’informations, muselés par la gravité de la situation, de laisser s’exprimer leur sens de l’humour et leur imagination – de quel brillant toupet sait faire preuve la presse française, quelle liberté de parole et d’image ! Il faut admettre que la photographie rompt avec les traditionnelles et ô combien ennuyeuses poignées de mains.

Mais un tel choix n’est-il réellement que l’expression toute simple d’un besoin de fraîcheur et de légèreté ? Puisque c’est aujourd’hui pratique courante, livrons-nous au décryptage. Et commençons pour ce faire par mettre en relation la médiatisation de nos fausses embrassades avec la diffusion des images montrant la ministre italienne des Affaires sociales Elsa Fornero en larmes à l’annonce de l’adoption d’un plan de rigueur. Si le rapport n’est pas évident à priori – passer si brutalement du transport au désespoir ! –, le dénominateur commun apparaît rapidement : les sentiments – ou plutôt : la sentimentalité

 

La transmission de l’information est aujourd’hui systématiquement accompagnée d’un volet communication soigné ; les journalistes ont peut être un peu abdiqué leurs prétentions à l’objectivité. Car tout le travail ne consiste plus à rendre l’information disponible : il faut qu’elle touche. C’est pourquoi les médias et médiateurs cherchent à paraître toujours plus proches du public.

L’émission Place Publique, présentée pour la première fois lundi soir sur France 3 par notre PPDA national, illustre cet effort. Le concept de l’émission est d’ailleurs brillamment résumé par son titre – « Place Publique » : il s’agissait de laisser s’exprimer les Français dans un cadre de prétendue démocratie directe, à propos de sujets les concernant de manière immédiate. En première partie, nous rencontrons Nassira, qui nous parle de sa précarité dans un Français plein d’imperfections que les concepteurs du programme imaginent sans doute touchantes : « Je suis handicapée par rapport à moi-même », annonce-t-elle, ajoutant « J’ai mal au crâne, j’ai mal tout ce que vous voulez à cause de toutes ces factures là, qui arrivent comme de la pluie sur moi » – et la voix-off de surenchérir : « Cette année encore, il n’y aura rien sous le sapin. Dans la chambre de Marion, leur fillette de 10 ans, aucun jouet, la petite est résignée »…

Oui, en voilà un vrai débat. Les Français, leur quotidien : nous sommes loin des discussions au sommet, des querelles lointaines des Politiques. Si seulement…

 

En effet, je n’ai jamais eu autant l’impression que le débat politique fut si pauvre. Par quoi est-il alimenté, sinon par de petites phrases assassines que tous passent leur temps à se renvoyer à la figure, comme le font les couples pendant une scène de ménage ? Mélanchon qualifiant Hollande de « capitaine de pédalo », alors qu’Aubry le taxait il y a quelques semaines d’être « mou »… Il est très souvent, et classiquement reproché aux Politiques d’utiliser leur position de pouvoir pour manipuler les populations ; or ils n’ont jamais parus si semblables à nous – « normaux », comme dirait l’autre, prompts à l’emportement, mesquins aussi parfois…

… Mais surtout si effrayés à l’idée de perdre le contact que la communication politique tend à se réduire à de la communication phatique.

 
Elodie Dureu

 

Nouveau look, nouveaux rédacteurs, nouvelles rubriques – même détermination ! FastNCurious reprend le flambeau d’Infrason avec des idées plein la tête, énergie et audace !

Cette rentrée est aussi celle du lancement de « Bref », la nouvelle mini-émission de Canal+. « Bref » c’est l’histoire d’un type d’une trentaine d’années, célibataire, ni riche, ni pauvre, vivant seul dans une ville que l’on suppose être Paris. Dit comme ça, « Bref » ne bénéficie pas d’un pitch exceptionnel. Alors pourquoi aimons-nous tous cette nouvelle émission ? J’aimerais comprendre ce buzz ! « Bref » compte déjà 1 468 989 like sur Facebook en seulement 3 mois, alors que Vie de Merde n’en est qu’à 1 050 404 depuis sa naissance en janvier 2008. Doit-on parler d’un effet de mode ? Ou tout simplement d’une nouvelle tendance ?

 

Est-ce parce qu’on y croit ?

 

Comme dit plus haut, ce jeune homme n’a rien de particulier – et c’est ce qui fait sa particularité. Il symbolise une version améliorée de « Monsieur Tout Le Monde » qui relate des joies et des galères du quotidien. Ce qui lui arrive nous est arrivé et permet à chacun de s’y retrouver. L’expression employée par le héros est même devenue très à la mode car personnalisable à souhait. On peut voir de plus en plus de statuts Facebook du type « Bref, je me suis fait larguer par ma tortue » ou bien « Bref, mon patron pense que je suis un pervers ». Cette tendance se rapproche de celle de Vie de Merde et d’une tendance plus générale qui consiste à tenter de spectaculariser son quotidien. Raconter sa vie en direct sur des réseaux sociaux, c’est en quelque sorte un moyen d’exister, de se rendre intéressant et ainsi de se sentir moins seul. L’information, aussi banale soit-elle, peut déclencher une déferlante de commentaires. Ainsi, on peut donner son avis sur tout et sur tout le monde, quitte à perdre la notion de vie privée.

 

Est-ce car cela nous change ?

 

Ce protagoniste n’est ni beau, ni riche, ni tombeur, ni vaillant… Il ne réussit pas plus que les autres, n’a pas toutes les réponses et ne sauve pas le monde. Notre héros n’est en fait qu’un anti-héros avec tous ses défauts – qui font de lui un être humain au même titre que vous et moi. Ce personnage est original par sa non-originalité et c’est pour ça qu’il nous plait.

 

Est-ce la brièveté qui nous a conquis ?

 

Cette mini-série ne dure en moyenne que deux minutes. Comme le montrent et le démontrent les études Médiamétrie, le temps de cerveau disponible diminue de plus en plus avec la tendance au cross-média. Chez le jeune en particulier, ce temps est estimé à 0h, ce qui constitue aujourd’hui un vrai défi pour les annonceurs. Une émission comme « Bref », par son format court, réussit à capter l’attention du jeune téléspectateur et ça, Orangina l’a vu venir avant tout le monde. La marque a fait un achat d’espace particulièrement futé en se plaçant en pré-roll sur quasiment toutes les vidéos virales de l’émission. Ainsi, l’annonceur profite de la grande visibilité et notoriété de l’émission qui vit aujourd’hui plus sur le web qu’à la télévision.

Serait-ce pour une toute autre raison dont l’évidence m’échappe encore ? Quoi qu’il en soit, il convient d’observer ce soufflé de près car à un moment donné, il va bien finir par retomber. Quelle véritable espérance de vie peut-on donner à ce concept ?

 
Marion Mons

 
Merci à Canal+ pour sa coopération !
Photo : ©Canal+/Maxime Bruno